Vendredi 31 janvier 2014

Il y a eu soudain le souvenir de ce livre que, si je ne me trompe pas, tu m’avais offert le 30 mai 2009. Disons plutôt qu’il y a eu l’idée soudaine que ce livre, Tu n’as rien vu à Hiroshima, était là avant notre Japon et qu’il est forcément une pierre à l’édifice. Mais bon, bref, dans le métro il y a cette adolescente qui s’inquiète de devoir lire En attendant Godot durant le week-end, car le week-end c’est fait pour dormir, entraînant les rires rassurants de ses profs. Et puis il y a le hasard de voir TdP tandis qu’on fait la queue derrière un couple de personnes âgées qui s’étonnent, eux, du hasard le voir dans un manteau de l’armée suisse (disent-ils avec un accent qui ne trompe pas). Et puis il y a ce Sacre de David Wampach, ce dîner Izakayen, et cette soirée qu’on n’attendait pas : danser au Kats en buvant des cosmo au milieu d’une foule autre. Il faudrait alors parler du hasard émouvant qui a amené S ici, des jupes et des moustaches, du souvenir du Sixties,  de ce que tu m’as dit, de ce que j’ai écrit maladroitement sur le chemin du retour, rapidement, pour ne pas oublier le principal, pour ne pas omettre les petits détails.

Jeudi 30 janvier 2014

Soudain, durant « Stalingrad Lovers » de Fleur Albert, je pense au cinéma de Claire Denis. Sur un réseau social j’écris que je ne sais pas trop pourquoi, mais pourtant je le sais, je sais que c’est le film 35 Rhums qui me revient à l’esprit. Parce qu’un Noir dans un train… tu parles d’une trouvaille. Mais au fond, c’est peut-être plus que ça, sans trop savoir pourquoi.

PS. zou bisou bisouuuuuuu

Mercredi 29 janvier 2014

Ces Lettres d’Egypte que tu m’as offertes en sachant qu’elles me feraient plaisir sont merveilleuses. Textes et photos : tu le sais, en ce moment ce type de duo est au cœur de mes lectures, de mes recherches, de mes travaux, de mes projets. Ici, textes et photos se croisent, Guibert et Berger voyagent ensemble et Guibert écrit. La deuxième lettre, adressée à Eugène, est splendide, peut-être pas plus que les autres, mais je la relis et la relis. C’est la grande richesse des livres courts, ils se laissent facilement faire.

Mardi 28 janvier 2014

Cette fois, deux jours après le Fitoussi en travaux, ce sont onze minutes d’un (film de) Tom de Pékin également en gestation. Onze premières minutes d’un long métrage (Haldernablou) qu’on espère voir se réaliser entièrement un jour, tellement le projet est beau, et tellement cette première partie portée par Daniel Larrieu était d’une grâce absolue au milieu d’accoutrements qu’on ne décrira pas ici car il est toujours mal venu de parler de slips blancs et de cagoules à table. La suite sera choré/cinématographiée par d’autres que D.L., et l’on se plait à rêver.

À table, ensuite, petit japonais au comptoir, et puis l’arrêt du bus, scène parisienne qui complète le tableau. Deux femmes, l’une assise, très apprêtée, manteau d’astrakan, coiffure impeccable, l’autre debout, imper vague, cheveux tristes. Elles sont veuves, ne se connaissent pas, viennent juste d’engager la conversation, comme ça… Celle debout reste debout, elle avait été assise, seule, au restaurant. L’autre en astrakan s’en étonne, non jamais elle ne va au restaurant seule, sauf parfois que McDo. Et c’était cher ?

Dimanche 26 janvier 2014

Curieusement, à travers la fenêtre qui n’offre qu’un dimanche gris, c’est un ballon rose qui passe en voltigeant, puis un parapluie de la même couleur. À la Cinémathèque, pensant voir un Fitoussi (Jean-Charles), on voit un Fitoussi, mais en cours / en court, Cavatine, dix minutes seulement mais dix minutes en dehors du monde. Le nom que cela m’évoque ? Eugène Green, pour l’articulation… Je n’ai donc plus peur d’oser les comparaisons ? (Le long métrage qui suit, Le Retour de Frankenstein, est également en dehors du monde, mais de manière évidemment plus frontale*, et c’était presque autant jubilatoire d’être là pour ça).

* ou cervicale.

Samedi 25 janvier 2014

Fleurs d’équinoxe, d’Ozu. (Je disais quoi sur la famille dans les films japonais l’autre jour ?)

Vendredi 24 janvier 2014

Porté par une magnifique voix off d’Eric Caravaca, Les Enfants rouges montre le visage d’une jeunesse en question, une jeunesse caressant des espoirs politiques et amoureux. On repense alors, pour une ambiance, pour le texte pointu, pour la voix, pour le noir et blanc… à quelques merveilles du cinéma des années 60-70… Je cite Jean Rouch ou Perec, c’est peut-être bête ou trop évident, simple ou tout à fait juste. Et ce ne sont pas un ou deux chichis qui gâchent le plaisir : ce plan séquence pleurnichant au début par exemple.

Jeudi 23 janvier 2014

Tu avais peut-être senti que, sur le principe, les vœux, mouais bof… Tu m’avais donc dit que ça valait le coup, pour voir les salons de l’hôtel de ville. Et en effet, le décor(um) dixeuvième(iste) vaut son pesant de cacahuètes dorées, enrubannes, marouflées… Mais c’était le dernier discours de Bertrand D au monde associatif et rien que pour ça, on avait bien fait de venir. Rien que pour se dire qu’on était là. Rien que pour l’entendre dire sa joie d’être encore là, bientôt, différemment. Quant au buffet…

Mercredi 22 janvier 2014

Le corps est encore nu. Cette fois c’est Boris Charmatz qui danse. Il reprend les mêmes gestes, durant 50 minutes je crois, que le danseur précédent. Je sais que ce sont les mêmes gestes, enfin je le devine, c’est évident, mais puisque j’ai dormi par intermittence lors du premier passage je ne peux pas l’affirmer. Et puis ce n’est pas tout à fait pareil. Est-ce mon esprit éveillé qui ne capte pas les gestes de la même façon ? Est-ce la différence de corps qui fait que ? À la sortie, ce garçon que tu me présentes à nouveau – je n’étais moi même plus très sûr que c’était lui –  a eu le même sentiment que moi. Mais il a dormi plus profondément, dit-il.

Mardi 21 janvier 2014

Le film du soir : Les Gouffres. Oui, non, enfin peut-être. C’est peut-être dommage que ça s’enfonce ainsi.

Lundi 20 janvier 2014

Et Plossu il dit quoi ? Je plonge dans l’abstraction invisible, livre d’entretien joli publié  aux éditions Textuel. Ses premiers mots sont sur sa chambre d’enfants. De la mienne on voyait des hangars, un parking, un mur. C’était quoi déjà ? Un vendeur de pneus ? Derrière les éclairages du stade. Les rares soirs de match, des clameurs.

Dimanche 19 janvier 2014

Évidemment, il est 14h50. Appeler Fred. Non je n’y serai pas à 15. À 15h30, on fait terrasse, on regarde passer les gens comme Denis P. mais celui que je ne regardais pas se retrouve sur la photo. La nuit tombée, on fait boutiques, ce jean jaune est parfait, puis café puis Bûcheron tandis que les autres s’agrègent. Le serveur est italien, des Pouilles, mais je ne vais pas lui en parler, s’il est ici c’est peut-être parce qu’il ne veut plus en entendre parler, des Pouilles.

Vendredi 17 janvier 2014

Il est tôt, l’enfant dans la poussette mange un morceau de pain d’épices. Je lis Barthes, il parle de sa mère, justement : « ... alors que, contemplant une photo où elle me serre, enfant, contre elle, je puis réveiller en moi la douceur froissée du crêpe de Chine et le parfum de la poudre de riz.« . À ces/ses souvenirs se joignent les miens, liés au pain d’épice. C’est à l »école maternelle. C’est le goût particulier que je n’ai jamais vraiment apprécié. C’est le goûter ; elles nous servaient un yaourt nature avec. Je ne sais pas si c’est un souvenir ou un rêve très ancien, comme certains rêves qui m’accompagnent depuis toujours, mais dont l’invraisemblance est nette. Il parait qu’avant 6 ans on n’a pas de souvenirs, je ne sais pas si c’est vrai, je ne cherche même pas à savoir. Mais j’aimerais pouvoir me rappeler les passages où Barthes parle de sa mère.

L’après-midi, avec F et C, Anders Petersen nous frappe de ses noirs et blancs. C’est pourtant, peut-être, la moins « petersenienne » des photos qui me retient. Hambourg, 1965, 5 garçons devant un mur.

Le soir on signe. Tu me passes le stylo ?

Jeudi 16 janvier 2014

Sur les photos que d’autres ont prises, il y a mon visage, mon sourire, l’émotion d’un bouquet de fleurs, les autres, tous ceux qui sont venus, ceux venus de loin, même les présences des autres. Vous avez dit ravi ?

Mardi 14 janvier 2014

Je m’assieds deux sièges derrière elle. Elle a l’air étrange, sourit béatement. Elle n’est pas seule, ils sont quatre, deux ici, deux au fond. Ils commencent (continuent ?) à se moquer, et elle réplique en leur demandant pourquoi ils s’en prennent à une femme seule, qu’ils ne devraient pas, qu’elle est la fille de la Vierge, dit-elle en brandissant un livre d’Hubert Reeves. Tout le monde descend à la station suivante, elle, eux, moi. Moi soulagé : qu’est-ce que j’aurais fait sinon ?

(Et puis au sixième étage, une pile de Baudrillard et des escalopes panées)

Lundi 13 janvier 2014

Accrocher. Verbe transitif. Suspendre, retenir à l’aide d’un objet pointu.
Ex.
– J’ai accroché mes photos au mur.
– Et alors c’est bien ?
– Ah ouais, j’
accroche totalement.


Samedi 11 janvier 2014

C’est samedi, c’est galeries. Un tour dans le Marais ici ou là, sans trop de hasard pour voir ceux qu’on connait, ceux qu’on aime, ceux qu’on nous conseille d’aller voir : le minimalisme de Chai Siris, les jeux de mots d’Angela Detanico et Rafael Lain, l’épopée cinématographique de Luidgi Beltrame, la poésie d’Ulla Van Brandenburg… Comme à chaque fois c’est un enrichissement, un pas de plus, le plaisir de croiser les amis, les chuchotements qui demandent si ça va, la déception d’arriver trop tard car c’est déjà fermé.

Vendredi 10 janvier 2014

Mon frère et moi avions eu le droit d’une demande, pourvu qu’elle soit économiquement réalisable. Dans le budget alloué, il s’agissait d’un petit miroir rectangulaire entouré d’une bordure ronde de plastique, au dos cartonné. Dans la voiture il n’avait pas été question de s’approprier l’achat, le mien comme celui de mon frère dans une poche papier personnelle et séparée – aucune idée si c’est pour lui aussi un souvenir.

François Bon, Autobiographie des objets

Jeudi 9 janvier 2014

S’il y a une musique à garder de mon enfance, en dehors de celles des dimanches matins ou de l’autoradio, c’est celle du générique d’Il était une fois l’homme. La première fois que j’ai entendu la véritable version, des années plus tard, ma fascination d’alors, les yeux grands ouverts devant ces personnages défiant les siècles, m’est revenue en plein visage. Elle s’est dévoilée, a trouvé son explication dans autre chose que le sentiment d’infiniment petit que prenait ma place face à l’Histoire. Sur le chemin du retour, alors qu’il est un peu tard en raison des discours sur les pastels et les visages en papier, j’écoute le célèbre air de Bach, comme souvent assez fort. Il faut bien ça pour passer à autre chose, tandis qu’à la maison c’est encore autre chose, la délicatesse de M qui parle de son fils, un projet pourquoi pas.

Mercredi 8 janvier 2014

J’ai entamé le livre sur la photographie vernaculaire ; j’en relis l’introduction avec le besoin de retenir la définition de cet adjectif. Mais elle parle fort. Elle est en colère. Pourtant elle lui dit que non, qu’elle n’est pas en colère, que la colère c’est quand on est surpris, là elle n’est pas surprise parce qu’il est égal à lui-même. « Tu changeras jamais faut que je m’habitue« . Elle termine en disant qu’elle est à Vincennes, qu’est-ce que ça peut lui faire où elle est ? Salut.

Dans YSL les relations entre Bergé et Saint Laurent sont parfois du même acabit : tendues, mais ils ne changeront jamais, il faut qu’ils s’habituent.

Mardi 7 janvier 2014

Bin s’appelle Richard. Il est chinois. Il parle un anglais parfait. Pas d’accent. It almost sounds weird to me parce que les Asiatiques que je connais ont tous un fort accent en anglais. Il se fait appeler Richard parce que c’est plus simple que Bin… Vous voudriez vous faire appeler Poubelle ? Il est drôle, frais, intelligent, un jour il sera riche. Il préfère manger avec des baguettes, même la tarte, et me poussera peut-être à relire le texte de Susan Sontag duquel j’avais extrait ceci :

Nous trouvons les chinois naïfs de ne pas percevoir la beauté d’une porte craquelée, dont la peinture s’écaille, le pittoresque du désordre, la force de l’angle inhabituel et du détail significatif, la poésie du dos tourné.

Je l’avais notée sur un post-it, sans noter la date, en guise de pense-bête pour que je relise le texte en question. Je l’avais notée à cause des « dos tourné ». Je l’avais notée car je voulais comprendre ce que j’avais survolé. Le métro est souterrain mais combien de chose j’y survole !

Lundi 6 janvier 2014

La pluie. Et même s’il ne pleut pas l’eau est sous les barques. Le film Lola, de Brillante Mendoza, est un film humide mais les larmes des femmes sont sèches malgré le drame. Humide et beau.

Dimanche 5 janvier 2014

Travelling. Neige, balançoire, jeux pour enfants colorés, machine sur laquelle s’affiche le taux de microsieverts. Pour aller au delà du léger studium* du film sur Fukushima de Natacha Nisic, je m’accroche au calme voulu de la scène. Puis un autre film sur le même sujet : j’avais donc oublié que la région avait déjà subi un tremblement de terre quelques années plus tôt que 2011. L’avais-je su ? Et puisque chez Blumenfeld je ne tire (non plus) aucune émotion – sauf dans ces couleurs qui ont dû inspirer Guy Bourdin -, je m’accroche à la littérature et pioche dans la bel étalage du Jeu de Paume cet ouvrage sur les planches contacts et cet autre sur la photographie vernaculaire qui aura de toute façon l’avantage de me faire enfin retenir la définition de cet adjectif.

* Désolé, je n’arrive plus à me débarthiser.

Samedi 4 janvier 2014

Il y a presque toujours ce besoin de chercher dans le(s) cinéma(s) quelque chose de différent, une altérité, une niche, un regard, une particularité, un grain, une pépite, une bizarrerie, un underground, un souterrain, une remarque. Le verbe qui vient alors à l’esprit, c’est « dégoter ». C’est ainsi qu’en un soir, sortis d’un coffret qu’on a qualifié de « queer » dans tous les sens du terme, on regarde le relativement dérangeant* « Swoon » puis le premier Todd Haynes, « Poison« , hautement plus fascinant et déroutant, montage de trois objets fascinants et déroutants. Et ensuite ? Ensuite on regarde Mad Men. Trois épisodes s’il le faut.

* L’inconvénient d’être concis c’est qu’on finit par utiliser un adjectif qui ne convient pas.

Vendredi 3 janvier 2014

Aussitôt que la photographie donnera l’impression d’avoir été débarrassée de liens dépassés avec l’art et la joliesse, rien ne l’empêchera sans doute de faire une place au goût pour la photographie pictorialiste, l’abstraction, les sujets nobles, plutôt que pour les mégots, les stations-service et les dos tournés.

Susan Sontag, Sur la photographie (1977)

Pourquoi donc me sens-je obligé de préciser que cette phrase date de 1977 ? Me voilà en tout cas, depuis la lecture de cette phrase, qui m’interroge sur la notion de noblesse de la photographie, sans jamais avoir pensé que la mienne le fût – noble. C’est peut-être un peu comme le film Arcadia vu ce jour, quelque chose de simple, avec au milieu l’émotion d’un plan séquence au bord d’une route d’Amérique.

Jeudi 2 janvier 2014

C’est une impression de lumière rose. Car la lumière est forte et les couleurs sont vives sur les trois stands de forains qui, comme chaque année, illuminent la place. Ce soir il y a un adolescent en tee-shirt blanc malgré le froid. De sa carabine, il fait éclater les ballons qui voltigent ; au-dessus de lui une vache en peluche, au fond une vidéo de Céline Dion en concert, ça sent les gaufres. Comme chaque année je n’ose pas vraiment faire de photo, les deux vieilles dames de la pèche au canards me regardent. Comme chaque année je sais que de toute façon c’est impossible, il y a cet arrêt de bus dans le champ. Comme chaque année je regarde la simplicité de ces scènes de vie avec une certaine joie. Peut-être un peu de mélancolie tout de même, car à cette heure-ci il n’y a jamais grand monde et le bonheur des deux dames qui regardent tourner les canards dans l’eau froid doit être assez fragile.

Le film du soir c’est autre chose, pas de lumière rose mais le noir et blanc de Mouchette de Bresson. Il n’y a pas d’arrêt de bus dans le champ, il y a des vieilles dames, il y a des cadrages magnifiques, des mains surtout, des cadrages sur des mains qui donnent, qui touchent brièvement. Il y a surtout cette scène étonnante, marquante vers la fin de ce film magnifique, cette femme qui dit qu’il faut vénérer les morts, que ça devrait être ça la religion… qu’elle aime les morts.

Mercredi 1er janvier 2014

C’est une sorte de folie, le 2ème effet coup de cœur, rien à voir avec la nouvelle année, pas de bonne résolution, juste une envie, (re)voir différemment My Fair Lady. Cette fois c’est Audrey Hepburn qui could have danced all night.