Dimanche 29 juin 2014

C’est, dès le départ, une émotion très forte. Une scène dans un taxi, une voix, une photo, le cinéma fragile, presque anodin, tellement maîtrisé et si poétique que j’aime tant et qui, cette fois plus que d’habitude, me bouleverse en un rien de temps. L’histoire – cette femme qui doit écrire – se teinte d’autre chose, ciné rêverie, ciné vertige, ciné possible. Possible en référence (utopique) à ce cinéma que j’aimerais faire moi-même, possible en référence à ce cinéma que l’on peut encore montrer et voir, à ce bonheur que l’on ressent en se disant que ça existe.
Images et mots se croisent et glissent dans un montage délicat transformant cette multitude risquée en une unité gracieuse. Et comme souvent au cinéma mon esprit alors divague, la poésie du récit m’entraîne vers une autre, celle des mots, mais dans le noir comment faire ? Au-delà de que l’on y raconte précisément, reste alors, quelques jours plus tard, un sentiment délicieux, celui d’avoir vu bien autre chose que cette femme qui doit écrire, celui d’avoir vu le cinéma transformer l’affrontement du réel en poésie.

C’est Le Vertige des possibles de Vivianne Perelmuter. C’est la difficulté d’écrire sur un film 4 jours après l’avoir vu.

Samedi 28 juin 2014

Elles seront donc rondes et bleu canard, une couleur de plus au milieu de cette journée, grise diront certains, arc-en-ciel insisteront d’autres.

Vendredi 27 juin 2014

Sur l’enveloppe, des initiales, un nombre entouré, rayé, corrigé. C’est une somme. La somme des moments passés. Sur la carte enrubannée, les souvenirs amusés, les petits mots pesés. J-5

Lundi 9 juin 2014

Retrouver (le supermarché). Regarder (le ciel). Ne pas parler (de ce qu’il est tombé). Avancer (sur l’affiche, le dossier de presse…). Apprécier (les jours fériés laissant le temps de revenir).

Dimanche 8 juin 2014

Ils ont colorisé Les Oiseaux, mais pas tous les oiseaux. La grande scène avec l’explosion marie avec insolence des façades, vêtements et voitures colorés et des oiseaux… gris, ou peut-être plutôt verdâtres, une teinte un peu passée, mais peut-être est-ce dû au petit écran de l’avion, qui, m’a ensuite permis de faire dans l’amusement animé avec Minuscules et dans le classique godardien avec À bout de souffle, qu’il fallait bien que je voie un jour, d’un œil un peu distrait, les autres yeux sur l’écran de l’ordi, le plateau repas ou le vocabulaire japonais pour apprendre que banane se dit banana.

NB du 28 juin. On me glisse à l’oreillette que Les Oiseaux ont été tournés en couleur.

Samedi 7 juin 2014

On aurait pu aller à Kurama, là-bas dans la montagne, tremper dans un bain chaud avec vue sur les montagnes. Mais il y avait la pluie, la fatigue, l’emploi du temps (ce spectacle de danse, le rolling sushi bar, ce tee-shirt souriant que tu oses, ces si jolies assiettes, ces deux wagashi, les tickets de train pour le lendemain…) et la tentation d’aller à celui de Funaoka, qui s’avère – ô surprise – si près de la maison. Ce pourrait alors faire l’objet d’un autre texte après celui que, très bientôt, tout le monde pourra lire. L’objet d’un autre texte à décrire la silhouette et les tatouages de cet homme. Un moine ?

Mercredi 4 juin 2014

Notre maison, qui un jour fera sûrement l’objet d’un hommage digne de ce nom, histoire de partager un peu du rêve dans lequel on vit, est la « room 1 » d’un ensemble de 10 « rooms », en anglais dans le texte. De nos 9 autres voisins, nous avons fait connaissance des numéros 3 et de (sauf erreur) Mme numéro 5, ce qui soudain me fait penser au Prisonnier, et là je pourrais m’embarquer dans mes souvenirs de Portmerion, mais non, nous ne sommes pas des numéros. Bref, aujourd’hui sonna à notre porte le numéro 4, avec qui on échangea nos noms et une visite de nos intérieurs respectifs, chaque maison ayant une configuration différente… la leur ayant la particularité d’être dotée d’une pièce à cérémonie de de thé, d’une chambre d’amis joliment tarabiscotée en mezzanine et d’une jeune femme n’ayant pas dit son nom,  lisant sur un canapé blanc devant une table basse magnifique à l’ancienne.

Et sinon ? À part ce trait d’humour qui friserait presque la misogynie ? La chemise froissée et les baskets déchiquetées d’un lycéen en cravate et pantalon écossais. Dichotomie japonaise.

Et sinon ? La machine à laver (sentakuki) est achetée et l’aspirateur (soojiki) aussi.

Et sinon le doux dîner chez Fumiko, des assiettes, les yakitori achetés au Daimaru, le transport de l’aspirateur (aspirascooteur ?), etc. etc etc.

Vendredi 6 juin 2014

Où il est question de communication, de difficultés linguistiques, et de l’idée qu’on s’en sort toujours.

Avec le vendeur d’électroménager, à qui il a fallu que j’explique que la machine à laver faisait un bruit très fort et très inquiétant, similaire à celui qu’on entendait lors de son essai et qui lui a alors fait faire la grimace et quelques acrobaties en-dessous de la bestiole. Trente minutes plus tard, ruban adhésif noir et cutter en main, il reprenait ses acrobaties de ras du sol. Trente minutes de plus, et un tuyau verdâtre transparent, sorte d’extension intestinale, courait sur le plancher.

Avec le serveur du joli petit restaurant avec vue sur la rivière à qui il a fallu que tu expliques qu’on ne yomimasait pas un poil de japonais sur son menu écrit au pinceau. Ton vocabulaire gourmand nous permit de déguster des mets et merveilles sous la contrainte improbable de quatre jeunes histrions hurlant de rire, à supposer que l’expression « hurler de rire » puisse convenir pour une telle quantité de décibels suraigus.

Mais il est aussi question de ce petit café typiquement local au bout de cette rue que j’ai arpenté avec délice en attendant l’ouverture tardive de Muji sur Senbon dori, un délice teinté de tristesse puisque la rue est teintée ici ou là d’abandon, de devantures jaunies, de vieilles dames vendant quelques légumes devant un immeuble qu’on imaginerait plutôt (avec nos brouettes de clichés) dans une banlieue européenne. C’est bien sûr une femme qui tient le café, âge avancé, cheveux blancs, porte bleue métallique, deux clients qui entrent juste derrière moi, un homme au fume-cigarette transparent et une mamie qui prendra un toast. Bien sûr le café est extrêmement chaud, cela laisse le temps, sur une carte postale servant de marque-pages, de griffonner la description du lieu : les autocollants dinosaures sur le frigo, les glands décorés, et autre signes probables que les petits-enfants de la dame ne sont jamais loin.

Mardi 3 juin 2014

Les enfants rentrent de l’école. Ils portent dans des boîtes en plastique transparent une feuille, un insecte de couleur sombre. Je crois aller prendre le bus, mais peu habitué aux horaires précis je ne sais pas que, finalement, je rejoindrai la station de métro Kitaoji à pied. Dans le métro ce sont d’autres enfants, d’autres tenues plus strictes, uniformes (adjectif / nom). L’un lit Tintin au Tibet, un autre souffle sur un moulin à vent sans doute fabriqué le matin, conservé sagement dans le sac toute la journée ; je me demande alors si ceux du même âge, en France, ont ce genre d’occupation dans les transports en commun.

Demain il devrait pleuvoir, porteront-ils ce même bermuda ? Les collégiennes auront-elles ce pull sans manche au « St Agnès » brodé ? Que pensera cette jeune fille quand elle découvrira le sens du mot « PLAYBOY » de lettres rouges cousu sur son sac à dos gris clair ?

Lundi 2 juin 2014

On pourrait parler de cette chaleur tandis que je visite brièvement le quartier – quelle hérésie de partir sans plan et en débardeur sous ce soleil -, du déjeuner avec A et N qui me font découvrir une charmante gargote locale et qui s’interrogent sur les usages dans les onsen, du ciel voilé pour aller à pied jusqu’à la station de métro…

Mais je préfère vous laisser imaginer la lumière bleue, improbable, magique, interminable. C’est beau à pleurer, mais les vins nous rendent plutôt joyeux. Presque en bas de l’immeuble on voit le Lac Biwa. Sur la table un dîner merveilleux préparés par des hôtes surprenants, revisitant presque avec humour le développement durable.

Dimanche 1er juin 2014

Précision des matières, des angles, des couleurs, des rondeurs, des alignements, des vues, des ouvertures. Cette maison que Fumiko inaugure aujourd’hui est japonaise, totalement japonaise. Comme le plan permettant de la trouver, qui tenait autant du rébus pour nous.