Samedi 21 février 2015

Inventaire des panoramas de la banlieue nord-ouest, suite. Nous poursuivons notre découverte des alentours montagneux du Kinkakuji, avec leurs chemins escarpés, cette grand-mère ramassant des fougères, ces innombrables sanctuaires, ces immeubles caressant la forêt… et toujours ces distributeurs de boisson, où que l’on aille. Contrairement à ce qu’écrivait ce photographe à leur sujet, pour accompagner et justifier sa série d’images, ils ne sont pas pour moi le signe des lieux de tourisme et de consommation puisque on les retrouve là, pour ainsi dire n’importe où ; ils sont source d’étonnement, mais je ne sais pas précisément de quoi ils sont le signe, si ce n’est d’une société de consommation (de boissons et d’énergie).

Et puisque c’est soudain le printemps, voire l’été, c’est sur la terrasse que l’on déjeune, agréablement frappés par le soleil. On ose même, plus tard, imaginez-vous ?, une glace au hojicha. 

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Vendredi 20 février 2015

Inventaire des paysages de la banlieue nord-ouest, suite. C’est quelque chose de léger en apparence : les collines, les champs. Mais il y a cette architecture, cet urbanisme, ces bâtiments désaffectés, ces établissements scolaires non restaurés, cette femme qui pousse avec difficulté sa brouette au milieu d’une enfilade de maisons tristes, au balcons trop hauts, et dont les fenêtres en verre cathédrale ne laissent rien présager d’agréable pour nous qui vivons derrière de grandes baies qui laissent entrer la lumière et un paysage calme et serein, malgré cette cabane et son amas de détritus, devenus, au fil des mois, une amusante habitude visuelle.

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Mercredi 18 février 2015

Kobé. Située à seulement 1h de train de Kyoto, la ville dont le nom me fait immédiatement et tout le temps penser au tremblement de terre m’était inconnue. Osaka, plus proche et plus grande, suffisait pour voir des gratte-ciels. Kobé, pourtant, nous était vantée par Y pour son dynamisme, sa modernité…

La première image de Kobé (une fois passée celle de la gare et du bureau d’information municipal et après s’être retourné pour comprendre sa situation géographique, là, joliment logée contre les montagnes) fut une boutique au nom de Saturdays où l’on pouvait aussi bien y acheter des planches de surf qu’y boire un café assis sur un immense banc. Spacieuse, jolie, usant intelligemment de la chaleur du bois et de l’éclairage, on se dit tout de suite « ah ouais, ça c’est autre chose, c’est ça le Kobé dont on parle ! »…

Ensuite ? Son port et les silhouettes d’un certain bric-à-brac architectural, les traces du tremblement de terre, cette ridicule construction de Gehry et Ando, Chinatown qui n’est plus ou moins qu’un hymne à la bouffe, cet homme qui fait la manche – image, je crois, inédite au Japon – , ses quelques tours avec inimitable panorama sur les collines ou sur la baie, cette autoroute en pleine ville au bord de laquelle on rebrousse chemin, tant pis pour le musée préfectoral… et puis cette avenue interminable que tu compares à celles de Dallas.

Alors on sort de la ville, direction Arima onsen. Bêtement, sur le trajet qui grimpe là haut, on a les yeux rivés sur nos petits écrans pour travailler un peu le japonais, comme si finalement, déçus par la ville (et par notre visite trop improvisée), on n’avait plus rien à attendre, même pas du paysage.

L’idée, à présent, c’est donc, d’y revenir sous le soleil.

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Mardi 17 février 2015

Alors, tandis que je regarde cet étrange sécateur dont la mâchoire m’évoque celle d’un toucan, je m’étonne de cette minuscule boîte grise scotchée au dos. Pas le temps de la frôler plus d’une seconde qu’une alarme retentit, à peine plus forte que celle de ce réveil-matin emporté (à Poitiers ?) un jour de concours pour je ne sais quelle école (oui, à Poitiers) et qui, à cause de son ridicule et faiblard bilibilibili m’avait empêché de dormir par peur de ne pas me réveiller. Je n’avais pas obtenu l’école, mais c’était bel et bien à cause de mon niveau en maths et en physique et pas à cause du réveil. Quant à l’alarme au dos du sécateur, il ne serait pas impossible qu’elle sonnât encore…

+ Le temple du jour : ota jinja. Aller un peu à l’est de Kimogamo en espérant trouver un petit café désuet, et aller par là-bas. Monter par ce chemin dans la montagne, ne pas oser poursuivre. Au retour, regarder le plan. La prochaine fois, oser poursuivre, s’aventurer.

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Dimanche 15 février 2015

Chaque jour il notait ma tenue (ça n’allait jamais vraiment).

Nelly Kapriélan ; Le Manteau de Greta Garbo

La maison est désossée. Elle livre ses secrets de construction, elle dévoile cet équilibre entre la fragilité et la souplesse, elle montre les fantômes de pièces,  ajoutées dans les règles de l’art et de l’urbanisme japonais (c’est à dire n’importe comment), que K a voulu supprimer. Elle nous étonne et nous inquiète, et donc évidemment on pose des questions sur l’isolation.

Puis prendre un train, 240 yens, trois stations, au-delà des montagnes de l’est, là, près du lac. Nom de la station : Zeze. Patienter dans un de ces cafés à l’américaine parce qu’il est tard, que nous sommes très en avance, qu’il fait froid et nuit et que les pourtours de la gare ne donnent pas envie de faire quelque chose ressemblant de près ou de loin à du tourisme. Chez Komada’s coffee, les banquettes sont de velours rouge et le bois clair, le café coûte évidemment 400 yens, on nous le sert avec d’alléchantes petites cacahouètes et puisque il y a de la place pour 4 il y a de l’espace pour s’étaler un peu, gribouiller des maquettes de site web, lire peut-être. Dehors, sourire de rigueur, un jeune homme sous-payé brave le froid et ceux qui rêvent de décroissance pour attirer le chaland, lui faire tourner une boule et lui faire gagner je ne sais quoi voire l’estime de cette marque de téléphonie mobile qu’il représente, toujours souriant malgré le froid et les vaines courbettes. Bien sûr nous ne sommes pas là pour ça, mais pour une répétition de Dumb Type, que l’on atteint après un parcours dans des couloirs qui m’évoquent Playtime sans être vraiment sûr de proposer la comparaison adéquate. La répétition est un moment comme je les aime, sans ennui, avec la joliesse d’un bon spectacle et les fragilités d’une répétition.

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Samedi 14 février 2015

Cher F,

Sais-tu qu’ici aussi on fête la Saint-Valentin ? D’une manière précise (même si j’imagine que certains ne suivent pas la règle) voire un peu particulière, puisque les filles offrent du chocolat aux garçons. Mais pas seulement aux amoureux, non non, aux amis, aux collègues… Je me demande ce que les Japonais ne fêtent pas ! Aujourd’hui, nous sommes allés prendre un café dans ce petit endroit sur Kitayama tenu par une dame à l’âge incertain. Assis au comptoir, nous avons pu regarder ses gestes lents et oser quelques mots à propos de ce « neko-yanagi« , ces branches de saule en fleur (en chaton, précisément*) vendues chez tous les fleuristes et dont la variété posée sur ce comptoir était très originale – désolé, je n’ai pas de photo. Et alors, imagine qu’à la fin, elle nous a offert à chacun une plaquette de chocolat, emballée dans un papier cadeau hyper chamarré ! La cliente assise au comptoir nous a un peu parlé, mais nous n’avons presque rien compris (si ce n’est qu’elle disait, comme toujours ici, qu’on était doué en japonais).

A part ça, la lumière de ce matin était particulièrement forte ; le grand rideau qui nous sépare de la petite terrasse était beaucoup plus clair que les autres jours, frappé par le soleil reflétant dans ce tapis de neige qui, une fois de plus, nous accueillait au réveil – et qui disparaîtra en quelques heures à peine. Tu vois, on ne parle que de la météo ! (Alors que je ferais mieux de parler de ce spectacle de Monochrome Circus qu’on a vu ce soir…)

* Totalement PADC, n’est-ce-pas ?

Lundi 9 février 2015

Chère C,

Imagines-tu qu’aujourd’hui il a encore neigé ? On ne parle plus que de cela, de la météo, de la neige, du froid… Nous attendons le printemps, même si la neige donnait au Daitokuji des airs mystérieux lorsque je le traversai sous le ciel bas et gris ; surtout nous regardions tomber les flocons avec plaisir à travers la vitre du restaurant, lors du déjeuner avec Y. Elle vous embrasse !
Il s’agit encore et encore de découvrir jusqu’au moindre détail de la gastronomie japonaise. C’était le cas hier, lors du buffet chez notre ami D, avec ces kogomi – fougères d’hiver à ne pas confondre avec celles du printemps utilisées pour les warabi mochi – et ces haricots fermentés, spécialités de Daitokuji, dont le goût était presque épais, comme une réglisse amère. Et à nouveau, donc, aujourd’hui, avec ce restaurant vegan au beau milieu des temples ; une jolie succession de goûts (parfois discrets, tu imagines…) et de textures (parfois surprenantes, tu imagines…)… Connaissez-vous cet endroit ?

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Dimanche 8 février 2015

S’appliquer. A refaire un logo, à dessiner des lettres sur un gâteau, à prendre tout le monde en photo, à écrire des hiraganas et à conjuguer ces verbes, qu’ils soient réguliers ou irréguliers, avec le souvenir des anglais (awake, awoke, awoken) ou des espagnols (fui, fuiste, fue, fuimos, fuisteis, fueron).

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Samedi 7 février 2015

Antiquaire, marteau, vase, cadeau, six petits verres bleus pour 1000 yens, une caisse offerte, et toujours à l’esprit ce sketch des Nuls « Hassan Céhef, c’est possible« . Du tissu pour assombrir un peu les matinées de plus en plus matinales, toi qui grimpe (au rideau), B qui peint (le plafond), et toujours à l’esprit cette blague « Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle« . Un bain public et une  baignoire sur la jaquette du DVD de « Je vous salue Marie », et toujours à l’esprit le souvenir délicieux d’autres films (plus faciles / évidents / drôles / frappants) de Godard.

Vendredi 6 février 2015

Dans une formulation interro-négative, elle remarque avec étonnement que je n’ai pas mon appareil photo. Déjà passablement encombré (d’un pull, et plus tôt d’un verre et d’une assiette), je réponds que c’est trop lourd ; comment dit-on « encombrant » en japonais ? Nous quittons cette ambiance festive avec l’envie de revenir chez Kiln a un moment plus propice, nous deux, sans ressentir cette lassitude, cette difficulté pesante à aligner trois mots de japonais, diffculté qui met parfois en branle notre patience à maîtriser a minima cette langue, de longs mois après notre arrivée ici. Plus tôt, cet homme en costume qui m’avait pris pour quelqu’un d’autre et à qui j’avais dit rapidement que j’étais français, m’avait répondu avec une naïve assurance que « Allora parla italiano!« . Le hasard faisait que oui, mais au bout de quelques minutes, même cette langue amie, noyée toute la soirée dans un plus  habituel anglais et depuis une heure dans un brouhaha festif, même cette langue amie, donc, devenait une épreuve. Basta… Andiamo via…

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Mercredi 4 février 2015

C’est dans cette « banlieue » que je cherche. Les façades, les ruelles, le rien, le calme, les distributeurs de boisson destinés à l’on ne sait qui, les serres, les champs, les flancs de montagne, la rivière, l’usine là-bas… C’est là que je cherche ce qui pourrait générer quelque chose, parmi d’autres idées flottantes. Cet inventaire photographique non exhaustif des paysages de la banlieue nord-ouest de Kyoto est un lien inattendu avec l’exposition vue le soir-même, où, parmi les trois artistes, une photographe (et ancienne architecte) a déposé délicatement des petites tirages d’ici et d’ailleurs sous pochettes plastifiées. La simplicité de l’installation mais aussi l’idée que le spectateur puisse saisir les images et s’en saisir te touche et me redonne envie d’aller vers la simplicité du journal exposé il y a un an. A suivre…

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Mardi 3 février 2015

Quatre mois ! Quatre mois que je n’étais pas allé chez le coiffeur ! Exactement ! Mais bon, à la vitesse où poussent les cheveux, on n’est pas à 1 ou 2 jours près. Et le soir, c’est graillon pour chasser les démons…

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Lundi 2 février 2015

Rien de plus stupide, pour qui crut mourir, qu’une lente convalescence. après que l’aile de la mort a touché, ce qui paraissait important ne l’est plus; d’autres choses le sont, qui ne paraissaient pas importantes ou qu’on ne savait même pas exister. L’amas sur notre esprit de toutes connaissances acquises s’écaille comme un fard et , par places, laisse voir à nu la chair même, l’être authentique qui se cachait.

André Gide ; L’Immoraliste

Alors M nous montre ce qu’elle fait, toute en rondeur et en légèreté. La simplicité de fabrication – j’entends par là la facilité pour se procurer le matériel, pas forcément celle pour atteindre une telle perfection – me donne immédiatement envie de passer à ça, quelque chose de manuel, sans bug, sans crainte, sans contrainte. La nuit tombée, au bain public, la lumière artificielle et habituelle nous surprend moins que celle de samedi, puisque alors il faisait jour.

Dimanche 1er février 2015

La neige était tombée durant la nuit, il était une heure bien matinale, alors c’est le silence qui t’a réveillé. Joli tapis au petit matin, 6h40 y croyez-vous ?, nous voici dehors, éternels enfants.

La neige avait fondu, il était une heure avancée de l’après-midi après ce déjeuner avec D et K, alors on a traversé la ville, là-bas vers le sud, vers cet endroit où la curiosité et tes fonctions nous poussèrent malgré le froid pour une exposition de bijoux contemporains.

Le film du jour : Le rayon vert, Eric Rohmer.

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