Samedi 31 octobre 2015

Le bar est spacieux (donc pas très kyotoïte), agréable (donc très kyotoïte) et de l’autre coté de la vitrine, là, juste à côté de toi, il y a une part de gâteau immense en carton. A l’intérieur, on note surtout la tête de panda en peluche accrochée au mur, telle un trophée. A l’extérieur, je remarque surtout le garçon avec un tee-shirt « Cindy Lauper » qui montera dans le bus 203. C’est un samedi différent, lent, reposant, différent parce que pour une fois nous marchons sur ce pont, ensemble. Ça n’a l’air de rien, mais…

Il y a ensuite cette scène qu’on ne comprend pas, au restaurant, c’est comme un film met finalement, on lit sur les visages les expressions faute de comprendre les mots. Et puis l’expo (sur des artistes inspirés par le mouvement) Rimpa. Et puis un film muet, un vrai, La Cigogne de papier, Mizoguchi années 30 et Japon bien sombre…

151031-DSC_2968 151031-DSC_2935

Vendredi 30 octobre 2015

Elles descendent du bus nord-8, en attendent en autre, et en patientant se pincent la joue, comme l’on se tiendrait le menton en jouant à « je te tiens… ». Le nord-1 arrive et elles repartent, sans que je sache si, à leur petit jeu, le but est de ne pas rire.

151030-DSC_2912 151030-DSC_2929

Mardi 27 octobre 2015

La scène est triste: de l’autre côté de la grande vitrine qui ne cache rien, deux femmes pleurent. Soudain le vétérinaire secoue la patte du chat, comme ça, vous voyez ? Comme un jouet, comme un truc mou, flasque, pas comme une patte de chat qui vient de mourir. Alors je ris. Devant l’absurde et la gêne de cette transparence que je trouve peu japonaise, je ris. Ce n’était pourtant pas le moment, de rire de la mort.

Et puis, comme un touriste, découvrir (Konnen-in) ou retrouver (Nishi-ki, Guio-Guiro…) et entendre K dire : « C’est assez délicieux« .

151027-IMG_20151027_121705 151027-IMG_20151027_121013

Dimanche 25 octobre 2015

Voir l’hiver approcher à cause des soirs frisquets alors que c’est tout simplement l’automne ; rallumer le hibachi.

151025-DSC_2703 151025-DSC_2708

Jeudi 22 octobre 2015

J’aurais pu fermer les yeux. C’est une spécificité de la vision. L’ouïe ne la possède pas. Les tympans n’ont pas de couvercle. Mais la rétine a un organe qui fait fonction de couvercle, en l’espèce les paupières. C’était donc facile. Et pourtant, je n’ai pas pu.

Hideo Furukawa ; Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente.

Mercredi 21 octobre 2015

Au crayon, dans la marge de la page 169 : « très important ». Je m’étonne encore que certains, sans vergogne, griffonnent, mais cette fois cela m’alerte, et j’ajoute un autre post-it jaune pour plus tard relire et mieux comprendre le japon et ses attitudes / habitudes (habittitudes ?).

Augustin Berque 151021-DSC_2592

Mardi 20 octobre 2015

Ils sont arrivés hier, discrètement, à l’heure du dîner. Me voici, ce matin, passant la tête puis toquant sur l’armature de la moustiquaire, bruit léger. A sourit et se précipite sur ses chaussettes pour les enfiler, apparemment gêné (qu’elles soient ainsi par terre ou que je voie ses pieds ?) et engage la conversation sur la météo (la chaleur d’août, son allergie au soleil) avant de s’inquiéter sur la présence de moustiques qui, par chance pour lui, ne font plus d’apparitions depuis quelques jours. Nous ne le verrons donc pas ici l’été prochain.

151020-DSC_2583 151020-DSC_2584

 

 

Vendredi 16 octobre 2015

La centrale se situe à peu près à dix mètres au-dessus du niveau de la mer. La vague fera plus de treize mètres. Les premiers plans montrent que le site originaire se trouvait trente mètres plus haut, mais on a raboté la falaise pratiquement jusqu’au niveau de la mer pour économiser les frais de pompage nécessaire au refroidissement des réacteurs. Le site contient six réacteurs nucléaires alignés en rang d’oignon, à deux pas de l’océan. On dirait un resort hotel, une résidence hôtelière pieds dans l’eau.

Michaël Ferrier ; Fukushima, récit d’un désastre.

Genkou-an, Kyoto 151016-DSC_2442 Daitokuji, Kyoto

Jeudi 15 octobre 2015

Sur la table basse, le bonheur de voir des livres. Depuis quelques jours il y avait Flaubert, Riboulet, les lettres manuscrites en marque-pages, en signal, celui de l’amitié. Il y avait aussi depuis trop longtemps maintenant celui, virtuel, toujours en attente, ce prénom en PDF. Et voici que ce soir il y en a d’autres, des signaux et des livres, japonais, japonisant, avec toujours en tête cette lumière ; et là, devant nous, le sourire radieux des amis, enfin là.

151015-DSC_2383 151015-DSC_2382

Mercredi 14 octobre 2015

C’est l’histoire d’une rencontre, celle avec les Bescher. C’était avant 2001, avant les carnets, avant les traces écrites de ce journal, avant les traces des anciens journaux surtout, ceux qu’on ne lit plus, ceux qu’on ne peut plus lire parce que c’est mieux ainsi, même si certains referont surface, ceux d’après 2004 par exemple, ceux d’avant 2008 sûrement, là où ça commence à ressembler à autre chose qu’un agenda, qu’un ramassis a-poétique vaguement à la Prévert (prévert pépère ?). C’est une question de temps, d’organisation, de copier-coller… de détricotage du passé peut-être aussi pour en enjoliver les formes, les phrases…

Bref, les Bescher. C’est, si je ne me trompe pas – c’est en tout cas ce que je raconte à chaque fois – ma rencontre avec la photographie exposée. C’est au centre Pompidou, c’est une baffe, c’est un virage. Je navigue entre la fascination et l’incompréhension, et il est probable que je ne reste pas longtemps. Et puis ça va me coller aux basques. Jusqu’à hier par exemple, voyez cette fichue façade plantée là, un peu plus bas que ce paragraphe, ils sont là les Bescher.

Enfin non, maintenant ils ne sont plus là. Plus du tout et il faudra rattraper le temps perdu, les regarder encore et les lire. Comme Chantal Akerman, alors ce soir c’est Je, tu il, elle. 1975.

151014-DSC_2376 151014-DSC_2380

Dimanche 11 octobre 2015

Il y a en entrant dans la maison une odeur que je n’identifie pas tout de suite. Je m’étonne que la porte arrière soit ouverte, je m’étonne de tout ce qu’il y a sur la table, je me demande qui a bien pu passer et laisser là ces surprises, surtout en regardant les étiquettes qui m’indiquent la provenance. Et puis je me rappelle, enfin, que c’est simplement toi.

Samedi 10 octobre 2015

« Je ne suis pas un homme pastel ». Je lui dis cela alors qu’elle me conseille d’acheter un vêtement dont les couleurs ne me correspondent pas. Je lui dis que tiens, ce sera la titre de mon autobiographie.

Promenades blanches, Alain Michard Onomichi

Vendredi 9 octobre 2015

La soirée s’achève, la semaine presque également, et l’on nous embarque vers une surprise, un ailleurs, une grotte, un aquarium, un musée sérieux et farfelu : des coquillages, des poissons, Jules Verne n’est pas loin. C’est un bar, un bar avec alcool, sinon une glace ; alors je prends une glace.

 

Mardi 6 octobre 2015

Chantal Akerman était comme une cousine, lointaine, rarement rencontrée, dont on nous aurait dit si souvent du bien, rien que du bien. Je n’avais pas souvent rencontré le cinéma de Chantal Akerman, une fois avec ennui, une fois avec plaisir, mais elle était de la famille, la tienne de cœur , donc la mienne par alliance, et te voilà soudain bien triste. Une autre douleur, donc, autre que celle de la nuit et du matin, douleur bruyante là, en bas du dos à droite, douleur évanouie comme par enchantement à la fin de la journée, après quelques médicaments et un « o daijini » vers 9h40.

151006-DSC_0661 151006-Alain-DSC_0642

Jeudi 1er octobre 2015

Je ne m’attendais pas, en lisant le discours de Kenzaburo Oé lorsqu’il reçut le prix Nobel de littérature, à découvrir que l’une de ses références était le conte de Nils Holgersson. J’ai 10 ans, le dessin-animé tiré du conte passe à la télévision chaque samedi après-midi et c’est sur le matelas épais et l’édredon fleuri de ma grand-mère que je regarde avec émerveillement l’histoire de ce garçon et des oies sauvages. J’ai alors rêvé, les années qui ont suivi, comme l’enfant devenu minuscule, d’être emporté au dos d’une oie dodue pour voir le monde… rêve bien plus accessible que de tuer des monstres interplanétaires en Ulysse du 31ème siècle.