Jeudi 26 novembre 2015

Au revoir, rendez-vous en avril. Au revoir, merci, j’ai dans la valise une bouteille de pineau, 3 jours de souvenirs supplémentaires et des images du cimetière, encore.

Bonsoir Paris, te voici bien changée, triste et plutôt inquiétante en ce premier soir.

151126-DSC_3493 151126-DSC_3507

Lundi 23 novembre 2015

Poussière. C’est un tunnel de poussière blanche qu’il faut franchir pour quitter l’appartement ; ne pas se retourner. Ne pas retourner poussière ? De l’autre côté, il y a un sauveur, des fleurs à la main qui nous accueille tandis que je toussote et m’époussette. J’aime la métaphore, l’idée du bout du tunnel après une semaine d’accrochage, de vernissage et surtout en ce lendemain de conférence, en ce lendemain d’un jour pas comme les autres, avec ce défi qu’on m’avait donné de parler de la lumière.
J’aime la métaphore, j’aime moins la situation, ému, quelques minutes plus tard, lorsque je me retrouve seul à trainer cette valise trop lourde sur les pavés bordelais. Au café un croissant, un expresso, 3 euros 50, l’employée qui note le menu à la craie de sa main gauche et mon esprit s’embarque déjà vers l’après, vers ces jeux d’enfants qu’il faudra montrer, vers ces envies de publications, de partages, d’échanges et vers ce roman qu’il faut écrire.

151123-DSC_3458 151123-DSC_3473

 

Samedi 14 novembre 2015

Je suis réveillé par un sommeil troublé, car rien n’est léger depuis hier soir, pas même le sommeil. Je suis réveillé par la peur du nombre que je vais lire, par les larmes. Je suis réveillé, moi ; d’autres non.

Jeudi 12 novembre 2015

Chercher ses tickets de métro devant les portillons, regarder l’heure et cette fichue machine, faire comme le type qui me passe devant et se glisser dans le portillon, s’asseoir et voir là-bas quatre ou cinq contrôleurs monter dans le métro, détester les cadres de la RATP qui décident d’envoyer des équipes de contrôleurs à 6h30 du matin, regarder les contrôleurs changer de rame une station plus loin, regarder les contrôleurs descendre à nouveau une rame plus loin et ne pas monter dans ma rame, respirer. Monter dans le TGV, s’inquiéter parce que le contrôleur n’articule pas du tout et annonce Breaux-Saint-Jean, regarder la brume, retrouver JLD, marcher, pédaler, se laisser guider, voir les tirages, presque pleurer devant cette porte, remercier le travail du labo, retrouver JLM, prendre une formule à 14,50, regarder le mur, hausser les sourcils, regarder les murs blancs, prendre un autre train, embrasser ses parents, survoler Berque.

151112-DSC_3245

Mercredi 11 novembre 2015

J’avais oublié que les gens fumaient des cigarettes électroniques. Oui oui, ça m’a surpris un court instant. Et puis, comme hier, plongeant dans les conversations alentours, cette fois à une terrasse, trois chemises neuves dans un sac, j’écoute. Ils ne se connaissent pas. Il dit qu’il aime le cinéma. Et la musique. D’ailleurs il aimerait en faire, du cinéma. Il cite Kubrick, Spielberg, Lucas. Lucas ? Elle ne connait pas Lucas. Il ne cite pas La Guerre des étoiles, non, il dit « science fiction… heu… voilà ». Elle dit « C’est un peu cucul je sais mais j’adore Woody Allen ». Il dit que c’est génial Woody Allen.

151111-DSC_3232 Palais de Tokyo

Mardi 10 novembre 2015

Pourquoi t’as acheté du steak haché ? … Ah ouais, tu vas lui faire la cuisine à la meuf de 30 balais !

Retrouver les rayons du supermarché, baigner de nouveau dans une foule parlant une langue qu’on comprend et éclater de rire au rayon frais.

Lundi 9 novembre 2015

Ce dernier jour avant de retrouver la France, j’erre dans les trop grands magasins, les rayons et les étages en quête de papèterie ou de produits pour restaurer mes chaussures. Comme si je l’avais oubliée, je prends en pleine figure l’absurdité de ce monde ultra-consumériste, dont je suis moi-même acteur et prisonnier, avec tout son déballage d’outils pour équeuter les fraises ou dénoyauter les avocats et regrette amèrement de ne pas être allé à cette conférence d’Edouard Louis, conférence un trop loin, temps un peu trop pluvieux, moi-même un peu trop bête.

Dimanche 8 novembre 2015

Il y avait, dans ces étagères ayant récemment subi une bascule de 90°, un numéro d’ArtPress sur la photographie plutôt planqué, à peine feuilleté. Il attendait sûrement d’être réellement utile, et à dix jours de l’accrochage, il le fut – dans un fauteuil vert de chez Zen – , et m’éclaira un peu plus sur ma propre démarche, sur l’envie, le besoin, la nécessité de ne pas s’aligner, de ne pas aligner, besoin découvert le jour où tu bousculas cette rigueur apparente et ces 4 images trop bien disposées, ce petit ensemble trop parfait, sans énergie, sans mouvement, sans lignes, sans dynamique, sans tensions, sans rien.
Un peu plus tard, cette série anglaise ajouta un peu d’énergie, de dynamisme, de mouvement… Shake shake shake!

151108-DSC_3204 151108-DSC_3202

Vendredi 6 novembre 2015

Il est comme toujours réservé, peut-être pétrifié pas son anglais chaotique qui m’oblige – et c’est tant mieux – à lui répondre en un japonais autant chaotique. Face à mes questions – Que faire de ces grandes planches ? que faire de ces vêtements en parfait état ? – il n’a pas de réponse, et le temps de sa réflexion, mon regard se porte sur son lobe gauche. Un trou. La marque d’une ancienne boucle d’oreille. J’ai du mal à y croire, à ce fantôme, ça ne colle pas avec le personnage devant moi, qui depuis un an et demi garde cette attitude de petit garçon timide et qui me fait à chaque fois regretter Rika et son énergie, ses questions, son étonnement permanent, ses marques d’attention et son amour pour les primevères et les pensées. D’ailleurs vous ai-je dit que j’en ai planté ?

151106-DSC_3160 151106-DSC_3167

Jeudi 5 novembre 2015

C’est vers 6h30 que le ciel du nord se teinte de rose au-dessus des montagnes, sans que l’on sache d’où elle vient cette teinte, si ce n’est peut-être d’une pointe de jalousie face au sud-ouest doré. C’est à 6h38 qu’une autre émotion teinte l’atmosphère : ce joueur de violoncelle, là-bas. Chut !

151105-DSC_30523000px 151105-DSC_3082

Mercredi 4 novembre 2015

Je vais parfois à Kyoto. Tant d’autobus ça m’étonne encore. Chez moi, tout le monde a une voiture, je ne savais pas déchiffrer un plan de métro, je n’avais jamais utilisé de transport public (pour quelqu’un comme moi, issu de la classe moyenne, c’était bon pour les pauvres). Il m’a fallu un an pour m’y faire. Le japonais, je l’apprends sur le tas. J’ai fréquenté quelqu’un près de Tokyo, un Canadien. Mais ça n’a pas bien fonctionné et, depuis, je suis célibataire. Ici, presque personne ne sait que je suis gay – ça ne leur plairait pas.

Nicole-Lise Berheim ; Saisons japonaises

151104-DSC_3000 151104-DSC_3004

Mardi 3 novembre 2015

Mais tu es sûr que l’on va pouvoir emporter ces deux grosses boîtes sur le scooter ? 

Lundi 2 novembre 2015

« Que l’acteur soit bon ou mauvais, faire le cheval c’est ingrat. »

in « Histoires d’herbes flottantes » d’Ozu

Dimanche 1er novembre 2015

C’est alors qu’il réalise, tandis qu’ils sont assis l’un à côté de l’autre depuis un long moment et que leur conversation vient de prendre la couleur du thé vert, qu’elle est celle avec qui il correspondait, et qu’il espérait rencontrer.

151101-DSC_2974 151101-DSC_2987