Mercredi 30 décembre 2015

Tu te souviens ? C’était ici. Il y a toujours cette sinusoïde arc-en-ciel. Et tout là haut, il n’y avait personne.

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Osaka by night - Arnaud Rodriguez

Mardi 29 décembre 2015

Tandis que la foule des touristes se rue sur les artères commerçantes et les temples conseillés par tous les guides et accessibles par quelques moyens de transport sur ou sous terre, nous retrouvons le Manshuin, havre de paix, après un autre lieu étrangement désert, la ほりかわクリニクoù le docteur Pascher s’était fait rassurant, comme s’il copiait la leçon Assimil n°46 sans avouer pour autant que c’était probablement dû à un simple excès de nourriture. 大丈夫です。

Et nous poursuivons, dans les montagnes, pour déjeuner grassement de nourriture « locale » puis pour lui montrer ce lieu que nous aimons, cette rivière bordée de bâtiments immenses qui abritent des tronc non moins immenses, ce lieu qui, les décennies passant, ne sera probablement qu’un fantôme.

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Lundi 28 décembre 2015

A l’aller, vers l’aéroport, c’est très simple : il suffit de ne rien comprendre aux indications pour louper l’entrée de l’autoroute et prendre la suivante, plus loin, là-bas. Au retour, c’est également très simple : il suffit d’une seconde d’inattention ou d’une évidence pour le copilote et c’est le drame : les embouteillages d’une nationale à la place de la fluidité d’une autoroute. A ta gauche cette fois, Lili, là là.

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Samedi 26 décembre 2015

Et se retrouver témoin de scènes de dortoirs ou de vestiaires, la jeunesse plus ou moins pubère se comparant les aisselles (entre autres parties du corps, entre autres gestes, entre autres détails qui pourraient s’étendre, mais fermons la parenthèse), dans des éclats de rire, des étonnements, des questionnements ou de franches provocations. Autour, quelques moues.

Kyoto by night - Arnaud Rodriguez Kyoto by night - Arnaud Rodriguez

Vendredi 25 décembre 2015

En haut, oui là-haut, dominant la ville, il fait chaud. Mais soudain la pluie. Sur les bords de la rivière, après une descente rapide et glissante, on trouve un café « parfait », un peu kitsch, douillet, température  élevée évidemment, velours rouges, jazz, décoration à l’européenne, bibelots et lampes des siècles précédents, un vase derrière toi (et donc sur ces photos que je ne montre pas), le tout m’évoquant, avec le sapin de Noël richement décoré, le lobby de l’hôtel de Londres de décembre 2008, même s’il n’y avait peut-être pas de sapin. La clientèle est âgée, et peu avant midi, elle rejoindra la maison de retraite d’à-côté pour le déjeuner, sauf ce couple à droite, quinquagénaire triant des photographies, ignorant comme il se doit les signes de politesse de la serveuse tout de noir vêtue.

Plus tard le hasard de retrouver ceux que tu avais rencontrés hier à 9,2km d’ici, puis enfin Furyô. Enfin Furyô, oui, enfin.

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Mercredi 23 décembre 2015

Lorsque D m’a envoyé l’info de l’expo, j’ai pensé que c’était des photographies faites par un garçon. En arrivant dans le petit lieu, troisième étage, dehors la pluie, ce sont des dessins à l’encre, quelques-uns seulement, alors on fait vite le tour et déjà sur le palier, elle nous suit, nous demande d’où l’on vient et répond que c’est elle l’artiste.

 

Mardi 22 décembre 2015

Avant qu’elle ne me pose une question à laquelle je ne saurai pas s’il faut répondre par oui ou par autre chose, je lui dis que c’est un cadeau. Alors elle sort une jolie pochette dans une sorte de matière un peu duveteuse et je lui que oui c’est parfait. Hai, kekkô desu… qui veut aussi dire le contraire, puisque c’est parfait comme ça, mais parfait comment ? Parfait à quel moment ? Et voilà une autre question, zut, et j’ajoute un Hai sono mama, un « oui comme ça », et elle reste sur le comme ça, le « comme ça » qui pour elle veut dire « oui comme c’est déjà présenté quoi »… alors que pour moi non non c’est plutôt « comme ça » quoi… Elle repose la jolie pochette, fourre la boîte dans un sac banal, et je repars avec mon latin perdu, n’ayant plus osé rajouter qu’une simple forme de politesse et un sourire (jaune).

Et puis là haut on se dit au-revoir…

Lundi 21 décembre 2015

Errer. Le verbe me convient. Habituellement ailleurs. Mais cette période de Noël m’entraîne plus que d’habitude et plus que de raison dans les boutiques, petits et grands magasins (藤井大丸 is my atarashii paradise), et jusque dans les cabines d’essayage, en vain malgré le bleu et le confort de ce blouson, en vain malgré la joliesse de cette chemise, en vain malgré l’insistance du vendeur (prononçant Henri Cartier-Bresson avec difficulté et adorant Mario Giacomelli) qui me permet néanmoins d’essayer d’improbables space-shoes de chez Y3. Et te voilà, alors on s’y entraîne mutuellement, puisque te voilà, entre obligation et hésitation, puisque me voilà, ne l’as-tu pas senti ?, entre hésitation et hésitation… Quoi ça ne te plait pas ça ? Et n’oublions pas de remettre la palme du vendeur du jour à la personne mega-gender de chez Vivianne W, même si je l’ai un peu obligé(e ?) à ranger la cabine avant d’essayer ce pantalon en velours rouge pas cher mais trop slim car je n’ai plus 25 ans (même si, en relisant ce qui précède, je me le demande…).

Dimanche 20 décembre 2015

Oh bien sûr on pourrait sourire pour la robe. Mais après tout, c’est Noël. Et puis on ne rit pas en écoutant Listz ou Ravel.

De toute façon on ne rit pas du tout aujourd’hui après la triste nouvelle du matin, qui se teinte presque de conditionnel, comme si l’incompréhension et le peu d’informations précises pouvaient effacer la mort. Je l’avais rencontré deux fois cette année, et auparavant son nom revenait souvent. Il restera la joie d’une photo ensemble, de jolis souvenirs attablés, et ces trois pendules arrêtées.

 

Samedi 19 décembre 2015

« Quand nous mourons dans l’opacité africaine, sur des rafiots birmans croisant en mer de Chine ou dans l’enfer glacé de Madagan, nous ne mourons pas, hommes, comme des chiens, nous sommes des chiens et comme tels nous mourons. Mais quand nous mourons là où l’esprit occidental a placé son centre de gravité et dicte son temps au monde, nous mourons comme des chiens parce que nous sommes des hommes et que les hommes ne meurent pas dans la rue abattus comme des chiens mais dans leur lit, paumes ouvertes. Les heures ne sont pas les mêms pour tout le monde, la chronologie est une fiction. Une balle à bout portant tirée en pleine rue.« 

Mathieu Riboulet ; Entre les deux il n’y a rien.

Après avoir croisé son regard et son chemin, je le suis car nous allons dans la même direction, là-bas, au bout du couloir où sont les toilettes. Il dégage quelque chose d’un peu condescendant, même de dos, derrière cette coiffure savamment travaillée et il marche avec l’air assuré des adolescents qui trainent fièrement leurs chaussures trop lourdes, le port altier, tapotant sur un téléphone portable relié aux oreilles par des écouteurs. A peine arrivé devant l’urinoir, il laisse échapper le téléphone qui tombe, poum, sur la céramique probablement à peine rincée par la chasse d’eau précédente. Se déclenche alors chez moi un rire que je cherche à cacher, mais je sens qu’il tourne un peu la tête vers moi, je devine qu’il voit mon rictus et les soubresauts de mes épaules… Lorsqu’il quitte ce couloir blanc, croisant mon regard rieur car je t’attends à la sortie, il poursuit son chemin en trainant ses chaussures trop lourdes, l’air de (presque) rien. Et te voilà : « Pourquoi ris-tu ?« .

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Vendredi 18 décembre 2015

Devant le théâtre de kabuki, c’est un autre genre de spectacle que celui qui se déroule en général à l’intérieur : deux grosses mascottes – un peu ridicules ou amusantes, c’est selon -, et des (personnes déguisées en ??) policiers qui distribuent des mouchoirs. Michel, avec qui nous avons rendez-vous, interrogent les policiers – puisque ce sont réellement des policiers – et nous apprenons qu’ils font campagne contre les yakuzas. La police plutôt que les yakuzas, voilà qui nous semblent plutôt justes, et le policier nous donne, ravi, un deuxième paquet de mouchoir, dans lequel on découvrira plus tard qu’il y a aussi un petit sac en plastique multi-fonction, puisque le policier lutte contre les yakuzas, pas contre la sur-consommation de plastique.

Mercredi 16 décembre

151216-IMG_20151216_211842Le documentaire du jour, 犬に名前をつける日, nous entraîne du coté de Fukushima, où certains animaux, chats, chiens, vaches, errent bien tristement. Mais comment on dit « Ouaf Ouaf ! » en japonais ?

 

Mardi 15 décembre 2015

Je pourrais faire un copier-coller du journal d’hier, puis remplacer sud par nord, ouest par est. Au-nord de Kamigamo, c’est pourtant si près, il y a une de ces zones que j’aime tant, zone frontière entre la ville et la montagne, zone inconnue qui s’étend, et il faudra aller plus loin, là-bas.

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Lundi 14 décembre 2015

S’éloigner, puisque la clémence du temps le permet. L’idée d’aller plus loin est toujours un peu freinée, bêtement, par les quelques taches habituelles ou pas, qui attendent à la maison, mais qu’importe. Regard sur un plan de la ville, chercher ce qui reste accessible avant de partir au hasard, imaginer ce que l’on peut contourner dans ce recoin aux côtes parfois abruptes, voir depuis Google maps les aires de jeux non visitées même si c’est toujours le hasard qui m’a fait trouver les plus intéressantes, séparées du ciel par quelques arbres souvent, encaissées parfois. C’est vers le sud que je vais d’abord, trouver cet endroit aperçu depuis le bus, il y a déjà longtemps, arrêt Senbon-Marutamachi, vous voyez? Vers l’ouest ensuite, explorant ce quartier résidentiel avec, pour presque unique bruit de fond, le train qui passe, cette ligne qui va vers là-bas, Arashiyama et puis plus loin encore, pourquoi ne l’avoir jamais prise ? Il va falloir aller là-bas, je dis « falloir » comme si je n’en avais pas envie, c’est idiot, aller là-bas, encore plus loin, pour ne pas quitter Kyoto avec le sentiment de n’avoir rien vu, pas assez vu. Car le temps passe.

Et puis le soir on retrouve ce bar, tu n’y étais pas revenu je crois, moi si, mais il faisait beaucoup trop chaud, tu sais combien les Japonais, si je dois généraliser, n’ont qu’une vision très restreinte des économies d’énergie quand il s’agit de climatisation ou de chauffage. Les murs de céramique sont toujours là, toujours les mêmes, les mêmes qu’avant et les mêmes qu’au bain, plus loin dans la rue.

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Samedi 12 décembre 2015

Et puis, cette série qui, globalement jouait sur une certaine idée de la bonne humeur au milieu et autour d’un couple en crise, prit un nouveau visage, terriblement grimaçant. F*ck.

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Vendredi 11 décembre 2015

Ne jamais prendre son temps dans la salle-de-bain-bureau-chambre-dressing séparée du reste de l’habitation par une porte quand il y a quelque chose sur le feu. Sauf si on aime les plats brûlés.

Le film du soir : « 恋人たち« . ええと… T’as tout compris toi ?

Mercredi 9 décembre 2015

Alors ils toquent à la porte, me demandent d’entrer, regardent les taches par terre, puis le plafond. Je leur dis qu’elles sont là depuis le début, leur demande s’il y a un problème, ils grommellent… Je dis « maybe ?« . Et ils ressortent. Ils regardent celles qui sont sur la terrasse et mon air surpris. Et ils repartent.

Et puis… et puis il y a Shin qui dreams d’Australie, ces quelques fleufleurs, ce pasta-déjeuner, ce zoo incroyable, l’incontournable guitariste du bar du RC et ces deux hommes débarquant au bain avec deux serviettes jaune vif reliées entre elles pour former un slip. Jaune vif.

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Mardi 8 décembre 2015

C’est toujours agréable d’aller à pied jusqu’au métro. 25 minutes de marche, plutôt qu’une dizaine en bus. C’est lorsque l’on arrive au métro, et que l’on se rend compte qu’on n’a pas le moindre moyen de paiement sur soi, que c’est moins agréable. Alors la suite du parcours, le long de la rivière tandis que la nuit tombe – et qu’arrivé à destination, elle est belle et bien tombée – je la transforme en moment agréable, toujours en quête de quelques images, toujours surpris par ces échassiers qui parfois ne bougent pas, toujours amusés par ce concerts d’oiseaux…

Et le film du soir ? Foujita.

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Dimanche 6 décembre 2015

Le japonais l’emporte parfois machinalement sur l’anglais entre nos invités, alors on essaye d’attraper des mots, des verbes, des constructions, exercice linguistique dominical qui permet de se rassurer – puisque l’on comprend parfois, un peu – et de s’agacer – puisque l’on ne comprend pas, souvent, beaucoup.

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Vendredi 4 décembre 2015

Il faut croire que j’ai déjà perdu l’habitude des horaires de bus. Alors tu viens à ma rencontre, moi me dirigeant d’un pas hâtif vers la rivière, guettant les deux roues entre deux réverbères puisque il fait déjà nuit, faisant signe à celui-ci avec mon téléphone, mais ce n’est pas toi. Au restaurant on évoque les sujets qu’hier soir nous n’avons pas abordés ; je dormais déjà, n’est-ce-pas.

Jeudi 3 décembre 2015

« Vous travaillez dans la mode, monsieur » ? me demande-t-elle avec sa pointe d’accent japonais, en ramassant mon plateau de petit-déjeuner, immuable petit-déjeuner, le même à chaque trajet Paris-Osaka. Elle trouve mon écharpe parfaitement assortie à mon pull ; il faut dire que j’ai remis cette paire de lunettes du même coloris. J’ai fini mon thé, zappe d’un disque à l’autre sur la sélection d’Air France, cherchant à combler quelques lacunes et j’en suis à Camelia Jordana, plus tard ce sera des noms déjà oubliés puis le plancher des vaches. Sommeil. Nemui desu. Peu dormi. Les pas d’un enfant et son rire ont terminé ma courte nuit; maman a pourtant dit « chut ! ». Ensuite les idées ont défilé, tout et n’importe quoi, peu importe, du moment que ça vous empêche de dormir.

Arrivé à l’aéroport, une équipe de télévision, qui m’avait déjà interviewé en mai 2014 je crois – j’avais alors pataugé dans un anglais mal réveillé – me pose la question qui fait le titre de leur émission : « Why did you come to Japan ?« , et comme je suis en mode auto-promo, on en vient à regarder mes photographies sur le petit écran du petit présentateur. Les voici alors avec l’idée de me suivre, donc de venir à Kyoto, pourquoi pas, ils m’appelleront, et en attendant me voici refaisant une prise, les laissant me suivre en sortant de l’aéroport, et les saluant en partant dans ce taxi collectif à 3300 yens dans lequel, malgré le sommeil, je ne m’endormirai pas.

Plus tard non plus, une fois la maison retrouvée, attendant de m’effondrer vers 19h. Je pars donc dans l’après-midi retrouver les bords de la rivière et les couleurs de l’automne, encore présentes, disséminées, diluées dans les branches vides.

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