Mardi 29 mars 2016

Bibliothèque où je t’attends – et où je finirai vraiment par me demander où tu es passé. Je passe de Chéreau à Rudi Baur, de Bruno Quinquet à quelques griffonnages jusqu’à ce qu’une phrase me happe. « J’ai une amie qui a ramené une chèvre à Paris. Elle l’a mise dans la cour de son immeuble, quai des Tournelles.« , dit-elle. Avant ils avaient parlé de je ne sais plus quels artistes, je ne prêtais pas attention à leur conversation. Après il ont râlé, mais ils ont parlé trop bas pour que j’entende.

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Lundi 28 mars 2016

Il y a l’homme dont la tristesse dans le regard est sûrement aussi grande que la misère dans laquelle il vit, et, impuissant, on tend une pièce et l’on rejoint le reste du monde : la légèreté des camarades de L, le château de Rochechouart, la risible médiocrité d’un magasin de porcelaine et l’énigme des grenouilles décongelées.

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Dimanche 27 mars 2016

Alors, dans le train et ces long laps de temps qui séparent les gares et les correspondances, je prends enfin le temps de lire la presse pour n’en extraire étonnamment qu’une seule phrase (« Ce qu’il appartient à la Constitution d’une République sociale de prononcer, c’est l’abolition de la propriété lucrative – non pas bien sûr par la collectivisation étatiste – mais pas l’affirmation locale de la propriété d’usage »), cette presse que, là-bas, je survole à peine dans ses diverses versions online. 

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Jeudi 24 mars 2016

Et le voilà, enfin, le colis et ses 150 exemplaires, m’attendant chez D. J-30. Il reste l’autre partie de l’exposition à finaliser, et cette journée ensoleillée et ses éblouissants contre-jour permettent de clarifier moultes hésitations taraudant mon esprit toujours rempli de doutes dans ces périodes pré-exposition.

Mercredi 23 mars 2016

Tu me dis, vas voir, c’est vraiment bien, c’est Galerie sud. Et c’était vraiment bien.

Mardi 22 mars 2016

Il me raconte qu’il déménage demain, et que pendant qu’il fait ses cartons, il regarde les Jeux olympiques de Londres en replay. La gymnastique masculine, plus précisément. Et il sourit.

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Lundi 21 mars 2016

Avaler en vitesse un thé. Marcher jusque là-bas, hésitant sur le parcours, Y comme moi, parce l’orthogonalité kyotoïte nous trouble toujours un peu. Avaler un petit quelque chose, devant le théâtre, en souriant aux premiers bourgeons des cerisiers, là, sous le soleil. Entrer dans le théâtre, voir, repartir, ne rien vouloir en dire. Découvrir que ce nouveau BAL cache une terrasse puis une autre. Aller à la VK, s’esbaudir devant le low-high-tech et aimer les écouter parler photographie, aimer comment ils en parlent, ce qu’ils en disent, ce qu’il en dit, en chien errant.

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Dimanche 20 mars 2016

Et sortir exaspéré du pressing. Pas pour une tache mal lavée ou un col mal repassé. Non. Juste parce que l’on n’a rien compris.

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Samedi 19 mars 2016

Un rayon de soleil les frappe, l’un sourit. Chemises blanches, pantalons gris anthracite, ils sont Tokyo, ou, sans restriction géographique, une image du Japon : salary-men buvant un café devant une supérette. Seules leurs chaussures, que je ne remarquerai que sur la photographie, le lendemain, ne correspondent pas au stéréotype. Ils terminent presque ces trois jours, alors que nous passons récupérer la valise et que la lumière revient enfin, après une journée de pluie et trois expositions dont le point d’orgue a été le travail (émouvant et politique) de Fujii Hikaru au MOT.

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Vendredi 18 mars 2016

Tokyo est une surprise permanente. Dans le carnet, j’écris « un tumulte architectonique », histoire de résumer cela en une formule et de me méprendre sur la définition de l’adjectif . Tumulte architectural, donc. Tumulte qui, soudain, par comparaison, transforme presque Kyoto en ennui. Bref, Tokyo est une surprise qui commence, en ce vendredi, par le musée Teien, pépite Art déco présentant, ce jour-là, une exposition Émile Gallé, qui pourrait éventuellement faire l’objet d’un petit billet sur un blog plus spécialisé et vaguement abandonné. La suite, alors que tu pars à tes rendez-vous, c’est, le répéterai-je jamais assez, le plaisir de marcher dans la ville, le tumulte, de Meguro à Shibuya, avec ensuite quelques destinations notées sur un plan : l’expo Simon Fujiwara — mais pourquoi nous oblige-t-on à regarder debout un film de 27 minutes ?… film que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs —, l’expo Lina Bo Bardi — qui me permet de retrouver le souvenir coloré du temple protestant bâti par F, juste en face — et enfin le Mori où tu m’attends pour surtout admirer la vue – c’était quoi l’expo ?

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Jeudi 17 mars 2016

Tokyo est multicolore. Du vingt-cinquième étage de la tour du quartier de Bunkyô, je regarde la ville, et je le note. Pour ne pas oublier la veille, je note aussi, sur la page précédente, les mots print, bar, anchois, risotto et IFJK. Quelques secondes plus tard, alors qu’elle aussi regarde la ville mais en discutant – parce que je parle souvent tout seul, mais pas cette fois – elle prononce le mot risotto, et je me demande si le hasard aime l’altitude ou si elle a lu ce mot mal écrit au milieu de sa conversation culinaire.
Le reste de la journée est une marche mégalopolitaine comme je les aime, découvrant rues et recoins, tours et couleurs, échouant sur une galerie d’art conseillée mais fermée, avançant et bifurquant, allant et venant, revenant à l’hôtel pour un peu de repos, finissant à l’IFJ pour une séquence cinématographique avec Rien ne s’efface, de Laetitia Mikles et The Freeters, de Marc Petitjean, histoire (avec The Freeters) de baigner dans un Japon que même en marchant dans Tokyo on ignore, celui des travailleurs précaires – et pourtant ils sont partout.

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Mercredi 16 mars 2016

Soulagé, parce que la commande en langue japonaise s’est correctement déroulée malgré l’invraisemblable découverte que le B4 japonais est plus grand que le B4 international et soulagé parce que voilà, c’est fait, il n’y a plus qu’à attendre la livraison, on part fêter ça, ce petit bar dont tu te souviens. Ton vin est madérisé mais les anchois c’est pas mal, ça fait presque oublier qu’il faut, tout de même, attendre la livraison.

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Lundi 14 mars 2016

Regarder son carnet une semaine plus tard, et se demander si la journée du 14 mars se résume à l’achat d’un produit à déboucher les tuyaux.

Dimanche 13 mars 2016

Un café en bord de rivière, un aspirateur sur lequel il suffit d’appuyer sur le bouton rouge, des graines semées, un déjeuner avec Y, une vidange, une exposition de céramique à YDS, une promenade dans le parc impérial, un dîner chez S avec DG. Et l’écriture, ça en est où ?

Samedi 12 mars 2016

Il y avait aussi M. et Mme… Elle, blonde solassière, vive, piquante, pétillante. Lui, un homme réservé. C’est toujours la même histoire : le chaud épouse le froid, on se marie pour compenser. On croit s’aimer, on se rectifie.

Roger Rudigoz ; A tout prix

 

Vendredi 11 mars 2016

Dehors, sur le petit chemin qui descend dans la vallée, ça sent le ponzû. Alors au retour j’entre, juste derrière cet homme, en costume, parlant fort, posant des questions, demandant si c’est le seul magasin, parlant vite, disant « Osaka », alors elle va dans l’arrière-boutique – c’est à dire les chais, immenses, abritant d’immenses cuves en bois, vous verriez ça… et elle lui fait goûter, et à moi aussi tiens, tenez, c’est chaud, léger, ça fume dans le petit récipient. Il regarde, il questionne, et je découvre qu’il y a aussi du tsuyu, vous ne savez pas ce que c’est ?, et bien moi non plus je ne savais pas, alors je regarde et je questionne, c’est pour les udon, me dit-elle, les udon et les sômen je crois, et peut-être autre chose, allez savoir. Allez savoir aussi pourquoi je ne l’ai pas achetée, cette bouteille de tsuyu

Le film du soir : Le tombeau des lucioles.

(Alors là normalement il devrait y avoir des photos, la montagne ensoleillée et puis autre chose…)

Mercredi 9 mars 2016

Alors il montre la photo des pages intérieures du catalogue, avec d’autres images bien sûr, on le savait ; sans les images que, lui et moi, je crois, aurions aimées voir. Alors j’en profite, je lui envoie un mail, il me répond, il me dit qu’il viendra, que l’on se verra, et que les aires trottent encore.

Lundi 7 mars 2016

« Your good times are just beginning » : le slogan, pour ce qui semble être une chaîne de restaurants, est sur une affiche, dans le métro. Parmi les photographies qui illustrent le support publicitaire, l’une d’elle montre des panneaux indicateurs parisiens dans le 16ème arrondissement (Porte de la Muette, etc.), et je regarde fixement l’ensemble pour essayer de comprendre la logique, le raisonnement, le pourquoi du comment et l’impact réel sur le public local. Le jeune homme, appuyé contre la partie droite de l’affiche, croit que c’est lui que je regarde, et donc embarrassé je le regarde un peu pour faire comprendre que c’est bien l’affiche que je regarde, vous voyez ?

Je te retrouve ensuite au Rohm Theater, et plus précisément à la librairie, où j’erre alors au milieu de mille tentations, plus particulièrement du côté du rayon graphisme, feuilletant et feuilletant encore quelques ouvrages plus spécifiquement consacrés à Yusaku Kamekura, mais c’est plus évidemment le spectacle de David Wampach, Urge, que nous sommes venus voir. Et alors ça bave, ça crache, ça s’inspecte, ça se renifle, ça se frôle, ça presque, ça évoque, ça équivoque, ça se tort, ça s’attire, ça montre et ça tire dessus, ça exhibe et ça extrait, ça gigote et ça interroge.

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Dimanche 6 mars 2016

Et soudain, dans l’ambiance feutrée d’un thé offert par un céramiste de renom, Beat it de Mickael Jackson s’échappe des hauts-parleurs, puisque de l’autre côté de la rivière la fête bat son plein pour faire la plus longue brochette de dango au thé vert – 800m – et entrer dans le Guiness. Beat iiiit ! Beat iiiit ! Beat iiiit ! Beat iiiit ! No one wants to beeee defeeeeaaated.

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Samedi 5 mars 2016

Je t’attends. Il sort du restaurant d’en face, pour accompagner les clients qui partent. Voix posée, haute pour ne pas dire féminine, articulée, bienveillante. Kimono vert clair, pour ne pas dire féminin. Gestes attentionnés, postures délicates, il m’évoque les attitudes marquées des acteurs de Kabuki. Il/elle fait partie de ces personnes dont l’ambiguïté de genre, est, il me semble, bien mieux intégrée qu’en France. On se souviendra par exemple de cette personne au vernissage Tillmanns à Osaka, ou de cet homme en mini-short en cuir à une matsuri. Bref… vous reprendrez bien une petite tranche ?

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Jeudi 3 mars 2016

Le parapluie étaient avec les autres, avec les oubliés, oubliés depuis quand ?, trois jours pour le mien. Yokatta !, dit-elle joyeusement, tranchant enfin avec le visage presque grave qu’elle avait à l’entrée.

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Mercredi 2 mars 2016

Le pain que je jette, là, devant la maison, généralement au pied du mur en parpaings, fait le bonheur des oiseaux, petits (moineaux) et grands (corbeaux), et ces moments passés ici pourraient s’appeler « Et je regardais les oiseaux« , même si, bientôt, les insectes s’imposeront dans mon exercice quotidien de contemplation. L’ambiance printanière laisse pourtant imaginer un papillon coloré virevoltant devant la fenêtre, et c’est en effet un ciel bleu qui s’impose lorsque je pars vers l’est, station Shugakuin. Sur le quai, puisque les infrastructures de cette ville m’offrent encore des surprises, il n’y a pas de distributeur de tickets. Le monsieur que j’interroge me répond très lentement, deux phrases simples, et me voilà surpris, par la réponse et la bienveillance, au point que j’en oublie de le remercier, mais je réparerai cette erreur en descendant – et payant – une station plus loin, puisque je ne prends pas le bon train.

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