Samedi 30 avril 2016

Les jours passent. Les visiteurs aussi. Dix-neuf, ce samedi : une femme qui ne dit rien, bouche masquée ; K,M&T, déjà là, dans l’une des images ; un homme âgé qui postillonne en me saluant ; deux Américaines dont l’une me sauve en traduisant l’incompréhensible question d’un homme qui entre et demande si c’est gratuit ; un homme qui me fait remarquer qu’il y a un sentiment de solitude et quelque chose de très japonais dans tout cela ; F, pétillante et un peu perdue pour venir ; …
Ils sont l’une des raisons d’être de ces moments d’exposition où l’on peu parler de tout cela, du pourquoi, des choix, des regards… mais ils sont cette fois-ci, pour un trop grand nombre, la frustration de ne pas pouvoir échanger dans leur langue.

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Samedi 23 avril 2016

La joie et le soulagement d’hier, qui avaient effacés le stress et l’agacement, sont remplacés par des doutes, mais tu me rassureras sur ce que je vois et qui m’obsède, sur ça, là, de traviole. De toute façon, c’est ainsi, c’est ouvert, entrez, dozo haitte kudasai, willkommen, bienvenue, welcooooome.

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Vendredi 22 avril 2016

… ou comment sortir exaspéré d’une expo, avec le sentiment désagréable que le spectateur est oublié et parce que des photographies sur le thème de l’exil mérite un autre traitement.
… ou comment te voir sortir heureux d’une autre.

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Jeudi 21 avril 2016

Sur les murs, des aires de jeux, celles d’ici, mais pas mes images, ne confondez pas. Je regarde le travail avec attention, interrogation, comparaison et la persuasion que la difficulté photographique du sujet, à cause de la confusion qui règnent dans ces espaces, est un fichu défi, auquel je m’accroche et dont j’ai déjà, peut-être, à l’esprit, l’issue. Peut-être. Peut-être parce que j’ai déjà, visiblement, contourné la difficulté. Peut-être.
Mais ne pas préciser que, pour leur anniversaire, ici, il pleut.

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Mardi 19 avril 2016

Pourquoi serait-il impossible de se couper le doigt en tranchant des rondelles de banane avec des ciseaux ?

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Dimanche 17 avril 2016

Revenir. 戻る.
Nous sommes accueillis à la sortie de l’avion par une moiteur d’été, des douaniers qui n’insistent pas et un chauffeur de taxi luttant contre le vent puis à la maison par les signes colorés des amies passées par là et par une végétation luxuriante, le printemps ayant verdi la terrasse et la ville et donné de nouvelles couleurs au champ d’en face et aux bordures.
Nous sommes poursuivis par la fatigue jusqu’au moment joyeux où l’on découvre la maison de C., sursaut de réveil pour apprendre qu’ici un zèbre est un rayure-cheval.
Dormir. 眠る.

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Vendredi 15 avril 2016

Pralus. L’une des vendeuses parle de Tahiti avec un type immense, la chevelure bouclée et blonde – vous avez dit surfeur ? Soudain, trois ou quatre mots en japonais, et, heureux d’entendre cette langue, je pousse une sorte de petite rire un peu bête, en tout cas surprenant, pour eux comme pour moi. Ils se tournent très brièvement vers moi puis poursuivent, tandis que l’autre vendeuse emballe ma brioche – c’est-à-dire celle que j’ai achetée – en glissant le mot aka (rouge) dans leur conversation sur la problématique du bronzage en milieu faiblement iodé (ou fortement, je ne sais plus, bref…). Alors j’interroge, et elle me répond que oui, mais qu’elle n’est pas retournée là-bas depuis trois ans.
C’est donc comme si le Japon, la veille d’y revenir, me tendait la main (malgré le cliché parisien du croque-monsieur dans une brasserie), puisque les deux expositions du jour m’ont entraîné vers ses deux maîtres incontestés, Araki et Moriyama. Force ou tristesse, couleur ou noir-et-blanc, je regarde tout cela avec émotion et intérêt, cherchant chez eux et dans leur photographie quotidienne voire boulimique, des réponses à mes propres questions.

(Et puis le regard de cette statue du musée Guimet, JG, la Seine, SO, le ballon multicolore qui vole dans la station grise, « vous avez échappé à la pluie », SR, RG et family, F/J/J, etc.)

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Jeudi 14 avril 2016

Ne pas voir GVS, sauf sur une dédicace, à la hâte. Voir A, C, A, Q, L, C…

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Mercredi 13 avril 2016

C’est l’absence de sens de ce que l’on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d’écriture.

Annie Ernaux ; Mémoire de fille

Mardi 12 avril 2016

Café parisien, fin de matinée entre un café avec ami et un déjeuner avec d’autres. Six lycéens. Terminale ? Jouent aux cartes.
– De toute façon il faut que ce soit MLP, qu’elle balaye un peu tout ça
– Tu déconnes là ? (visage rieur)
– Non non, de toute façon elle pas pas pire de FH ou NS…
– Naaaan tu déconnes…
– …
– … (Visages déconfits / inquiets / abattus / tristes)
– Bon allez c’est à qui de jouer ?

"After Photography - Part I" - Galerie Alain Gutharc - Curator: Pascale Krief. "After Photography - Part I" - Galerie Alain Gutharc - Curator: Pascale Krief.

Lundi 11 avril 2016

Elle allume sa cigarette difficilement, car les allumettes sont un peu humides. La fumée part de l’autre côté, cela m’évite de lui faire remarquer que cela me dérange, de toute façon je n’aurais sûrement rien dit, elle s’en fout, et les centimètres qui nous séparent empestent de sa suffisance et de son égoïsme dont je ferais bien facilement une généralité, agacé par ceci, cela et mon retard dû à ceci et cela.

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Dimanche 10 avril 2016

Quelle croyance, sinon celle de connaissance ? Et quel désir – qui dépasse celui de comprendre – dans cet acharnement  à trouver, parmi les milliers de noms, de verbes et d’adjectifs, ceux qui donneront la certitude – l’illusion – d’avoir atteint le plus haut degré possible de réalité ? Sinon l’espérance qu’il y a au moins une goutte de similitude entre cette fille, Annie D, et n’importe qui d’autre.

Annie Ernaux ; Mémoire de fille

C’est un nouveau métier, surfeur-boucher ? Ou juste une spécialité locale ?

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Samedi 9 avril 2016

(Ajouter ici un extrait la page 78 de Mémoire de fille d’Annie Ernaux)

– Et on va où ?
– À Bourron-Marlotte.

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Vendredi 8 avril 2016

Soudain, le cerveau sous l’effet conjugué de plusieurs plaisirs (amicaux, gustatifs et linguistiques), semble produire une substance plus ou moins (il)licite.

Jeudi 7 avril 2016

Retrouver Paris. Apercevoir la place de la République. Retrouver ma coiffeuse, son efficacité et ses « non mais c’est quoi ces cheveux là chéri ?« . Revoir trois visages de l’an dernier. Retrouver les rendez-vous presque improvisés et un peu de Japon dans des serviettes éponges. Avoir l’envie d’une chemise. Te retrouver au café Beaubourg. Découvrir Paul Klee. Aller à un concert de Jay-Jay Johanson : retrouver mes 24 ans.

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Mercredi 6 avril 2016

Elle a la gouaille et le look d’une patronne de boîte de nuit : cuir, talons hauts et années d’excès. « Je pourrais avoir un café au lait et un croissant ?« , demande-t-elle au patron du café de la gare d’Angoulême, aussi peu aimable avec sa clientèle qu’avec ses employés. Comme moi, elle attend, femme fatale et fataliste, le TGV ayant subi une heure de retard à cause d’une alerte à la bombe. Avec elle, un type en costume crème, genre personnage de maquereau chez Echenoz, qui commande un demi et lui explique ce qu’est un panini et que les meilleurs sont en Italie. Je suis plongé, une fois n’est pas coutume au milieu de ce séjour, dans la grammaire japonaise, qui, malgré la douleur subie en faisant quelques exercices, me donne envie d’être là-bas, où tout n’est pas sans risques, certes, et où je ne peux pas retranscrire les conversations de mes voisins de table, certes, mais où les trains n’ont ni alerte, ni ralentissement et où les patrons de bar vous sourient.

 

Mardi 5 avril 2016

Cognac. La ville presque une inconnue malgré tant d’arrêts à la gare, tant de passage sur la rocade à une autre époque ; à peine ai-je le souvenir d’une promenade, adolescent, en famille sûrement. L’immense drapeau d’une grande marque de cognac flottait-il déjà alors sur la ville ? L’adolescent est loin, vous souriez bien sûr, et c’est avec JLB, un peu cousin, un peu ami (déjà à cette autre époque), que j’y erre. L’adolescent est loin, le jeune travailleur aussi : à l’époque il aurait peut-être écouté ce photographe lui expliquer ceci (comment lire un triptyque), cela (pourquoi avoir choisi ce titre…) sans soupirer. Soupirs.

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Dimanche 3 avril 2016

L’homme revient dans le wagon, furieux. Voilà dix bonnes minutes qu’on attend de savoir à qui sont ces sacs au-dessus de nos têtes, déposés par un individu décrit comme grand et métis par un jeune homme bien embarrassé lors de sa discussion aux services de sécurité, puis enfoncé dans son siège, le visage passant du rouge au blanc, lorsque l’homme, évidemment innocent, annonce sa colère, les 45 euros d’amende, et son étonnement raciste en ajoutant que « ce sont pas les noirs qui posent des bombes ».