Vendredi 30 septembre 2016

La présence d’amis permet toujours d’aller ailleurs, là où l’on ne va jamais, ou si peu. Après un passage à la VK, le petit sanctuaire là-haut est une destination inévitable : plongé au milieu de la forêt, il offre, peut-être plus que d’autres lieux, le sentiment profond de la frontière entre la ville, qu’on touchait juste avant, et la forêt… Alors, tiens, l’idée me prend de prendre ce chemin, pas emprunté depuis 5 ans, chemin qui s’avère chaotique et donc pas très adapté à ma tenue plutôt citadine ; peut-être est-ce pour cela que le randonneur me sourit tandis que je m’assure auprès de lui de la direction vers Nanzenji. La suite, c’est autant de lieux, autant de surprises (« oh mais on s’est vus là-bas », etc.), de petits moments à raconter, liste interminable noircie sur le carnet.

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Jeudi 29 septembre 2016

Arcades sur Sanjo. Musique de Un homme et une femme, sans les voix, sans les chabadabada. Je viens de laisser M et P après un déjeuner épatant — retourner dans ce restaurant — et un café charmant — retourner dans ce café —, et viens d’acheter quelques cartes, graphisme délicat et simple. Soudain de dos, le sosie (vêtements et silhouette) de J, dont on avait justement évoqué le nom. Juste après la rivière est boueuse, les pluies sont si fortes depuis quelques jours, mais au bord deux jeunes femmes font des bulles de savon et je regarde la scène en pensant qu’ici il reste des plaisirs simples et légers. Au loin, les montagnes alignées en un dégradé gris-bleu magnifique, et cette couche de nuages.

Au café Bibliotik, un ginger ale, les mots que je chercher à écrire et la musique de Feist qui me fait plaisir malgré l’impression de m’être détaché de ce genre d’écoute. A côté il fume après son déjeuner, tasse à café, grosse montre, éventail sombre. Je crois qu’il pleut à nouveau.

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Lundi 26 septembre 2016

Au matin, la lumière est belle, elle offre au mur de la cuisine des ombres semblant inédites. Et puis j’allume l’ordinateur, Internet, Facebook… et la lumière, à la lecture d’une bien triste nouvelle, s’éteint.

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Vendredi 23 septembre 2016

S’octroyer une pause musicale pour partir aux antipodes, en se disant qu’il faudra y aller puisque l’on y pense depuis longtemps et en se disant qu’il faudra en savoir un peu plus sur ces 2000 réfugiés partis au Chili grâce à Pablo Neruda et dont l’histoire, au hasard d’une interrogation (parce qu’il va bien falloir le nourrir ce livre en cours), s’est affichée sur l’écran… Et découvrir la version d’origine de cette chanson, version tellement plus légère que celle de Mercedes Sosa, tant écoutée pourtant.

Jeudi 22 septembre 2016

Elle veut savoir où on achète les plantes, comment, pourquoi… Je bafouille, mon anglais se prend les pieds dans les racines… que dire ? Les interviewes ont pourtant tendance à m’amuser mais l’alignement des pots sur la terrasse ne me semble être un sujet très passionnant malgré l’intérêt que j’y porte quand il s’agit de les aligner et je n’ose pas vraiment lui dire que la sélection lors de l’achat se fait en général… sur le prix… Que dire alors ? Rien, ou si peu, et je sors, lorsque c’est approprié, une des réponses vaguement préparées (la comparaison avec les pots devant les maisons en particulier, mais je doute que ça lui fasse plus de trois lignes dans son article). Je ne te regarde pas, ou si peu, j’ai peur que, dans mon regard, tu lises mon ennui, et lorsque tu parles mon esprit facilement détourné glisse vers le photographe en me demandant ce qu’il va tirer de cette lumière grisounette…
Au moment de partir, le rédacteur en chef, plutôt assorti à la météo, nous offre le dernier numéro, spécial mode. Au fil des pages, les mannequins font tous la tête ; alors mon esprit facilement moqueur en rit.

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Mardi 20 septembre 2016

Alors, soudain, la pluie s’arrête. Et le vent. Je pars, pour un court instant seulement, d’une part pour prendre l’air, d’autre part parce que les vases sont moribonds, le contenu du frigo imparfait, le tofu tentant, ton retour attendu. Alors il ne faut pas oublier de regarder le ciel, sur lequel on a tant maugréé jusqu’alors, mais dont le gris se dore.

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Lundi 19 septembre 2016

Sur la table basse, les lectures à venir, Faye, Del Amo, signes visibles de ton retour. Sur la table du déjeuner, des fromages, signes gustatifs de ton retour. Dans l’armoire, la valise, quelques vêtements rangés et l’odeur résistante du fromage, signe odorant de ton retour et de l’insuffisante protection d’un sac plastique.

 

Samedi 17 septembre 2016

« Non mais c’est fou, les gens à Paris, ils ont tous des fêtes d’anniversaire. »

La radio – à savoir France Culture – m’accompagne chaque jour en pointillés – de longs pointillés -, depuis deux ou trois semaines, en raison de tâches professionnelles le permettant, et sûrement en raison d’une envie furieuse : écouter les gens parler, apprendre sans y faire attention, oublier ce que j’entends sans m’en faire ombrage. Ainsi aura-t-on vu passer Akerman, Vecchiali, Delphine Seyrig, et même Dalida (ou toi) et tant d’autres voix parlant de choses et d’autres… et ce samedi, Mauriac, voix râpeuse et chroniqueurs précis écoutés d’une oreille tout de même un peu distraite – en raison de tâches professionnelles.

Au fait on dit comme « charrette » en japonais ?

 

Vendredi 16 septembre 2016

C. est arrivée un peu plus en retard que moi au lieu de rendez-vous : ayant pédalé très vite, j’avais limité les dégâts, et m’étais donc mis à l’ombre, surveillant le point prévu en sueur. Nous avons déjeuné, sur cette portion un peu ingrate de Marutamachi, dans un petit restaurant charmant et vide – l’horaire était tardif – en parlant de de choses et d’autres, puis, courtoisement poussés dehors par la patronne – l’horaire était tardif – nous sommes allés dans un café, un de ces savoureux cafés années 70 (étagère derrière le bar tout en angles ronds, lampes rigoureuses orange et noires).
Ce n’est qu’au moment de partir qu’elle me dit « oh il faut tout de même que je te raconte pourquoi je suis arrivée en retard« . Elle n’a pas le temps de donner beaucoup de détails que je la coupe : D ! C’était D ? C’était D. Mais, on n’arrive pas en retard dans ces cas-là : on revient d’un autre espace-temps.

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Mardi 13 septembre 2016

Sortir les poubelles à 8h19 n’a rien d’agréable, ni de réellement désagréable. Ce serait même plutôt une activité neutre ; mais ici, cela permet de jeter un œil à gauche, vers les montagnes juste là, et à droite, où ce matin le mont Hiei dépasse des nuages. Mais bien sûr, entre lui et moi, il y a les toits, les fils électriques, les antennes et la difficulté d’en faire une image discrète qu’on montrerait ici.
Un peu plus tard, en passant devant le café au rideau baissé, ce café dont le nom oublié le restera à jamais, je repense aux quelques cartons posés devant, un dimanche, signe d’une fermeture définitive dont on imagina alors la raison, et je pense surtout à la dame, courbée derrière son bar, qui nous avait offert du chocolat un 14 février et que j’avais photographiée, photo volée, la dernière fois, ému de voir sa faible personne tirer de cette activité le moyen d’exister encore bel et bien. Il y avait alors, entre elle et moi, les nuages épais d’une impossible communication. Et il y avait là, suspendue, cette idée que j’avais avant de m’installer au Japon, de photographier les vieilles dames qui tiennent des cafés, signes tangibles d’une économie microscopique et d’un moyen de souder ce maillage relationnel fragile. Il y avait ce jour-là, surtout, une immense émotion, qu’aucune image discrète se saurait exprimer.

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Lundi 12 septembre 2016

Le réveil a retenti, mais la paresse et le sommeil l’ont emporté. Jusqu’à ce que le téléphone sonne. Hein ? Déjà ?

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Dimanche 11 septembre 2016

On pourrait ajouter ci-dessous la gamme colorée et appétissante d’un restaurant d’Ohara, où nous célébrions cette date, la tienne, un peu en retard (15 minutes à peine, un peu optimiste que j’étais sur le temps pour rejoindre le village depuis la maison du samourai où j’avais donc oui pour un thé, l’amitié passant alors, dans mon esprit devant les règles locales de savoir-vivre).

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Vendredi 9 septembre 2016

Et c’est à 15h40 que la musique, venant probablement du lycée de Takagamine, se fait entendre. Un instrumental de « The Locomotion » aux basses (poum poum poum) imposantes, air qui trotte (ou se locomotionne ?) ensuite un moment dans la tête, surgissant par exemple dans les transports en commun ou assis sur cette moquette marron qu’il faudrait vraiment changer.

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Jeudi 8 septembre 2016

Tu es loin, cette distance vaguement habituelle entre Kyoto et la capitale. Les nuages et la pluie, aussi, se sont éloignés, me permettant d’enfourcher mon vélo pour aller à Kawaramachi – Marutamachi, dans ce petit magasin de chemises, où je suis sûr de te faire plaisir utilement, même si les doutes s’immiscent toujours lorsqu’il s’agit de choisir, surtout lorsque le col est à boutons.

160908-dsc_0697-2 Kyoto, parc impérial

Lundi 5 septembre 2016

Un homme tousse. Je regarde vers la rue. Homme âgé, petit, rond, casquette noire de base-ball sur la tête, chemise blanche, pantalon crème. Il tient son parapluie comme un club de golf, à l’envers, et fait de grands gestes, comme parfois le font les hommes d’un certain âge, mais plutôt secs, devant leur maison, pour s’entraîner dans leurs swings. Il avance, recommence, et puis tourne la tête. Et me voit. Me voit qui le regarde. Ciel couvert, 17h15, la petit lampe est donc allumée à côté de moi, permettant aux passants de voir l’intérieur de la pièce, et donc moi, clairement. Mais je ne sais pas s’il voit mon sourire.

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Dimanche 4 septembre 2016

– T’as jamais fait des mots croisés toi…
– Non, je déteste.

Parce qu’O a pensé à nous, en nous envoyant ce lien, rappelant qu’Internet regorge de trésors, nous voilà écoutant ce que Faulkner pense du Japon, là, dehors, sous les douces – quoi que sonores – stridulations des grillons qui, petit à petit ont remplacé les cymbalisations des cigales… Grillons qui entrent allègrement dans la maison sous nos regards attentionnés, parfois suivi de gros cafards subissant de notre part une légère discrimination au faciès, virés à coup de balais afin de tester leur résistance et notre agilité.

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Samedi 3 septembre 2016

Il est là-bas ; elle, initiale A, voudrait une photo avec lui, on en rit, « yes i am a fan », elle me demande si je… Lui, c’est la star, vue sur scène parmi 6 autres corps, corps sans tête, corps autres, corps déformés, corps-membres, glissant dans un magnifique environnement noir et blanc, entre ténèbres et lumières, un environnement où l’on décrirait les matières, comment elles partent, viennent et vous surprennent. Mais elle, comme moi, on n’aime pas ça, demander, demander une photo, demander un instant(ané). Et puis il parle avec K, qui l’embrasse de toute sa latinité extravertie et joviale, alors on s’approche, je me présente, il dit ah ok, et il sert la main à A ; geste tellement non japonais entre deux Japonais. Elle repartira donc avec ce souvenir d’un contact et d’une parole brève, son prénom, à peine plus, un rire évidemment.

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Vendredi 2 septembre 2016

Il y a alors la photogénie d’une vieille dame aux vêtements couleurs pastels penchée dans le camaïeu brun de la jachère sèche d’en face. Entre elle et moi, toujours cette grille, quelques branches, et la furtivité de la scène.

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Jeudi 1er septembre 2016

Café Hashimoto. 4 clients. La grande table centrale est vide, il faut venir plus tôt pour écouter les hommes parler entre eux en lisant le journal. À côté de moi, deux femmes discutent. La soixantaine, vêtements noirs, mais l’une a des chaussettes en guipure blanche sous ses chaussures en vinyl et l’autre enfilera avant de partir un petit gilet sans manches, léger, blanc aussi. Elles boivent un thé, noir aussi, et la tranche de citron malmenée est posée sur la soucoupe de la tasse anglaise. Ce que je capte de leur conversation, au milieu de l’apprentissage de quelques kanjis, permet de réviser ses formules météorologiques (« il a l’air de faire chaud, dehors ») et capillaires lors d’une tirade où le non-verbal et les interjections de l’interlocutrice laissent à penser que la locutrice n’est pas très contente de son dernier passage chez le coiffeur – qui a tout de même dû lui prendre plusieurs milliers de yens et deux bonnes heures de son temps.
Quelques minutes plus tard, les femmes qui les remplacent sont d’une autre classe sociale, vêtements non coordonnés, coiffure désordonnée, teinture oubliée. Sans s’en plaindre.

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