Mercredi 30 novembre 2016

Bords de la rivière, entre Kitayama et Kitaoji, détour sans pareil pour aller à la salle de sport. Je compare les couleurs avec celles d’il y a trois semaines, le ciel s’est un peu éteint et le marron l’emporte désormais. Soudain au loin, un immanquable kimono aux motifs et couleurs d’automne ; elle pose à côté de son futur mari vêtu de noir. L’assistante (vêtue de noir) se démène tandis que le photographe (vêtu de noir) leur fait prendre la pose : lorsque je passe à côté le futur tend le bras vers l’ouest, un éventail dans la main…

Salle de sport. Un homme a fait un malaise il y a quelques minutes, mais puisque l’on s’affaire autour de lui, et que de toute façon je ne vois pas en quoi je pourrais être utile, je poursuis mes activités et compare les kilos poussés / tirés / soulevés avec ceux d’il y a trois semaines, et… comment dire… le ciel s’est un peu éteint ? Soudain regardant à nouveau vers l’homme, je vois qu’il est entouré de deux personnes en uniforme et immanquablement, malgré l’inquiétante immobilité du sexagénaire (assis), je souris. La scène n’est pas drôle, me direz-vous, mais les uniformes, teinte crème évoquant un vieux costard des années 70 ou quelque chose d’Europe de l’Est à l’époque soviétique, sont portés par une espèce de couple à la Laurel et Hardel, ou à la Dubout, bref : une petite grosse et un grand maigre… surmontés d’une casquette disproportionnée. Je tente bien sûr de cacher ce sourire idiot, mais cela devient difficile lorsque arrive le brancard porté par… des hommes casqués, version casque de chantier, voyez-vous ?
C’est lorsque l’homme s’assied sur le brancard, visage figé et raideur encore plus inquiétante, que mon sourire retombe.

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Mardi 29 novembre 2016

Le premier bonheur du jour, comme chantait Françoise Hardy, n’est pas un rayon de soleil (qui s’enroule sur ta main, etc.) mais les lignes colorées au-dessus de la terre, là-bas vers le nord, tandis que l’on survole la nuit.

Le deuxième bonheur, c’est la visite d’un hôtel ouvrant ses portes le 1er décembre. Pourquoi bonheur ? Parce que le lieu, constitué de 10 maisons anciennes, parvient à sauver, ces 10 maisons, tandis que le reste de la ville se transforme, se plastifie, s’uniformise. Le touriste lambda, ne franchissant pas les portes, profitera seulement des façades sauvegardées conjuguées à la modernité d’un portail de métal, mais le touriste moins lambda (et aisé) profitera de la jolie conjugaison entre ancien et moderne, dont on nous rebat les oreilles avec le Japon, certes, mais qui permet de sauver ici ce petit bout de patrimoine vernaculaire. Au milieu de cette conjugaison, les fleurs de chez Mitate, les plantes sélectionnées par Seijun Nishihata, le graphisme de Kazuya Takaoka et les « monochromes » photographiques de Taisuke Koyama.

Le troisième bonheur, c’est de retrouver son lit à 20h.

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Du 10 au 27 novembre 2016

Revoir Ivry, Paris, Chaniers, Saintes, Bordeaux, Rome et Limoges.

Regarder alors les quelques images faites, quelques couleurs d’automne seulement dans la campagne saintongeaise, puis les ocres romains et les visages effacés des statues.

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Mercredi 9 novembre 2016

Décalage horaire américano-nippon oblige, la journée passe l’œil rivé sur les courbes de chance que Clinton ou Trump soit élu(e). Il est tôt lorsque la ligne bleue démocrate commence à chuter, j’entame alors le repassage de quelques vêtements, et cette déclivité transforme alors un intérêt pour ces élections en une obsession, une immense tristesse voire un effroi à l’idée que l’Amérique soit dirigée par ce type, même si l’idée d’une Hillary ne faisait pas sortir les confettis.
Mais c’est dans un commentaire sur Facebook que s’aggrave, non pas mon obsession, mais mon effroi, effroi dû à la verbalisation de la haine de l’autre, verbalisation toute trumpienne s’étalant là sous des prétextes de liberté d’opinion pour une vaine histoire de photo de nu censurée sur ce réseau social. À un commentaire insultant et déplacé, j’ose répondre un commentaire agacé, et me voilà traité de censeur par un individu qui confond liberté d’opinion et liberté de tout exprimer, vraiment tout exprimer, tout, surtout des propos inconvenables, haineux, de préférence exagérés et donc erronés, voire simplement idiots après que l’individu en question a lu ce journal.

Évidemment, il est bon de dire qu’il ne faut rien répondre à ce genre de médiocres crachats provenant de paranoïaques aux œillères brunes, mais je crains que ce qui était une minorité silencieuse avant l’avènement des réseaux sociaux et des commentaires dans la presse en ligne ne devienne trop bruyante et s’impose. L’auto-censure, directe conséquence du respect dont nous devons tous faire preuve, est semble-t-il une notion ignorée par cette partie de la population…

C’est donc agacé que j’arrive chez C, bras plâtré mais radieuse, qui nous raconte sa journée avec le Dalai-lama, ce dernier conseillant à chacun de chercher l’amour qu’il a au fond de lui, pour s’aimer lui-même et donc aimer les autres. Y en a qui vont devoir creuser…

Dimanche 6 novembre 2016

Avoir une invitée péruvienne à déjeuner = comprendre qu’on est totalement ignare en géographie = se dire qu’il va falloir y mettre les pieds, un jour, de l’autre côté.

Le film du soir (plutôt joli, sachant prendre son temps) : 群青

Samedi 5 novembre 2016

Elle porte une blouse marron clair, aux rayures plus foncées et son teint hâlé contredit plutôt l’image habituelle des patients dans les hôpitaux. De la petite cafétéria où les autres patientes font surtout un passage (lent) à la machine à glace pour remplir leur sac, le Mont Hiei domine l’horizon. En contrebas, la rivière bordée de cerisiers dont les feuilles rouges s’éparpillent de plus en plus. Elle nous confirme que, oui, c’est joli Takao, surtout à la saison des érables qui rougissent.
Alors nous voilà au milieu des montagnes et des couleurs, car Takao est tellement près… Au milieu des Japonais, aussi, puisque c’est la saison où on les retrouve en-dessous de chaque érable : l’impermanence, etc.

Et s’étonner (encore) des patates vendues à la pièce et (déjà) d’un sapin de Noël bleuté devant un immeuble.

Jeudi 3 novembre 2016

Une idéologie du clivage et de l’aspiration petite-bourgeoise à un statut supérieur conduit le travailleur intellectuel à considérer les classes laborieuses  avec arrogance, cynisme, mépris, et une forme de peur. Les artistes, en dépit de leur romantisme et de leur propension à l’encanaillement, n’échappent pas à cette règle.

Alan Sekula, Défaire le Modernisme

Le jour de la culture est un jour férié qui nous emporte dans une liste à la Prévert de lieux vus et moments vécus, liste pas aussi longue que la queue pour visiter le Palais du Ninna-ji, mais tout de même, on y trouve un magasin de mochis, un hôpital temporairement déserté par l’amie au bras cassé que nous venions voir, un temple jamais visité et sus-nommé, un restaurant de sushis, un fleuriste dont on avait tant entendu parler, jouxté par un petit café-boutique tellement « kyotoïte » qu’on se demande si les serveuses ne sont pas recrutées chez des bonnes-sœurs et duquel on sort pour féliciter le fleuriste pour sa jolie boutique (fleuriste garant donc sa voiture à point nommé / fleuriste dont la coupe de cheveux ne pouvait être oubliée depuis cette même soirée avec cuistot danois à pull multicolore et artiste animalo-aquarelliste / fleuriste faisant donc courbette et sourire en retour de mes félicitations) et un sanctuaire où l’on célèbre on ne sait quoi et où le prêtre shinto suit la procession assis dans une décapotable.

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Mercredi 2 novembre 2016

Retrouver les tonnes poussées-tirées-cumulées à la salle de sport. Retrouver Kurodani pour y enregistrer les prières du soir (mais il faudra recommencer). Découvrir qu’il y a un deuxième rayon pour apprendre le japonais à la librairie de Bal. Découvrir enfin Forum et y goûter une bière légère et locale. Choisir un restaurant de ramen après avoir compris qu’on ne voulait pas de nos têtes d’Occidentaux au comptoir. Choisir ?

Regarder un bout du film(酒井家のしあわせ) débuté la veille et arrêté ce soir avant la fin parce que bof on comprend rien laisse tomber cette histoire de famille avec le mot « bonheur » dans le titre.

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Mardi 1er novembre 2016

Écrire. L’ouvrage est en attente depuis des années, souvenez-vous de la chambre en Bretagne où il avait vu le jour, entrecoupé de la lecture de La Recherche et de bains de mer un peu frais. L’ouvrage progresse depuis quand une idée est notée, qu’un souvenir revient. Rien que sporadique. Rien que quelques pages. Depuis hier, une étape est franchie : les photographies, sources de la suite du récit, sont copiées sur la tablette. Il y a alors la vague mise en place d’un protocole d’écriture, qui bien sûr se heurtera à la réalité. Et l’idée d’un rythme imposé, qui bien sûr se heurtera à la réalité.
Vers 13h30, il faut donc penser à laisser le clavier et à manger. Puis, vers 15h, puisque il fait encore assez beau, il faut penser à prendre l’air, et aller voir dans le quartier ce qui offrirait quelques photographies, sources d’un autre récit, celui du quotidien, narré ici maintenant ou ailleurs à l’avenir.
Dehors, 15h20, c’est l’heure de la sortie d’école, joyeuse et colorée comme des cartables vifs. Et puisque les nuits sont fraîches, le camion distribuant le fioul est en tournée, petite chanson dans les rues et bip bip bip en reculant.

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