Vendredi 31 mars 2017

Sur la « Liste des choses à faire et à voir avant de partir », nous voici rayant la Villa Katsura, visitée donc un dernier matin de mars, peut-être en quelque sorte un dernier jour d’hiver, puisque ciel bas qu’on pourrait dire maussade et qui finira tellement menaçant qu’il pleuvra un peu plus tard. La Villa Katsura, j’en dirais beaucoup plus si je n’avais pas observé les visiteurs et ce guide, imper bleu pétrole et chapeau, parapluie au coin du bras, humour au coin de la bouche. La Villa Katsura, j’en dirais beaucoup plus s’il était dans mes habitudes de m’arrêter sur ce genre de description d’une autre époque, alors que finalement, cette cafétéria où nous nous sommes arrêtés après pour un café serait plus à même de satisfaire mon goût de la description, avec en premier plan la serveuse nous désignant le coin des soupes puisque, je vous l’ai dit, c’était une cafétéria, fermée uniquement de 5h à 7h, tant pis pour les lève-tôt.

Lundi 27 mars 2017

Aller chez Yodobashi pour annuler nos contrats de téléphone… mais il faudra le faire le dernier jour. (???)
Aller à la gare pour acheter des billets de train… mais il faudra le faire le jour-même. (???)
Aller n’importe où et entendre « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita », « kashikomarimashita ». (!!!)

Dimanche 26 mars 2017

Le film du soir : Rester vertical, bouffée d’air frais sur grand écran, et avec cette fraction de seconde de plaisir de voir Guiraudie répondre à mon rire lorsque il déclare qu’il n’est pas facile de trouver des acteurs à l’aise dans la campagne (#crottesdebrebis).

Samedi 25 mars 2017

Soudain dans le champ d’en face, le ballet étrange d’une lumière dans la nuit. Il semblerait qu’on désherbe aussi de nuit, ici.
Dans le vase, l’iris qui rabougrit.

Vendredi 24 mars 2017

Il est monté quelques stations plus tôt, et puisque il descend, le chauffeur du bus nous demande d’attendre à nouveau, puis se lève, détache le fauteuil roulant, installe ce qu’il faut entre le bus et le trottoir… et voici, accourant à nouveau, le chauffeur du bus qui nous suit, pour aider. Je regarde la scène en pensant à la France, à la visibilité des handicapés, lorsque passe, sur le trottoir, un aveugle, jolie coïncidence enfonçant le clou de mes pensées.

Et voici qu’à la salle de sport, dans l’indifférence générale, et presque sans émotions de ma part, je me retournai, regardai cet endroit et soufflai entre mes lèvres un sayonara fataliste (que les lecteurs réguliers auront déjà lu le dimanche 19, mais c’était une erreur).

 

 

Jeudi 23 mars 2017

Je ferme les yeux. On me demande à quoi je pense, alors que j’essaye juste de me concentrer sur le goût du fromage que K vient de rapporter de France. Je crois que c’est là que l’on commence à rire, à imaginer de l’encens au parmesan et des séances de méditation fromagère.
Peut-être qu’avant on avait évoqué Arashiyama, où les photos dans la forêt de bambous sont décidément destinées à être floues et où nous étions allés pour rayer, sur la « Liste des choses à faire et à voir avant de partir », le nom de cette villa d’un acteur célèbre de l’entre deux guerres, villa dont on ne verra rien puisque c’est le jardin que l’on visite.

Mercredi 22 mars 2017

Dans la tête, la musique de cette série regardée depuis quelques jours et au sujet de laquelle je pensais émettre, lundi, une critique sur ce personnage pour lequel (j’en frémis d’écrire cela) visage qui fait peur = terroriste = arabe. La musique dans la tête et autour, ô surprise du calendrier, les dorures, boiseries et vermillons habituellement derrière les grands murs du parc impérial.

Mardi 21 mars 2017

Chercher dans les archives, récentes certes, deux ans à peine. Relire, compléter, préciser, trouver ça pas mal… alors oser le renvoyer.

Dimanche 19 mars 2017

La rivière est animée, alors forcément je repense aux premiers jours, juillet 2017, la chaleur en moins : une joueuse de flûte, des sportifs bien sûr, la joie chez eux, un peu moins chez moi, le cœur déjà pincé puisque, si je repense aux premiers jours à présent ce sont les derniers et que la table ronde est emballée depuis le matin, prête à glisser sur les océans comme un radeau de vernis orange. À propos de vernis, c’est plutôt rouge aux pieds de J.

Mercredi 15 mars 2017

Vent. Voici un vélo à terre, des poubelles renversées, une écharpe bleue dans un buisson vert, les cheveux d’une femme blonde qui flottent, les sudare qui gigotent, les kakemonos roses d’Omiya qui battent, les petties drapeaux sur Kitaooji qui ondulent, cet homme qui penche la tête, un foulard turquoise sur le trottoir gris et cette petite goutte de pluie venue se glisser du côté intérieur du verre droit de mes lunettes.

Mardi 14 mars 2017

Je suis un peu en retard, quelques minutes. Pas le temps de m’installer, je le vois qui va chercher quelque chose, et s’approche avec un sac en papier. À l’intérieur, non pas un cadeau, mais des cadeaux, encore, tampon avec mon prénom en kanjis (有能), de la pâte et tout le matériel pour apposer mon sceau. Il pourrait accompagner le slogan « Plaisir d’offrir » tant éclatent son sourire et son excitation à me montrer comment utiliser tout cela correctement. Joie de recevoir, donc, immense.

Lundi 13 mars 2017

C’est alors que l’oiseau se pose sur le bord du pot, et vient picorer une fleur si sucrée de camélia. Journée fleurie, journée fleuriste, puisque passe le papa (accompagné) du petit garçon aux fausses boules de glace et puisque je signale au jardinier (qui a passé 10 minutes juste à côté, sans s’en inquiéter) que le kumquat est mort. Le voilà coupé (l’arbre) et plus tard il pleuvra, raccourcissant le rafraîchissement au bord de la rivière.

Samedi 11 mars 2017

Soudain, poum !, l’oiseau frappe la fenêtre en plein vol. Sonné, il me laisse le temps d’aller m’inquiéter de son sort, mais bien vite il gigote et repart. Un peu de traviole, peut-être. Une métaphore du 11 mars ?

Vendredi 10 mars 2017

Alors, dans un anglais bien plus distinct qu’autrefois, il me parle de sa vie, sa mère, sa sœur, l’argent, là-bas, où l’existence d’une patinoire rend le tout moins étouffant. Dans la vie y faut qu’ça glisse.

Jeudi 9 mars 2017

Et me voilà, alors, interrogé par la police. (Qui, sauf erreur, veut juste savoir si j’habite ici et qui me fait donc remplir un petite formulaire rose pour pouvoir me joindre s’il y a un tremblement de terre)

Mercredi 8 mars 2017

Gling gling, fais-je avec ma sonnette, insistant. Un gling-gling qui pourrait évoquer le trilililili du passage à niveau que, quelques minutes plus tôt, une petite grande-mère pliée en deux avait bravé en traversant malgré tout, le plié en deux lui permettant sans difficulté de passer alors sous la barrière baissée et ne l’empêchant pas de relever la tête de me sourire en me remerciant même si je n’avais pas fait grand chose à part esquisse le geste de l’aider. Gling gling, donc, Ils tournent la tête et les voilà surpris de me voir. Nous allons au même endroit, parce que FXR y a rendez-vous et que notre curiosité l’accompagne. Alors on respire le papier et le bois, la colle et l’autrefois.

Le film du soir : où des enfants se demandent si, vu d’en haut, un feu d’artifice est rond ou plat.

 

Mardi 7 mars 2017

Soudain la neige, envisagée par la météo sans qu’on y ait cru. La neige, version tempête qui s’abat brusquement. Alors je patiente un peu, regarde l’heure qui avance, m’impatiente enfin et prends ce parapluie que j’oublierai donc là-bas.

Là-bas, c’est une exposition de poupées, sujet qui m’inspire plutôt de l’indifférence voire des soupirs, et pourtant nous voici, enfantins peut-être, respectueux de l’invitation sûrement, curieux simplement, devant cet art bien local, ces mimiques inspirées et ces kimonos miniatures. Curieux surtout quand on nous explique que la toute première, réalisée dans les années 20, est une prostituée dans une scène d’apostasie, le pied avançant timidement vers ce que l’on suppose être une figure.

Lundi 6 mars 2017

– Et donc heu, si vous nous achetez ça, ça, ça, ça et ça, ça fait ?
– 5200 yens.
– Et si  vous emportez tout ?
– 13000 yens. À nous payer.

Dimanche 5 mars 2017

Alors le petit garçon, qui la veille avait fait de la glace au chocolat sur sa mezzanine sans que ses parents ne s’en inquiètent au début, frappe à la porte pour un échange de jouet. La situation peut vous paraître incongrue, puisque nous sommes adultes. Certes.

Le film du soir : Love Letter. Bof.

 

Samedi 4 mars 2017

Le tour est habituel, mais la compagnie ne l’est pas et le temps, printanier, non plus. Lors du déjeuner qui suit, R nous parle d’un lieu, magique, dit-elle. L’endroit a déjà évoqué par C, un jour de pluie durant une balade où j’étais peu attentif, et nous voilà y filant. Nous découvrons alors quelques rues agréables et donc, au milieu des bois de Yoshida, un havre de paix avec vue sur la ville baignée de lumière. Alors, dans un fauteuil aussi moelleux que le cheese-cake que je déguste par petites bouchées, Philippe Bonnin me parle des ombres perçues à travers les sudare.

Vendredi 3 mars 2017

Je m’approche du comptoir, dépose la note sur laquelle est noté le prix de mon café, et commande des grains de café en me prenant les pieds dans le tapis linguistique et demandant donc des edamame. Rougissant, je me reprends en riant, peut-être n’a-t-il pas entendu, peut-être que derrière moi, non plus, ces deux Occidentaux, venus séparément mais partageant une taille bien au-dessus de la moyenne locale, n’ont pas entendu. L’un, allure fringante de retraité, avait échangé quelques mots avec un autre client dans une langue diluée sans anicroches dans un joli accent anglo-saxon et l’autre, la trentaine prochaine, avait commandé avec peu d’assurance et une forte articulation un café avec du lait avant de s’asseoir et d’ouvrir un livre. Et je crois que c’est en repartant que j’achète des carottes.

L’après-midi, puisque la langue est une obsession de ce journal et de tous les jours, on découvrira le plaisir – alors que l’on craignait de s’ennuyer fermement – d’écouter une conférence sur la traduction d’une phrase du man’yoshû (et plus largement sur l’homonymie des mots japonais).

Jeudi 2 mars 2017

Le café de l’IF ouvre trop tard pour satisfaire mon besoin de café, alors je repars là où tu m’as déposé, mais dépasse le carrefour vers le nord, marche à peine, il y a ce petit café, vous voyez, ce genre kyotoïte, une autre époque, figée comme un vieux sucrier en plastique… Il y a la radio, une étagère pleine de mangas au fond, et le patron, soixante-trois ans peut-être, porte un sweat-shirt noir avec « Pazzo company international » en lettres blanches dans le dos. Un client entre juste derrière moi, il fumera bien sûr, et fera de grand slurp en buvant son café, tandis que quelques kanjis occuperont le temps entre descriptions.

Mercredi 1er mars 2017

Sur le chemin vers la cascade, A m’avait parlé de la polyphonie, c’est-à-dire des voix, en soi, qui ont déjà dit les mêmes choses. L’enregistreur me permettait de ne rien oublier, alors je n’avais qu’à écouter, léger.
Et puis nous y voilà. Impression douce, certains sont debout, d’autres assis sur des pierres. Une autre polyphonie. Je me recule, c’est visuellement très informel, et c’est là que se creuse la discussion : on arrive, on respire… et on entame une analyse, des besoins, qu’autour d’une table on n’oserait pas forcément aborder, peut-être par craindre de dire une évidence ou de faire une digression.
Je pense alors à cette scène du film de Joao Pedro Rodrigues, Mourir comme un homme, où les personnages s’arrêtent dans une clairière, c’est la nuit, et ils écoutent une musique, comme le spectateur du film. Peut-être que tout est construit autour de cette scène comme est construite cette journée. Peut-être que je creuserai cette idée, ça ferait une jolie conclusion.