Lundi 31 juillet 2017

The end. Tout se termine. Le mois de juillet. La vie des étoiles. Alors la radio encore, les amours de Jeanne Moreau et ensuite celles des philosophes dans une émission que je ne retrouve pas ; tout disparait.
Alors sur ce journal il pourrait y avoir un extrait de film, elle perdue, errant dans les lumières de Paris, ce n’est pas rien, c’est l’une de mes premières émotions de cinéma ; je dirais volontiers la première, mais Brando fait jeu égal, mais Brando c’est une autre émotion que Jeanne se déhanchant comme un chat au milieu des voitures. Et prononçant le prénom dans un soupir.
Il pourra plutôt y avoir une image sans légende. Parce qu’on regarde les nuages. Encore.

Dimanche 30 juillet 2017

Le hasard, après quelques jours passés chez C, d’une émission sur la traduction et ses mystères, sa beauté, son effacement. Et soudain Claude François ; parce que My Way ce n’est pas Comme d’habitude. Rien n’est plus comme d’habitude. Alors plus tard, 3ème partie de l’émission, la voix de Frank Sinatra envahit la petite cuisine. Les premiers mots m’emmènent ailleurs, par-dessus les toits du 20e arrondissement, pensant au way : le chemin et la manière.

Samedi 29 juillet 2017

Bourg-la-Reine. La maison d’O. L’espace. La petite rue calme. La lumière. Ses peintures. Parler encore, du vide peut-être, de l’instant.

 

Vendredi 28 juillet 2017

On s’était promis de travailler encore après le dîner : les journées sont studieuses. Celle-ci s’était cependant terminée en une session de bricolage inattendue ; le portail ne coince plus, la douche ne s’effondre plus. Mais au moment du dessert, malgré un cake décevant, la conversation s’envole et se creuse. Oxymore ?

Jeudi 27 juillet 2017

Sur l’écran, les dates du séminaire du BAL. Elles imposent une présence, la mienne, à un moment donné, les 23 et 24 octobre et en un lieu, à Paris. Le thème : « L’image, sans l’homme. » Je lis le titre, j’y vois le sens qu’ils ne voulaient sûrement pas donner.
Alors, puisque un peu plus tôt j’ai longuement parlé du projet à C lors de notre marche dans les petites rues écrues de Thomery et sous le manteau vert de la forêt de Fontainebleau, puisque ainsi que je me suis convaincu  – ne l’étais-donc je donc pas déjà ? – du besoin d’y aller et qu’elle m’a convaincu encore plus, me voici cherchant quelques dates, celle du départ là-bas et du retour sans destination. Et me voici m’envolant, car le désert me tend les bras, le Pacifique m’appelle, et mon hispanité m’embarque comme l’exil, autrefois, pour d’autres. Tu seras alors aux antipodes, où les regards sont en amande mais tout aussi noirs. Cela ressemble à une coïncidence géographique mais c’est bien plus, c’est au-delà et cela pourrait devenir un autre livre. Antípodas.

« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. »
Marguerite Duras, Écrire

Mercredi 26 juillet 2017

Métro. Son appel m’étonne. Je décroche. Il me dit « Oui c’est XG ». Il me dit donc son nom. Le vrai. L’autre. Pas celui sur Facebook. Je n’ose alors pas réagir en entendant ce nom de famille, rare et donc retenu depuis les années ; nos derniers échanges à propos de RK datent de 2009. Il souhaite me parler de ces images japonaises regardées hier et que j’ai « aimées » aujourd’hui mais puisque dans le métro, j’écourte la conversation.
Nous la reprenons plus tard dans un moyen de transport pas encore parti en destination de Thomery, étonnés de cette coïncidence. Mais puisque l’on démarre à nouveau, j’écourte la conversation. Qu’il faudra reprendre.

Mardi 25 juillet 2017

Il y a des chansons. Des chansons qu’on écoute un jour plus attentivement. Autrement. Elles disent soudain quelque chose par-dessus les nappes. Je vis avec certaines d’entre elles, elles ont pointé un virage, une perte, ainsi ne puis-je plus les écouter comme avant ce jour de novembre, ce jour de mai.
Nous sommes en juillet et certains vont à la plage regarder l’océan. De quelle couleur est leur horizon ?

Mardi 4 juillet 2017

Y retourner. Regarder la façade, toujours jaune. Se rappeler. Puis voir l’océan. Mais on n’y goûtera pas, pas de cette eau.

Lundi 3 juillet 2017

Que peut on raconter d’intéressant ou d’utile ? Ce qui nous est arrivé ou bien est arrivé à tout le monde, ou bien à nous seuls ; dans le premier cas ce n’est pas neuf et dans le second cela demeure incompréhensible. Si j’écris ce que je ressens, c’est parce qu’ainsi je diminue la fièvre de ressentir. Ce que je confesse n’a pas d’intérêt. Je fais des paysages de ce que j’éprouve.

Fernando Pessoa ; Le Livre de l’intranquillité

Je regardais accroupi les tranches, les titres, en bas à gauche, par là. Il y avait celui là, un peu plus gros. et il y avait ce nom qui évoquait les derniers jours au Japon, ce nom portugais. Il y a eu cette expression « journal intime » sur la quatrième de couverture et comme une conséquence le regret de tous ces espaces vides sur ce journal-ci, vides des mots de Pierre Michon par exemple, puisque les mots sont toujours là autour de moi, lus. Lus mais tus. Je rouvre alors ici la bouche et redéploie les jours après cette journée à marcher, marcher encore dans Paris, Paris multiple, riche, pauvre et snob, discrète et aguicheuse entre les arrière-cours où ça gazouille à peine et la place Vendôme où ça zoome à tout va. Sur la couverture du livre, Pessoa, donc ; il marche. Mais il semble que c’est l’hiver.