Jeudi 21 septembre 2017

Mon premier jour sur le territoire chilien commence à 4h30, heures locales. On pourrait alors parler du douanier qui me fait la leçon sur le fromage que j’avais déclaré (mais qui n’avait pas les mentions réglementaires sur la moindre étiquette, faute d’étiquette) et sur la chaotique nuit de sommeil terminée sur une banquette de l’aéroport. Mais mon premier jour chilien commence plutôt lorsque le soleil se lève, offrant une lumière brumeuse sur cette cordillère qui nous frôle. Entre elle et moi, des grues de chantier. Un café, un bus puis un taxi – puisque ma toute nouvelle valise a déjà une roulette cassée – aux tarifs bas et rassurants et me voici à destination. Du douzième étage ce 297 Carmen, où je vais loger quelques jours, la ville dessine ses contours qui sont des points de repère et une évidence continentale : les collines de la ville et les cimes andines enneigées, qui, selon du point où l’on se trouve – tel les hauteurs de S. Lucia où les touristes donnent des coudes -, caressent avec élégance les sommets des buildings, une élégance cependant diluée dans un smog qui transforme la plus massive des montagnes en un fantôme d’un bleuâtre hésitant.

Car voilà, j’y plonge, dans cette métropole parsemée de drapeaux, deux jours après les fêtes patriotiques. Je cherche d’abord un pourquoi mais je finirai bien par m’y abandonner. Je la regarde avec tous ces détails ayant déjà fait signe depuis la vitre du bus. Un slogan pour la Patagonie, “donde termina el mundo, comienza tu aventura” pourrait résumer ce voyage ici. Je regarde la flore, j’écoute les habitudes de langage, je note cette version instrumentale et rythmée de Bambino en me battant avec la version locale d’un sandwich haut comme les buildings alentours, j’apprends du serveur comment fonctionne la prepina (le pourboire), j’avale tout cela dans de grandes respirations, les yeux ouverts. Bien sûr je regarde les visages, seuls éléments différenciateurs dans un monde de vêtements globalisé ; je ne suis pas au Japon où mon premier séjour m’avait embarqué dans un univers de motifs. Et bien sûr il y a cette langue, ce quelque chose qui vient des tripes et qui sort avec difficulté mais bonheur.

Mais c’est surtout au hasard d’une marche interminable que la ville m’offre une frontière, la coupure entre ses méandres et une forêt à flanc de colline, et une illustration à ma quête.

// Ce journal ne pourra reprendre et décrire point par point les mille et un détails, pensées, notes, rédigées ou enregistrées. Vous l’aurez compris et vous en avez l’habitude.