Mardi 10 octobre 2017

3 heures 30. Soudain ça tremble. Les murs. tout autour. Je n’avais jamais vécu cela, mais j’ai l’impression de l’avoir déjà vécu. Peut-être parce que lors de trois années japonaises, je l’ai attendu. La secousse est assez forte, mais il faut laisser au cerveau endormi le temps de comprendre pour sauter du lit. Le sang-froid de Patricio me rassure, mais j’ai du mal à l’écouter, à comprendre ce qu’il me dit de faire, s’il faut rester ou pas, je suis encore endormi je crois. Il me racontera plus tard sa peur de ce type d’événements et les séismes bien plus forts qu’il a connus.

Je cherche dans ce pays mille et un signes. Je suis venu pour les mots et je trouve des réponses que je n’attendais pas, les paragraphes se déplacent dans le temps, des pistes s’ouvrent, dans les tremblements, les dangers, le désert, les silences, la présence, l’immuable ciel bleu qui apparait chaque après-midi, la poussière, le vent, les couleurs. Voici alors la terre qui tremble, bel élément romanesque, ça m’effraie et me fascine ; cela peut faire vibrer quelques lignes et surtout me remettre à ma place, puisque c’est aussi elle que je suis venue cherche dans ce pays lointain, ma place sur cette planète. Et puis ensuite les chiens aboient. Je crois qu’avant c’était le silence. Je ne sais plus, mais je n’entends plus que cela, les chiens qui aboient. Alors il faut se recoucher. Mais je pense à ma place, ici, allongé, cette place qui prend corps dans le livre, et puis il y a deux autres secousses, plus faibles, je suis aux aguets, ma main cherche immédiatement ma paire de lunettes, mais non, ce n’est presque rien. Presque.