Lundi 31 décembre 2018

Malgré les silences, les absences et les distances qui ont érodé cette année, elle fut bien belle, belle et riche, riche de toutes ces rencontres, d’un nouveau travail, d’une nouvelle vie, de nouvelles amitiés ou d’autres consolidées, riche de l’exposition à Tokyo, du projet à Nontron, de l’accueil d’Isabelle, de la présence de Jean-Luc… Riche d’amours bien sûr ; mon album de l’année est beau de ces sourires qui m’ont accompagné, de ces quelques prénoms d’ici et d’ailleurs. Je suis terriblement chanceux, en particulier chanceux de ne pas être moi-même touché par la maladie, qui frappe autour de moi.

Je termine l’année en lisant « L’écriture ou la vie » de Jorge Semprun. Les souvenirs de Semprun y sont comme les vagues qui frappent la plage, y déposant des cailloux, y creusant des sillons. Ils vont, viennent, s’accrochent, se dérobent. Face aux dunes de l’île de Lamu, j’ai entamé ce récit splendide autant que bouleversant, parce qu’il ne faut jamais oublier que le pire est là-bas derrière l’océan. Mais que l’espoir et la beauté du monde peuvent lui survivre.

Samedi 29 décembre 2018

L’un est parti promener le chien. L’autre est encore au lit mais bien sûr il se lève, nous salue, à peine les valises posées dans un grand soupir. Elles sont remplies de vêtements engorgés de l’odeur du sable et de quelques cadeaux ; probablement on y trouvera même un peu du vent de l’océan. Nos corps fatigués se reposeront plus tard, pour le moment ce sont les retrouvailles entre toi et tes amis, et ainsi, ma rencontre avec eux. Nous partageons la même initiale, et donc ce petit-déjeuner copieux, revigorant, faisant oublier celui de l’avion : enfin le café est bon, enfin le croissant croustille. Les souvenirs aussi.

Vendredi 28 décembre 2018

Alors l’on s’envole ; il est si tard que c’est déjà demain. Un jour plus tard que prévu, nous quittons le Kenya. Tu repars de ce monde connu, où tu m’a guidé. Je m’éloigne de cet ailleurs, ce territoire devenu possible, zone équatoriale traversée par une ligne pointillée sur les cartes. Ne m’a-t-elle point traversé ?

Lundi 17 décembre 2018

Partir une fois de plus. Il est 6h20, Paris s’éveille. Le trottoir est humide, il ne fait pas si frais qu’on craignait. Tu n’en sais rien, tu es encore enfoui sous la couette et tes rêves.

Partir une fois de plus. Il est 7h19, le train s’élance. Bientôt par la fenêtre les couleurs de l’aurore qui me rappellent Louxor, les brumes de décembre qui ne me rappellent rien. D’une maison au loin s’évaporent des nuages et mes regrets photographiques.


Dimanche 16 décembre 2018

Qu’y aurait-il alors à dire de nous, de nous dans ce dimanche ? On sourirait sans doute, parce que le vin chaud est bel et bien une boisson chaude, entre trois slips et quelques bouchées, d’autres bouchées, regarde donc un peu comme les dimanches soirs se ressemblent soudain, sauf qu’il y a ce film, sauf qu’il y a.

Samedi 15 décembre 2018

Alors, au milieu d’une faune en pulls moches de Noël, en robes à paillettes, en perruques à moustaches, je gagne un retour en enfance avec des vinyls de Jeanne Mas et Cock Robin. De l’enfance, on relierait alors un souvenir en robe verte dans un escalier familial de la banlieue bordelaise. Sans moustaches.


Vendredi 14 décembre 2018

Tu m’avais dit qu’il dormirait là, alors le voilà, sans envie de cannelés, donnant dans son français ce qu’il y a à donner d’un ailleurs dont on parle souvent, et dont on parlera encore, puisque l’Amérique. Celle du Sud. Celle qui brille tant pour toi, celle que l’on partage un peu, dont on évoquera les souvenirs et les étendues rêvées, dimanche midi, ainsi la route depuis Arica vers Putre et au-delà, toi parti vers les mers de sel, si proches, moi parti pour quoi, pour cette histoire que les générations n’ont pas vécue, moi et mes souvenirs de sacs plastique. Faudrait-il alors que je parle de ses yeux, encore, pour dire les tiens ?  

Mercredi 12 décembre 2018

Tram. Couple ? 55 ans peut-être, l’un comme l’autre. Ils s’ignorent. Lui côté vitre, le regard rivé vers l’extérieur quand il ne ferme pas les yeux, le visage sévère donnant une impression d’un agacement ferme. Elle le regarde du coin de l’œil, le visage fermé offrant comme expression une tristesse, une solitude, l’envie de fuir. Cela dure le temps d’égrener quelques stations. Et puis il se tourne vers elle. Elle l’ignore. Il attend, l’éternité d’un instant pesant… Sort son téléphone, tapote, montre le petit écran, sourit.

Mardi 11 décembre 2018

L’exercice est toujours périlleux : montrer ses images. Je m’y prête volontiers, pour donner un peu de mon regard sur cette ville qui est la nôtre même si E dira plus tard « Je ne vais jamais à Bordeaux« . Mon regard est souvent frontal, souvent froid, il s’obstine. Je ne demande pas ce qu’ils pensent, à tort : ainsi je stagne. Mais au hasard d’une photographie de nuit, quelques oh. C’est sans doute la plus belle, c’est à dire celle qui ne rechigne pas à donner un peu plus que de la frontalité, de la froideur et du peu.

Lundi 10 décembre 2018

Je sors de la valise les objets rapportés. Je les place ici, les range là. D’autres sont restés là-bas. Certains t’appartenaient, d’autres sont les traces de ce qui a été nous. Que disent-ils ? Que disent-ils de plus que ce silence que tu imposes et qui, je suppose, est le signe de ce qui s’impose pour toi ? Je me les impose aussi, ces objets ; parfois je ne sais pas si j’ai envie de les voir.

Dimanche 9 décembre 2018

Elle m’a regardé, de loin. Je m’approche, passe à côté, les salue, elle et la conductrice ; elle discutent. Le temps de laisser passer deux secondes d’hésitation, je me retourne, les interromps, me présente. Je lui dis que je viens souvent faire des photos des chevaux, qu’il faut que je lui en envoie. Elle sourit, heureuse de cette proposition, entame une phrase qui convoque la joie d’une autre personne mais que mes paroles recouvrent. Non, elle n’a pas d’adresse e-mail, sourit-elle. Au loin le ciel s’assombrit.

Samedi 8 décembre 2018

Alors je l’achète, cet objectif 85mm. Je cherche ainsi à aller au-delà de mon regard quotidien. J’ai toujours cette envie, cette envie de portrait, cherchant une nouvelle surface photographique à investir. Est-ce ainsi ?