Jeudi 28 février 2019

De qui Rachid Abdou avait-il l’air ? On ne sait pas trop. À la fin de l’histoire on n’aura vu qu’une seule photographie de lui, la reproduction de sa carte d’identité, un peu floue, mangée par deux œillets de métal et barrée des deux arcs du cercle d’un tampon illisible. Un visage étroit, des yeux très doux, rêveurs, étonnés, les lèvres fines ombrées d’une moustache à peine esquissée, le front très haut, le cheveu noir et cranté, impavide et absent. Non, peut-être pas de moustache.
::: Jean-Baptiste Harang ; Bordeaux-Vintimille

Et c’est soudain le hasard d’un nom, un autre Abdou, dont la maison vient de brûler, dans ce court-métrage, La Résidence Ylang Ylang. Si le film d’une vingtaine de minutes est regardé d’un œil distrait entre deux olives et une crème au chocolat, en revanche le livre m’a emporté, dévoré le matin dans ce tram, malgré cette femme qui parlait fort à son fils, son fils que ne disait rien, sa langue qui ne me parlait pas, puis clos le soir dans ce lit, avant de ne rien dire.

Mercredi 27 février 2019

Puisque j’avais succombé au désir du cinéma et qu’il était déjà tard, Cocteau me berça. Dans les bras d’Orphée je m’endormis.

Mardi 26 février 2019

Le samedi ou le dimanche, je devais parfois accompagner mes parents qui rendaient visite à des voisins. On buvait du mousseux, on croquait des gaufrettes, et ça me faisait un après-midi foutu.
::: Honoré ; Comment le Japon est venu à moi.

Dimanche 24 février 2019

J’ai remisé les deux puits d’amour en rab dans le frigo ; boîte en carton bleu. Je rejoins B sur ce qu’on appellera la terrasse ou la coursive, espace commun de circulation qui mène à mon appartement, espace commun baigné de soleil que je ne partage qu’avec un seul voisin, toujours habillé en noir ou gris, souvent écoute-t-il de la musique qui grogne que je perçois à peine en passant devant sa porte. Je parle à B de la chanson reprise par Barbara, dans laquelle il est question des puits d’amour (et sa bouche un p’tit four) et que je chante un peu, mais j’ai oublié une grande partie des paroles. Elles ne grognent nullement.

Samedi 23 février 2019

L’eau est très froide, la mer surtout trop forte. Mais ils sont là, le soleil est chaud, leur présence aussi. On saura le soir venu que le soleil tapait. Trop.

Vendredi 22 février 2019

Il me dit qu’il est devant la gare, devant l’horloge. Mais il y a deux horloges. Peut-être plus. Il y a en tout cas toujours ce doute sur le lieu où l’on s’attend.

Jeudi 21 février 2019

Nous avions tout, dit Azzuto. Nous avions trop. Aussi était-il juste et bon de tout perdre, puis de tout recommencer. Nous étions gros, enchaîne Patrap. Beaucoup trop gros. Obèses. Pourris gâtés. A présent, nous devons tout reprendre à zéro, tout recréer : la vie, l’espoir, et la joie tout au fond de nous.
::: Antoine Wauters ; Moi, Marthe et les autres

Mercredi 20 février 2019

Il est tard. Je n’ai pas lu les livres posés sur la table de nuit, j’ai cherché un extrait de Michel Crépu dans cette écriture qui ne m’offre ni mélodie ni émotion, je me suis perdu devant quelques vidéos et il est tard. Il y a sur la table de nuit un grand verre, au tiers plein de sirop de fruit de la passion car il n’y a rien de sucré dans les placards, rien d’autre que ça, et déjà hier je m’en étais plaint ; à moi-même.
Je n’ai plus envie du silence râpé par le ronflement qui m’entoure et j’allume de la musique, à nouveau, car un peu plus tôt j’avais un peu chanté, j’avais un peu dansé en mettant les chemises à sécher sur des cintres. Cela vous fait sourire ?
Apparait alors dans la playlist cet album que C m’avait envoyé l’été 2017 et que je n’ai écouté que de rares fois car la piste 8 avait été la source d’une douleur infinie, de larmes, et depuis la source d’une certaine peur de revivre cette même émotion. Je clique sans hésitation. Il n’y a plus de douleur. Plus de peur. Je m’en fous.

Mardi 19 février 2019

Il fait froid ; la météo avait été optimiste. Il fait nuit ; je cherche des images. Je pense à ce message reçu ce matin, intitulé « un silence dur », auquel je dois répondre. Je ne te ferai pas attendre plus longtemps que les heures qui ont vu passer la journée et tomber le soir. Il sera assez tard pourtant, et il faudra du temps pour peser les mots, manier le verbe, interroger l’absence, oh non, plus la tienne depuis ce matin, ni celle futile d’une majuscule, mais l’absence de ce qu’il te reste à dire. Dans le paragraphe écrit d’un bloc : rien. Rien de ce que j’attends. Las.

Lundi 18 février 2019

Il est arrivé le premier. Très vite suivra un visage semblable, cheveux ras, barbe noire, nez cherchant à s’imposer. Il regarde les photographies et me demande qui c’est. Le « qui » désigne celui mis en avant dans ce petit porte-photo constitué de deux plaques de verres, d’un support en bois et d’une pince. Il est donc debout, alors que les autres sont à plat sur l’étagère. C’est Jonathan. Je résume, précise qu’il y aurait pu devenir si… et dans une glissade lexicale malvenue, dit un mot qu’il ne fallait pas. Silence.

Dimanche 17 février 2019

Nous voilà dans ce hall de gare, 48 heures après t’y avoir retrouvé. B vient de nous laisser, nous nous étions dit un peu plus tôt, encore le feu crépitait, que ç’avait été un beau week-end. B était heureux d’avoir créer de nouveaux souvenirs d’Azay avec nous ; je n’avais pas parlé des miens, seulement avais-je dit plutôt que j’étais déjà venu et que j’avais oublié. Peut-être que mes bords de Loire avaient disparu, étouffés, sous l’ennui d’un petit hôtel sans désir où bien sûr il avait voulu regarder la télévision ; les draps étaient jaunes.

Nous voilà dans ce hall de gare et par habitude je me dirige tout de suite vers le quai après t’avoir salué rapidement. Je ne sais pas pourquoi je ne reste pas un peu, pourquoi je ne te dis pas combien j’ai été d’heureux de ce moment avec vous, combien j’ai été heureux que nous soyons là, toi et moi, partageant ainsi l’histoire et la lumière qui frappe les lourdes tentures, mais combien je regrette que l’on n’ait pas trouvé un moment propice, nous deux, oui toi et moi, pour parler un peu de ce qu’on ne dit pas, des autres et de soi. Je ne sais pas pourquoi je ne me suis pas retourné pour un salut dessiné avec quelques doigts en mouvement, la valise dans l’autre main ; comment m’as-tu regardé m’éloigner ainsi ?

Samedi 16 février 2019

Et c’est ainsi, qu’un matin d’hiver, près d’un feu crépitant, je vivais mon premier cours de yoga. Le froid était sec dehors, je m’étais levé aux mêmes horaires qu’un jour de semaine, 8h23, mais sans rechigner : la lumière était belle. En descendant les escaliers, il y avait eu vos voix. Tu m’avais souvent proposé, j’avais toujours rechigné, repoussé, inventé une raison ; mon habituelle curiosité avait quelques limites dans quelques recoins du monde. Et puisque l’on parle de recoins, nous voici sur les bords de Loire. Nous voici au marché de Tours, dans les ruelles puis à Chenonceau face à l’histoire. Diane de Poitiers et Catherine de Médicis ne sont alors nul souvenir, ni d’école ni de cinéma : j’ai tout oublié.

Vendredi 15 février 2019

Tels que je les ais vus, tous les deux, assis côte à côté dans le salon, ces derniers mois, mon père et ma mère me faisaient penser à des personnages de Hopper. Je sais que cette comparaison n’est pas très originale, car nous en avons tous soupé de Hopper. Néanmoins, elle est exacte.
::: Michel Crépu ; Un jour

Jeudi 14 février 2019

Il est 23h28. Tous des oiseaux, la pièce de Wajid Mouawad, vient de se terminer. Je descends l’escalier extérieur du théâtre, cet espace qui était jonché de détritus la première fois que j’y suis venu. Je cherche un peu du regard derrière moi C&E, mais je n’ai pas envie de parler de toute façon. Ni l’envie ni la capacité, je crois. Tout comme ici je ne peux pas écrire ce qu’il m’est impossible de glisser entre les lignes. La pièce m’y ramène, pourtant : parfois la vie est un théâtre et comme il vous reste un peu de temps, vous prenez un deuxième café.

Mardi 12 février 2019

Il y a des grands spécialistes à Paris pour soigner la maladie qui lui ronge les muscles du bras gauche, alors on prend un train pour Paris. J’aime le bruit du train. Je pose mes jambes sur les siennes et ma tête sur les cuisses d’un militaire. Elle dit : “Tu vas gêner le Monsieur.” Il répond : “Non, non, madame, laissez-le.”
Je ne pense plus à Danielle et Caroline, l’homme a une odeur que je ne connais pas. Je suis bien.
Je crois que j’ai bientôt sept ans.

::: D. Belloc ; Néons

Lundi 11 février 2019

Je suis en retard, vous m’attendez depuis quinze minutes. La conversation téléphonique, que je pensais être brève et que j’imaginais sur un autre ton – le mien comme le sien – a duré. Trop duré. La mer était sereine, puis il y eut une légère houle, enfin de fortes vagues, de celles qui vous noient ou vous balancent ; alors voilà les corps fracassés. Avant que la tempête, légère certes, mais bien là, ne déforme mon horizon, je lui avais raconté le 12 février 2004. Je lui avais raconté comment et surtout pourquoi, ce jour-là, j’avais quitté celui à qui je ne pouvais plus mentir, celui avec qui je ne voulais pas partager une Saint-Valentin mensongère, alors qu’il avait pris deux jours de congés pour que l’on soit ensemble. Ainsi, il y a quinze ans et un jour, peut-être au bout d’une heure interminable d’une conversation sans espoir, après presque trois ans d’un couple haché par les anicroches, les soupirs, les chaussettes par terre, les rêves et les rancunes, il partait rejoindre des amis en commun, qui savaient déjà. Depuis la fenêtre du sixième étage, j’avais vu son corps vouté marcher sur le trottoir, vision d’une infinie tristesse. Nous ne nous sommes plus jamais revus. Je ne sais pas, aujourd’hui, s’il m’a reproché de lui avoir gâché toutes les Saint-Valentin qui ont suivi. Moi-même, je me suis reproché quelque chose, depuis : d’avoir gâché trois ans, trois ans sans amour.

Par conséquent je suis en retard, vous m’attendez depuis quinze minutes et ainsi, dans ce journal aussi, je m’amuse à vous vouvoyer. Je ne fais qu’effleurer une explication sur la conversation et son emprise sur ma ponctualité. Je veux cette soirée comme nos échanges sur une messagerie électronique : drôle, ponctuée peut-être de la présence de Marguerite. Et d’ailleurs la voilà, vous la sortez de ce cabas, son nom est sur le bandeau de ce livre que vous me prêtez : il me faut lire Belloc. La suite est ainsi délicieuse, le doigt dans votre œil, vos questions, vos rêves pour assouvir les miens, votre auto-dérision, votre pull de bibliothécaire, votre toupet devant le cruciverbiste-sudokeur en doudoune orange arrivé tardivement, votre soif de parlé et de vin et enfin votre cigarette sur ce trottoir.

Dimanche 10 février 2019

« Vous avez du thé vert ? », je demande. Elle dit oui, thé vert à la menthe, thé vert au jasmin… respiration… et thé vert nature, relégué en dernière place comme un pauvre remplaçant sur un banc de foot. J’avais prévenu E que je n’étais pas sûr de très bien réagir si la réponse de la serveuse se limitait à ce parfum menthe qui étouffe le sencha sous des fraîcheurs hollywoodo-méditerranéennes, nous en avions ri puisque nous partagions le même point de vue sur cette hérésie gustative, nous en avions ri ainsi avant et après et sur l’écran la France perdait ce qui a contrario ne nous procurait aucune émotion sauf une indifférence marquée par l’absence totale du moindre brin de conversation au sujet de ces types en short gesticulant sur du gazon, en l’occurrence maudit.

Samedi 9 février 2019

Tu es allongé sur mon canapé. Tu dors. La chemise que tu portes es très jolie, elle te va bien, avec cette multitude de zèbres minuscules, petits motifs à la ligne bleue.
Tipsy, comme tu dis toujours, peut-être parce qu’on n’a pas trouvé l’équivalent pétillant en français, tu avais franchi la porte une heure plus tôt, avec quelques gâteaux un peu broyés par le trajet ou le partage précédent. Tu étais gêné d’apporter ainsi des restes mais j’étais amusé, de leur état et de ta tentative de masquer leur désordre en les recoupant, donnant au tout un peu d’allure par ces petits morceaux. Tipsy, tu avais laissé aller cette fragilité qui demeure entre nous, tu avais formulé, de manière confuse, des éventualités, des rêves et des refus et puis ta peur ; parfois tu chuchotais comme si tu craignais que moi-même je t’entende, comme si tu parlais à toi-même, comme si l’autre t’écoutait, comme si tu ne voulais pas réveiller le bonheur possible qui somnolait, tout près de nous. Le cœur et la raison encore bataillaient en silence.
Tu es allongé sur mon canapé. J’ai enlevé tes chaussures, t’ai recouvert d’un kikoi, te regarde dormir. Tu ne m’as pas encore fixé, de cet œil qui exprimait tout, l’autre caché derrière ton bras, peut-être à demi fermé.

Vendredi 8 février 2019

Au fond du lit encore, quelques lettres de Mitterrand, fougueuses d’un amour des années 60, et le début d’un Rohmer, bavardage de printemps, 1990. De Rohmer j’ai le souvenir vaguement précis, peut-être ému, d’un soir devant la télévision, à regarder « L’Arbre, le maire et la médiathèque » avec ma mère. J’ai peut-être gardé de ce moment, outre la sensation de mon corps dans le fauteuil probablement en velours, les interrogations que le film m’offrait devant cette forme inédite, étrange, volubile, bucolique, articulée — qu’avais-je vu et su du cinéma à vingt ans ?
Ainsi remontait le passé, loin, plus loin encore que la réponse à la question du médecin : 2002.

Jeudi 7 février 2019

C’était sûrement le film nécessaire pour retrouver le cinéma. C’était peut-être le format qui voulait cela, et les conditions, malgré les causes douloureuses qui m’avaient glissé sous ses draps, comme un entre-deux, une transition douce, entre rien et une salle sombre pour 7 euros.
Le film sur le petit écran de mon ordinateur était une photographie, des paysages caressant un volcan d’Amérique centrale, l’histoire d’une jeune cherchant la fuite, prise aux jeux du désir de la jeunesse – la sienne et celle de ce garçon. Arrêté à 27min34 par tes facéties téléphoniques, facéties noircies par une anecdote de plus sur ce qui conduit à l’échec… je pourrais voir un parallèle entre ton histoire et la sienne puisque l’on ne sait pas ce qu’elle désire chez ce garçon, si ce n’est un horizon de l’autre côté de la montagne, et donc non pas un désir mais la possibilité de quelque chose de construit. D’autres souriront en lisant cela, peut-être grimaceront-ils, peut-être ainsi liront-ils ma propre histoire, mes propres histoires.
C’était le film nécessaire, avec sa langue inconnue, ses douleurs, la lumière brumeuse d’un bain lorsque la mère demande à sa fille pourquoi elle n’a pas compté les lunes. 

Mercredi 6 février 2019

Nous nous séparons au coin de la rue du Pas-Saint-Georges et du cours Alsace-Lorraine. Nous évoquons ce soir où nous nous étions retrouvés là, avant d’aller au bar, ce même bar que celui d’où nous venons de sortir après deux bières, dont l’une beaucoup trop forte. Je dis que c’est le deuxième soir. Nous avions peut-être déjà dit la même chose sur nous, que nous nous ressemblions. C’était peut-être le lendemain.

Mardi 5 février 2019

21g. La balance se trompe, je le signale, mais elle me dit 21g, je lui dis que ce n’est pas possible, par pour une feuille et un chèque, les charges sociales envoyées en urgence, vous savez, non vous ne savez pas, le mic-mac d’un déménagement ça vous fait retourner à cette période des déclarations papier, ça vous a fait poiroter au téléphone, 3957, 1 euros 12 par minute, une fois puis une deuxième, pensez-vous, c’est votre ancienne urssaf qu’il fallait appeler Monsieur, moi je ne sais pas pourquoi hein, on est en 2019, on dématérialise mais parfois ça coince, et si vous ne respectez pas les dates, on déchante (comme les siren).
Elle dit pourtant 2euros10. Je soulève l’enveloppe. 9g dit la balance. #balancetonfraisdeport

Lundi 4 février 2019

Tu me racontes ton weekend, ou plutôt l’absence de weekend, puisque ces deux jours devraient être un moment où l’autre est avec toi. L’autre est revenu mais est-il là, ou qui est là ? Comment toi qui m’explique tout cela, peux-tu encore être là et donner forme à ce qui n’est qu’une vague paire(te de temps). Je t’explique l’expression « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Mais je ne sais pas ce qui déborde, si c’est le vase ou mon agacement.
Dehors je crois qu’il ne pleut plus. 

Dimanche 3 février 2019

Nous voilà réunis. Palais de la Porte dorée, nous tutoyons l’histoire et ceux qui sont venus en France, qui sont devenus traces d’un pays ou d’une religion, traces d’un parcours, encadrées. Le tout est dense, et c’est sur les chemins du Bois que l’on respire ensuite, la lumière décline, je vous suis parfois, puisque l’un de vous fuit les images que je voudrais faire. Ainsi vos pas, en cadence, sur le tracé blanc. Ainsi vos mains, dans les poches ou dans le dos. Ainsi je vous regarde.

Samedi 2 février 2019

Être ensemble, ainsi, le temps d’un samedi. Ainsi chez toi, puis chez Miki, à nouveau, pour la deuxième fois, cela pourrait devenir notre cantine, mais la prochaine fois je t’emmènerai ailleurs, veux-tu ? Ce sera peut-être un peu moins amusant sans la serveuse et ses automatismes japonais et sans cette façon qu’elle avait de me mitrailler de sa langue haut perchée. Ce sera peut-être un peu plus léger.

Être ensemble, ainsi, le temps d’un spectacle. Les places avaient été achetées sous d’autres sphères et tu es là. C’est encore le Japon qui s’impose, déjà s’est-il incrusté dans une petite tache de gras sur mon pantalon, et je te raconte tout ça avant le spectacle, un peu tout ça, eux là-bas, les rires surtout. C’était sûrement souvent léger.

Alors la danse, les corps. Tu auras beau chercher le signifié, je ne garde que les corps, défendant, descendant, s’armant, et là sous la maille on imagine la lutte, muscles tendus.

Vendredi 1er février 2019

Sur l’image on voit la lampe, dont tu viens de me parler, lui cherchant un habit. On voit le bouquet de tulipes mauves que tu as, je crois, acheté ce matin. On voit le philodendron dont tu couperas une feuille immense mais mourante, deux jours plus tard. On ne voit qu’un petit bout de ce dessin que j’aime tant et qui me donne envie de reprendre les crayons. On voit bien sûr le papier peint sur lequel, enfin, dimanche, je verrai des baleines.