Mardi 14 mai 2019

Alors je chantai, puisqu’it was the Day of a gone Day. Il a suffi que la chanson passe à la radio, le soleil fredonnait aussi, alors j’ai eu envie de ça, chanter, et donc chanter pour toi, un couplet, un refrain. Peut-être parce que c’était nous, ces mots : What will be will be.

Dimanche 12 mai 2019

Et c’est au jardin qu’on fit blaguasse. Riant de nous ; autour il y avait du soleil.

Samedi 11 mai 2019

Ainsi je retrouvai Toulouse. De celle qu’on dit rose, j’aurais tant à raconter, d’une couleur ou d’une autre. Il y a tant qu’on n’a jamais dit, puisque l’on avait dix-huit ans, l’âge d’être taiseux dans la chambre 141 du bâtiment R2, l’âge de regarder ce qu’il se passe ailleurs, l’âge de ne pas encore être celui que l’on sera. A dix-neuf je la laissais : le chemin des écoliers avait été trop prêt du ravin.
Ainsi je retrouvai Toulouse. Les souvenirs n’avaient plus trop de goût ni d’odeur. Pas mêmes ceux de la nostalgie. Tu m’avais proposé de nous y retrouver pour parler, j’avais refusé, net. Mais tu vois m’y voilà. Pour voir quelques images, lire, et chercher encore peut-être un visage, sans doute l’inspiration, y trouver des virgules et des mots à poser entre elles, avec, en embuscade, sans doute une émotion.

Jeudi 9 mai 2019

Vos visages se succèdent.
Toi, d’abord, cette photographie que tu m’envoies, les cheveux coupés, le sourire éclatant, les yeux dans lesquels brillent cette lumière qui aurait pu illuminer Istanbul un matin de mai et qui éclaire parfois les matins parisiens. Il y a ce filtre qui lisse un peu ta peau sur cet autoportrait fait au téléphone portable. Nous échangeons quelques mots souriants mais ta fatigue l’emporte ; il est vingt heures vingt, tu dis « Je me repose jusqu’à demain matin. »
Toi ensuite. Tu aurais pu dire cette même phrase : vous partagez ce point commun, le plaisir du repos, et le corbeau de vos cheveux. Ainsi te revoilà, tu es à nouveau visible, le compte n’est plus privé, je n’en suis plus privé. Tes quelques cinq milles visages n’ont pas de filtre lissant, le plus récent est superbe, tu y parais mystérieux, ailleurs, peut-être est-ce dû à la frontalité, rare, de la prise de vue, et puis il y a toutes les autres dans cette fascinante litanie de ces propres regards sur toi, parfois encore le corps se dévoile, tatoué d’indélébile comme nos souvenirs. J’ose un double-clic pour aimer une image, une seule image, prise à Arashiyama lors de ton dernier voyage en février dernier ; tu portes un kimono. Souvent tu es triste. Encore tu es ce garçon qui ne veut pas sortir de l’enfance. Parfois tu as ce regard espiègle et soudain je suis frappé, c’est aussi celui de Z, oui c’est le même, le même. Toujours ton regard est noir, toujours, infiniment. Sur l’image du 10 août dernier, on aperçoit ce portrait que j’avais fait de toi.

Et Kazuhiro Soda, encore.

Mercredi 8 mai 2019

« Arrêtez de me filmer, je suis laide et tout hâlée« , dit la vieille dame. « C’est vraie, tu es brunie« , dit l’autre. Elles sont japonaises. La première était déjà là, hier soir, avant que je m’endorme. Au matin, je reprends le film, la ville se meurt encore, et c’est peut-être cela qu’il y aurait à dire. Je creuse ce que le Japon a encore à me faire dire, au-delà de cette lumière qui n’est plus le sujet deux ans après en être revenu, une semaine après avoir décidé de reprendre tout ça sans avoir fait attention au calendrier, deux ans déjà. Oui tout ça, il y a tout ça à dire sur ce pays dont souvent on ne dit pas ce qu’il faut. Alors je regarde ça et j’écoute autre chose, la peau des femmes, les hommes des ports, la mer qu’on voyait à travers la vitre d’un train, la disparition, l’absence, les rues sans enfants, les vieillards qui s’épuisent, les maisons vides.

Mardi 7 mai 2019

Je regarde le calendrier, il y a les mois passés. Je regarde mon corps, il y a leur trace. L’esprit aussi a vu quelque chose s’effacer (l’endorphine, etc.). Alors, même tard, puisque tu m’en fais la remarque voilà, j’y suis. Rien n’a changé depuis décembre, sauf les écrans, sur lesquels une compil Deezer a remplacé les clips. L’ambiance musicale est cependant la même, une pop musique pas vraiment désagréable, en d’autres lieux on danserait peut-être, alors parfois on tend l’oreille, toujours on tend le regard puisque les noms sont inconnus, sans cesse on tend les bras puisque on est là pour ça.

Dimanche 5 mai 2019

Alors, devant ces Tremblements, crier de rage comme jamais en sortant d’un film, crier. Le cinéaste abdique, il laisse gagner la peur, la folie, l’extrémisme religieux. L’amour est piétinée, ce que nous sommes en tant qu’humains luttant pour être nous-mêmes est ratatiné : ici le cinéma n’est plus un geste politique ou généreux, il n’est plus une une proposition pour le spectateur de s’identifier et de croire au possible, il est un regard maigre et dangereux sur un monde de fous, porté par quelques éclairages suaves.

Samedi 4 mai 2019

– Maman, c’est quoi le langage ?
– Le langage, c’est la maison dans laquelle l’homme habite.
::: Deux ou trois choses que je sais d’elle / Jean-Luc Godard

On raconterait alors comment on s’est retrouvés à 11h16, dix heures à peine après s’être laissés. Ils m’attendaient, avaient déjà pris un café, alors j’ai dit « plus tard ». On raconterait les bretelles, la quête de J pour un costume, et puis voilà une veste, alors un pantalon, mais tiens un café par envie et pour s’abriter – des cordes ! -, et on aurait parlé de matières, motifs, tissus, on aurait touché tout ça, soupesé, et puis les chaussures aussi.
On raconterait le déjeuner, c’était exquis et le serveur était magnifique, un ange tombé du ciel, des boucles d’un blond qu’on n’imaginait pas, des yeux verts qui ne pouvaient pas avoir existé autrement qu’en rêve, il était là, tout près, il parlait mais je n’ai pas retenu, je buvais ses yeux, de toute façon quoi qu’il dise il y avait eu cette phrase : « Le français n’existe pas. »
On dirait au début du troisième paragraphe que j’avais été heureux d’être là avec eux, dans ce trio volubile, léger, rieur, que nous form(i)ons tous les trois. J’aime ce que nous proposons, j’aime comment nous embrassons nos solitudes respectives ; pour une fois le soir n’était pas tombé.

Le soir n’était pas encore tombé quand j’ai regardé le ciel, celui qui m’est offert du troisième étage. Il faisait froid mais je suis sorti. Les quais étaient presque vides, vidés par le vent glacial. Des filles tiraient sur leur jupe. Là-bas on grelottait. Le ciel était beau, porté par l’horizon qu’offre la Garonne et dont tu m’avais parlé ce jour où nous nous sommes rencontrés. J’ai beaucoup parlé de toi ce matin, surtout avant de m’écrier : c’était ton anniversaire.

Jeudi 2 mai 2019

Il flotte soudain un parfum capiteux devant les images en noir et blanc.

Mercredi 1er mai 2019

Alors, vers le Japon, je reprends la route. Une route radiophonique, photographique, littéraire, questionnant l’individu pendant le repassage, précisant les espaces durant la serpillère. Et puis, avec tout le courage nécessaire pour se regarder un peu, je relis cette conférence de novembre 2015, si loin et pourtant toujours là, en tête. Je grimace, oui, je grimace ici ou là mais j’en puise le meilleur et y creuse un virage pour aller ailleurs. Je regarde la date, ce 1er, premier d’un joli mois où j’aurai 45 ans, premier jour d’une nouvelle ère je crois, née du temps perdu, née de ce que tu es peut-être en train de m’offrir – c’est à dire une présence -, née de ce que E et J disaient, hier, sur l’être seul, seul mais avec soi. Je faisais des aller-retours entre la terrasse et la cuisine, entre leurs paroles et mes pensées, je ne disais rien.
Avant le Japon et les grimaces, il avait fait beau. Sur le chemin vers une pelouse ensoleillée, après que nous avions parlé un peu, j’avais aimé être là, avec moi marchant sur les bords de la Garonne. Je m’étais assis, j’avais regardé les gens, libre, léger. Et puis j’avais lu. Le ciel s’était couvert, j’étais rentré, sans penser que l’absence de mon appareil photo depuis un mois était peut-être une source de légèreté. J’avais ôté, dans ce quotidien, un kilo et 50mm de regard sur le monde.