Samedi 25 mai 2019

Toulouse est arrivée dans notre vie un jour de pique-nique sur les bords de Seine. Andréa et toi vouliez aller voir l’exposition « Picasso et l’exil », et je m’étais retrouvé embarqué dans cette aventure sans savoir vraiment si j’y prendrais part. Nous avions ri devant les photos de la chambre, où sans embarras elle avait proposé que je m’immisce. Nous avions ri devant un « même si ». Andréa n’est pas là, agrippée par la mort, retenue dans son pays. Nous ne sommes que tous les deux, ce n’est pas la même chambre, ce n’est pas le même « même si ».

Le jour est là, tu es sous le charme, tu vibres devant la ville tandis que je perçois en moi une pointe de regret, celui de ne pas avoir embrassé la ville autant qu’il aurait fallu il y a 27 ans. Nous formons ainsi ce doux équilibre qui découvre St Sernin, qui sourit aux pierres roses, qui traverse le pont, s’arrête pour un selfie lumineux, et va aux Abattoirs.

Là où autrefois on égorgeait les veaux, le taureau de Guernica hurle donc la mort. L’exposition s’étend, dense, peut-être confuse, épuise vite, on cherche l’émotion ou la surprise, petit à petit on pioche, ici une phrase, là Don Quijote, bien sûr si l’on peut on s’arrête un moment, on note et l’on apprend, on cherche chez Picasso ce qui faisait exil, puisque c’est là toute la question, qu’est-ce qui fait exil ? A l’étage, Picasso abandonné, deux statues mortuaires me regardent, et venu pour ce qu’on avait à dire du peintre et de l’Espagne, je ne repars qu’avec leur visage en tête… leur visage et tant d’autres, ceux d’espagnols sur une plage française en 1939, puisque c’est encore ça, encore ça.