Dimanche 14 juillet 2019

Il s’approche. Nous serons tout d’abord deux sur la photographie qu’il prendra. Nous discutions alors de fleurs, je crois. Et puisque il fait le tour, elle penche la tête, en arrière, le regarde. Ils sourient.

Jeudi 11 juillet 2019

Il exprime son absence, son silence, tous ces mois de silences. Plus discrètement ce moment partagé, sa fuite. Les excuses m’étonnent, j’ai toujours su qu’il reviendrait, ayant toujours eu l’indiscutable sentiment qu’il n’était pas réapparu parce que ce n’était pas le moment.
Nous supposons que c’était un jour d’automne assez frais. Je pense que je ne connaissais pas encore E. Nous savons que lui non plus. Il me semblait avoir décrit dans ce journal le motif de son manteau, avoir évoqué les mots ; il aurait alors été simple de retrouver la date. A trop vouloir être vague, souvent je ne me comprends pas, je ne me retrouve pas. Et puis il suffit d’insister. Janvier.

Mercredi 10 juillet 2019

Les mois ont passé. Du Kenya je n’ai rien dit, alors il était temps, et l’écriture se précise, j’élague. Je parle à E d’une version allégée. Dans ce journal de là-bas, j’écris qu’alors j’écris à Jean-Luc, des mots que jamais il ne recevra de ma main. J’y interroge les troncs pris en photo sur la plage, je me demande si ce ne sont pas là les portraits que je n’ai jamais faits. Derrière les troncs il y a la mer, ce bras qui longe la mangrove et qui n’est pas l’océan. Derrière ces troncs il y a ce « Jusqu’au rien » dont parle Duras, et que j’étire pour lui donner un sens.

Mardi 9 juillet 2019

Ainsi nous formons, petit à petit, une habitude. Riant de nos dissemblances, corrigeant quelque vue péremptoire, acceptant une dissonance, salant un autre goût, montant en mayonnaise un œuf de la mauvaise couleur, écoutant ce que l’autre n’ose pas dire, attendant ce que l’on ne saura pas soi-même apporter, prenant ce que l’on entend dire de soi, nous devisons ainsi, de tout de rien de nous, pour devenir ici, et nous projeter là-bas. Quand sera-ce déjà ?

Lundi 8 juillet 2019

J me parle des premiers jours. Je lui parle des premières semaines. Comme à chaque conversation, nos histoires vont et viennent. Que ne se dit-on pas ? Pourtant je ne dis rien de ces musiques que tu m’as fait découvrir, rien de ce morceau qu’ensuite j’écouterai et qui réclame à l’autre les first six monthes of love, tant d’années après.
Je ne dis rien. Pourtant c’est important. Un liant : avec F elle m’avait entraîné ailleurs, avec Ch elle enveloppait les silences, avec Z elle nous faisait danser. C’est peut-être ce qui nous a manqué, avec P, la musique. Souvent il chantait dans sa cuisine, pourtant.

Dimanche 7 juillet 2019

Elle sait pas trop si elle est artiste. C’est ainsi qu’on la qualifie, pourtant. On, c’est-à-dire les autres.
C’est vous l’artiste ?, lui avait-on dit. Là c’était nous, on.
Elle faisait tourner un artefact de ses jumelles sur pied qu’on trouve ici ou là, souvent au bord, parfois en surplomb, toujours loin de quelque chose. Il faut un panorama, un point à fixer, peut-être des oiseaux pourraient-ils passer dans le champ une fois qu’on aurait mis la pièce dans la fente. Tac.
Je n’ai pas compris exactement comme ça marchait, ces jumelles, c’est-à-dire les siennes, les fausses, en carton, on y voyait des rues, Google nous montrait le quartier, pas loin, et j’ai dit oui, ah, d’accord. C’est là qu’elle a dit que c’était elle l’artiste, mais bon qu’enfin heu sinon elle était architecte.
Vous êtes artistes ?, nous a-t-elle demandés. J’ai dit oui, un peu photographe mais enfin heu sinon…

Samedi 6 juillet 2019

Elle s’approche. Elle dit que c’est elle, la photographe. Peut-être a-t-elle entendu ce que l’on disait d’elle. Te souviens-tu ce que l’on en disait ? Te souvenais-tu qu’on en avait aimé ailleurs ?
Il y avait beaucoup de choses à dire sur les images de Valérie Six. Les couleurs, les lignes. les rapprochements. Parfois elle en disait peut-être trop ; tu sais comme j’aime le silence, surtout celui des images.

Jeudi 4 juillet 2019

Et soudain cette image que l’on aurait pas dû voir. Elle fait entrer l’autre, celui sur l’image, déjà présent dans ce que l’on en entend et de ce que l’on en dit, dans une autre dimension, visuelle, palpable. Elle fait rester l’autre dans ce rôle qu’il finira bientôt par quitter, puisque tôt ou tard, tout se déplace.

Mercredi 3 juillet 2019

On inventerait le verbe cresser. Sa définition hésiterait entre la prière, la quête autour de soi pour qu’un projet se concrétise, l’espoir. A une terrasse alors, puisqu’il le dit encore, puisqu’il veut qu’on m’édite, cressons.

Mardi 2 juillet 2019

Elle me demande quel jour nous sommes. Je n’en sais rien. Je ne sais plus.
Il faut creuser. Elle me demande quel jour c’était le rendez-vous d’aujourd’hui. Mardi, je lui dis en riant.

Lundi 1er juillet 2019

Me voici en partance puisque déjà j’y pense : Trouville. Dans un mois, pour deux jours. Oui c’est tout. Oui c’est court. Oui c’est bien. Oui seul. Trouville c’est Duras, et son fantôme passant un jour sur la plage. Trouville c’est ce 30 mai improvisé et des rires soulagés. Trouville c’est donc l’absence, puisque tout est absence. Absence = vide = trou –> Trouville. Rire.