Vendredi 8 novembre 2019

Tu attends. Tu crois que je te prends en photo mais je te filme. Les sourires que tu esquisses en parlant, puisque tu parles pour rompre la gêne, sont une délicieuse craquelure. Te voici donc ici, déjà hier on voyait ta main, là nous prenons un café. Tu l’allonges, je le double.
Hier ta main agrippée à la couverture rouge, aujourd’hui ton regard porté sur l’Espagnol en blouson chaud, seul, là, en face. Ton regard parfois sur moi. Tu m’accompagnes, de même que je t’accompagne : pour nous deux c’est la première fois. La Sainte Chapelle n’était que ce qu’on nous avait dit sur elle, que ce que l’on avait déjà vu. Réelle, devient-elle. Wow, t’esclaffas-tu.

Et puis M, un comptoir, et puis S, retrouvailles aussi. Avenue de l’Opéra une femme chute, je l’aide à se relever, on s’assure que rien n’est tombé de ses poches.
Elle a perdu quelque chose ?, demande une jeune fille.
Oui l’équilibre, réponds-je.
Je ris.

Ce vendredi comme un nouveau départ ? Peut-être que je m’élance, le Japon à nouveau m’appelle, les hommes de là-bas m’enveloppent de leur humilité, le vieux Monsieur m’embarque à Ueno, et le dîner avec Nigel part vers les steppes, les confidences et les souffles des autres mondes. Pas plus inatteignables. Juste non attendus.

Jeudi 7 novembre 2019

J’ai, un peu plus tôt, laissé N au milieu des travaux qui bordent le MacVal, lui sur son vélo, moi dans un mouvement vers ce nouveau rendez-vous avec toi, cherchant à te déplacer, à me glisser un peu plus loin de toi dans le crissement d’un pied de chaise à une terrasse du boulevard Sébasto, à te donner une autre place et laisser l’espace pour un autre dans cet affront qu’est le réel.
Ce n’est pas si mal, dis-tu. Tu viens de faire la liste de ce qui t’occupe et t’emporte. Tu es radieux dans ton pull rouge, tu sembles léger, heureux, peut-être enfin débarrassé de ce qu’il n’y a plus besoin de dire puisque nous prenons d’autres habitudes. Bientôt ta collègue arrivera, radieuse, solaire, bouche éclatante d’un rire généreux.

Dimanche 3 novembre 2019

« Le Rêveur de la forêt » s’appelle l’exposition. Elle me fait découvrir le musée Zadkine, bijou caché rue d’Assas, caché dis-je car jamais visité sans trop savoir pourquoi, peut-être pour dire tôt ou tard qu’il reste tant à voir ici. Nigel surtout me fait découvrir le musée Zadkine, comme déjà Rodin ou Picasso, m’entraînant dans sa soif par ce moment se terminant délicieusement par le film La Forêt des gestes, d’Ariane Michel.
De la forêt, alors, on passerait à Marie. Des amis, peut-être, chantonneraient. Avec d’autres, japonais, on dînerait.