Dimanche 12 décembre 2021

La chanson passe. La chanson, à chaque fois que je l’entends – et donc souvent – me fait penser à A. Or cette fois je suis ici, dans cet appartement. C’est ici que, pour la première fois, nous nous étions réveillés l’un avec l’autre, le 13 avril 2019. Ces souvenirs sont encore vifs : il reste des images de nos sourires et de ses cheveux noirs sur les oreillers blancs. Je suis impuissant devant cette légère tristesse qui s’accroche, et qui revient comme ça, au gré des signes. Je me demande si elle restera encore longtemps. Je me demande si l’absence d’A peut laisser à d’autres émotions toute la place dont elles ont besoin. Je pense à Sophie Calle, aussi.

Et puis je pars. Je vais au Bal, c’est tout là-bas. Je sais qu’il y est question de corps, en souffrance ou quelque part absents et qui dansent malgré cela. Sur place c’est beau, tristement beau, dur, fort, c’est presque trop bien filmé. Il y a une femme qui pleure après qu’on l’a soulevée, elle dansait dans les airs et dans les bras qui la portaient.

Le reste de la journée, les images sont en moi. C’est pourtant un dimanche à Paris, c’est Noël, et c’est la foule encore et l’amitié m’accompagne, du moins un petit cercle qu’on pourrait dire “de privilégiés” mais c’est moi qui le suis. Dans la sagesse de N, place de l’opéra, dans ses mots, je puise cette idée que j’ai eu un rôle pour les générations qui m’ont précédées, les rapprochant par ce que j’ai écrit. Dans le brouhaha et les klaxons, ce qu’il dit est fragile, tout comme mon attention.