Jeudi 21 avril 2022

C’est inattendu, joyeux, étonnamment joyeux, éclatant, émouvant sans doute aussi alors il y a des silences, le visage qui se tourne. Nous aurions aimé que mon père soit là. Qu’il voit ce cadeau, qu’il en soit, lui aussi, le destinataire, qu’il y ait aussi son prénom sur la dédicace. On s’habitue, quelque part, à ça, à ce qu’il ne soit pas là. Je ne sais pas exactement si c’est une forme d’habitude que l’on prend. C’est peut-être un sentiment qui n’a pas de nom.

Et puis plus tard, là-haut, dans un grenier poussiéreux, il y a des traces, celles de mon grand-père, inattendues, surprenantes. Elles rejoignent l’Histoire, celle qui a croisé les pénuries de papier de 1945. Ainsi, à l’intérieur des enveloppes qui servaient de feuille de paye : des couleurs, des motifs, peints. Ici, aussi, un centime, oxydé. Impression inédite, presque une exaltation, de découvrir cela, de vouloir le partager.

Dans le grenier poussiéreux, il y a aussi, nombreuses, les traces de mon père. Des cartons remplis de magazines et de journaux. Combien ? Des dizaines. Dans ma tête, en écrivant ce texte, je compte, j’estime. Cinq fois quatre fois deux fois… six ? Je ne sais plus, les jours ont passé. Folie. Vaine folie sous des millions de pages.