Berlin – journal inachevé

Vendredi 28 juin 2013

Il fait un temps d’automne. Le chauffeur de taxi porte un survêtement bleu et noir et de petites lunettes. Nous restons silencieux. La radio est sur 98.20, il y passe une chanson des années 90, j’aurais pu entendre la même lorsque je suis reparti, il y a 16 ans, de ces deux mois passés à Darmstadt. Black Velvet if you please. On se dit que c’est à l’image de l’Allemagne, cette chanson démodée. En France, les chauffeurs de taxi écoutent FIP ou le foot. Soudain, je n’ai pas peur des clichés.

Il nous dépose rosa Luxemburg Strasse, numéro 11. Le hall a quelques détails mamashelteriens et la chambre est une belle surprise, spacieuse : le lit immense est un appel au repos ; par la fenêtre on aperçoit la Tour de la télévision.

À deux pas c’est Alexanderplatz. Je marche enfin dans Berlin ; nous y marchons enfin ensemble. Il y a en effet assez peu d’éclairage urbain, c’est ce que maman m’a dit un peu plus tôt au téléphone. Métro. Sans ticket une première fois faute de comprendre comment s’y prendre. La gare est immense et nous marchons jusqu’au centre culturel ; je prends conscience de l’immensité de la ville, de son espace. Le lieu est presque vide, il est bien tard, le bar est fermé, les spectateurs sont dans la salle mais les amis sont devant la salle. Sourires.

On ne reste pas, on a faim, un peu, pas trop peut-être. Le métro c’est un sentiment d’une autre période, comme la radio de tout à l’heure mais les années sont plus lointaines. Le train qui entre en gare, jaune vif et carré, m’évoque une bonbonnière ou une voiture japonaise, un autrefois ou un autre genre.

Où dînons-nous ?

Samedi 29 juin 2013

Au réveil je repense à la veille, avant qu’on parte à Berlin, cette fin peut-être pas en beauté. Je ressasse, répète, revois cet oral, rejoue mes réponses. Au petit-déjeuner il y a Catherine B, B comme quoi ? Un œuf à la coque au milieu de ce lieu dont le feutre recouvre de demi-teintes les murs et ces immenses fauteuils dans lesquels on boirait plus facilement un cocktail en riant d’une journée improbable.

Tu m’emmènes d’abord du côté de la bibliothèque. Je te fais répéter le nom de l’architecte et la personne de l’accueil nous fait gentiment faire un tour rapide du lieu sans avoir besoin de débourser 10 euros pour un abonnement inutile. Autre démonstration de ce qu’est la gestion de l’espace, une autre que la nôtre.

La photographie montrerait alors un homme assis sur un banc de musée, banc de bois assez clair, teinté, vernis, de style vaguement art déco ou néo-classique, accoudoir discret ne tenant pas son rôle. L’homme aurait un costume bleu clair, les cheveux gris et quelques touches de rouge sur sa silhouette à peine colorée, une chemise blanche. La lumière viendrait de partout, mélange assuré entre celle naturelle provenant du plafond et celle d’ailleurs, autre. L’homme aurait vu, comme nous, le visage peint par Ribera, l’évidence de Caravage, l’ennui dans les visages des gardiens et des protestants des peintures flamandes, ce Proserpine de Rembrandt qui nous évoque Gustave Moreau, un Bruegel racontant tant d’histoires (le Renard et la cigogne) ou ce Cranach inspiré de Bosch (flugelaltar mit dem jungsten gericht)

Et puis la Neue Nationalgalerie. Et puis ?

Ne me demandez pas le nom du quartier où nous sommes allés ensuite, il y avait ce Café Gorki, les semelles bleues dans la vitrine, et puis Christophe pour un verre de vin, puis ce restaurant asiatique et puis ?

Dimanche 30 juin 2013

Lundi 1er juillet