Samedi 27 juillet

– C’est étonnant cette lumière.
– Oui… on se croirait sur une autoroute belge !

Jeudi 25 juillet

Et puis je retrouve les Mama girls, les cocottes, champ lexical emplumé, même la brochette était au poulet. Et toi la reprise ? Et toi ça avance ? Et toi pas trop dur ? Et les autres, des nouvelles ? J’avoue que je n’ai toujours pas lu ce que P m’a envoyé, que j’ai échangé deux pauvres phrases avec L, que j’ai lu ceci, que j’écoute différemment cela, que oui, ça a changé quelque chose, que le recueil de textes est toujours posé en évidence, que finalement des matières les plus difficiles que je garde de très bons souvenirs, que c’est comme ça qu’on avance de toute façon. On ne parle pas de Bernadette Lafont, pourquoi ?

Dans le métro, au retour, puisque il fait à peine moins chaud, certains sont accablés et puis voici qu’il monte et que je le regarde, partiellement, parce que des tatouages colorés dépassent de son marcel, de ses manches de chemisette finement rayées, de son bermuda beige, beige comme son style de garçon sage, chaussures bateaux bleues en suédine – sans chaussettes. Un carreau, un pique, un petit 108, ici ou là d’autres signes ou tatoos plus imposants comme sur le tibia : un visage qui pleure et un oiseau, joli graphisme qu’il doit regarder avec satisfaction quand il croise les jambes. À Chatelet le Goku de Dragon Ball Z sur l’avant bras de mon voisin a nettement moins d’allure ; mais il ne le voit plus quand il croise les bras.

Mardi 23 juillet

Le type porte une cravate noire sur une chemise blanche, le pantalon est du même acabit, le cheveu bien coiffé, la peau peut-être un peu luisante. Il dodeline de la tête au son de la musique que lui seul entend, il dodeline sévèrement même, after transilienne un peu ridicule, clubbing matinal dans un RER sans clim ; j’ai sorti l’éventail. Quand le RER entre en gare de Vincennes il se lève. Mais le RER ne s’arrête pas en gare de Vincennes. Il est derrière moi, je tourne un peu la tête, l’aperçoit qui s’arrête net devant la porte tandis que le quai défile à vive allure. Je ne vois pas la tête qu’il fait, je suppose qu’il s’en étonne, qu’il ne secoue plus la tête, qu’il a le cou raide, le regard planté sur le trait rouge et muet qui représente la ligne et qu’il essaye de garder un minimum d’allure alors qu’il ne sait même pas où se train va finir par s’arrêter. Plus tard lui aussi, peut être, boira un panaché.

Lundi 22 juillet

1. Même Charles Sherwood Stratton, Tom Pouce, le nain de chez Barnum en Amérique, avait épousé la femme de sa vie à vingt-cinq ans. J’en avais quarante. Celles que j’avais aimées me pourrissaient la vie. À chaque fois il m’avait fallu des éternités pour remettre les pieds sur terre. Ça avait été très dur avec l’une d’elles et j’avais surnagé grâce à l’alcool.

Château-Rouge hôtel – Renaud Burel

Cet extrait du livre qui m’accompagnera dans les transports n’a aucun rapport avec l’arrivée de Denis et ma furieuse envie de crème glacée.

Dimanche 21 juillet

C’est la douceur tranquille d’une chaleur dominicale, c’est le presque rien qui ressemble à hier, c’est le dîner à Montreuil où d’autres évoquent les tas d’autrefois ; sur les photos d’autrefois, il sont tous déjà là.

Samedi 20 juillet

C’est par exemple dans ces moments que j’apprécie les tours. Celle qui nous domine masque le soleil aux heures les plus chaudes, et voici qu’à son ombre je peux vaguement paresser, feuilleter quelques livres, regarder un nuage, voire ne penser à rien, à supposer qu’on puisse. Mais il faut aussi parfois aller au charbon : quelques tours de roues pour huit kilos, le charbon est de bois, la mine un peu meilleure.

Vendredi 19 juillet 2013

Ce matin-là, je dois écrire de toute urgence une lettre “importante” – dont dépend le succès d’une certain entreprise ; mais j’écris à la place une lettre d’amour – que je n’envoie pas.

Roland Barthes ; Fragments d’un discours amoureux


Jeudi 18 juillet 2013

Je m’étonne des voyageurs avec une veste ; on sait qu’il va faire chaud. J’ai dans les mains les Fragments d’un discours amoureux, objet en quelque sorte désiré, qu’hier soir tu m’as décrit pour m’en faciliter la plongée. Dans le doute, dans l’éventualité d’un heurt contre le texte, j’ai emporté L’Usage de la photo d’Annie Ernaux, en pensant de surcroît que j’y trouverais peut-être la clef pour autre chose. Lu autrefois dans les Pouilles, le livre avait légèrement gondolé à l’époque sous l’effet de l’humidité de l’air ambiant. Il est aujourd’hui intact et ne porte presque aucune trace de ma lecture, même pas l’odeur salée de l’Adriatique qu’on avait caressée malgré le mois d’hiver. En regardant le journal de cette fin février 2005, je retrouve une phrase d’Ernaux – “Je ne sais pas me servir de la langue du sentiment.” – et le souvenir des nourritures plus ou moins terrestres, le goût de l’agneau, l’odeur de la pasta.

Plus tard un autre livre rejoint le sac, ce Château-Rouge hôtel que tu m’offres au sortir de la librairie de la rue des Écoles avant un rafraîchissement et Meteora, très joli moment – sublimé par des moments d’animations, gâché par des effets vidéos – qui questionne le désir et l’interdit qu’on cache sous les sombres tissus orthodoxes ; un fragment de discours amoureux à ajouter à la liste de Barthes.

Mercredi 17 juillet 2013

A la galerie Vivoequidem, il y a déjà ma photo du jour, imprimée, accrochée, alignée, prise une ou deux heures plus tôt. Un verre ? Une boisson jaune de saison assortie aux lunettes de M tandis que le chien fume sur la devanture.

Mardi 16 juillet 2013

Il y a quelques jours, enfin, je me suis décidé à t’écrire une lettre d’injures. Mais elle était trop violente et je l’ai recopiée pour la modérer. Mais elle est devenue une lettre de reproches, et je me suis dit que je n’avais pas envie de te faire part de reproches. Je ne te l’ai pas envoyée.

Lettre d’Hervé Guibert à Eugène Savitzkaya.

J’avais abandonné les lettres à Eugène, mais j’ai abandonné Daniel Bougnoux à ses pensées et suis revenu à la douceur de cette correspondance s’étalant sur 10 années. Au dos il y a cette petite étiquette de la FNAC ; évidemment avant de me l’offrir tu avais pris soin de…

Le soir nous dînons chez M&C, au 361 rue des P ; c’est toujours agréable de retrouver ce quartier. Je crois que je l’ai jamais vraiment quitté, que le fantôme de mon esprit descend encore la rue du Jourdain les soirs d’automne pour s’arrêter devant la vitrine de la librairie. Nous nous traversons, buvons un vin sans qualité au Zéphyr mais c’est ce genre d’endroit et de moment qu’on aimerait retrouver parfois, à l’automne ou pas. Le chat n’était pas moins poilu la dernière fois ?

Lundi 15 juillet 2013

Prendre le temps, terminer, corriger, regarder le ciel qui se couvre, magdoïser, braquer une banque avec Bonnie and Clyde.

Dimanche 14 juillet

Coinçant sur les mots qu’il faudrait pourtant écrire puisque je retrouve enfin le temps, je referme la page blanche et la remplace par ce vide qu’il faut faire. Mais  je jette seulement l’inutile, le dépassé, l’oubliable. Seulement, mais ça nous fait bien 50 litres de papier dans un sac poubelle anthracite devenu trop lourd. À côté, quelques tas viennent rejoindre les anciens : photos de magazines et autres pense-bête qui dans 20 ans seront toujours là, dans un recoin, une pile, un tiroir rouge écarlate. Peut-être feront-ils l’objet d’un livre, eux, sans page blanche.

Le soir on s’allonge devant Jane B. par Agnès V. Jane B c’est toujours un plaisir, cette légèreté, mais filmé par Agnès V, c’est plutôt l’insoutenable légèreté de l’être, mise en scène patatraco-pathétique. Et me voici qui pouffe. Paf !

Samedi 13 juillet 2013

On a alors retrouvé les occupations d’avant, quand l’esprit était plus libre, l’agenda moins rempli, c’est à dire différemment rempli. Pour fêter ça on a sorti la serpillère et les grandes eaux. Versailles ? Non pas Versailles. Et puis les rues de Paris entre Montparnasse et Beaubourg en passant par une galerie (où je participe), des boutiques (où j’achète peut-être), un cornet de glace, un cinéma. Au cinéma : Bambi, de Sébastien Lifshitz, joli portrait où l’on est hier et maintenant, jolis moments comme celui où, de l’autre côté du mur du garage il y a la chambre, le couloir, les souvenirs. Et comme un film parfois ne suffit pas, le soir on retrouve Xavier Dolan pour son J’ai tué ma mère. Câlice !

Les Heures Latentes - Galerie Vivoequidem Rue du Cherche Midi

Vendredi 12 juillet

Le magazine est replié et sur la page ouverte : Annie Ernaux et son dernier livre, celui que j’avais pas trouvé mais pas vraiment cherché non plus. Je parle un peu d’elle à V, décrit L’Autre Fille, et V rebondit sur Marguerite, Duras bien sûr, soudain il n’y a plus qu’elle mais j’ai oublié le titre que j’évoque à chaque fois et oublie à chaque fois.

C’est quand la nuit tombe que les rêves prennent le relais, le vin aidant, peut-être, certains s’imaginent alors sur les bords de Loire, loin des déconvenues du quotidien, loin et libres. Un peu de Pouilly pour terminer ?

Jeudi 11 juillet

On aurait dû – ou pu -, sur les photos, voir un enfant ; l’enfant. L’Enfant, majuscule imposant un statut divin à la cinquantaine de centimètres nés il y a une quinzaine de jours. Mais on voit deux perspectives : l’une courte, froide et consumériste, l’autre longue invitant au voyage, au mouvement. Pour l’Enfant on n’hésite pas, ce sera la deuxième.

Mercredi 10 juillet

Soudain, dans un noir et blanc distingué, les corps se frôlent. El Leon glisse, d’autres également.

Mardi 9 juillet

Quelles valeurs morales et symboliques se trouvent incorporées à des objets techniques désormais accessibles au plus grand nombre ? Une médiologie conséquente devrait s’intéresser à la dimension technique de l’expérience quotidienne ; elle mettrait en lumière la stabilisation de nos relations par les industries du faire croire, et par les innombrables dispositifs de médiation qui nous contiennent, nous organisent et nous accordent d’accomplir cette prouesse essentielle à toute société suffisamment bonne : vivre ensemble séparément.

Daniel Bougnoux

Soupirer. Tirer un trait orange en marge du paragraphe. Bientôt lire Proust. Avoir vu Frances Ha.

Lundi 8 juillet

Les photographies des Heures latentes de la première semaine étaient quelque chose comme des moments de surprises, ces fractions de secondes, ces fragments de temps où l’étonnement surgit, où la curiosité est piquée… alors l’esprit recule, regarde, et puis comprend, s’amuse ou bien réalise que non, ce n’est rien ; l’étonnement a vécu. Après une semaine de photos quotidiennes, je passe vraisemblablement à autre chose, à tout autre chose, rien de précis. C’est de toute façon ce qu’on me demande. Je crois. Autour de la petite table on en parle un peu, j’explique à F, invitée improvisée, ce que je viens d’écrire ; la photo du jour était de 9h32.

Dimanche 7 juillet

Page 49, Bougnoux dit qu’on peut peindre les anges mais pas les photographier. Il me vient alors l’idée d’un titre, d’une série d’images pour prendre la sémiologie à rebours. On verrait alors apparaître des anges. Les oisillons chez la voisine pourraient être ces anges, quoi qu’un peu trop bruyants, quoi que trop peu volant.

Le soir les fruits étaient jaunes : cerises, framboises. M aussi, bien sûr.

Samedi 6 juillet

Un soleil derrière l’ombre du noyer, on dit que ça rend fou, peut-être le suis-je déjà, fou de reprendre ces fichus cours de japonais, de lire ce Bougnoux qui me parle plutôt hébreux, fou de rester là, allongé à l’ombre ou au soleil, en proie aux UV, aux insectes, à ce serpent peut-être qui, dit-on, rôde autour, en proie à la tentation des framboises et des cerises dont les variétés sont aussi pâles que moi, que moi pour l’instant.

Vendredi 5 juillet

Le calme du T.G.V. m’avait bercé puis accompagné pour lire un peu de S.I.C. Mais dans le T.E.R. c’est autre chose, autre ambiance : la petite fille est agitée. Ce n’est pas là son moindre défaut et son frère ne l’est pas moins. Je referme le livre, j’écoute Carlotti, Catpower, puis Bach, toccata et fugue qui se perdent dans le soleil se couchant sur les vignes. Mais les enfants finissent eux aussi, par le sommeil, couchant.

Jeudi 4 juillet

Elle dit que non, qu’on ne peut pas faire de photo, que c’est écrit partout. Elle est dame pipi au Silencio et ce n’est pas à moi qu’elle parle mais à une femme venue aussi (je crois) pour le film d’Oliver Beer. La femme la regarde, s’étonne, mais s’étonne vraiment, du message et de son absurdité. On ne peut pas faire de photo. Ah bon ? De toute façon j’en ai déjà fait une : le sol. Celui des toilettes justement : un carrelage composé de minuscules carrés de céramique de quatre couleurs, quatre couleurs au milieu du noir glacé et des ors (et pas seulement ceux du pantalon de J).

Mercredi 3 juillet

Deuxième jour, cerveau lourd, bar au four, Jeanne accourt, tu savoures.

Mardi 2 juillet

De nouveau le chemin de Nogent. Ligne 7, ligne 6, RER A, bus 120. Dans le petit carnet gris, j’écris les questions que je me pose et qu’on va peut-être me poser. Et puis la journée passe, questions, réponses, surprises, oui oui je suis là. Au retour un chemin inédit, un moment improvisé, l’anniversaire de B. Les cocktails sont oranges, les bougies posés sur de petite hamburgers, les sourires aux lèvres, quelques visages très bronzés, bronzage Tanger, bronzage de nuit on pourrait leur faire dire, et déjà – enfin ! – les invitations à dîner qui reprennent. Un deuxième cocktail pour fêter ça?

Lundi 1er juillet

Nous revenons ravis, moi peut-être encore plus car ravi de cette rencontre avec cette ville que tu connaissais déjà, ravi de mes retrouvailles avec l’Allemagne, seize ans après, peut-être même seize ans jour pour jour, il faudrait vérifier. Berlin, une respiration, une vraie, d’où l’on rapporte toi comme moi un souvenir aux pieds. Comment on dit lacet ?

Et puis c’est un autre retour, celui à la photographie. Jusqu’au 31 août je participe avec joie au projet Les Heures latentes à la Galerie Vivoequidem. Une photo par jour, prise avec mon téléphone. Une photo comment ? Je ne sais pas. Une photo comme ça, parmi les autres, une photo qui, peut-être, comme cette saison devenue grise, nous fera nous demander si c’est vraiment l’été.

Juin 2013

Vendredi 28 juin

Quatre mois exactement, quatre mois d’une formation qui se termine ce vendredi. On n’en parlera plus ici, pour diverses raisons, sûrement parce que, tout simplement, c’est fini.

Et nous voici, d’un saut, ailleurs. Berlin. Enfin.

Jeudi 27 juin

Répéter. Répéter. Répéter. Répéter. Répéter. ad lib.

Mercredi 26 juin

J’aimerais que ce soit fini, j’aimerais passer définitivement à autre chose. Mais non. Dans deux jours la soutenance, point final à ce sujet qui se termine plutôt en points de suspension : il y aurait tant d’autres choses à dire.

Le tout balayé, revu, griffonné, répété et l’oral prend forme. Je le laisse mûrir jusqu’à demain et nous partons reprendre les habitudes d’avant, les expositions, les séances, les moments partagés.  À la Maison d’art et d’histoire du Judaïsme, exposition La Valise mexicaine, avec les photos de Capa, Chim et Taro prises durant la Guerre d’Espagne. Sur les petits clichés des Asturies, de Barcelone ou de Barcarès, je me demande si je ne vais pas, par hasard, croiser un visage qui me ressemble : celui de mon grand-père. Les gueules sont coiffées de béret, tristes, combattantes, amaigries, figées, les corps sont meurtris, fatigués, enragés, morts. Ils reviendront peut-être bientôt sous une forme littéraire qui dépassera je l’espère la simple esquisse que j’ai jusque là dessinée. On quitte alors cette réalité historique pour un monde moins réel, plus délicat, celui de Romain Kronenberg, et puis pour encore autre chose entre poésie et astrophysique, le cinéma de Manuella Morgaine. Jolie retour protéiforme dans l’art…

Mardi 25 juin

Pour le dernier examen écrit on plongea chez Hermès, déclinant un nom, un slogan, des idées, un croquis. Ensuite on respira, plus tard on soupira car à la MEP il y a toujours des choix que je souligne d’interrogations. Mais à la MEP il y avait aussi de très belles choses,  du noir et blanc évidemment et du Ferrante passé à la couleur.

Lundi 24 juin

Deux JL, oui deux. Le matin c’était Bourdieu (4 points) que soudain on déteste, Taylor (4 points) à propos de qui soudain on hésite, et puis le sentiment d’écrire des évidences (6 points) ou n’importe quoi (6 points).

Dimanche 23 juin

Un rayon de soleil, il est 20h04. La sociologie est un sport de combat, disait l’autre… Tu m’étonnes. Je me bats avec la sociologie depuis 48 h. Apprendre. Retenir. Surligner. Recopier. Analyser. Se passionner malgré tout, petit à petit, comprendre donc aimer.

Me revoici. Bel et bien. Les derniers examens approchent, demain c’est socio, vous l’aurez compris, sociologie des organisations, soyons précis. Après-demain marketing. Vendredi soutenance du mémoire. Vendredi c’est fini, c’est fini et on s’envole… en laissant derrière quatre mois intenses, passionnants, riches, frustrants peut-être un peu car les notes et les notions se sont entassées ; pas toutes dans mon esprit. Un virage, j’ai pris un virage, la route est joliment dégagée, le ciel aussi, le ciel qu’on prend vendredi pour Berlin. Bientôt je vous ferai lire autre chose, une nouvelle, une vingtaine de pages écrites, exercice stimulant, peut-être inachevé sous la contrainte du temps, peut-être réussi sous la contrainte du temps. Bientôt je vous montrerai d’autres images, galerie Vivoequidem, mes images parmi d’autres, presque anonyme parmi les presque anonymes.

Me revoici. Que ne vous ai-je dit depuis mon dernier passage (éclair) ? Que des belles choses : Les Apaches, L’Inconnu du lac, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, les délicatesses au Palais de Tokyo (Elisabeth Clark, Oliver Beer, etc.) ou ailleurs (Pierre Leguillon), la Revue Gauche, magnifique Ange Leccia au Mac/Val, les 40 ans de W, Mad Men, etc.

Samedi 8 juin

On a vu passer 39 bougies qu’on a soufflé d’un trait net.  On a vu Julien Perez, Tip Top ! et un mémoire presque achevé. C’est le « presque » qui fâche toujours, on espère pouvoir se relâcher mais non, il faudra encore relire. Relire et puis apprendre, réviser, revoir, retenir, reprendre son souffle.

J

Jeudi 9 mai 2013

On aura vu passer quatre semaines en un éclair. Un ekler, comme l’écrivent les Turcs s’il est fourré d’une crème appétissante tandis qu’on regarde passer les bateau sur le Bosphore. Quatre jours à Istanbul, quatre jours ce n’est rien pour découvrir la foisonnante cité, son histoire et son visage, sa cuisine et son vin. Quatre jours c’était ailleurs et (donc) tellement beau.

Quoi d’autre avant cela ? Des respirations, des déconcentrations, un Time Based Exhibition, un Bouillon Racine, ce Guibert que tu m’offres, ce Perec que je reprends, cette nouvelle qu’il faut écrire, ces choses qu’il faut retenir et des films toujours, mais trop peu (et trop peu enthousiasmants) : Les Amants passagers, Flammes, The Land of Hope, The Libanese Rocket Society.

Et encore Duras :

Et puis une fois, vous êtes resté longtemps sans écrire. Un mois peut-être, je ne sais plus pour ce temps-là ce qu’il avait duré.

Jeudi 11 avril 2013

Un mois, un jour.

Te revoici d’un périple à l’autre bout, l’autre bout de quoi, d’un océan et d’un continent. Bronzé d’un ailleurs de terre rouge et de soleil, de cette Amérique de films qui fabrique quelques-uns de mes rêves en attendant que cela devienne des souvenirs, tu me dis, après tant de conversations, qu’au fait mon journal… Au fait ton journal ?

Mon journal, abandonné. J’ai l’esprit ailleurs, comprenez-vous, comprends-tu. Le mois est passé, vaste de lectures et de découvertes, d’apprentissages et d’un anniversaire peuplé de rares visages presque oubliés. Les feuilles mortes se seraient ramassées à la pelle si nous n’étions pas au printemps, un printemps froid que l’on éternue et que l’on voudrait voir bleuir. « Potlatchoum », pourrais-je donc résumer le mois qui vient de passer.

J’ajouterais quelques citations (« N’auraient-elles en commun, ces multiples solitudes {…} que la coïncidence non entièrement fortuite de leurs emplois du temps ? de Marc Augé, « J’suis là d’puis trois jours j’ai pas vu un seul film. » de Duras à Cannes ou « Pour moi l’Europe, c’était la neige » de Marguerite encore), Vincent Dieutre qui cherche Schubert dans l’hiver allemand, le Japon qu’on retrouvera en octobre, Camille Claudel et de la tête de veau, du sumo, et des photos, bientôt… Et puis l’homme immense, dans le matin frisquet.

Dimanche 10 mars 2013

Dix jours déjà. Jolie sonorité : dix jours déjà.

Je reviens ici, pour poser quelques mots, même si depuis hier je me dis que Twitter pourrait bien, durant ces quatre mois, prendre un peu le relais. Twitter, média facile pour noter les actes, les lectures, les liens, les moments…

Dix jours de cours, méthodo, sémio, anglo, sponso, stratégo… Échanges, paroles, découvertes, au départ on se regarde, on se tourne autour… D’un cours à l’autre, je change de place, de voisin, de voisine, de sourires, de méthode, de cahier. J’apprécie l’osmose, l’unité, la diversité, le plaisir que l’on a tous à être ici, l’énergie, la synergie, le binôme qui se forme devant la machine à café, le choix du sujet par curiosité, par envie, connaissance, projection, idées… Choisir c’est renoncer aux mille-et-un sujets auxquels j’avais pensés.

Le vocabulaire s’étoffe ou se précise – corpus, terrain -, les lectures s’étendent – Barthes, Foucault -, je te questionne, tu décryptes, je note, relis, relis, relis encore et encore pour comprendre et intégrer des notions tellement nouvelles.

Le soir et les fins de semaine offrent quelques moments plus habituels, des respirations, des partages, même si mon regard est déjà imprégné de ce que j’ai commencé à apprendre. Au Palais de Tokyo on se penche sur Roussel et on s’épanche sur Julio Le Parc, sur le petit écran on quitte Pialat et sa Maison des Bois, au Jeu de Paume on espérait (et je m’énerve face au léger flou sur le rôle de Laure Albin-Guillot durant le Régime de Vichy), à La Tourelle on tête-de-veau, au cinéma on coq-à-l’âne (Blanca Nieves, Sugar Man, 5 caméras brisées)…