Février 2011

Lundi 28

Devant mes yeux, enfin, des 30 x 45 sur papier photos.

Dimanche 27

Se pousser dehors. Malgré la lumière moche et les rues probablement vides. Marcher. Un peu plus loin. Un peu plus loin. Arriver à Opéra, hésiter sur le retour. Tiens la rue Bleue, c’est jolie comme nom la rue Bleue, ça donne envie d’y habiter. Mais ça ne donne pas envie de prendre des photos : presque aucun cliché en 1h30. Le seul qui aurait été valable, voire beau, je ne l’ai pas fait, par peur du bruit de mon appareil. Une femme très chic de noire vêtue, la quarantaine peut-être, plongée dans l’écriture et un carnet, assise sur un bout de bitume à l’entrée d’un parking miteux.

Standing by a parking meter when I caught a glimpse of Rita
Filling in the ticket in her little white book.

I the cap she looked much older
And the bag across her shoulder
made her look a little like a military man.

Lovely Rita meter maid, may I inquire discreetly,
When you are free to take some tea with me.

Hum pardon… C’est donc la nuit que je suis ressorti, pour des vues plus… comment dire ?… plus moi ?

Samedi 26

Elle énumère les thés avec une prononciation approximative. Tu demandes un thé chinois, presque gouailleuse elle répond qu’elle n’y connait rien. Tu m’offres alors de Beyrouh quelques impressions souriantes et émues, ce livre de photographies de Depardon et ce paquet plein de graines et de souvenirs. Je t’offre en échange une probable impression mitigée d’épuisement (après deux heures de calibrage de photos) et d’enthousiasme (après deux heures de calibrage de photos).
Tu me proposes ensuite les galeries d’art ; j’avais prévu les galeries photos mais j’accepte, ready pour cette petite aventure dans le 3ème. Comme je ne note rien d’un lieu à l’autre, le temps d’écrire ces lignes j’ai presque tout oublié malgré les quelques jolies pièces, le sol mulitocolore, les choses insignifiantes, le film de (comment s’appelle-t-il déjà ?) et les créatures et la machine à laver de la galerie Emmanuel Perrotin. Quand on se sépare vers 19h30 et des soirées bien différentes, je place un nouveau zeugme et me dis que c’était une bonne idée, tant pis pour Tournaboeuf.

Vendredi 25

Ce n’est qu’un au-revoir, ce n’est d’ailleurs qu’un « bon week-end » puisque lundi ce sera encore un peu pareil, D l’Iranien parti mais C riant toujours aux éclats et à mes blagues approximatives. Tiens, j’ai cru voir voir passer un zeugme.

Jeudi 24

Ca m’avait fait réfléchir toute la journée de mercredi. C’était tellement précipité. Et puis c’était lancé. Je pensais proposer « Artificielles », mais ma sélection ne me convenait pas, ça manquait de tenue, à croire que j’avais déjà oublié Mat Jacob. Alors ce sera « Nederlux« , parce que les lumières de Rotterdam m’offrait une unité de lieu rassurante, avec comme porte de sortie ce quai d’Anvers, avec comme grain de sable, comme tu dis, la lumière du jour d’un couloir ou le reflet sur une vitre… parce que malgré tout j’y tenais à cette idée de lumière(s). Voilà, dans quelques jours, j’exposerai douze photographies à Amiens… pfiouuuu…

Mercredi 23

Les magazines écornés sont posés sur la table basse, aucun de bien récent, les horoscopes vous prédisent 2011. Le couple de sexagénaires change de place pour faire face à la sortie, c’est l’homme qui décide, ça a l’air de le rassurer, c’est lui qui venait passer des radios. Moi ? J’attends mon panoramique dentaire, rien de plus. Je constate amusé que, dans ce couple, les rôles sont inversés. Évidemment c’est un peu facile, un peu caricatural mais je souris : c’est lui qui parle, parle, parle. « C’est secteur deux ou onze ? » demande-t-il face aux chiffres romains en police sans empattement. Elle ne comprend pas, il répète une fois, une autre fois, alors elle râle, elle finit par comprendre dans un gromellement. A travers la porte-fenêtre la lumière est plus faible, à travaers les motifs rocailles du garde-corps les parapluies passent, touches parfois colorées sur le passage-piétons. J’en conclus qu’il peut à nouveau, j’ai peur que cela gâche mon parcours « Tendance Floue » déjà déprogrammé samedi à cause de cette fichue flotte simplement de saison.

Et puis malgré les gouttes j’y vais, parapluie déplié. Galerie des Filles du Calvaire c’est Mat Jacob qui gagne la palme. Soudain je comprends, je comprends que je me pose trop de questions sur l’harmonie, harmonie formelle tu parles, ici c’est l’émotion qui frappe au milieu d’un patchwork multi-formats, multi-grains, multi-lumières, noir et blanc ou couleur qu’importe. Sur le mur d’en face même principe, l’évidence fonctionne encore, ça me parle énormément, je voudrais être celui qui a fait ça. Difficile pour les photographes suivants de rivaliser… À La Petite Poule Noire l’éclairage du rez-de-chaussée est source d’insupportables reflets mais le sous-sol est un lieu propice à la magie du noir et blanc granuleux. À la Galerie Particulière où j’aime tant aller habituellement je reste sur ma faim malgré un propos solidaire évident et des paysages blancs vaporeux. Je termine mon parcours humide par l’hôtel Sauroy mais là… elle est où l’expo ? Agacé par la pluie je repars bredouille, samedi est un autre jour et le dernier pour voir ça…

crédit Mat Jacob j'ai le droit de mettre les photos sur mon journal ?

Plus tard les pavés glissants ne m’arrêtent guère et je presse le pas la nuit tombée pour aller au cinéma voir « Santiago 73, post mortem« , point de vue fascinant et rigoureux du putsch de Pinochet, regard peu violent en apparence malgré les corps entassés. Le réalisateur, après « Tony Manero » a le fichu talent de dévoiler juste ce qu’il faut de morts, de regards, de désir, de pensées pour gêner, faire frémir, faire comprendre. Objet historique nécessaire comme témoignage, le film reste cependant un film, un objet de cinéma, fort d’une radicalité formelle allant de pair avec le fond, lui même radical, c’est le moins qu’on puisse dire. Vingt-quatre heures plus tard ma mémoire flanche pour citer quelques exemples, mais reste gravé le dernier plan, fixe, très fixe, long, très long. Et radical. Fin.

Mardi 22

Mais taisez-vous donc, Darren, devait crier le prof au cancre au fond de la classe. Parce qu’il avait une grande gueule, Darren, parce qu’il en faisait un peu trop pour épater les filles, il leur faisait même croire qu’il aimait la musique classique pour se donner l’air un peu tendre, mais des années plus tard ça lui avait servi : il connaissait par coeur le Lac des cygnes, même sa sonnerie de portable faisait taaaaa talalalalaaaa lalaaa lalaaaa talalalalalaaaa. Quand il est devenu cinéaste, ça lui a donné des idées à Darren Aronofsky… et pan, il est parti à la chasse aux canards. « Black Swan » est donc un film que j’ai ponctué de quelques « oh non pas ça » et « oh bon oui ça va bon ça va maintenant on a compris » parce que j’aurais aimé un peu plus de subtilité, un peu moins de… enfin bref, j’arrêt de faire mon Cre, Black Swan reste un film par lequel j’ai été littéralement happé.

Et puis ne plus sourire, touché. Ne pas oser répondre. Couler.

Lundi 21

Miscellanées d’un lundi :
– Je ne suis pas allergique au céleri.
– La pâtisserie Aux blés d’or à Nogent est ouverte le lundi.
– Le Mustang est une région du Népal.
– En 2011, on peut encore acheter des tourne-disques pour écouter les albums de Dave.
– J’ai repris des lasagnes.

Dimanche 20

Voici que dans un élan d’harmonie je décidai de mettre Minuit sur une seule étagère. Avec l’achat de quatre nouveaux (mais petits) livres chez Colette Kerber — rappelez-moi que la veille j’étais allé à la FNAC avec le doux sentiment de ne rien souhaiter acheter pour cause de sentiment économe —, cette pile, là-haut, commençait à devenir imposante et m’obligeait à faire quelque chose, quelque chose mais quoi.
Mais Minuit ne rentrait pas sur une seule étagère. 36cm de large c’était trop peu, de peu. Alors Duras rejoindrait les autres maisons d’édition, Mauvignier irait on ne sait où, « Fou de Vincent » par Guibert resterait pour l’instant sur la table de chevet.

Cet élan alla de pair avec la reprise des activités d’autrefois, comme si j’avais retrouvé moi-même une certaine harmonie. L’affiche pour le prochain concert de l’OSC dépassa le stade de brouillon pour passer à celui de proposition ; mes connaissances en bidouillage de sites web me poussèrent rue de Turenne pour dépanner X ; mon oeil ailleurs retrouva les lumières artificielles et le ciel froid de Rotterdam ; et les Chardons refleurirent.

Samedi 19

Le projet de promenade pluri-galeries du jour fut remis à plus tard, supposant que le mercredi ou le samedi suivant jouirait d’une météo plus clémente. Néanmoins le rendez-vous avait été maintenu, et c’est au Louvre des Antiquaires que je retrouvai G, D et O pour s’extasier devant les travaux d’Hector Guimard puis blablater devant un café-chips. Plus tard, à des heures où la pluie avait cessé, c’est L que je retrouvai. Devant une blanche il me parla des embrassés. Devant un rouge je lui parlai des jours passés.

Vendredi 18

Pas mieux !

Jeudi 17

Mercredi 16

Finalement c’est toujours un peu pareil à quelques détails près : des liens, des yeux ailleurs, des affinités, on me lit, on me regarde, on se parle, on échange quelques jeux de mots, on devient amis sur Facebük sans être amis dans la vraie vie mais en se disant que ça finira bien par arriver. Et puis un jour je m’invite ou l’on m’invite je ne sais plus, mais le résultat est le même, on passe une soirée autour d’un martini, d’un gigot et d’une tarte au citron, une soirée où les hotes reviennent sur le passé, simple ou composé, complexe ou décomposé. J’en fais de même évidemment, échanges naturels se terminant par une dernière boutade. Je n’aurai pas vu Corto mais n’est-ce pas partie remise ?

Mardi 15

C’est fait. Ce n’est pas fini, il y aura d’autres étapes, d’autres jugements, peut-être d’autres regards appuyés et haineux sous les moulures d’une autre cour mais c’est fait. Derrière la baie vitrée du café de la gare, tu commandes un double whisky après avoir fait sourire le barman par ton « Moi il me faut quelque chose de fort » tandis que je me limite à un verre de rouge, petit ballon, tout petit ballon à côté du surprenant aquarium de midi. Nos deux compagnons de route sont à l’autre bout du hall, vagues histoires de billets de train, et tandis que nous sommes enfin seuls tu prononces quelques mots de conclusion en dessinant un cercle du doigt. Je me limite à l’acquiescement et à d’autres gestes. Derrière la baie vitrée du café de la gare, les coudes sur cette table, épuisé par les heures, je n’ai plus la force de penser. Tentant de trouver la force de me rappeler, je me demande si on avait bu quelque chose le 22 mars 2009. Les aiguilles de l’horloge étaient déjà absentes, mais celles de notre histoire venaient de commencer à trotter : Barbara Carlotti nous attendait.

Lundi 14

C’est demain que l’on reviendra sur les traces et les faits du 11 juillet. Les images reviennent, puis les sons, puis les sensations. Ce qui était devenu (curieusement mais heureusement) un souvenir sans émotion ni saveur aigre a retrouvé un peu de son horrible superbe.

Dimanche 13

Hervé Guibert. Le nom revient de temps en temps ici, apposé sur la couverture de romans ou de recueils empruntés sur tes étagères ou arrivés sur les miennes, signature de textes chocs (le roman Des aveugles) ou splendides (La nouvelle L’image fantôme).
Hervé Guibert c’était aussi un travail photographique, peu connu pour ma part, aperçu ici ou là, mais tellement ancré dans la réalité, dans l’autobiographie imagée, qu’il me parlait. C’est avec toi que j’ai vu, ce dimanche, sur les cimaises de la MEP, la rétrospective consacrée à son travail et c’était une bonne idée, très bonne idée, ce rendez-vous matinal pour cet auteur que tu m’auras « vraiment » fait découvrir.

Hervé Guibert est mort à 36 ans, mon âge aujourd’hui, je me dis que c’est un signe, parmi les autres événements vécus depuis le jour de mes 36 ans, que tout cela va devenir quelque chose, un truc dépassant une écriture inégale dans un journal en ligne. Mais il ne suffit pas de se le dire…

Quoi qu’il en soit aujourd’hui c’était une page tournée de plus, une page tournée dans un geste qui m’aura fait sourire. Franchissant la fenêtre j’avais la conviction que tout cela était le début d’autre chose et j’aimais cette idée.

Samedi 12

Heu… ils étaient encore bons les champignons ?

[Note du 23 février : j’ai oublié de parler de Silenzio, des chevaux, de la brume, etc.]

Vendredi 11

Au fond du placard il avait retrouvé ce bocal, plein de champignons et de souvenirs moins clairs, un bocal qui n’attira pas que moi en cette soirée d’avant départ, son départ, pas le mien, moi je reste là, pour l’instant je reste là, les avions c’est dans quelques semaines pour moi, pour lui allons c’est encore cette fois évidemment, déjà les vacances !
Qui dit champignons dit omelette, qui dit omelette dit dîner, apéro, accompagnement, glace, rose des sables, miettes, départ de Fab, prolongations, blabla ah bon ah oui et toi ben moi valise ah oui en effet etc. retour de Fab, et quoi d’autre encore, que sais-je sais, vous avez-vu l’heure ?

Jeudi 10

Jour de fête sans cotillons que ce 10 février. Plus au sud il faisait beau me dit-on, comme souvent n’est-ce-pas, comme ce mercredi de ma jeunesse où l’on partit à la pêche munis d’épuisettes, suffisamment loin pour être ailleurs. À marée basse on peut toujours aller plus loin. Mais… jusqu’où peut-on aller trop loin, dit la voix dans les écouteurs ?

Mercredi 9

Derrière les vitrines, les visages grimaçants et étonnants de Messerschmidt. Puis, autre époque, les momies offrent un spectacle gênant, intrigant, déroûtant, fascinant. Les égyptiens du temps jadis* pensait qu’il y avait une vie après la mort. Mais de quelle mort parlons-nous ? Il y a encore une vie après la fin, il y a toujours aimer puisque le sens du verbe est vaste. Aussi vaste que ce musée dont les couloirs semblent interminables lorsque l’on cherche la sortie ?

Le verbe aimer est justement en titre de ce livre, Au Japon ceux qui s’aiment ne se disent pas « je t’aime », sous papier cadeau rouge, glissé dans mes mains sur la terrasse de ce sympathique petit resto. Non sans humour, l’auteur y pointe les différences entre notre culture, nos habitudes, notre langue et celles des japonais, histoire de ne pas les froisser le jour où, tôt ou tard, j’irai les rencontrer là-bas, sur leurs îles.

* Quant aux égyptiens de l’année 2011…

Mardi 8

Lundi 7

Natt m’a déposée sur le boulevard, et le sac en papier a un adorable contenu. Au quatrième, un petit garçon m’attend sur le pas de la porte, la petit fille préférant vaquer à des occupations de son âge au fond de sa chambre. Les enfants ne seront cependant pas l’unique sujet de la soirée, un fois le garçonnet parti et la fillette couchée ; entre travail et avenir, amour et passé, les conversations iront bon train entre nous puisque c’est entre adultes qu’on s’entend.

Dimanche 6

Je t’ai un peu évoqué les dimanches d’autrefois avant d’aller retrouver la Dame de Shangaï avec la demoiselle du métro Parmentier. Sur l’écran en noir et blanc le plaisir du cinéphile est entier, et me reviennent en mémoire la merveilleuse phrase de Labarthe à la mort de Rita Hayworth : « La télévision a remplacé la femme fatale par la femme obligatoire« . Rita est au sol, les débris de verre ne reflètent plus son blond platine tandis qu’elle hurle qu’elle ne veut pas mourir. À la terrasse d’un bar d’Odéon c’est donc la vie qu’on évoqua, mais pour cela on n’avait pas besoin qu’elle hurlât.

Samedi 5

« Ils sont comment les pompiers ? » Le serveur ose un peu d’humour pour détendre l’atmosphère, après le spectacle d’un cycliste à terre. Il est tôt pour un samedi et l’ambiance calme du café des Arts et Métiers vaut-elle les 5,80€ d’un double expresso ? À la même terrasse un peu plus tard, un autre café, puis un autre quelques mètres plus loin, on parle site web, et ce P. que je ne connaissais pas il y a 15 minutes se dévoile sans pudeur ; je ris aux paroles crues de l’associé d’A, et suis ravi de rendre service à ce drôle de gars. Puis Nogent, encore du bénévolat, un pied dans le travail cependant… à l’église, des moineaux ; au café, un de plus…

PS. Ne pas oublier de lire les annonces aux virgules absentes: « Nous louons une chambre d’environ 20m², avec 2 grandes fenêtres, bien ensoleillée suite au départ de notre troisième colocataire qui part s’installer avec sa copine« .

Vendredi 4

La banane tombée dans le couloir du RER A me fait sourire, emplacement incongru pour un fruit dont la peau seule au même endroit ferait imaginer une glissade, un gag, un danger, quelques rires et puis quoi encore ? Il faut bien un peu d’incongruité pour me faire sourire au milieu de ma belle lecture :

Ma calamiteuse adolescence infinie, j’en avais vu le bout pour m’immerger dans la vie, comprendre que des êtres humains partageaient la même planète et avaient donc quand même un certain degré d’accessibilité, tout simplement que le bonheur était possible, et c’est comme si cette découverte, dépassée, n’avait soudain aucune valeur. Désormais, il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel c’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

Jeudi 3

En bas de la page 123, je cherche le complément d’objet indirect. Mathieu Lindon s’octroie parfois d’exotiques libertés de language, exotiques à défaut d’être jolies, exotiques à moins qu’elles ne soient que la preuve de quelques ignorances syntaxiques de ma part… Je relis la phrase, tout va bien, le remplaçant du « en » est bien calé au milieu des mots, je peux tourner la page. Je peux aussi revenir sur la 42, puisque le 31 janvier j’ai oublié d’y faire allusion…

La jeunesse ça va finir par être pour moi.

Prague, ça va finir par être pour moi.

Mercredi 2

« Ce qu’aimer veut dire ». Le titre du roman de Mathieu Lindon qui m’accompagne actuellement est un peu de circonstance. J’écris « un peu » pour ne pas en dire plus, pour ne pas en dire trop, parce qu’ici, sur certains sujets, je n’en dis qu’un peu, et encore, à peine. Lisez donc entre les lignes, dans les silences et les ellipses, décryptez donc les images, cherchez donc les sous-entendus sur les balançoires… vous en saurez peut-être un peu plus. Tenté par l’envie d’en dire plus, la pudeur et le lectorat me freinent, l’habileté aussi peut-être. Suis-je capable ici ou ailleurs de dépasser les faits pour écrire quelque chose et « faire quelque chose » de mon histoire, de mes histoires, de notre histoire ? Si ce n’est par les mots, ne serait-ce par les images ? Ou plutôt par les deux, puisque c’est ainsi que l’idée flottait depuis…
Ce soir, on a évoqué ce qu’aimer veut dire, ça et tant d’autres évocations encore dans tes paroles ou dans les miennes, plus douces ou plus dures. Ainsi cela seulement se sait, et sur le reste je me tais.

Mardi 1er

Dans les premiers jours du dernier octobre, j’avais fait la connaissance du travail de Jean-Michel Fauquet sous le béton de la base sous-marine de Bordeaux. En ce premier jour de février, c’est sur les murs blancs de la Maison d’art Bernard Anthonioz que je retrouve avec plaisir les patines, les objets, les veloutés, les ombres, les souffles, le vent, l’absence, le grain… Ambiance différente, vision différente mais l’émotion est toujours là. Elle est même encore plus forte face aux visages muets qui closent l’exposition. Est-ce l’idée de miroir ou celle de beauté qui fait presque poindre les larmes ?