Jeudi 10 janvier – Venise

Jeudi 10 janvier

La journée commence par la visite de l’Accademia. Comme à la Ca’doro, la gardienne est bavarde, mais ne nous arrêtons pas à ce détail sonore et ne blâmons pas la dame de s’occuper comme elle peut en surveillant d’un oeil les touristes parsemés. Dans les salles – dont certaines sont fermées pour travaux – on s’arrêtera ici ou là, ici un peu plus, là longtemps, pour griffonner (parfois un peu vite donc un peu mal) sur le carnet quelques noms, quelques mots, précédés du numéro de la salle, dans l’espoir dans faire peut-être autre chose qu’une liste, c’est à dire un texte travaillé offrant au lecteur une plongée incomparable dans ce lieu (fissuré) :
I – Lorenzo Veneziano – Plafond
II – Carpaccio – Bellini… début 16e
III – Granito – Plafond bleuté / grotesques – Hans Memling –> portrait – Madonna col Bambino tra Santa Caterina e Maria Maddalena – Combien de décollations de Baptiste ?
– Et les gardiennes… blablabla
X – Odeur de peinture (vernis ?) –> Grande fresque en restauration –  Tintoret –> Il sogno di San Marco (presque des aplats de couleurs)
Salle 20 – Processione Piazza S.M Gentile Bellini – Miracolo della reliquia
Salle 21 – Une pintade observée par un singe (habillé) –> Ritorno degli ambasciatori de Vittore Carpaccio
Toilettes clinquantes au sous-sol
Salle 24 : salla dell’albergo –  Plafond, granito, marbre, boiserie.

Le vaporetto nous dépose ensuite au Danieli. Là encore, ça sent le vernis : derrière un paravent, des ouvriers, des artisans peut-être plutôt, restaurent les piliers de marbre. La musique est jazz, l’attente très longue, étonnamment.

Par les petites rues nous rejoignons le nord, le Fondamenta Nuove.

On comble l’attente en regardant les gens sur cette charmante petite place à côté : un homme étrange sur un banc qui fait peur à une jeune touriste, une autre avec trois chiens, trois ragazzi en vêtements d’ouvriers et au regard si bleu…

Sur le bateau qui mène à Murano, une scène que je devrais décrire longuement, un grand-père à béret et son petit-fils (des baisers sur la bouche, l’étonnement du type en face, de la musique, un très fort accent…). La lagune est d’un calme fascinant. D’huile. Quelques îles, quelques bâtisses la ponctuent.

À Murano ils sont un certain nombre à descendre. On poursuit. Voilà Burano, escale obligée avant Torcello. Burano, escale multicolore qu’on imagine envahie par les touristes à une autre saison. Le premier restaurant devant lequel on passe est notre choix, mais pas un bon choix : « Ils sont gentils mais rien n’est bon ici » sera ta conclusion.

Torcello enfin, qu’on apercevait depuis Burano. Étrange impression… Malgré le chemin tout tracé, chemin unique qui ne laisse aucune liberté d’errance, il règne un sentiment d’abandon. Ce recoin de lagune, sous l’horizon d’hiver qui n’offre que des arbres nus, nous semble bien triste ; les chalets trop colorés où se vendent des souvenirs et de la restauration très légère ont un côté anachronique ; ceux qui sont emballés ont plus un air de saison.
On décide de visiter la basilique (fin du 11e siècle, n’est-ce-pas…), histoire de dire qu’on ne sera pas venu pour rien. On ne sera pas venu pour rien : c’est un endroit assez magique (d’autant plus magique que je n’ai pas encore visité San Marco qui révèlera des similitudes). Photos interdites : sur le carnet j’esquisse, je trace quelques croisillons légendés, je sais qu’il m’aideront à me rappeler cette incroyable multitude de couleurs et de motifs. Je sais aussi maintenant que les souvenirs s’effacent déjà (un mois déjà que nous sommes revenus), que sur les mots « paons, lions, oiseaux, lapins » je n’appose aucune image nette.

Torcello reprend un visage un peu moins triste dès que le soleil apparait… L’envie d’un café nous entraîne dans un bar où l’on ne laisse tenter par le tiramisù : un peu moins triste ainsi aussi.

Que dire du retour que les images ne montrent pas ?

Nous voici le soir, nous voici au restaurant, chez Vinovino (baccalà mantecato et prosecco en apéritif, fegato ou polpettine ensuite, panna cotta splendide pour terminer). Voyager dans l’assiette…

Mardi 8 janvier – Mercredi 9 janvier – Jeudi 10 janvier – Vendredi 11 janvier