Vendredi 11 janvier – Venise

Vendredi 11 janvier 2013

Le gardien de San Marco est rude, rustre, incohérent et désagréable. Celui de ce matin en tout cas : je dois laisser mon sac au vestiaire pour une raison que même les garçons du-dit vestiaire ignorent. Je laisse aussi dans les casiers mes impressions et ne me glisse pas ici dans les descriptions de la sombre et lumineuse San Marco… nous voici au balcon. En contrebas, les lots de touristes, les flaques qui s’étendent, les femmes en fourrure et le café Florian où l’on se rend évidemment. Oserait-on manquer une telle institution ?

Ensuite, de ci de là, on retiendra surtout l’horreur de clowns en verre de Murano avant de visiter la Fondazione Querini Stampalia. Promenade dans des intérieurs vénitiens des 18e et 19e siècles  pour laquelle je paye presque inutilement une somme légère pour pouvoir prendre quelques photos.

Presque évidemment le petit bonheur du matin vient d’un détail gustatif dans cette petite pâtisserie à la façade attirante repérée la veille. On y entre au moins pour un café, on y craque pour un petit gâteau au sabayon servi par une vieille dame très apprêtée.

À deux pas, ce petit restaurant à la carte attirante, repéré  lui aussi la veille. Le lieu accueille de nombreux ouvriers, et avec un primo (du risotto) et un secondo (de la friture), au bout du conto on est totalo pieno avant de partir pour le Lido.

La première impression en débarquant au Lido, c’est la surprise. On avait oublié l’existence des voitures et des bus. Les voici qui toussent, ronronnent, vrombissent, klaxonnent…

Ah le Lido, on s’imagine que le fantôme de Gustav von Aschenbach erre sur la plage. Et ce n’est pas loin de la vérité. La plage offre un visage assez triste, que je dirais « très italien » si je prenais le risque de la caricature de ces plages privées. Sur d’improbables longueurs, les villages de cabines s’étalent, mais n’imaginez pas le charme désuet des cabines de Deauville. Vous voulez voir la mer de près ? marcher dans le sable ? Il faut faire un détour ou bien oser traverser ces constructions sans nom. Le fantôme est sûrement là, sortant du Grand Hôtel des Bains qui n’offre plus qu’une carcasse malade en restauration. Qui sont-ils, ceux-là qui comme nous s’aventurent sur le sable et les coquillages ? Là-bas les cris dans un téléphone : un pauvre type qui s’occupe, faute de touristes à qui vendre une écharpe multicolore ou je ne sais quelle babiole inutile…

Un café au milieu du Lido d’aujourd’hui, quelques petits gâteaux, nous repartons. Le soleil frappe les manèges des Giardini.

On cherche alors de quoi rapporter un souvenir qui se boirait, se mangerait. La petite épicerie nous accueille. La meilleure tomate séchée du monde dit-il. On rit. Idem pour le jambon. Les souvenirs s’entassent dans les sacs : vin, parmesan, tomates, jambon et même le pain.

La nuit est tombée, les valises ont roulé, un dernier bateau nous emmène à l’aéroport. Les gondoliers ne sont plus que des ombres que l’on s’étonne de trouver encore sur l’eau. Là quelques loupiotes sur une façade mais combien sur le casino ? Les lueurs viennent aussi de quelques réverbères, d’un arrêt de vaporetto, d’un néon sous un passage, puis d’enseignes et de vitrines – on en serait presque éblouis si on ne fermait pas les paupières en repensant à ces quatre jours.

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