Lundi 15 juillet 2013

Prendre le temps, terminer, corriger, regarder le ciel qui se couvre, magdoïser, braquer une banque avec Bonnie and Clyde.

Dimanche 14 juillet

Coinçant sur les mots qu’il faudrait pourtant écrire puisque je retrouve enfin le temps, je referme la page blanche et la remplace par ce vide qu’il faut faire. Mais  je jette seulement l’inutile, le dépassé, l’oubliable. Seulement, mais ça nous fait bien 50 litres de papier dans un sac poubelle anthracite devenu trop lourd. À côté, quelques tas viennent rejoindre les anciens : photos de magazines et autres pense-bête qui dans 20 ans seront toujours là, dans un recoin, une pile, un tiroir rouge écarlate. Peut-être feront-ils l’objet d’un livre, eux, sans page blanche.

Le soir on s’allonge devant Jane B. par Agnès V. Jane B c’est toujours un plaisir, cette légèreté, mais filmé par Agnès V, c’est plutôt l’insoutenable légèreté de l’être, mise en scène patatraco-pathétique. Et me voici qui pouffe. Paf !

Samedi 13 juillet 2013

On a alors retrouvé les occupations d’avant, quand l’esprit était plus libre, l’agenda moins rempli, c’est à dire différemment rempli. Pour fêter ça on a sorti la serpillère et les grandes eaux. Versailles ? Non pas Versailles. Et puis les rues de Paris entre Montparnasse et Beaubourg en passant par une galerie (où je participe), des boutiques (où j’achète peut-être), un cornet de glace, un cinéma. Au cinéma : Bambi, de Sébastien Lifshitz, joli portrait où l’on est hier et maintenant, jolis moments comme celui où, de l’autre côté du mur du garage il y a la chambre, le couloir, les souvenirs. Et comme un film parfois ne suffit pas, le soir on retrouve Xavier Dolan pour son J’ai tué ma mère. Câlice !

Les Heures Latentes - Galerie Vivoequidem Rue du Cherche Midi

Vendredi 12 juillet

Le magazine est replié et sur la page ouverte : Annie Ernaux et son dernier livre, celui que j’avais pas trouvé mais pas vraiment cherché non plus. Je parle un peu d’elle à V, décrit L’Autre Fille, et V rebondit sur Marguerite, Duras bien sûr, soudain il n’y a plus qu’elle mais j’ai oublié le titre que j’évoque à chaque fois et oublie à chaque fois.

C’est quand la nuit tombe que les rêves prennent le relais, le vin aidant, peut-être, certains s’imaginent alors sur les bords de Loire, loin des déconvenues du quotidien, loin et libres. Un peu de Pouilly pour terminer ?

Jeudi 11 juillet

On aurait dû – ou pu -, sur les photos, voir un enfant ; l’enfant. L’Enfant, majuscule imposant un statut divin à la cinquantaine de centimètres nés il y a une quinzaine de jours. Mais on voit deux perspectives : l’une courte, froide et consumériste, l’autre longue invitant au voyage, au mouvement. Pour l’Enfant on n’hésite pas, ce sera la deuxième.

Mercredi 10 juillet

Soudain, dans un noir et blanc distingué, les corps se frôlent. El Leon glisse, d’autres également.

Mardi 9 juillet

Quelles valeurs morales et symboliques se trouvent incorporées à des objets techniques désormais accessibles au plus grand nombre ? Une médiologie conséquente devrait s’intéresser à la dimension technique de l’expérience quotidienne ; elle mettrait en lumière la stabilisation de nos relations par les industries du faire croire, et par les innombrables dispositifs de médiation qui nous contiennent, nous organisent et nous accordent d’accomplir cette prouesse essentielle à toute société suffisamment bonne : vivre ensemble séparément.

Daniel Bougnoux

Soupirer. Tirer un trait orange en marge du paragraphe. Bientôt lire Proust. Avoir vu Frances Ha.

Lundi 8 juillet

Les photographies des Heures latentes de la première semaine étaient quelque chose comme des moments de surprises, ces fractions de secondes, ces fragments de temps où l’étonnement surgit, où la curiosité est piquée… alors l’esprit recule, regarde, et puis comprend, s’amuse ou bien réalise que non, ce n’est rien ; l’étonnement a vécu. Après une semaine de photos quotidiennes, je passe vraisemblablement à autre chose, à tout autre chose, rien de précis. C’est de toute façon ce qu’on me demande. Je crois. Autour de la petite table on en parle un peu, j’explique à F, invitée improvisée, ce que je viens d’écrire ; la photo du jour était de 9h32.

Dimanche 7 juillet

Page 49, Bougnoux dit qu’on peut peindre les anges mais pas les photographier. Il me vient alors l’idée d’un titre, d’une série d’images pour prendre la sémiologie à rebours. On verrait alors apparaître des anges. Les oisillons chez la voisine pourraient être ces anges, quoi qu’un peu trop bruyants, quoi que trop peu volant.

Le soir les fruits étaient jaunes : cerises, framboises. M aussi, bien sûr.

Samedi 6 juillet

Un soleil derrière l’ombre du noyer, on dit que ça rend fou, peut-être le suis-je déjà, fou de reprendre ces fichus cours de japonais, de lire ce Bougnoux qui me parle plutôt hébreux, fou de rester là, allongé à l’ombre ou au soleil, en proie aux UV, aux insectes, à ce serpent peut-être qui, dit-on, rôde autour, en proie à la tentation des framboises et des cerises dont les variétés sont aussi pâles que moi, que moi pour l’instant.

Vendredi 5 juillet

Le calme du T.G.V. m’avait bercé puis accompagné pour lire un peu de S.I.C. Mais dans le T.E.R. c’est autre chose, autre ambiance : la petite fille est agitée. Ce n’est pas là son moindre défaut et son frère ne l’est pas moins. Je referme le livre, j’écoute Carlotti, Catpower, puis Bach, toccata et fugue qui se perdent dans le soleil se couchant sur les vignes. Mais les enfants finissent eux aussi, par le sommeil, couchant.

Jeudi 4 juillet

Elle dit que non, qu’on ne peut pas faire de photo, que c’est écrit partout. Elle est dame pipi au Silencio et ce n’est pas à moi qu’elle parle mais à une femme venue aussi (je crois) pour le film d’Oliver Beer. La femme la regarde, s’étonne, mais s’étonne vraiment, du message et de son absurdité. On ne peut pas faire de photo. Ah bon ? De toute façon j’en ai déjà fait une : le sol. Celui des toilettes justement : un carrelage composé de minuscules carrés de céramique de quatre couleurs, quatre couleurs au milieu du noir glacé et des ors (et pas seulement ceux du pantalon de J).

Mercredi 3 juillet

Deuxième jour, cerveau lourd, bar au four, Jeanne accourt, tu savoures.

Mardi 2 juillet

De nouveau le chemin de Nogent. Ligne 7, ligne 6, RER A, bus 120. Dans le petit carnet gris, j’écris les questions que je me pose et qu’on va peut-être me poser. Et puis la journée passe, questions, réponses, surprises, oui oui je suis là. Au retour un chemin inédit, un moment improvisé, l’anniversaire de B. Les cocktails sont oranges, les bougies posés sur de petite hamburgers, les sourires aux lèvres, quelques visages très bronzés, bronzage Tanger, bronzage de nuit on pourrait leur faire dire, et déjà – enfin ! – les invitations à dîner qui reprennent. Un deuxième cocktail pour fêter ça?

Lundi 1er juillet

Nous revenons ravis, moi peut-être encore plus car ravi de cette rencontre avec cette ville que tu connaissais déjà, ravi de mes retrouvailles avec l’Allemagne, seize ans après, peut-être même seize ans jour pour jour, il faudrait vérifier. Berlin, une respiration, une vraie, d’où l’on rapporte toi comme moi un souvenir aux pieds. Comment on dit lacet ?

Et puis c’est un autre retour, celui à la photographie. Jusqu’au 31 août je participe avec joie au projet Les Heures latentes à la Galerie Vivoequidem. Une photo par jour, prise avec mon téléphone. Une photo comment ? Je ne sais pas. Une photo comme ça, parmi les autres, une photo qui, peut-être, comme cette saison devenue grise, nous fera nous demander si c’est vraiment l’été.