Dimanche 16 mars 2014

Bon ben, je reste sur ma naine.

(Parce que le Scrabble® est régulièrement source d’incongruités)

Samedi 15 mars 2014

Une musique de fanfare dans mon dos. Je pense à celle de « Une chatte sur un toit brûlant » mais les enfants insupportables ne sont pas là pour souffler dans leur petite trompette ; le manège ne tourne pas, l’homme attend dans sa petit cabine qu’un gamin ait envie de tourner sur un cheval de bois aux paupières écaillées. Assis sur un banc, je regarde l’horizon brumeux et la Charente dont les rives ont encore cette odeur typique des périodes de crues. Le manège est vide, sentiment d’abandon temporaire, sentiment d’abandon qui rappelle (vaguement) celui qui, plus tôt, régnait là-haut, sur le site de l’ancien hôpital. Je n’y étais jamais retourné : le lieu est vide, les fenêtres sont murées, les murs sont joliment couverts de graffs. Les souvenirs y sont tristes mais lointains, j’ai souri devant ce village fantôme fascinant et photogénique dont je n’ai pas parfaitement capté l’âme. Et puisque c’était le jour de voir Saintes autrement, me voici découvrant la petite salle des Jacobins et redécouvrant l’intérieur de l’Abbaye aux Dames envahie par quelques grincements de hautbois. Soudain, rêver de grands formats précis dans la magnifique salle capitulaire.

Vendredi 14 mars 2014

« Mais c’est tout simplement le premier après le ministre, c’est lui qui fait tout. (…) Il est officier de la Légion d’honneur. C’est un homme délicieux, même fort joli garçon. »
Sa femme d’ailleurs l’avait épousé envers et contre tous parce que c’était un « être de charme ». Il avait, ce qui peut suffire à constituer un ensemble rare et délicat, une barbe blonde et soyeuse, de jolis traits, une voix nasale, l’haleine forte et un oeil de verre.

Marcel Proust. À l’ombre des jeunes filles en fleurs

La glycine aussi était en fleurs en arrivant. Le magnolia l’était encore le matin-même. Et l’esprit était en fête, malgré les heures qui bientôt nous sépareront.

Jeudi 13 mars 2014

« C’est Cardin, alors on peut arriver en retard comme des fleurs ».

Étudiant en retard s’adressant à ses 3 camarades

À la terrasse je raconte à N que le festival Circulation(s) ne m’a pas transporté, qu’il y a chez la plupart des photographes l’obsession d’une série, mais que l’accrochage de la salle 1 était très bien, que quelques travaux étaient intéressants voire beaux (ce reportage en Sibérie), que j’avais beaucoup ri devant les imitations de cette Allemande. En revoyant plus tard mes propres images prises là-bas, je me dis que j’ai peut-être un peu exagéré sur cette idée de l’obsession ; je retiens l’impression de multitude – mais lui en ai-je parlé ? Je revois alors la simplicité des images de Luca Lipi, je me dis que j’ai trop peu regardé celles de Bruno Fert, et je relis le texte que j’ai aimé, accompagnant les photos de Clément Val (« J’appelle ça mon journal, mais c’est me mentir à moi-même : ces images sont presque l’antithèse de mon quotidien, rempli d’ordinateurs et de béton »).

Lundi 10 mars 2014

C’est ton dernier rendez-vous avec une salle, en tout cas le dernier programmé puisque demain tu t’envoles. Les fauteuils sont rouges, les questions claires ; plaisir d’un nouveau moment d’échanges face à un public curieux, attentifs, presque attentionnés. Il n’y a pas le stress, la panne et l’horaire tardif de la dernière fois. Il y a aussi les visages amicaux – V, E, d’autres dont j’ignore le nom -, rares mais présents et au bar du coin, après la projection, V est radieuse, drôle, « évidemment qu’elle viendra si… ».

Samedi 8 mars 2014

Et c’est ainsi qu’on quitta Étretat en mangeant du camembert dans une voiture de location immatriculée en Allemagne.

Vendredi 7 mars 2014

La pause déjeuner remonte en 1914, les tranchées et les coups de canon, les crayonnés et les coups de crayons. C’est au musée de Nogent-sur-Marne, et c’est une approche originale et réussie pour cet inévitable centenaire (et je ne dis pas ça parce qu’il le faut).

Et puis le retard dans la projection, le raté total pour les pizzas. Mais vous croyez vraiment que ça va nous gâcher le plaisir ?

Jeudi 6 mars 2014

Je ne peux pas écrire ici une phrase du livre entamé ce jour, Le Tramway, de Claude Simon. C’est pourtant un choc, des phrases qui m’ont happé, mais des phrases longues, très longues, plusieurs pages si besoin. En lisant, je pense au train qui, de Barcelone, nous avait emmenés jusqu’à la plage ; le soleil est donc définitivement de retour. Sauf le soir : c’est un peu nuageux chez Sophie Fillières.

Lundi 3 mars 2014

La photo montrerait une vis noire dans un mur blanc. Elle évoquerait la fin, c’est à dire ce qui n’est plus – l’exposition – et ce qu’il advient – une pointe de mélancolie. Sur le fond sonore il y aurait encore Chopin.

La citation serait de Cartier-Bresson dont j’ai entamé la lecture d’entretiens.

La critique de film serait celle de « At Berkeley« , traité de fascination d’un réalisateur pour la belle banalité d’une université humaniste.

Dimanche 2 mars 2014

Elle joue. Au piano. Elle m’a de nouveau demandé si c’était moi le photographe. Elle m’a demandé si cela me dérangeait si elle jouait. Pas du tout. Avec plaisir.  Chopin. Je filme. Elle est la bande son de mon exposition, elle habille les images,  elle m’offre la musique qui couvrirait le film. Elle a 87 ans. J’ai donné vaguement rendez-vous,  rien d’officiel, juste comme ça, il n’y aura que deux visiteurs. Dans le salon il fait chaud. Cette fois-ci elle ne raconte pas le conservatoire, les années de musique ; cette fois-ci elle ne dit pas qu’elle attend la mort.

L’exposition est terminée, une page photographique est tournée, page japonaise, et sur l’arrêt de bus un point rouge, drapeau emballé.

« J’arrête pour aller déjeuner. Un temps« .
Alain Resnais à Marguerite Duras.

Samedi 1er mars 2014

Rattraper le temps perdu ou laisser février muet ? Parler du samedi avec tous ces œufs ?

– En même temps au ciné garder des places je sais pas si c’est possible.
– Ben si, on met des sacs.
– On n’a pas de sacs.

Vendredi 28 février 2014

J, Max T, L&P et puis pour terminer ce mois, un épisode de Looking. Un épisode, deux personnages, personne d’autre, personne autour.

Jeudi 27 février 2014

Dans deux jours, cela fera un an que j’ai mis les pieds au CELSA. Et depuis 8 mois j’ai un peu mis de côté la sociologie ; c’est à dire que j’ai mis de côté la lecture des livres de sociologie, parce que la sociologie – et comme elle m’a enrichi – est toujours là, un peu tout le temps, un peu partout, beaucoup chez tout le monde. Voici donc qu’au milieu de tous les livres achetés hier, je plonge dans « La sociologie des pratiques culturelles« , à la recherche de quelques connaissances supplémentaires, de quelques bribes de conversation dans les dîners, de quelque compréhension sur le téléspectateur ou la parisienne cinéphile.

Mercredi 26 février 2014

Sur les étendues caillouteuses du nord du Canada, les maisons ont une allure fragile et des cimetières (de pierres tombales ou de machines abandonnées) viennent rompre l’horizon. C’est là que tu donnes la parole aux habitants : ils parlent de leurs ancêtres comme on aimerait tous pouvoir en parler, simplement, parce qu’ils sont là, en permanence. Les aïeux sont en eux, ils leur ont donné leur nom et – voilà plus surprenant – leur identité.  « How does your mother call you ? » demande le personnage principal. « Dad« , répond la fille. Et ce sont des histoires de résurrection, des souvenirs d’avant-naissance, des réponses chuchotées de petite fille en sweat-shirt Mickey… Tu nous installes avec délicatesse sur cette étrange frontière entre le témoignage d’une réalité et la poésie des croyances. Et en cette période actuelle de questions sur le genre et l’identité sexuelle, tu enrichis le débat d’un regard léger, libre, simple, profondément humain… et merveilleusement lumineux. Enfin !

Lundi 24 février 2014

Voilà que je m’étonne d’avoir le temps, un temps que je prends avenue Montaigne, au fil des vitrines hors de prix. Au PdT les Rencontres ouvrent leurs portes, mais celles de la salle se referment sur une foule trop nombreuse.

Dimanche 23 février 2014

Les JL m’accompagne au JdP : Robert Adams et ses étendues poétiques où parfois le sujet est trop présent, Mathieu Pernot, tournant autour d’un sujet ou deux pour mieux en puiser toutes les ressources. Mais c’est fiévreux que se clôt ce dimanche : Six Feet Under refait surface six pieds sous la couette.

Lundi 17 à vendredi 21 février 2014

Le temps file… Jarmusch nous emballe doucement, mes contrepoints subissent les regards ou s’accompagnent de mes explications, Milestones de Kramer nous revient doucement en mémoire au fil des scène, la séance pointligneplan me berce de ses chansons, de ses orages, de ses silences.

Dimanche 16 février 2014

Ça se veut un hommage à Olympia52, film premier et caché de Chris Marker. Mais… mmm… il faut vraiment en parler ? Non parce que… c’est moche, non ?

Samedi 15 février 2014

On s’étonne des nombreux pas de porte qui se louent ou se vendent, vides, abandonnés ; Chalon est sous la pluie, le musée Denon vide. Un bon restaurant et des lampadaires disproportionnés, l’achat d’un livre sur le merveilleux Saul Leiter, et puis Ziad qui parle de l’esthétique du pourrissement, sans que je sache si c’est voulu ou si c’est une hésitation sur le mot qui convient au verbe « périmer ».  Le travail de C. Cook qui me touche. Les images en 3D, la poésie des images anonymes, orphelines, souriant au passé. Le regard de François C sur mes Contrepoints. Et la moquette verte d’un bar de Dijon.

Vendredi 14 février 2014

Ils sont, eux aussi, dans ce TGV qu’on aurait pu manquer parce que curieusement, bêtement, naïvement, on n’a pas vraiment vérifié, comme si on avait l’habitude de faire ce trajet que l’on n’a jamais fait (toi peut-être ?), alors que, quand on a l’habitude – vers Limoges ou Saintes – on vérifie, une fois, deux fois. Ils sont là, ils entassent dans le wagon leurs valises de clichés, ils sont des « bourges », ils vont à Megève, ils sont tels que vous les imaginez, du beige et un serre- tête, le père peut même lire « SAS » et puis ça chuinte, ça parle fort, et le petit garçon blond en polo bleu pâle assène dans le couloir tandis que vous essayez de lire « Ah ouiii elle est vraiment sympa, on la voit tous les mercredis au polo. » Nous, nous allons à Châlon-sur-Saône, pas de ski, non non, mais le vernissage des trois nouvelles expos du musée Niépce. Pourquoi ? Parce Ziad Antar, parce que P y va, parce que…

Il faudrait alors des paragraphes et des paragraphes pour parler de l’hôtel, du travail de Ziad, du dîner, de la belle collection exposée, des photos de C. Cook qu’on n’aurait pas dû laisser pour le lendemain, etc. Il faut peut-être se limiter à une chose, une émotion, celle devant la photographie de Cartier-Bresson, ci-contre, prise avec mon téléphone portable, quelque chose de rarement ressenti devant une image, l’impression du mélange savant de la perfection et de l’émotion.

Jeudi 13 février 2014

Didi Hubermann, dont l’exposition au Fresnoy avait été un long moment de ravissement, prend une autre dimension au Palais de Tokyo. Les images en mouvement sont à nos pieds, les images fixes sont immenses, et le tout se répond : répand différemment.  Je crois que c’est encore plus beau, cette manière dont les deux se côtoient, ces présences, cette proximité, même si le jeu sonore me semble plus confus. Je crois, mais nous reviendrons pour le confirmer : on file à la pharmacie, y a José L qui offre le sirop pour la toux…

Mercredi 12 février 2014

Je finis par être définitivement exaspéré par ses reniflements et sors un paquet.
Vous voulez un mouchoir ?
Non ça va aller.

Mardi 11 février 2014

Richesse d’un mardi. Une visite guidée pour décortiquer à deux voix les photos glacées de Patrick Weidmann, un spectacle graphique et dansé pour quelques photos, et puis la radio, ta voix derrière la vitre, l’excitation de mon côté (de la vitre, parce que ah la la on n’aura pas le temps d’entendre le morceau en entier). Finir par un dîner aux allures chic.