Juillet 2011

Dimanche 24

Décollage… Direction… ça :

http://www.arnaud-rodriguez.net/voyages/japon/

Samedi 23

Une journée comme celle-ci pourrait peut-être faire un roman, d’autres on en fait avec moins, il suffit de talent et d’un peu d’imagination pour boucher quelques vides, ajouter un peu de suspense, d’humour, de passion pourquoi pas, on y glisserait des rêveries du voyage à venir, des rappels de cette relation qu’on a avec celui qu’on rejoint (pour faire comme Jean-Philippe Toussaint*), des interrogations sur ce qu’il signifie à 37 ans alors que depuis des années on y pense au Japon, à ses petites fleurs et à ses grandes carpes qu’on rêve tatouées.

Alors voilà, des livres mais pas celui que je cherchais (épuisé**), donc un livre sur le traitement noir et blanc des photos numériques et un « Hervé« , une valise bordeaux et puis une autre tant que j’y étais, une pizza et puis tant de pluie, un 50mm Porte de Champerret, ce 17ème que je connais si peu, un bureau de change avec une jeune blonde à l’accent inconnu derrière la vitre, Scaré-Machin acheté aux Cahiers de Colette, CK, sa collègue et sa chanson inconnue, Muji rue des Francs-Bourgeois, Muji aux Halles, un shampooing, la terrasse avec Marc-Christian Barrauld derrière nous et deux japonaises allant et venant, la veste en velours de chez Tim Bargeot, les vodkas-colocs chez Othphane avec miss ONG, ma voix au loin parce que mon téléphone décroche tout seul, la chance d’attraper le métro sans attendre onze minutes, FP que j’avais oublié, le CD pour tobefab, etc. Bon, j’emporte quoi comme chaussures ?

* Pourquoi me sens-je obligé de préciser ?

** Le livre, pas moi.

Vendredi 22

Vous avez vu le joli tas multicolore de dossiers bien rangés ?

Non ?

Ben vous auriez dû le voir en photo mais je me suis trompé, j’ai formaté la carte avant…

Voilà…

Mais sinon ça veut dire que je suis en vacances.

Voilà.

Et sinon ?

Sinon quand ce livre est sorti, j’étais sûr que je l’aimerais, c’était aux éditions de Minuit, y avait sûrement eu un article vite lu dans mon abonnement, le titre était suffisant (je veux qu’il me suffisait, que je n’avais pas besoin de plus), le nom de l’auteur inconnu et rassurant, mais ne me demandez pas pourquoi je ne l’ai pas acheté. C’était quand la sortie ? À Emmaüs, sur le rayonnage, j’ai été content de le voir peut-être un surpris – une marque de snobisme ? –, et de l’entrouvrir pour voir ce prix dérisoire. Hier ouvert pendant que je souriais au spectacle dans le rer avant de sourire à sa lecture ; aujourd’hui je continue, avec l’envie de l’emmener avec moi, d’emmener là-bas ce que je n’aime de mon pays : ses mots.

Jeudi 21

Il a l’air un peu étrange, un peu rude, rugueux malgré sa jeunesse. Il fait la manche dans le métro alors je fouille et lui tends cinquante centimes. Il me demande peu aimablement si j’ai pas un ticket resto, je le trouve un peu gonflé mais 100% des gagnants etc. Il avance, revient, se retourne, et regarde fixement une jeune femme : « Hé t’as pas un ticket resto au lieu de faire la gueule ». Elle me regarde désolée. Connard.

Chemin du retour. Un peu de musique commence à se faire entendre derrière moi, à moins de dix mètres, les premiers rythmes de Billie Jean. Je grommelle, « Un soir au Club » de Christian Gailly à la main. Mais je ne grommelle pas longtemps. Devant moi un groupe de blackettes se mettent à sourire, l’une pousse un « hhhhi » à la Jackson, et puis ça gigotte et ça sort un « hé r’gardez il danse le mec ». Ambiance agitée, mon bouquin reste ouvert mais je les regarde amusé. Elles commentent, un grand blond se marre, les connait peut-être, il va vers le danseur mais c’est alors dans mon dos que ça se passe et puis le danseur arrive, habillé comme il se doit, total look Mickael, chapeau, frisettes, chemise noire ouverte sur tee-shirt blanc, etc. Elles lui demandent un petit pas de danse ou deux, alors il fait le geste à la Jackson, il ouvre la chemise brusquement… les filles manquent de s’évanouir, le mec pue la sueur… Hilarité totale. Il repart, revient, elles n’osent plus lui demander quoi que ce soit, le moindre de ses mouvements génèrent un flux poisseux qui les fait grimacer… Mais il gigote encore un peu : monté sur pile l’épouvantail bicolore… Et moi ? Moi je raconterai bien mieux cette histoire à Fanny 1 heure plus, à la terrasse du troquet d’en face, cacahuètes en option.

Mercredi 20

Du couvert de la manche en mousseline de soie, je dégageai un bras enduit de blanc ; ses lignes puissantes et robustes s’estompèrent dans la nuit où se détacha une forme souple, blanche et potelée. Je restai fasciné devant la beauté de mon propre bras ; j’enviai les femmes de posséder « pour de vrai » une pareille beauté.

Fin de la courte lecture de trois récits de Junichirô Tanizalki : Le Tatouage, Les Jeunes Garçons et Le Secret. Dans la troisième nouvelle, la plus élégante, Kyôto y est évoquée comme la ville où le personnage principal a acheté un kimono dessous en mousseline de soie imprimée. Je doute d’en rapporter le même souvenir, mais sait-on jamais, peut-être le même imprimé.

Mardi 19

Hier, À bout de souffle. Aujourd’hui, essoufflé.

PS. Ne jamais oublier la tarte au citron.

Lundi 18

Mais ai-je vraiment envie de regarder À bout de souffle ?

Dimanche 17

Elle décortique un guide sur Bali. Il lit Rouge Brésil. Je commence Le Tatouage. J’ai feuilleté Réponses Photos. C’est dimanche, je suis dans le train.

Samedi 16

Tiens, et si on allait chez Emmaüs ? Fouiller n’est jamais pour me déplaire, alors on fouilla. Le fatras en extérieur, qui aurait mérité des paragraphes entiers de description si j’avais eu le temps et le courage (et l’idée d’en faire des photographies), fut la caverne pour Chicken Ali Baby * tandis que je désespérais de trouver des sujets à photographier et la vaisselle en Arcopal qu’il cherchait avec avidité et sourire.

Pour ma part c’est sous le hangar que je trouverai mon bonheur, une cravate, un livre… un euro et cinquante centimes.

* Tiré par les cheveux…

Vendredi 15

Que faire ? La question revient. Dépenser ? Direction Emmaüs où je fouille dans les cartes postales, j’hésite sur ces portraits, pourquoi ne les ai-je pas pris ? Les doigts poussiéreux on prend la sortie, direction les boutiques du centre-ville et le 1er étage des Galeries L, où l’on passera un temps fou à la recherche de la perle rare. La mienne sera courte, bermuda bleu de bon aloi pour là-bas.

Jeudi 14

Campagne, temps agréable, compagnie amicale. Fred est là, nous avons fait la route ensemble, et sous l’ombre du grand chêne une sieste termine les 5 heures de route et le déjeuner. Que faire ensuite ? Que faire dans le coin un jour férié. Je ne suis pas un bon hôte, je ne sais pas. Nous réservons notre sortie pour le soir, où Saintes est étonnamment animée du côté du Jardin public, ça gigote et ça danse sous les ampoules multicolores. Au Tall bar, nom improbable, la serveuse l’est tout autant, improbable tenue — talons hauts et maillot bleu — sous le triste prétexte de soutenir l’équipe de France féminine de football. Et puis… boum… Quelques souvenirs reviennent, le vendeur de cacahuètes dans la prairie ou le feu d’artifice modeste mais tant attendu de Chaniers. Mais ne sont-ce pas des rêves ?

Mercredi 13

Gare de Lyon. Changement. Quai du RER A. Tiens, le gars là, il était dans le film d’hier, non ? Je ne suis pas sûr. Je m’approche, je le regarde du coin de l’oeil, il doit s’en rendre compte que je le regarde, non ? Il lit Libé, ah ben s’il lit Libé c’est forcément un acteur. Bon si c’est lui je ne sais pas son nom… et je ne me rappelle même pas la scène qu’il joue dans le film d’hier, merde. Ah ben il monte dans le même RER, hop je le suis et plus il s’assied en face d’une place vide, hop je m’y mets. Oui bon de près je pense que c’est lui, mais je lui dis un truc ou pas ? Du genre « C’était bien vous hier dans le film de Valérie Mréjen ?« , ça ferait une espèce de complicité, du genre « oui je suis super branché je vais voir les avant-premières des films de Valérie Mréjen » quoi et puis au moins je serai sûr que c’est lui. Ah ben tiens il ouvre son sac… et il sort un script. Bon de toute façon il y a trop de bruit, je ne peux pas lui parler et puis je ne me rappelle toujours pas le rôle qu’il avait quel naze je suis. Bon… On arrive à Nogent… il se lève, parfait je lui dirai un truc sur le quai. Il regarde par la vitre, ah ben non il se rassied et moi me voilà sur le quai. Au revoir… heu… qui ça ?

Le soir autre parcours, détour par la rue Beaubourg puis les Gobelins pour retrouver Natt en terrasse, se raconter tout ça entre deux pickpockets, le Val-de-Loire et le Japon, l’épilation et la coupe de cheveux, son angine et ton mal de gorge.

Et ensuite ? Ensuite… Boum !

Mardi 12

Sur le quai pavé, elle est là, parle avec elle, avec lui, je reste au loin, bêtement peut-être, sans lui dire que je suis là, un peu à ta place, je me demande un peu si elle se rappelle mon visage, même pas un salut de loin, bref… Je suis là pour l’avant-première de « En ville« , un film qui m’embarrasse parce que Valérie Mréjen c’est, habituellement, rien que du plaisir. Et là ? Là non, désolé, déçu, je suis déçu, je ne sais pas. Peut-être qu’après cinq Demy, un film de plus sur les rapports amoureux c’était le film de trop, surtout que ça manque d’enthousiasme tout ça, de poésie, de plaisir… c’est difficile et triste l’amour un peu là, non ? Mais heureusement, il y a du Mréjen dans le film, il y a des mots, des moments magnifiques portés par une écriture pointue, ou cette scène si drôle avec les ormeaux… Ca reste un film à voir, pour ça justement, et si vous n’aimez pas, à la sortie, lisez ses livres, vous comprendrez.

Et ensuite ? Ah ben ensuite j’ai juste traversé la rue, y avait Fred alors… et Brenda. Brenda ? Oui Brenda.

Lundi 11

Je m’assieds. À ma droite, elle est en train de s’écrire sur la cuisse, dessinant ce qui semble un visage. Japonaise ? Blazer bleu à boutons dorés, jupe écossaise, petites chaussures noires, longs cheveux noirs couvrant son visage. Je suis justement plongé dans mon vocabulaire nippon et je navigue entre les fruits et les verbes, les couleurs et les formules de politesse, découvrant en souriant la pomme (ringo), la pêche (momo) ou ce kanji 肉voulant dire viande et ressemblant à deux cintres dans une armoire. Aurais-je donc une obsession pour le rangement des vêtements en ce moment ?

Et puis… Dans mes souvenirs les plus lointains, il y a une peau d’âne, une chanson, une fée qui débarque en hélicoptère. Dans mes a priori, jusqu’à aujourd’hui, il y avait l’idée que, non, ce film n’était pas pour moi. Mais le charme a agi. Carrément.

Préparez votre Préparez votre pâte Dans une jatte Dans une jatte plate Et sans plus de discours, Allumez votre Allumez votre four Prenez de la Prenez de la farine Versez dans la Versez dans la terrine Quatre mains bien pesées Autour d’un puits creu Autour d’un puits creusez…

Dimanche 10

Un dimanche plein de projets : aller au BAL, rue des Francs Bourgeois, au cinéma, mais les transports et puis le temps… Alors je range, je lave et j’essuie, je m’interroge sur ces tas plus ou moins bien entassés, je rêve de ce dressing dont tu m’as parlé mais il est là-bas ; qu’aurais-je à y pendre ?

Un autre Demy, Lola, merveilleuse Lola, pétillante, quelle bouche ! quels yeux ! Et puis quels blancs, quels contrastes, merveilleux ça aussi, vite un dictionnaire des synonymes… J’ose pourtant quitter parfois du regard le film*, pour un faux pli, mais mon rythme le fer à la main est d’une lenteur rarement vu.

Un autre encore, Model Shop, la suite, Lola a traversé l’Atlantique depuis quelques années, mais les robes devenues colorées ont perdu de leur éclat et cet amoureux transi me lasse.

* Me voici qui hésite sur l’ordre des mots…

Samedi 9

À peine éveillé, les yeux engourdis, ma voix ensommeillée et la tienne prise par les écarts de températures, 31 minutes de notre quotidien. Tu me demandes si j’ai fait des photos, j’hésite. Non, enfin à peine, hier dans le métro mais elles n’ont aucune importance. Je pensais montrer ton absence dans ce lieu qui est devenu le mien… et puis non. Pas d’images de ma part, des mots donc des deux côtés, pour moi le figuier fatigué, les couleurs du film d’hier, mes achats à venir, pour toi  la chaleur, le riz, le Ministre, la langue et puis j’ai faim. Alors le matin est studieux : le lieu est propice et le retard aussi. Les achats viendront plus tard dans la journée, un vêtement léger pour la pluie, indispensable au Japon, un pull pour la demi-saison, porté une semaine plus tard en France, rouge le pull, bien rouge. J’oublie le passage chez Muji pour les stylos, j’abandonne l’achat d’un jean ou de chaussures en me demandant quelle peut être ma pointure là-bas. Au retour, plusieurs messages de Fanny, même un amusant petit mot à la fenêtre, messages désespérés avant la fête pour une chaîne, pour du son, alors je rencontre sa rousse avant la blonde platine, une platine ça tombe bien avec cette histoire de chaîne. La blonde platine c’est Jeanne Moreau, dans La Baie des Anges, errant au propre comme au figuré entre les numéros et les tables, merveilleux film sur le hasard, la chance, l’obsession, un film qui tient à quoi ? des joueurs, des gains, des pertes, ça recommence, faites vos jeux, rien ne va plus, le numéro 17 et Jeanne Moreau froide et attirante comme une table de jeu.

Et puis la fête donc, fête voisine. Aurais-je, sinon, osé traverser Paris avec ce pantalon au pied de poule vif ? La bottine était indispensable et parfaite pour accorder le soulier au look sixties, mais pour être assorti à la douzaine féminine une fois sur place, j’aurais dû porter un vieux tee-shirt usé venu tout droit des années 80, mais je n’ai pas de vieux tee-shirt usé, années 80 ou autres. Bref, amusons-nous, surtout avec ce couple venu de l’autre bout de la ligne, des histoires de Naff et que sais-je encore, et puis évidemment des « Tu es artiste toi ? », et le lendemain on a quatre nouveaux amis.

Vendredi 8

À la lecture du magazine, pour ce concours qu’il ne me faut pas oublier, je pense à la photo de Veules-les-roses, cette plage sous les bourrasques, cette silhouette floue là-bas. Mais en cherchant bien, peut-être trouverai-je d’autres évidences. Et puis sur le canapé je m’installe, j’ai décliné l’invitation de B.C., pas envie, pas le courage, pas l’aisance, pas la tenue, vous savez, ce sentiment du vendredi soir quand on a dans les jambes et dans la tête la semaine qui vient de passer… Sur l’écran en face du canapé, Les parapluies de Cherbourg, Geneviève est triste, elle chante en attendant Guy parti en Algérie tandis que d’un autre œil, vaguement, je griffonne quelques mots dans mon carnet bleu. Vieille habitude de l’enfance qui revient, installé sur le sofa ou à la table du salon, téléviseur allumé, à faire autre chose (devoirs, mots croisés, classement de timbres, que sais-je encore). Comme disait l’autre, la solitude, ça n’existe pas : c’est juste l’enfance qui refait surface.

Jeudi 7

Au réveil, aucune présence, ni souffle ni soupirs, rien que le bruit de la rue et la peine à me lever. Une douche, quelques bouchées, l’ordi en espérant un message ; je l’ai, accompagné des premières images de là-bas. Puis un appel, nous nous parlons à peine : je m’en vais et je m’en veux, reviendrai tard. 23h05, gare de Noisy-le-Sec, odeur de fumée imprégnant mes vêtements, éclairage au néon, pourquoi ne sors-je point mon appareil photo ? En ai-je trop fait dans cette soirée, à guetter les gestes et les flammes, les couleurs et les regards… Sûrement.

Mercredi 6

Nous nous sommes éloignés dans cet aéroport où je t’avais accompagné, c’était plus qu’évident, indispensable, et puis soyons pragmatiques, c’était un peu plus simple pour tous ces kilos de bagages. Dans un film, la scène d’au revoir aurait pu être au ralenti, la foule autour aurait pu être floue, ça n’aurait pas fait une très jolie scène tous ces clichés. Mais c’est pas un film tout ça, c’est un bout de vie, une expérience… rendez-vous le 25 juillet à l’autre bout du monde. Dans le RER la femme chante avec un accent improbable « C’est l’histoire d’un amour« . A travers la vitre le ciel est triste puisque tu pars. Tunnel, noir, lumière jaune, le bruit du train couvre sa voix. Silence.

Mardi 5

Matin.

George V est à nos pieds, puzzle plus que centenaire couleur d’anti-rouille. Les deux complices se vouvoient, à la recherche d’indices, de réponses, de mesures inédites, de rayons de courbures, de détails invisibles et apposent, doigts poussiéreux, leur nom et quelques mots sur la page 5 de leur ouvrage.

Soir.

Derrière toi, au-dessus du petit panneau SANS ISSUE, le calendrier 2011 de la direction du matériel de la SNCF. Entre nous, des plats japonais, algues, anguilles, tempura, tofu fermenté… Devant nous ton départ.

Lundi 4

Y aller ? Fatigue. Rester. Ici, et seuls.

Dimanche 3

C’est dimanche, et il fait beau. L’évier est plein de notre sommeil et de notre abandon de 4h30. La table aussi, débarrassée du strict minimum quelques heures plus tôt ; on y avait laissé des piles de sourires en faïence. Quelques bouteilles ne sont pas vides, nos têtes non plus, il y reste quelque chose de la fête, il reste aussi un peu de terrine, de brie, ça vous étonne ? Un peu plus tard les corps réclament un peu de repos supplémentaire, puis l’on marche vers un coin d’herbe troublé par de la musique trop forte aux sonorités asiatiques. Sur la première ligne du livre que tu lis, c’est dimanche et il fait beau.

Samedi 2

J a un peu grossi, G aussi, F a une belle chemise et de jolies trouvailles, C n’est pas venue, J sait enfin qui je suis, C ne m’a pas reconnu, O n’est plus avec ce garçon, F est venue seule, J avec S et leur enfant, C a toujours cette étrange façon de parler, P a changé de couleur de cheveux, JL est arrivé en premier, C n’est pas resté longtemps, F est partie la première, j’ai laissé mon téléphone à P pour G, D est venu pourtant c’était samedi, M n’a pas goûté la terrine, tous les autres l’ont adorée, W a voulu danser, S est toujours rayonnante, J m’a offert ce livre déjà posé sur l’étagère, j’avais oublié le prénom de S, E m’a vraiment surpris, N avait évidemment une robe étonnante, N avait une cravate et un camarade hispanophone, F avait vu les Taxi Girl en concert, J a dansé aussi, O &C avaient pourtant déménagé, X n’est pas venu non plus, B a cru voir N qui pourtant n’était pas là, elle a dû confondre avec J qui sait enfin qui je suis, E a failli louper l’invitation… et toi, comme il y a un an, tu danses, un peu fou, un peu comme ça, tu m’entraînes. Vers 4h30 on se couche, amusés, contents. Comme il y a un an ? Non, vraiment pas.

Vendredi 1er juillet

Arrivée féminine, courses, gâteaux, chocolat, abricots, vin, assez à manger ? assez à boire ? Qui viendra ? Qui ne viendra pas ? Tant que ça ? Si peu ? Disons 50, non ? Et cette terrine, on la goûte ?

Juin 2011

Jeudi 30 juin

Étole bleu canard, elle est grimpée sur des chaussures incroyables au colori assorti, talons immenses et semelles compensées. Les souliers, la robe et l’Audi dans lesquels elle se rend à une soirée quelconque font presque tache au milieu de cette station service sous la belle lumière de 20h30, lumière inondant les flaques d’essence.

Et sinon, c’est pour ce soir la quiche ?

Mercredi 29 juin

Station Bonsergent, c’est pas tous les jours que j’en sors. Parfois l’on est si proche, la rue Beaurepaire par exemple, d’ailleurs évidemment on y passera, Potemkine et Prune, mais d’abord je te tourne le dos en sirotant alors que tu m’appelles ; c’est au coin de la rue Sampaix que l’on se retrouve, tu t’assieds, si peu, si peu de repos que te voilà sans paix, jeu de mots inévitable. Les toiles d’Olivier nous attendent un peu plus loin, avec un accueil surprenant, paysages superbes de camaieux de gris et vanités multicolores.

Au comptoir évoqué dans le paragraphe précédent tu proposes ce film et c’est à pied qu’on rejoint la rue Hautefeuille, belle balade à un rythme soutenu au bout de laquelle ce couple nous rappelle Marseille et ces familles marchent dans le désert américain. La Dernière Piste, superbe western aride où les visages finissent crasseux, larmoyants, hésitants mais… chut… je n’en dirai pas plus.

Mardi 28 juin

Ce n’est que demain que je t’évoquerai la lassitude des pages, cette Fin des Temps qui n’en finit pas, m’ennuie, radote, traînasse, plate, lente et presque idiote. Le merveilleux me passe à côté et au-dessus de la tête, et le style étouffe sous son absence le peu d’action du roman. 270 pages lues sans quasiment aucun intérêt mais je crois que je ne m’en suis rendu compte qu’aujourd’hui.

Lundi 27 juin

Il part. Sur les rayonnages certaines idées sont là, d’autres pas, alors j’hésite avec à l’esprit un seul espoir : lui faire plaisir.

Dimanche 26 juin

Oeil ouvert. Ca ne va pas être de la tarte, tiens… Alors je remets au lendemain les achats prévus, je remets à jamais le brunch chez FL et t’y laisse partir avec ce superbe panettone dont j’ignorerai toute ma vie le goût et l’odeur. Péniblement, plus tard, je pars, mes souvenirs de la soirée d’hier m’extirpent un sourire teinté de remords : comment peut-on trop boire sans s’en rendre compte, si ce n’est en ayant trop soif ? Bref… je pars, à Nogent on m’attend, puis à l’ombre c’est moi qui attend… quelques euros, le soir, l’orage.

Samedi 25 juin

A force de trop en faire, j’ai eu besoin de ne rien faire, rester là, tranquillement, en attendant le soir, puisque le soir, de toute façon, on sortirait. Le soir on sort, je revois ceux qui étaient là, on se souvient, ils se rappellent, c’était moi le photographe, oui, c’était moi. Et vous, c’est quoi ton nom ?

Vendredi 24 juin

Je ne m’attendais pas à assister à une chorale, on m’avait juste parlé d’un spectacle de fin d’année. Je ne m’attendais pas à ce que la chorale se déroulât dans la chapelle de l’école privée. Je ne m’attendais pas à voir s’installer sur l’estrade je ne sais combien de CM2, garçons en noeud pap, filles en boa coloré, tandis qu’un membre du personnel enseignant faisait son signe de croix en entrant. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils chantassent, en introduction, Wilkommen, bienvenue, Welcome.

Le soir, bienvenue aux convives justement…

Jeudi 23 juin

Je ne peux pas être là dimanche, alors je viens ce jeudi, c’est générale, je dois être là pour écouter les six pièces, six pièces que F a composées ; c’est un peu évident qu’il faut que je sois là, pour lui, cet invécu*, cette angoisse, il faut être là dans les moments importants avec ceux qui l’ont été et qui le ont encore, en voilà un, un moment important.

J’écoute comme je peux, comme souvent, l’esprit qui s’envole, un peu ailleurs, rattrapé soudain par deux flûtes virevoltantes ou ce superbe duo clarinette – clarinette basse. L’esprit un peu là pour quelques images aussi… qu’ils ne soient pas venus en noir pour rien. Je regrette ce zoom trop « léger », cette ouverture trop faiblarde, mais le résultat sera correct. »Et tu vas faire quoi de toutes ces photos« , me demande-t-on. « En effacer ! »

A Ivry, te relire, chipoter, corriger, hésiter, raturer, mais être encore et toujours fasciné par ce que je (re)lis. Je ne m’en lasse pas.

* Ce mot ne vous plait pas ?

Mercredi 22 juin

Sur le quai face à nous deux publicités pour deux alcools, autour de la rouge et blanc s’installent symétriquement un homme et une femme dont j’oublie les visages et les postures. L’attente sur le quai, après ciné et resto, après Pater et Bartolo, après Cavalier et pizza, déception et plaisir. Mais les deux sont à conseiller, à goûter.

Pater, film gonflé, joliment tordu, insolent et insolite, où l’on joue, à l’acteur et au président, où Lindon se prend au jeu de ce couple gourmand et politique. On tourne petit à petit un peu en rond, c’est là que la déception arrive, là qu’elle est arrivée pour moi, parce que l’idée est belle, très belle, drôle et intelligente, et même si on touche parfois au sublime parfois on se dit que ça là, non, là, pfff, et puis cette insulte, là, dans cette cuisine, non plus.

C’est chez Bartolo que l’on va en reparler un peu, ça ou autre chose, à côté quatre garçons portugais charnus et barbus, de l’autre, oh je ne sais plus, j’ai pris une Regina en hésitant sur la position de l’accent.

Mardi 21 juin

Étrange goût grisâtre pour ce début d’été, toujours ce temps maussade qui me fait choisir le métro mais qui me permet de lire un peu plus. La nuit a été hachée, la lecture de La fin des temps de Murakami l’est aussi un peu.

Lundi 20 juin

En face de moi, invraisemblable décolleté, deux masses de chair à peau noire s’extirpant d’un coton noir au liseré caramel en-dessous desquelles une main raye des lettres sur la page d’un livre de jeux. J’ai sur les genoux champagne et foie gras parce que ça se fête un peu ces retrouvailles balayant le gâchis qu’elle t’avait évoqué. Je sens que la fatigue va me frapper durant le dîner si je ne fais rien, alors je change de place pour appuyer ma tête sur la vitre du RER et m’assoupir un instant, tout au moins rallonger un peu, après cette journée de travail, la si courte dernière nuit.

Au retour, après le melon d’agneau et la meringue rougie, après cet au-revoir et la ligne 7, disons plutôt à l’arrivée, la découverte de l’avancée des travaux… 90cm pour deux, donc.

Dimanche 19 juin

Attention, marches irrégulières. Me revoici à la MEP, trois jours plus tard, parce que cette expo « Ah oui ! Patrick Tosani ! » tu voulais la voir. Passé l’effet de surprise de jeudi, mon regard navigue entre éblouissement (« Forum« , de 1983), charme et indifférence pour les tout derniers travaux… Notre visite est assez courte, rallongée par quelques hésitations à la librairie et je caresse encore ce livre-ci. Notre visite est peut-être plus courte que notre balade jusqu’à la Mouff’ avec son melon qui s’avérera insipide et son fromage qui ne le sera point.

L’après-midi, comme souvent en ce moment, je plonge dans les cartons et les souvenirs, ces derniers allant dans des tiroirs, la poubelle ou des tas en attendant de fixer leur sort.

Enfin, l’un après l’autre, M, R puis A.

Samedi 18 juin

Soyons positifs : ce serait bien si tous les jours de travail ressemblaient à ce samedi, partir au bureau vers 14h15 en pensant qu’on risque d’être un peu en retard, faire quelques photos en maudissant quelques averses, puis aller au cinéma. Mais voilà c’est samedi, ne soyons pas trop positifs, ç’aurait été tellement mieux de rester là ensemble, d’avoir du soleil et d’aller tranquillement au cinéma, sans courir parce que mister President était en retard.

Au cinéma, sur l’écran, l’homme est violent, la femme est rousse, soumise, aimante, et à la fin l’homme essaye de passer pour un ange. C’est le dernier film de Terrence Mallick ? Non, le premier.

Vendredi 17 juin

Un mois. Un mois sans écrire, si ce n’est dans un calepin rouge puis dans un carnet bleu et je ne sais pas si les mots viendront jusque ici, après tout je pourrais bien les garder pour moi, ces mots, ces motifs, cet émotif. Un mois de soleil(s), de gouttes et de vent du nord qui m’a poussé vers le sud, le sud de la frontière, ça tombe bien je lis Murakami en ce moment…

Un mois pile. Je refais surface ?

Mai 2011

Mercredi 18 mai

Pfff… Mais pourquoi je me suis embarqué là-dedans bénévolement ?

Mardi 17 mai

Même devant les chefs d’œuvre je m’endors. Cette fois, le sommeil a été plus fort que l’Aurore (A Song of Two Humans), film muet de Murnau réalisé en 1927, meilleur film de tous les temps selon certains.

Le sommeil m’a juste fait manqué un passage, le passage de la réconciliation puisque avant de clore les paupières la belle devait finir dans l’eau glaciale. Une fois les yeux bien ouverts, le couple d’amoureux s’embarque dans un manège d’humour, de beauté, de plaisir des sens mais l’embarquement n’est pas sans risque : l’orage gronde. Virtuosité, légèreté, drame, L’Aurore m’a emporté. Moi aussi, je quitte la grande ville pour aller de l’autre côté, là, sur l’autre rive : l’orage est loin.

Lundi 16 mai

« Oh génial le piercing ! » Je viens de tourner la tête, elle a 19 ans. Elle vient d’intégrer le service pour quelques semaines et j’avais soigneusement choisi la cravate le matin même, elle n’attendait donc pas à voir sur moi ce détail plutôt commun chez elle. On parle alors de trous et de tatouages, voilà qui détend l’ambiance après les insupportables billevesées de notre voisin de table, billevesées presque closes après mon « Si j’avais su je serais allé à la salle de sport ».

Le soir, les esprit poussiéreux du déjeuner sont oubliés, mais sous le lit il y a de quoi tousser, les grains et les moutons entassés autant que les magazines et les souvenirs. Les uns finirent aspirés, les autres finiront tôt ou tard déchirés après un rapide coup d’œil sur le peu d’intérêt qu’ils contiennent, les derniers, vieilles paires de lunettes et objets familiaux, iront bientôt ailleurs.

Dimanche 15 mai

Odilon Redon, petit garçon accompagné de son père, regardait les nuages et s’émerveillait de ces formes changeantes, chimériques, bizarres, merveilleuses. On a tous regardé les nuages, n’est-ce-pas ? Mais qu’en a-t-on fait. Si peu. Les nuages d’Odilon sont devenus des bestioles étranges, des êtres rêvés, des cauchemars gravés, puis plus tard des profils aux couleurs qui n’existent pas, bleus troublants, rouges définitifs, dorés méconnaissables. De Redon je connaissais les bouquets : ils m’avaient accompagné sur cartes postales dans ma vingtaine naissante. De Redon je connais dorénavant le mystère et l’oeuvre, et il m’accompagnera encore par ce livre que tu m’as offert.

Des visages sans dorures si bleus nous avaient suivis au Grand Palais : JLM qu’on ne remerciera jamais assez (pour ce moment, ce Merci et ces Carnets japonais), S encore troublée par sa nuit et sa matinée, deux poitevins dont les initiales n’auraient que peu d’intérêt et L avec à l’esprit les révisions du bac. Au Café Marly les regards hésitent et je pense à la salle de sport, choisis une simple orange pressée mais la salive s’extirpera devant ton cheese cake.

Samedi 14 mai

Passer l’après-midi sur un stade, voilà qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Certains se souviendront de l’époque où je tenais la buvette, à l’abri des éclats de voix, du soleil ou des gouttes…

Cette fois c’était pour le travail, la ville était animée ce samedi, triplement animée, et je passai de la pelouse synthétique à la musique traditionnelle japonaise via de l’accordéon, avec légèreté, étonnement ou plaisir.

Vendredi 13 mai

La bibliothèque de la Maison des artistes est un lieu mythique que je n’ai jamais vu. On m’en a parlé, j’ai aperçu une vague photo. Un jour…

Jessica Warboys a investi ce lieu pour nous le restituer : un film et puis quoi ? Tellement peu. Comment est-il possible de n’extraire aucun mot d’une bibliothèque chargée d’histoire ? Je m’incline devant les choix, la simplicité, la rigueur peut-être, je cherche les mots, l’aspect monacal ou je ne sais quoi… mais je ne comprends pas. Du rien je ne retire moi-même rien, si ce n’est une vaste déception et – ouf – la joliesse désuète d’un petit film aux airs d’autrefois.

Jeudi 12 mai

– Tu sais, c’est très surfait les Seychelles.
– Ah ? Je ne sais pas surfer, je vais changer de destination.

{Hot dogme is not dead ?}

A la sortie du film, tu n’as pas encore parlé mais je sais déjà que tu ne seras pas d’accord avec moi, moi qui ai trouvé le film délicat, doux, clair, plutôt juste même si j’aurais évidemment préféré un heurt final, une impossibilité prise de plein fouet ou cette possibilité que tu évoques bien sûr, mais je n’y ai pas pensé, c’est vrai que ç’aurait été beau que tout se passe comme si de rien n’était, oui rien, pas de crise, pas de mère qui tire l’enfant par la main, juste une rentrée des classes comme une autre.

Tomboy reste à mes yeux un joli moment, un jour d’été ensoleillé, un jour d’enfance et d’amitiés, un jour que je n’ai pas vécu, ce n’est pas moi toutes ces histoires : quand j’allais à la pêche, près du bac, il n’y avait pas de petite fille ressemblant à un petite garçon.

Mercredi 11 mai

Je commence à regarder d’un autre œil les livres qui s’alignent, les vêtements qui s’entassent, les revues qui s’accumulent, les années qui s’empilent. Sur le portable fatigué, j’efface la musique stockée et les photos d’avril déjà ailleurs : le clic droit sur les livres, les vêtements, des revues, les années, ça ne fait rien, ça enlève à la rigueur quelques grains de poussière.

Mardi 10 mai

Du raisin. C’est la première idée qu’il me vient à l’esprit. Un grain. Puis un autre. Ils épousent la nef du Grand Palais de leur matière synthétique, de leur couleur aubergine. L’installation m’étonne, mais ça n’a pas l’élégance du Monumenta de 2008. L’installation m’étonne mais la file d’attente pour entrer dans la bête me décourage, je reviendrai.

Lundi 9 mai

Alela. J’en rêvais. La voix avait envahi les travaux l’an passé, au milieu des bâches je chantai(s). Merveilleux hasard, c’était le 9 mai.

À La Cigale elle chanta ce soir, était-ce une fable ? La voix bien sûr, extraordinaire, poignante, mais son country band un peu bruyant je l’aurais volontiers remisé au placard, au milieu des santiags. Au milieu, heureusement, un moment de grâce, elle seule à la guitare pour deux titres. Soupirs.

Dimanche 8 mai

Vous êtes sortis, vous ?

Fabien oui. Catherine oui. Susanna et Laurent, oui. Ils sont sortis, ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud… de la Corse. Ah mais j’oubliais, l’alcool ça fait perdre la mémoire : j’ai oublié de parler de la dégustation de vin de 11h30. Hips.

Samedi 7 mai

On devrait tant dire sur les grands yeux des femmes qui regardent le spectateur. Sur les lumières et les couleurs aussi, le fauvisme qui n’en est pas vraiment un, cette écuyère qui s’est échappée de Dieppe, le doigt sur la joue, les tissus, les verts, oui les verts sur les visages, les visages verts, verts d’eau ou d’autre chose, je m’y suis plongé. Les premières années de Van Dongen sont sûrement les plus belles, celles avant la sagesse de ces longs portraits, on est assez d’accord là-dessus ensuite, même si vraisemblablement tu l’idolâtres moins que moi, mais on passe à autre chose pendant cette longue promenade, un kilomètre, puis deux, au moins quatre de quais.

RER C, bibliothèque… une glace ? Un rafraîchissement avant la fraîcheur d’une salle climatisée. Sur l’écran « La ballade de l’impossible« , pour vaguement capter trois mots de japonais et s’embarquer dans une jolie histoire, douce et amère comme une mousse au chocolat.

Vendredi 6 mai

« C’est qui René Flesh ? » Je me trompe sur le prénom, il s’appelle Henri (voudrait bien réussir sa vie ?).

Il était sur scène, icône rock sèche accompagnant Miss Carlotti et Jean-Pierre Petit pour leur « Rock’n’roll lies », conférock pas rance sur les critiques.

À la sortie des artistes on a fait comme les groupies, sourires et accolades, tiens une garçonne, tiens… oui, moi. J’étais revenu dans les parages, j’étais revenu sans dérapages, sans parader.

Jeudi 5 mai

Le soleil, profitons. À la Cinémathèque, je suis donc en avance pour le film, les tours ne sont même pas encore teintées d’ocre. Un peu de repos sur un banc malgré cette fille qui parle trop fort, cette envie de les photographier eux là-bas avec cette poussière qui se soulève sous leurs coups, leurs pieds et leur ballon. Je ferme les yeux, crains de m’endormir malgré l’épuisement ; je les ouvre tandis qu’au loin tu passes. On va voir Kubrick ? Oui, allons-y, je ne nous imaginais pas tant en avance. On a vu Kubrick, enfin l’expo, on a vu et je n’ai rien à en dire, rien à en tirer, ce doit être la fatigue découplée par ce sac à traîner. On a vu le film enfin, ça c’était prévu, « Les équilibristes » de Nico Papatakis, avec Piccoli qu’était là. Anouk Aymée aussi, joli moment, que ce petit hommage à quatre voix, cette lettre lue, ma découverte par leurs témoignages de cet homme dont j’ignorais tout : l’oeuvre comme l’existence, le décès en décembre, etc.

Le film ? Inspiré de Jean Genêt, film vérité sur des amours impossibles ou film impossible sur des amours vraies. Il faudrait peut-être que je parle de ce personnage (presque) secondaire, la mère du jeune homme, cette allemande paumée, mais il est tard, je suis épuisé. Elle aussi.

Mercredi 4 mai

« Excusez-moi monsieur, vous auriez un mouchoir ?« . Je n’ai pas de mouchoir. Elle non plus. Elle vient de se prendre en photo au milieu de sa conversation hachée avec ses deux copines, hachée par la musique qu’elles ont dans les oreilles. Sur l’autoportrait elle dû trouver ses lèvres trop rouge. Faute d’un mouchoir, elle appose à plusieurs reprises ses lèvres sur une feuille de papier tirée de son sac. Difficile de rester concentré l’être humain est définitivement plus complexe et fascinant que les nombres japonais…

Plus tard, autre wagon, tu m’appelles : « Allo ? oui je suis devant la salle n°1. – Devant la salle quoi ? Pourquoi ? on avait un truc de prévu ? ». Ah oui, j’ai oublié Jean Vigo… Ah non, la valise à rapporter, l’aller-retour, la chaleur, ne m’attends pas…

Nous nous sommes retrouvés après, pour ce petit resto souvenir de ma première venue à Paris. Première je crois, un doute peut-être.

Mardi 3 mai 2011

Je n’ai plus pour lecture et obsession que le japonais : retenir, apprendre, comprendre, retenir, retenir, noter, retenir, chercher les moyens mnémotechniques pour retenir, ce kaeru un peu comme en allemand, ce « Kyôto-e iki-masu » de plus en plus vrai…

Lundi 2 mai 2011

La petit fille suce un os, ses collants roses salis par l’absence de chaussures. Posé à l’arrière de la poussette, l’effigie moustachue : KFC. Sa mère a l’œil rivé sur le plan du métro, si petit. Pourquoi si petit ? Moi je la regarde et je rêvasse de là-bas ou de moins loin, Barcelone par exemple, Barcelone me revoici, Barcelone pour mes 37 bougies.

Au bout du trajet retrouver X et Hobo aboyant, puis G, main devant le visage quand il est question de faire un portrait. X s’inquiète, s’embarrasse d’un choix, cherche dans mes mots ce qui fera peser la balance d’un côté plutôt que d’un autre. À propos de balance, c’est un peu gras ce confit ?

Dimanche 1er mai

Dur de retenir les mots, les expressions ; je les note sur ce calepin rouge que tu m’as offert. Là, sur la terrasse en travaux et au soleil, deux tasses à café et ce livre que je vais ensuite ouvrir, La chambre claire, de Roland Barthes :

Quoi qu’elle donne à voir et quelle que soit sa manière, une photo est toujours invisible : ce n’est pas elle qu’on voit.

Livre difficile, l’esprit un peu dans le japonais ou ailleurs alors que le soleil se cache derrière l’immeuble et dans les parfums d’aubergine. Livre difficile mais belle vision du portrait par l’auteur.

Et puis c’est dimanche, mais c’est le 1er mai, on l’a juste oublié. Devant les portes chômées du musée d’Orsay on emprunte un autre chemin, d’autres idées, idées de secours vers le 16ème arrondissement, vers Guimard que tu ne connais que peu, vers Mallet-Stevens aussi tandis que Corbu est au fond de l’allée close.

Avril 2011

Samedi 30

Billet d’avion pour le Japon : acheté. Mac book pro 13 pouces : acheté. Housse pour le mac book : offerte. Il y a un mois il n’y avait rien de tout ça, presque rien de tout ça.. et voici qu’en avril je me suis découvert de plus d’un fil.

Le soir, retrouvailles rue du Colonel Oudot… certains visages s’étonnent. Il y a un mois, etc.

Vendredi 29

Parmi les rayonnages je cherche un livre, un livre sur la photo car c’est grâce à la photo qu’on se connait, un livre sur le travail d’un photographe que j’aime, que j’aime partager. Je ne trouve rien, regarde l’heure passer, je file à Beaubourg, sa librairie, son choix. Guy Bourdin. Les polaroïds cette fois. Petite merveille de livre à la couverture caressée, une fois de plus, une fois déballé. Déballé plus tard, une fois à la fête qui célébrait l’anniversaire de Johann. A l’intérieur, au stylo bille bleu, j’écrirai ma dédicace, mal écrite puisque au stylo bille. Entre les deux une coupe. De cheveux.

Jeudi 28

Hein ?

Mercredi 27

Sharunas Bartas, jadis, m’endormit. Ce soir, que nenni, il faut dire que ce fut court et que… ce n’était pas vraiment lui, mais un fan ayant réalisé un documentaire de 45 grosses minutes sur Bartas. Ou pluôt sur lui-même. Enfin sur un peu tout ça, de quoi avoir envie de voir le film « the House » en tout cas. Auparavant du violoncelle. Ensuite, un buffet lithuanien. Vous
reprendrez bien un peu de ces soirées, non ?

Mardi 26

Un court moment de répit avant de prendre le 8h22, à la bouche le goût du dentifrice et du café mélangé et devant les yeux « 6 mois », revue photographique lourde et belle. Au fil des pages, ce garçon guinéen qui porte un trophée et un soutien-gorge en matière brillante, satin ou synthétique.

Dans le 17h54 qui me ramène vers la Gare du Nord, le contrôleur nous offre le verbe « péjorer ». De quoi pérorer en arrivant pour dîner, ou plutôt pour souper comme prévu puisque S devait passer et la machine laver…

Lundi 25

Retour. La revue « De l’air » ouvre ses pages à « Tendance Floue », Libé offre une superbe photo page 24, je prends des nouvelles de Chick’, JLM ou F et le train pour Paris, avec pour lecture Hôtel Iris, un Yôko Ogawa : Annie Ernaux a cédé sa Place. En bas de la page 84 je me demande si l’on râpe le savon au Japon. Trois jours plus tard c’est le livre qui sera râpé : dévoré.

Dimanche 24

Depuis quand on ne s’était pas vus ? La visite est famliale, et même Noël n’étais pas le dernier rendez-vous. On cherche des repères, la couleur de cette voiture, et puis qu’importe…
Je montre en souriant la balafre : le barbelé s’était fait discret peu avant, le temps de quelques clichés où je traquais l’oeil humide des vaches. Et puis quelque part la voix moqueuse et élégante de Marie-France Pisier qui passe dans les branches ; on a tous à l’esprit l’image tristement cinématographique d’un corps flottant dans l’azur d’une piscine sous un ciel trop bleu.

Samedi 23

Les billets sortent froissés de la poche de M, que je ne connaissais pas quelques heures plus tôt. Il me parle d’une monnaie trop rendue, je ne cherche pas à comprendre, brouhaha, bref. Nous attendons impatients le concert d’Anna Calvi, présente à Saintes au milieu d’une tournée dont tout le monde parle. Au sortir du concert on parle de sa voix, sorte de rondeur Presleyenne des débuts grimpée sur talons aiguilles noirs, un corsage rouge comme ses lèvres. D’un oeil, j’aperçois les photographies que font celle-ci ou celui-là : j’aurais dû prendre mon appareil, immortaliser cette vision sanguine.

Saintes donc, salle Geoffroy Martell précisément. J’y évoque les souvenirs d’un spectacle, j’ai 8 ans je crois, peut-être 9, je suis maquillé, je suis sur scène pour acheter une voiture
et dodeliner de la tête en suivant les essuie-glaces. Mon plus grand rôle. Le seul. Souvenir amusant, je crois que j’avais adoré ça. Ca vous étonne ?

Et puis les larmes. Je fais pleurer les vieilles dames. Ca, ça vous étonne !

Vendredi 22

Matin. L’accent est fort et slave. Les fautes de français se glissent dans les paroles. « Moi qui m’aimais, toi qui… ». Pour Hello Dolly, le résultat en anglais est merveilleux ; il aurait fallu que l’accent fût bulgare pour trouver le yaourt onctueux.
Train. Je dévore La Place

C’est dans la manière dont les gens s’assoient et s’ennuient dans les salles d’attente, interpellent leurs enfants, font au revoir sur les quais de gare que j’ai cherché la figure de mon père. J’ai rencontré dans des êtres anonymes rencontrés
n’importe où, porteurs à leur insu des signes de force ou d’humiliation, la réalité oubliée de sa condition.

Un cercle rouge se découpe au-dessus de l’horizon deux-sévriens. Mais ce couvercle ne couvre pas la voix de la petite fille malicieuse. L’homme assis à côté de moi s’est levé après
avoir rangé ce magazine sur la chasse où l’on s’inquiète de l’occlusion intestinale des chiens. J’ai un peu froid : la clim.

Jeudi 21

Un quai au soleil. Assis, attendant, je caresse la couverture du livre que tu m’as offert il y a deux jours dans un papier fleuri. Je commence à lire la préface de cet ouvrage qui dessine en mots et en couleurs le rêve qui sera atteint dans 3 mois : Kyôtô.

Des pavés au soleil. Marchant avec A et J, je caresse quoi ? Un espoir peut-être.

Mercredi 20

La tête d’un gars digne d’un film de Bill Plympton, un SMS qui parle paquet : de quoi sourire.

La lecture de La Place, encore Annie Ernaux me direz-vous, prix Renaudot 1984 vous préciserai-je : de quoi moins sourire.

Mon mari est arrivé le soir, bronzé, gêné par un deuil qui n’était pas le sien. Plus que jamais, il a paru déplacé ici. On a dormi dans le seul lit à deux places, celui où mon père était mort.

Le ciné pour « Road to Nowhere » de Monte Hellman : de quoi être enchanté de retrouver le grand écran pour cet objet.

Mardi 19

Le sachet avait été ouvert la veille, libanais, épicé.
Ce soir j’ai ouvert la boîte transparente et hermétique qui contenait le reste, retrouvant le goût des graines et de la solitude ; solitude éphémère. J’ai ensuite pris un cachet d’aspirine, une douche et une profonde respiration… Tu m’attendais.

Du jeudi 14 au lundi 18

Oui oui j’arrive ! Mais bon… Cinq jours à Prague, ça se résume pas en deux phrases.

Mercredi 13

Visage plutôt antipathique, il monte dans l’ascenseur. On choisit l’escalier. Arrivés au 5ème étage, il nous précède en entrant dans l’appartement, l’air légèrement surpris de nous voir là, avec notre air amusé. Et sous la couverture bleue, Guibert traîne encore.

Mardi 12

Vous sentez ?
Vous ne sentez pas ?
Allons… mais oui… ça sent la valise !

Lundi 11

J’étais
en avance. Laurent m’appela : il serait en retard. Je fis donc un détour imprévu. Et finalement j’arrivai en retard, très en retard, tandis que les pétales virevoltaient dans Paris. Images poétiques d’un vent printannier… Et puis tu m’écris que tu pars pour L.A., et j’ai à l’esprit l’idée de quelque chose de plus estival.

Dimanche 10

Dans le carnet les pages sont bleuies, noircies, crayonnées. Me suis réveillé en savourant cette solitude, cette lumière, la fraîcheur du tissu, le sommeil léger troublé toutes les neuf minutes, l’absence d’odeur. A la terrasse du Rivolux j’ai souri face au soleil, sourire ou rictus, les yeux plissés ? Ai retrouvé JLM, ai revu Guibert. Guibert et Huet aussi. Ecrire sur Guibert. Passer à l’infinitif. Déjeuner avec JLM, W et S. Voir J et marcher avec lui, parler et prendre le soleil, tellement de soleil. Par hasard tomber sur C accompagné d’un marathonien et ne pas en croire mes yeux. Sans l’avoir prévu voir CK en pleine recherche et à une terrasse, tandis qu’à l’horizon les coupoles du Printemps. Notez la majuscule : non ce n’est pas une allégorie.

Je garde toujours chez moi une bouteille de champagne et un rouleau de pellicule TriX au cas où je rencontrerai un joli garçon dans la rue et qu’il ait la gentillesse de bien vouloir me suivre. Mais je ne rencontre jamais de jolis garçons ou bien
ils ne sont pas assez gentils pour vouloir me suivre.

… Tant à dire sur Guibert. Tant pour s’inspirer ?

Samedi 9

Où l’on retrouva ces samedis tellement remplis que je ne sais jamais par quel bout les écrire, surtout quand ils commencent étrangement, la pendule ayant reculé de presque trois ans, mais le lit étant le canapé. Il suffit pourtant de les prendre dans l’ordre…

« Parce qu’il y a des auberges qui sont sur la mer » : elles parlent de vacances, de la Sicile, il fait soleil et Alberto arrive, avec dans la poche, la clé usb du bonheur, du bonheur pour lui. Pour moi, c’est un peu de travail. De travail pour rien, vous y croyez ? Et puis Xavier, Xavier puis sa soeur avant l’achat d’un guide de conversation tchèque. Un peu plus tard j’essaye de retenir comment on dit « bonjour » ou « merci ». « Merci » c’est plus facile, ça sonne
comme… non, rien… Allons plutôt au Père Lachaise, comme ça, au hasard, comme autrefois, après tout c’est le quartier qui veut ça, on revoit les endroits et les visages, mais à
l’époque on n’entendait pas « On va aller voir Bashung« .
Ici on visite les morts mais à la sortie je vais visiter les naissances. La naissance c’était il y a 14 mois mais je n’avais jamais vu sa bouille. celle de sa mère n’a pas changé. Comme autrefois quoi…

Vendredi 8

A 8h01 c’est même vendeur que la veille, mais avec les tirages qu’il me tend il me vend plutôt du rêve pour 19 euros et des poussières. Mais voilà c’est un peu trop sombre, il faudra revenir. Mais rosé, le foie de veau.

A 20h02 le spectacle commence. Sur les chaises de Florent je prends des clichés des Mousquetaires au Couvent que je ne verrai sûrement pas, ce n’est pas mon appareil… ce n’est pas non plus mon habitude.

Mais je ne sais pas à quelle heure je termine la lecture de L’autre fille mais je crois que j’étais, de toute façon, un peu des années plus tôt.

Jeudi 7

19h30, appel privé. Je me doute mais je réponds. Bingo. Urgence. Urgence ? Ah bon… Je termine ensuite le rangement pour que la chambre soit dans un état correct pour deux marathoniens scandinaves qui s’essouffleront dimanche. Tiens justement, c’est l’heure des Souffleurs…

Mercredi 6

Des images, des mots et dans les deux, des routes.

Mardi 5… M le mardi ?

De l’autre côté du mur, un dîner. J’espérais une soirée calme, j’imaginais une soirée courte mais j’enfile un casque tandis que la fatigue me pousse. L’éveil revient pour quelques sons, mais j’ai depuis oublié lesquels.

Lundi 4

C’était une journée de travail qui avait été entrecoupée, entrecoupée de deux fous rires, à cause de la bibliothèque de Frédéric Lefèbvre et de poireaux sur un tableau.

C’était une journée de travail qui s’était allongée, allongée sur un stand à dire bonjour et sourire, distribuer et puis attendre. À 22h33 je regardai ma montre, Kim Wilde chantait
Cambodia dans les couloirs de la gare du Nord ; j’avais bien fait de me ruer sur le 22h10.

Trimanche

À sa tête, à sa voix au-dessus des autres dans cette file d’attente envahissant le trottoir étroit de la rue Champollion, j’ai senti qu’elle allait être juste chiante. Pas manqué,
elle a gloussé pour n’importe quelle raison en regardant M le Maudit de Fritz Lang. Elle n’a pas été la seule : son mec et sa copine en ont fait autant. Trio agaçant, triangle assez sot, ça m’a rappelé la glousseuse de Le Guépard, mais après tout ça fait des anecdotes, ça dévie l’attention quand on n’a rien à dire sur un film. Et pourtant je devrais avoir des choses à dire, c’est bien, c’est vraiment bien, c’est tellement autre chose, tellement marqué, tellement joué, tellement indispensable, et puis ce regard…

Bon, après, hamburger chez Breakfast in America. En sortant je sentais le gras, mais j’aurais volontiers repris une portion de Fritz.

Samedeux

Ca commence tard, il est presque midi, on m’appelle : ça commence trop tard car il fait désespérément beau et je regrette les deux verres de vin blanc de la veille ; deux verres seulement pourtant. Je m’égare peu de temps après, téléphone oublié,
une terrasse au soleil pour lire L’autre fille et l’on constate ci-dessous que j’hésite à garder les lunettes de soleil quand un voile de nuages couvre le soleil et la tasse à café.

Ca continue du côté du Palais Royal, c’est familial et fleuri,
je guette mais les photos en plein jour et en plein centre… mouais…

Ca se poursuit rue de Bercy parce que Natt avait eu la bonne idée de s’y installer. Je suis épuisé mais j’acquiesce, un peu comme la veille, c’est bon de foncer voir les amies en terrasse.

Ca se termine rue Charlot, puis dans un troquet attablés. Ils sont là, oui ils sont là dorénavant, dans ce quartier. B&V sont là, on résume deux ans de vie, j’ignore ceci, j’ignore cela, je leur apprends ceci, on se rappelle cela. On en vient à évoquer ça, là, oui ça, ce qui est devant tes yeux, lecteur. Natt préfère mes images. B préfère mes textes, il dit que ça l’amuse ; je me demande s’il m’a lu récemment, mais surtout je rappelle que ça va faire 9 ans. Neuf ans de journal. C’est avant ou après que l’émeute surgit, pas très longtemps, de quoi s’inquiéter brièvement, de raconter ça le lendemain, les mecs qui se battent, les types qui viennent chercher sur la terrasse des couverts ou des verres, je ne sais pas, de quoi (au
mieux) faire peur. B&V sont là dorénavant, dans ce quartier… et ils ne sont pas tout seuls.

Vendredun

L’orchestre était venu poser ses partitions à Nogent, nouveauté, nouvelles oreilles, nouveau lieu et la rondeur du son de l’église qu’on pouvait craindre un peu. Moi j’avais un pied dans le professionnel et un dans le bénévole, les deux oreilles au milieu et j’ai surtout souffert de l’indiscrétion de mon appareil photo, au son pas rond pour un sou. Peu de clichés à l’arrivée, difficile de viser les décibels…

Dans les bouchons CK m’appelle, me demande, je n’en puis plus mais elle insiste, ce n’est pas loin, alors j’achète, j’abdique, j’obtempère, j’acquiesce, je viens. Là y a Sido, chaussures à boules et paillettes, puis Ludo, puis plus personne, non vraiment la soirée 70’s ce sera sans moi.

Mars 2011

Jeudi 31

Après 4 heures à faire le gardien de tableaux colorés, il me fallait voir autre chose. Mais ce fut encore et toujours tardivement le même quartier, les mêmes rues arpentées en me disant que peut-être j’y verrai, oui, autre chose, d’autres lignes, d’autres perspectives, d’autres silhouettes derrière les bâches et les vitrines. Quoi qu’il en soit à présent y a des yaourts dans le frigo.

Mercredi 30

Mais tu n’es pas ma soeur. Tu ne l’as jamais été. Nous n’avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t’ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t’ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n’ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l’enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlati jamais, l’absente de toutes les conversations. Le secret.

Le dernier livre d’Annie Ernaux reste du Annie Ernaux – des souvenirs, nets ou flous, et une certaine analyse – mais c’est peut-être la plus belle chose que j’aie lu de cet auteur. C’est doux, délicatement triste, fataliste et interrogatif, éteint et lumineux, ça se lit et se relit et puis le soir c’est encore la mort, celle d’un homme de 85 ans, alors un peu de travail, un peu d’attente, et je retrouve plus tard que prévu MG et JL, dans un autre bar que prévu, mais avait-on vraiment prévu un bar ?

Mardi 29

C’est complet. – C’est complet ? – Oui c’est complet. – Sur l’écran : COMPLET. Je m’en étonne, mais le comprendrai deux heures trente plus tard, en voyant la petite salle de 60 places. Complet alors c’est mini tournée des bars. Mini tournée car les Souffleurs sont fermés. Au Duplex si peu de monde que les poum poum ne couvrent pas les bla bla ; tant mieux. Un autre tant mieux à la sortie du film, tant mieux de ne pas avoir été démotivés par ce COMPLET et son contretemps pour « We want sex equality », film anglais, so brittish indeed, film charmant, touchant, intéressant, amusant mais tellement sérieux [Soixante-huit c’était hier pam pam pam, pam pam pam, on bouffait du riz cantonnais…]

PS. « De façon phatique« . De façon quoi ?

Lundi 28

Rien ? Presque rien : attendre.

Dimanche 27

Le matin je me pousse tôt du lit ; ne me parlez pas de ce changement d’heure. Dans la rue Montorgueil je rêvasse et j’hésite, fais la moue face à Pierre L., choisis finalement des tartelettes tomate-basilic. C’est une bonne idée ce brunch : je ne profite pas assez souvent de l’ambiance dominico-matinale des artères piétonnes et commerçantes.

Le soir, je me couche tôt aussi ; Miss Carlotti et Cie nous offrent un ACR, deux ans et cinq jours après ce souvenir d’un hôtel du 16ème et de quelques bulles de trop. Dans le bain je rêvasse mais hésitè-je ? Point de moue.

Entre ces moments, de tout et des riens, des essais de lunettes, la tentation d’un tee-shirt, les yeux sur des vitrines… et toujours la lecture de L’occupation. Comme je l’écrirai quelques jours plus tard à Mister fine bouche, on a l’impression qu’Annie Ernaux se débarrasse du livre pour se débarrasser plus vite du sujet, de cette jalousie, de cette douleur. L’écriture est froide, presque désagréable, je l’ai connue plus douce, plus glissante, comme si là, dans ces 65 pages, l’usage du point me lassait, comme si les sauts de lignes entre paragraphes étaient à l’image d’un certain vide ressenti à la lecture. Il faut croire que c’était la journée de la ponctuation, avec tous ces signes, de suspension, d’interrogation, d’exclamation… et le point-virgule aussi, ce duo entre l’arrêt et le glissement, entre la reprise du souffle et le ton qui baisse.

Samedi 26

Kyoto reste un projet, malgré tout, malgré ce qu’on lit, ce qu’on entend, ce qu’on craint. D’ici août, après tout, où en serons-nous ? Sera-ce moindre ou pire ? Nous n’en savons rien. Alors je prépare ce séjour, plein d’espoir… et le billet aller-retour Paris-Osaka est au bout du clavier de l’agence…

Puis deux musées. Le musée d’Art moderne avec « General Idea« , expo incroyable : impossible de résumer en trois lignes le travail de ces trois énergumènes à la folie douce… douce comme du poil de caniche ? Et puis le Palais de Tokyo avec une exceptionnelle exposition avant une vente chez Christie’s de mobilier principalement Art déco (on pouvait y voir également la fameuse chambre au nénuphars de Majorelle).

Enfin une dernière invitation au voyage sur l’écran du Nouveau Latina : L’étrange affaire Angélica, de Manoel de Oliveira. Il faudra que je me penche sur le cinéma portugais, pour comprendre cette manière de poser et peser les phrases et les dialogues… cette diction… ce jeu poussé (poussif ?)…
Film naïf baigné par des regards d’enfants (ceux du photographe et de Justina en particulier), cette étrange affaire porte bien son nom. Alors, j’ai préféré m’intéresser au rôle de la photographie dans le film : le regard du personnage principal, son besoin de témoigner des choses en déclin, son oeil tout simplement. Vous savez, grâce à la photo, on ne s’ennuie jamais !

Vendredi 25

Rue Labat, tout n’est pas neuf mais tout peut être sauvage… Parfois mes références musicales sont encore baignées de mon adolescence de Top 50. Sur l’écran de la télé défilent des titres de toutes les époques tandis que Steph’ s’esbaudit pour Pierre Lapointe. Du progrès ?

Jeudi 24

Elles montent dans la rame, elles sont deux, peut-être 18 ans mais elles en font 19. Celle vêtue d’un tee-shirt marin à manches longues parle tout bas ; c’est l’autre qui accroche mon regard, de bas en haut. Ongles de pieds bleu pétrole ; sandalettes de cuir noir à franges et clous ; robe légère, noire, constellée de motifs blancs comme des petits nuages ; perfecto aux épaules recouvertes par ses longs cheveux d’un blond approximatif. L’attitude est plutôt vulgaire. Et puis ces bijoux, tous ces bijoux en argent…
De sa grosse bouche sort alors cette phrase « Oh mais moi j’comprends rien à tous ces discours écolo-politico… pfff« .
J’ai dit vulgaire ?

Autre lieu, autre mots… La carte d’infidélite (oui oui) de chez Colette Kerber avait été joliment remplie, et je bénéficiais d’un réduction de 6,80 euros sur les achats du soir : Ce qu’aimer veut dire de Mathieu Lindon que j’offrirais le lendemain, le Photopoche de Tendance Floue et enfin L’autre Fille. « Ca vous fait le Annie Ernaux gratuit » me dit-elle en souriant. C’est évident : elle sourit tout le temps. J’en fis de même.

Mercredi 23

Je me souviens de cette espèce de fierté d’avoir vu autre chose, une évidence du noir et blanc, un plaisir peut-être un peu condescendant face au cinéma de madame tout le monde, l’impression d’avoir fait quelque chose d’important. C’était « Soudain l’été dernier« , mais je ne sais plus exactement quand c’était, mais sûrement cette période pendant laquelle j’ai découvert Mankiewitz ou Cassavettes, tardivement, tardivement sur la pendule et au vu du nombre d’années déjà derrière moi, au moins vingt. Aujourd’hui le visage de Liz Taylor s’est figé comme il se figera demain sur les premières pages des quotidiens. Soudain l’éternité.

Mardi 22

Et puis dans mon sac, glisser L’occupation, d’Annie Ernaux. Les petites ouvrages se suivent mais ne se ressemblent pas, en dehors de leur point commun notable : ils sont tous inspirés de faits réels voire, comme dans le cas présent, ne sont que des faits réels.
Aux premiers mots, je réalise que l’histoire est celle qui a inspiré le flm L’autre. Les images reviennent et je pose alors sur les pages le visage triste et déterminé de Dominique Blanc.

Lundi 21

« Dis donc mon salaud tu aurais pas oublié mon anniversaire !?!?« . Le SMS tardif pointe la déception, mais je répond que je ne l’ai pas oublié, que j’ai juste été dépassé par cette idée de printemps et ce retour aux manches qu’il faut relever, que j’ai repoussé à plus tard, vraisemblablement beaucoup trop tard pour presque l’oublier, un message, une petite flamme virtuelle au bout d’un objet de cire.

Dimanche 20

Besoin d’Internet. Mais panne. Re-panne. Insupportables à-coups. Pour la participation de 12h. A 18h ça a l’air de marcher parfaitement mais plus tard pour les résultats re-belote… Ca rend définitivement l’âme au dernier clic : coup de bol relatif… Entre les deux il a fait beau, si beau, frais à l’ombre ou à cette terrasse n’est-ce-pas, à cette saison il fait toujours froid à l’ombre… quoi que la saison en question est un peu en avance non ?

En revanche j’étais un peu en retard chez X ; nous ne sommes plus du même quartier, nous n’irons plus boire un café au Progrès, je ne pousserai plus la lourde grille rue de Turenne. J’arrive la bouteille à la main, sans avoir pensé à la moindre cacahuète. Il est au milieu des cartons et des modes d’emploi suédois. Quand je repars la bouteille est vide, la soeurette arrivée juste à temps pour un fond de verre…

Et au retour dans le métro une photo pas prise : jeune fille brune et pensive, gros casque blanc sur les oreilles, quelle musique pouvait bien en sortir ? Elle tenait un ballon : une énorme tête de Minnie, brillant sous l’éclairage artificiel du quai puis de la rame.

Samedi 19

– Alors tu as vu quoi de beau ?
– Boh…

Je ne sais pas toujours quoi répondre à cette question. Là, lors de ce moment, je ne pense pas avoir vu quoi que ce soit de beau. La preuve ci-dessous, ou dans ce que je ne montre pas. Mais était-ce le but, de chercher du beau ? Le but était surtout de compléter et compléter encore ce lot de photos, cette série et de mettre de plus en plus d’images sur cette idée, cette envie, ce besoin de montrer, de me rappeler, de chercher… et finalement d’obtenir parfois quelque chose d’autre, de radical, de conceptuel (permets-moi de reprendre tes mots que j’ai lu et que je relis encore pour m’en imprégner… voire les comprendre). Je crois que la réponse est dans le mélange, la mixité, une sorte d’ambivalence entre le radical et l’évidence, la rigueur et la douceur, la rouille et les souvenirs heureux.

Et puis le train. Retour vers Paris, avec principalement la lecture du dernier Laurent Mauvignier, Ce que j’appelle oubli, 60 pages – après Echenoz, décidément… Mais cette fois on n’est pas chez Echenoz : on ne rigole pas un instant, on ne sourit pas, on prend dans la gueule un texte sans points, un texte sans points comme un homme sans souffle, sans points sauf d’interrogations quelquefois, parce que c’est forcément plein de questions une histoire pareille.

et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu

Vendredi 18

Je suis à la campagne, G est en campagne. Je rejoins donc la ville tandis qu’il quitte la sienne le temps d’un déjeuner délicat et parfumé, à une table que l’on m’avait conseillée. A juste titre.
On évoque ceci ou cela, les petits mots et les petites phrases, les détails, les poussières qu’on glisse sous les tapis, les projets, les images, les petites histoires qui parfois prennent un H majuscule au bout des années. Une fois le repas passé, des pas sur la passerelle, je reprends les histoires espacées, histoires d’A, quelles autres lettres ?

Jeudi 17

Mon corps, soit sous l’effet de la jouissance, soit sous l’effet de la douleur, est mis dans un état de théâtralité , de paroxysme, qu’il me plairait de reproduire, de quelques façons que ce soit : photo, film, bande-son.

Première phrase du premier livre d’Hervé Guibert : La mort propagande. Le visage est beau sur la couverture, le visage est angélique mais les mots qui suivent sont comme diaboliques. Ceux d’un homme de 21 ou 22 ans qui crache alors tout ce qu’il peut. Tout, oui tout : je ne peux pas reproduire ici les mots qui suivent et que j’évoque. Les pages qui suivront seront-elles autant… ? autant… je ne trouve pas les mots. Les ouvrages qui suivront, en tous les cas ceux que j’ai déjà lus, ne seront pas autant… autant… non, je ne trouve pas les mots.

Mercredi 16

… Mince j’ai oublié les photos…

Mardi 15

Deux ans plus tard, je suis dans le train et j’écris. J’écris alors sur une autre histoire : celle-ci, ça va faire dix ans. Dix ans dans 17 jours. Dix ans dans quelques mois aussi, le virage de l’histoire, Barcelone, la page qui se tourne et une génération qui s’envole.
Deux ans plus tôt, c’était hier, un doute sur l’heure et je recherche ce SMS que j’ai forcément conservé. 17h57. Tu comprends : ce téléphone est plein de souvenirs. A 17h57 j’allais être un peu en retard. Pas trop je crois.

Voilà, je suis dans le train et je me plonge dans les vieux SMS, incroyable floppée conservée pour des raisons que j’ignore… Le 16/10/08 à 18h37 par exemple : « Suis en retard de 10 min. À tout de suite ». Clic. Supprimer ? Oui.

Et puis des regards suivis de quelques mots : « Je n’aime pas les incertitudes« , etc. Mais ça aussi c’est une autre histoire…

Lundi 14

J’ai noté le nom des villages gersois sur une feuille ou ailleurs. Mais où ? Je les ai oubliés. Laissez-moi réfléchir… Fleurcès ? Sarrelingle ? Ah voilà, merci l’office de tourisme du Gers : Fourcès et Larressingle. L’un puis l’autre village, joliment sans touristes à cette époque, nous ont offert un moment de calme, d’étonnement, d’éclats de rires et de sourires… de paix peut-être, de recueillement aussi, osons un tour au cimetière. Dans ce cimetière aussi il y a évidemment des oubliés, me voici donc qui photographie les croix rouillées et les ciments nus, avec toujours cette idée en tête d’en faire quelque chose…

JLM reparti d’un quai de gare plus tardif que prévu, les deux rescapés de ce week-end partent s’empifrer, moment gras presque extrême avant le ciné, pour une séance à l’opposé du gras et de l’oppulence, un cinéma sec où la pauvreté envahit l’écran. Pauvreté des hommes, des paroles, des effets, des couleurs et des esprits. Les armes, la corruption, le froid, les routes interminables… Mais l’image est riche, belle, parfois lumineuse ; il faudra que je cherche le nom du directeur de la photographie… De très belles scènes aussi, dures mais belles, la scène centrale en particulier que j’aurais manquée si je m’étais réveillé plus tard – oui j’ai dormi un assez court moment. Reste qu’il faut tout de même gratter sous la neige et le sang séché pour trouver un peu d’humanité dans tout cela…
My Joy, film russe, film rude, âpre, rigoureux mais fort, presque trop fort. Je pense à ma seule référence en cinéma russe contemporain (Aleksandra de Sokourov) et je me dis que la cinéphilie, parfois, c’est tout même moins drôle que les faux karatéka de Fourcès.

Et puis, enfin, la tête sur l’oreiller, commencer à lire une page du « Jérôme Lindon » de Jean Echenoz. Puis une deuxième. Une troisième. Les paupières sont lourdes mais l’écriture légère, elle m’emporte, et je referme avant même de m’endormir ces 60 pages de vie(s). Superbe hommage. Je me dis que résumer vingt-deux ans en soixante pages c’est tentant… Je te l’écris. Qu’en penses-tu ?

Dimanche 13

Des femmes qui visitent les musées ? J’en ai fait quelques photos, à Chamarande, au Louvre ou ailleurs. C’est toujours amusant les regards, les démarches…
Le photographe dont je ne dirai pas le nom a lui aussi trouvé dans les postures un sujet intéressant. Il en a donc fait une série… Les visiteuses… que l’on peut voir en ce moment près d’Agen. Soupirs. Soupirs ? Oui. Terrible déception. À mes yeux, une seule photo était belle, délicate, une main posée sur un bras nu, débardeur blanc devant un nu justement. Une ou deux photos étaient bien, correspondances de couleurs… Mais les tirages… mal calibrés, trop sombres. Je ne parle pas des cadrages, libre au photographe de faire des photos confuses… Et puis… le blabla technique qui se termine en annonçant le prix des clichés : 150 euros pièce pour ça. Non. Juste non.

C’était malgré cela une bien belle journée…

Samedi 12

Dpardon, sors de ce corps !Lectoure. Retour. La petite ville du Gers nous offre dorénavant une édition hivernale dans son tout nouveau centre photographique : belle occasion d’aller retrouver les trois Aquitains.
Lectoure. Un lieu, quatre euros, trois auteurs, un thème : la vie rurale. De l’ancien d’abord avec les paysans de Raymond Depardon et les paysages de Jacques Damez. Belles images du premier, joli concept du deuxième… et puis ?

Et puis on monta l’escalier. Un premier portrait, un deuxième… des grands formats de Frédéric Nauczyciel. Splendides.
Le lendemain j’écris.
Aujourd’hui je copie-colle :
« […] portraits d’une modernité évidente mais d’un emprunt et d’une empreinte classiques merveilleux, de clairs-obscurs en personnages d’un autre temps avec ce moine par exemple. La ville était étonnemment vide et presque sans vie en ce week-end de vacances scolaires, boutiques fermées à quelques exceptions près, passants rares… »
Français approximatif à vouloir jouer sur avec les mots mais tout à fait ça.

Vendredi 11

Dix heures. Un café rapide dans le troquet d’à côté pour finaliser tout ça. Mon regard se pose sur le téléviseur. Mon visage se fige. Je n’écoute plus ce qu’il me dit. « T’es pas au courant ? Y a eu un tremblement de terre au Japon et un tsunami, c’est une horreur« . Non je ne suis pas au courant, je n’ai pas écouté les infos ce matin, je n’ai même pas jeté un oeil à Internet… L’émotion m’envahit, je me contiens, me tiens au comptoir. Le pays de mes rêves et de mon projet estival est devenu le pays du cauchemar.

Jeudi 10

Parfois, même sur viedemerde.fr, se glisse une certaine poésie derrière la misère humaine :

Mon patron a toujours la même habitude en période de recrutement : il regarde la pile de CV, puis en retire la moitié et la met à la poubelle en disant : « Je ne veux pas travailler avec des gens malchanceux. »

Moi j’ai toujours la même habitude en période de pré-vacances : je regarde la pile de boulot et… j’ai comme envie de me jeter dans la poubelle.

Mercredi 9

Ma véritable mère était morte peu après ma naissance. Elle avait gratté un bouton qu’elle avait dans le nez, et les microbes étaient rentrés par là. […]
J’avais toujours très peur d’aller chez l’oto-rhyno-laryngologiste. Lorsqu’on enfonçait dans mon nez bizarrement retroussé un tube métallique manifestement trop long pour lui, je ne pouvais pas échapper à la crainte de le voir aller trop loin et transpercer mon cerveau.
Je n’avais aucun souvenir de ma vraie mère. Je ne savais pas ce qu’était une mère. Jusqu’à son apparition, pour moi, une mère, c’était une sensation métallique au fond de mon nez.

Yoko Ogawa – L’esprit du sommeil, nouvelle extraite du recueil Tristes revanches.

Mardi 8

J’ai récupéré les clés dans un dernier dîner amusé, amusant ; G est de retour chez F. Ci vediamo… Dans le métro je feuillette je ne sais quoi, lis peut-être vaguement ce recueil de nouvelles, et là-bas il parle, mais je ne l’entends pas. Le bruit du métro couvre la voix, que je suppose volontairement basse. J’imagine qu’il parle dans une langue étrangère. Peut-être slave. Ou anglo-saxonne. À côté de lui, l’autre est très près, j’avais remarqué ce visage difficile sur le quai. Leurs jambes sont-elles croisées ? Enchevêtrement confus. Qui sont-ils l’un pour l’autre ? Question en l’air pour une attitude étrange, proche et distante à la fois. Proche et distante ?

Lundi 7

J’avais encore en tête cette envie de lieu ; j’ai revu les photos. J’avais oublié que j’avais essayé quelque chose de plus brut, exceptionnellement en noir et blanc. Ca vous étonne ? Moi aussi. Tellement bien que je les ai partagées.

Le soir, Paris nocturne et italien approximatif… et vice-versa.

 

Dimanche 6

La sortie au Tango la veille avait était étonnante, trois ans sans y aller… La sortie au Tango la veille avait été raisonnable, alors à un horaire relativement tôt j’entraînais Giuseppe vers autre chose que le Paris montmartro-eiffelien. Métro Jasmin, je lui montre un peu de ces façades délicates : l’Hôtel Mezzara, le Castel Béranger, la rue Agar…

Plus tard, assis sur des gradins peu confortables, en face des yeux un écran et autour de l’écran une salle d’exposition dans laquelle on va, on vient. Loin d’être idéal pour voir un film, surtout un film à écouter avec attention, paroles fascinantes, rapportées de séances de spiritisme de la fin du 19ème siècle. « Des Indes à la planète Mars » s’est vu maltraité par le lieu et l’ambiance, dommage pour ce film fort sur la frontière entre le réel et l’irréel, entre le vécu et l’impossible, porté par des voix, des mots, une mise en scène parfaite qui joue justement sur la limite entre fiction et réalité.

Samedi 5

Un rouge à 11h30, une ficelle picarde et du filet mignon au maroilles, quelques rues un peu vides et trop fraîches, douze cadres accrochés au 5 bis, un journaliste, une dizaine de curieux, un grand sourire en manteau rouge, une retrouvaille ou deux, de jolies conversations et puis voilà. C’était bien non ? Oui, c’était bien.

Du mardi 1er au vendredi 4

Aller chez N+, venir, revenir, tourner, y retourner, hésiter, nommer, éliminer, décider, mesurer, choisir. Tout le reste, sauf erreur, n’a pas eu grande importance et mon esprit n’a pas eu le loisir de s’ouvrir à beaucoup d’autres choses… même si je suis sûr que j’en oublie, des choses et des airs. On notera une pointe d’énervement le mardi 1er, une bonne dose de résignation le mercredi 2, un début de soupir le vendredi 4… C’est aussi au milieu de tout cela que l’italien est revenu parce que l’Italien était arrivé.

Février 2011

Lundi 28

Devant mes yeux, enfin, des 30 x 45 sur papier photos.

Dimanche 27

Se pousser dehors. Malgré la lumière moche et les rues probablement vides. Marcher. Un peu plus loin. Un peu plus loin. Arriver à Opéra, hésiter sur le retour. Tiens la rue Bleue, c’est jolie comme nom la rue Bleue, ça donne envie d’y habiter. Mais ça ne donne pas envie de prendre des photos : presque aucun cliché en 1h30. Le seul qui aurait été valable, voire beau, je ne l’ai pas fait, par peur du bruit de mon appareil. Une femme très chic de noire vêtue, la quarantaine peut-être, plongée dans l’écriture et un carnet, assise sur un bout de bitume à l’entrée d’un parking miteux.

Standing by a parking meter when I caught a glimpse of Rita
Filling in the ticket in her little white book.

I the cap she looked much older
And the bag across her shoulder
made her look a little like a military man.

Lovely Rita meter maid, may I inquire discreetly,
When you are free to take some tea with me.

Hum pardon… C’est donc la nuit que je suis ressorti, pour des vues plus… comment dire ?… plus moi ?

Samedi 26

Elle énumère les thés avec une prononciation approximative. Tu demandes un thé chinois, presque gouailleuse elle répond qu’elle n’y connait rien. Tu m’offres alors de Beyrouh quelques impressions souriantes et émues, ce livre de photographies de Depardon et ce paquet plein de graines et de souvenirs. Je t’offre en échange une probable impression mitigée d’épuisement (après deux heures de calibrage de photos) et d’enthousiasme (après deux heures de calibrage de photos).
Tu me proposes ensuite les galeries d’art ; j’avais prévu les galeries photos mais j’accepte, ready pour cette petite aventure dans le 3ème. Comme je ne note rien d’un lieu à l’autre, le temps d’écrire ces lignes j’ai presque tout oublié malgré les quelques jolies pièces, le sol mulitocolore, les choses insignifiantes, le film de (comment s’appelle-t-il déjà ?) et les créatures et la machine à laver de la galerie Emmanuel Perrotin. Quand on se sépare vers 19h30 et des soirées bien différentes, je place un nouveau zeugme et me dis que c’était une bonne idée, tant pis pour Tournaboeuf.

Vendredi 25

Ce n’est qu’un au-revoir, ce n’est d’ailleurs qu’un « bon week-end » puisque lundi ce sera encore un peu pareil, D l’Iranien parti mais C riant toujours aux éclats et à mes blagues approximatives. Tiens, j’ai cru voir voir passer un zeugme.

Jeudi 24

Ca m’avait fait réfléchir toute la journée de mercredi. C’était tellement précipité. Et puis c’était lancé. Je pensais proposer « Artificielles », mais ma sélection ne me convenait pas, ça manquait de tenue, à croire que j’avais déjà oublié Mat Jacob. Alors ce sera « Nederlux« , parce que les lumières de Rotterdam m’offrait une unité de lieu rassurante, avec comme porte de sortie ce quai d’Anvers, avec comme grain de sable, comme tu dis, la lumière du jour d’un couloir ou le reflet sur une vitre… parce que malgré tout j’y tenais à cette idée de lumière(s). Voilà, dans quelques jours, j’exposerai douze photographies à Amiens… pfiouuuu…

Mercredi 23

Les magazines écornés sont posés sur la table basse, aucun de bien récent, les horoscopes vous prédisent 2011. Le couple de sexagénaires change de place pour faire face à la sortie, c’est l’homme qui décide, ça a l’air de le rassurer, c’est lui qui venait passer des radios. Moi ? J’attends mon panoramique dentaire, rien de plus. Je constate amusé que, dans ce couple, les rôles sont inversés. Évidemment c’est un peu facile, un peu caricatural mais je souris : c’est lui qui parle, parle, parle. « C’est secteur deux ou onze ? » demande-t-il face aux chiffres romains en police sans empattement. Elle ne comprend pas, il répète une fois, une autre fois, alors elle râle, elle finit par comprendre dans un grommellement. A travers la porte-fenêtre la lumière est plus faible, à travers les motifs rocailles du garde-corps les parapluies passent, touches parfois colorées sur le passage-piétons. J’en conclus qu’il peut à nouveau, j’ai peur que cela gâche mon parcours « Tendance Floue » déjà déprogrammé samedi à cause de cette fichue flotte simplement de saison.

Et puis malgré les gouttes j’y vais, parapluie déplié. Galerie des Filles du Calvaire c’est Mat Jacob qui gagne la palme. Soudain je comprends, je comprends que je me pose trop de questions sur l’harmonie, harmonie formelle tu parles, ici c’est l’émotion qui frappe au milieu d’un patchwork multi-formats, multi-grains, multi-lumières, noir et blanc ou couleur qu’importe. Sur le mur d’en face même principe, l’évidence fonctionne encore, ça me parle énormément, je voudrais être celui qui a fait ça. Difficile pour les photographes suivants de rivaliser… À La Petite Poule Noire l’éclairage du rez-de-chaussée est source d’insupportables reflets mais le sous-sol est un lieu propice à la magie du noir et blanc granuleux. À la Galerie Particulière où j’aime tant aller habituellement je reste sur ma faim malgré un propos solidaire évident et des paysages blancs vaporeux. Je termine mon parcours humide par l’hôtel Sauroy mais là… elle est où l’expo ? Agacé par la pluie je repars bredouille, samedi est un autre jour et le dernier pour voir ça…

crédit Mat Jacob j'ai le droit de mettre les photos sur mon journal ?

Plus tard les pavés glissants ne m’arrêtent guère et je presse le pas la nuit tombée pour aller au cinéma voir « Santiago 73, post mortem« , point de vue fascinant et rigoureux du putsch de Pinochet, regard peu violent en apparence malgré les corps entassés. Le réalisateur, après « Tony Manero » a le fichu talent de dévoiler juste ce qu’il faut de morts, de regards, de désir, de pensées pour gêner, faire frémir, faire comprendre. Objet historique nécessaire comme témoignage, le film reste cependant un film, un objet de cinéma, fort d’une radicalité formelle allant de pair avec le fond, lui même radical, c’est le moins qu’on puisse dire. Vingt-quatre heures plus tard ma mémoire flanche pour citer quelques exemples, mais reste gravé le dernier plan, fixe, très fixe, long, très long. Et radical. Fin.

Mardi 22

Mais taisez-vous donc, Darren, devait crier le prof au cancre au fond de la classe. Parce qu’il avait une grande gueule, Darren, parce qu’il en faisait un peu trop pour épater les filles, il leur faisait même croire qu’il aimait la musique classique pour se donner l’air un peu tendre, mais des années plus tard ça lui avait servi : il connaissait par coeur le Lac des cygnes, même sa sonnerie de portable faisait taaaaa talalalalaaaa lalaaa lalaaaa talalalalalaaaa. Quand il est devenu cinéaste, ça lui a donné des idées à Darren Aronofsky… et pan, il est parti à la chasse aux canards. « Black Swan » est donc un film que j’ai ponctué de quelques « oh non pas ça » et « oh bon oui ça va bon ça va maintenant on a compris » parce que j’aurais aimé un peu plus de subtilité, un peu moins de… enfin bref, j’arrêt de faire mon Cre, Black Swan reste un film par lequel j’ai été littéralement happé.

Et puis ne plus sourire, touché. Ne pas oser répondre. Couler.

Lundi 21

Miscellanées d’un lundi :
– Je ne suis pas allergique au céleri.
– La pâtisserie Aux blés d’or à Nogent est ouverte le lundi.
– Le Mustang est une région du Népal.
– En 2011, on peut encore acheter des tourne-disques pour écouter les albums de Dave.
– J’ai repris des lasagnes.

Dimanche 20

Voici que dans un élan d’harmonie je décidai de mettre Minuit sur une seule étagère. Avec l’achat de quatre nouveaux (mais petits) livres chez Colette Kerber — rappelez-moi que la veille j’étais allé à la FNAC avec le doux sentiment de ne rien souhaiter acheter pour cause de sentiment économe —, cette pile, là-haut, commençait à devenir imposante et m’obligeait à faire quelque chose, quelque chose mais quoi.
Mais Minuit ne rentrait pas sur une seule étagère. 36cm de large c’était trop peu, de peu. Alors Duras rejoindrait les autres maisons d’édition, Mauvignier irait on ne sait où, « Fou de Vincent » par Guibert resterait pour l’instant sur la table de chevet.

Cet élan alla de pair avec la reprise des activités d’autrefois, comme si j’avais retrouvé moi-même une certaine harmonie. L’affiche pour le prochain concert de l’OSC dépassa le stade de brouillon pour passer à celui de proposition ; mes connaissances en bidouillage de sites web me poussèrent rue de Turenne pour dépanner X ; mon oeil ailleurs retrouva les lumières artificielles et le ciel froid de Rotterdam ; et les Chardons refleurirent.

Samedi 19

Le projet de promenade pluri-galeries du jour fut remis à plus tard, supposant que le mercredi ou le samedi suivant jouirait d’une météo plus clémente. Néanmoins le rendez-vous avait été maintenu, et c’est au Louvre des Antiquaires que je retrouvai G, D et O pour s’extasier devant les travaux d’Hector Guimard puis blablater devant un café-chips. Plus tard, à des heures où la pluie avait cessé, c’est L que je retrouvai. Devant une blanche il me parla des embrassés. Devant un rouge je lui parlai des jours passés.

Vendredi 18

Pas mieux !

Jeudi 17

Mercredi 16

Finalement c’est toujours un peu pareil à quelques détails près : des liens, des yeux ailleurs, des affinités, on me lit, on me regarde, on se parle, on échange quelques jeux de mots, on devient amis sur Facebük sans être amis dans la vraie vie mais en se disant que ça finira bien par arriver. Et puis un jour je m’invite ou l’on m’invite je ne sais plus, mais le résultat est le même, on passe une soirée autour d’un martini, d’un gigot et d’une tarte au citron, une soirée où les hotes reviennent sur le passé, simple ou composé, complexe ou décomposé. J’en fais de même évidemment, échanges naturels se terminant par une dernière boutade. Je n’aurai pas vu Corto mais n’est-ce pas partie remise ?

Mardi 15

C’est fait. Ce n’est pas fini, il y aura d’autres étapes, d’autres jugements, peut-être d’autres regards appuyés et haineux sous les moulures d’une autre cour mais c’est fait. Derrière la baie vitrée du café de la gare, tu commandes un double whisky après avoir fait sourire le barman par ton « Moi il me faut quelque chose de fort » tandis que je me limite à un verre de rouge, petit ballon, tout petit ballon à côté du surprenant aquarium de midi. Nos deux compagnons de route sont à l’autre bout du hall, vagues histoires de billets de train, et tandis que nous sommes enfin seuls tu prononces quelques mots de conclusion en dessinant un cercle du doigt. Je me limite à l’acquiescement et à d’autres gestes. Derrière la baie vitrée du café de la gare, les coudes sur cette table, épuisé par les heures, je n’ai plus la force de penser. Tentant de trouver la force de me rappeler, je me demande si on avait bu quelque chose le 22 mars 2009. Les aiguilles de l’horloge étaient déjà absentes, mais celles de notre histoire venaient de commencer à trotter : Barbara Carlotti nous attendait.

Lundi 14

C’est demain que l’on reviendra sur les traces et les faits du 11 juillet. Les images reviennent, puis les sons, puis les sensations. Ce qui était devenu (curieusement mais heureusement) un souvenir sans émotion ni saveur aigre a retrouvé un peu de son horrible superbe.

Dimanche 13

Hervé Guibert. Le nom revient de temps en temps ici, apposé sur la couverture de romans ou de recueils empruntés sur tes étagères ou arrivés sur les miennes, signature de textes chocs (le roman Des aveugles) ou splendides (La nouvelle L’image fantôme).
Hervé Guibert c’était aussi un travail photographique, peu connu pour ma part, aperçu ici ou là, mais tellement ancré dans la réalité, dans l’autobiographie imagée, qu’il me parlait. C’est avec toi que j’ai vu, ce dimanche, sur les cimaises de la MEP, la rétrospective consacrée à son travail et c’était une bonne idée, très bonne idée, ce rendez-vous matinal pour cet auteur que tu m’auras « vraiment » fait découvrir.

Hervé Guibert est mort à 36 ans, mon âge aujourd’hui, je me dis que c’est un signe, parmi les autres événements vécus depuis le jour de mes 36 ans, que tout cela va devenir quelque chose, un truc dépassant une écriture inégale dans un journal en ligne. Mais il ne suffit pas de se le dire…

Quoi qu’il en soit aujourd’hui c’était une page tournée de plus, une page tournée dans un geste qui m’aura fait sourire. Franchissant la fenêtre j’avais la conviction que tout cela était le début d’autre chose et j’aimais cette idée.

Samedi 12

Heu… ils étaient encore bons les champignons ?

[Note du 23 février : j’ai oublié de parler de Silenzio, des chevaux, de la brume, etc.]

Vendredi 11

Au fond du placard il avait retrouvé ce bocal, plein de champignons et de souvenirs moins clairs, un bocal qui n’attira pas que moi en cette soirée d’avant départ, son départ, pas le mien, moi je reste là, pour l’instant je reste là, les avions c’est dans quelques semaines pour moi, pour lui allons c’est encore cette fois évidemment, déjà les vacances !
Qui dit champignons dit omelette, qui dit omelette dit dîner, apéro, accompagnement, glace, rose des sables, miettes, départ de Fab, prolongations, blabla ah bon ah oui et toi ben moi valise ah oui en effet etc. retour de Fab, et quoi d’autre encore, que sais-je sais, vous avez-vu l’heure ?

Jeudi 10

Jour de fête sans cotillons que ce 10 février. Plus au sud il faisait beau me dit-on, comme souvent n’est-ce-pas, comme ce mercredi de ma jeunesse où l’on partit à la pêche munis d’épuisettes, suffisamment loin pour être ailleurs. À marée basse on peut toujours aller plus loin. Mais… jusqu’où peut-on aller trop loin, dit la voix dans les écouteurs ?

Mercredi 9

Derrière les vitrines, les visages grimaçants et étonnants de Messerschmidt. Puis, autre époque, les momies offrent un spectacle gênant, intrigant, déroûtant, fascinant. Les égyptiens du temps jadis* pensait qu’il y avait une vie après la mort. Mais de quelle mort parlons-nous ? Il y a encore une vie après la fin, il y a toujours aimer puisque le sens du verbe est vaste. Aussi vaste que ce musée dont les couloirs semblent interminables lorsque l’on cherche la sortie ?

Le verbe aimer est justement en titre de ce livre, Au Japon ceux qui s’aiment ne se disent pas « je t’aime », sous papier cadeau rouge, glissé dans mes mains sur la terrasse de ce sympathique petit resto. Non sans humour, l’auteur y pointe les différences entre notre culture, nos habitudes, notre langue et celles des japonais, histoire de ne pas les froisser le jour où, tôt ou tard, j’irai les rencontrer là-bas, sur leurs îles.

* Quant aux égyptiens de l’année 2011…

Mardi 8

Lundi 7

Natt m’a déposée sur le boulevard, et le sac en papier a un adorable contenu. Au quatrième, un petit garçon m’attend sur le pas de la porte, la petit fille préférant vaquer à des occupations de son âge au fond de sa chambre. Les enfants ne seront cependant pas l’unique sujet de la soirée, un fois le garçonnet parti et la fillette couchée ; entre travail et avenir, amour et passé, les conversations iront bon train entre nous puisque c’est entre adultes qu’on s’entend.

Dimanche 6

Je t’ai un peu évoqué les dimanches d’autrefois avant d’aller retrouver la Dame de Shangaï avec la demoiselle du métro Parmentier. Sur l’écran en noir et blanc le plaisir du cinéphile est entier, et me reviennent en mémoire la merveilleuse phrase de Labarthe à la mort de Rita Hayworth : « La télévision a remplacé la femme fatale par la femme obligatoire« . Rita est au sol, les débris de verre ne reflètent plus son blond platine tandis qu’elle hurle qu’elle ne veut pas mourir. À la terrasse d’un bar d’Odéon c’est donc la vie qu’on évoqua, mais pour cela on n’avait pas besoin qu’elle hurlât.

Samedi 5

« Ils sont comment les pompiers ? » Le serveur ose un peu d’humour pour détendre l’atmosphère, après le spectacle d’un cycliste à terre. Il est tôt pour un samedi et l’ambiance calme du café des Arts et Métiers vaut-elle les 5,80€ d’un double expresso ? À la même terrasse un peu plus tard, un autre café, puis un autre quelques mètres plus loin, on parle site web, et ce P. que je ne connaissais pas il y a 15 minutes se dévoile sans pudeur ; je ris aux paroles crues de l’associé d’A, et suis ravi de rendre service à ce drôle de gars. Puis Nogent, encore du bénévolat, un pied dans le travail cependant… à l’église, des moineaux ; au café, un de plus…

PS. Ne pas oublier de lire les annonces aux virgules absentes: « Nous louons une chambre d’environ 20m², avec 2 grandes fenêtres, bien ensoleillée suite au départ de notre troisième colocataire qui part s’installer avec sa copine« .

Vendredi 4

La banane tombée dans le couloir du RER A me fait sourire, emplacement incongru pour un fruit dont la peau seule au même endroit ferait imaginer une glissade, un gag, un danger, quelques rires et puis quoi encore ? Il faut bien un peu d’incongruité pour me faire sourire au milieu de ma belle lecture :

Ma calamiteuse adolescence infinie, j’en avais vu le bout pour m’immerger dans la vie, comprendre que des êtres humains partageaient la même planète et avaient donc quand même un certain degré d’accessibilité, tout simplement que le bonheur était possible, et c’est comme si cette découverte, dépassée, n’avait soudain aucune valeur. Désormais, il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel c’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

Jeudi 3

En bas de la page 123, je cherche le complément d’objet indirect. Mathieu Lindon s’octroie parfois d’exotiques libertés de language, exotiques à défaut d’être jolies, exotiques à moins qu’elles ne soient que la preuve de quelques ignorances syntaxiques de ma part… Je relis la phrase, tout va bien, le remplaçant du « en » est bien calé au milieu des mots, je peux tourner la page. Je peux aussi revenir sur la 42, puisque le 31 janvier j’ai oublié d’y faire allusion…

La jeunesse ça va finir par être pour moi.

Prague, ça va finir par être pour moi.

Mercredi 2

« Ce qu’aimer veut dire ». Le titre du roman de Mathieu Lindon qui m’accompagne actuellement est un peu de circonstance. J’écris « un peu » pour ne pas en dire plus, pour ne pas en dire trop, parce qu’ici, sur certains sujets, je n’en dis qu’un peu, et encore, à peine. Lisez donc entre les lignes, dans les silences et les ellipses, décryptez donc les images, cherchez donc les sous-entendus sur les balançoires… vous en saurez peut-être un peu plus. Tenté par l’envie d’en dire plus, la pudeur et le lectorat me freinent, l’habileté aussi peut-être. Suis-je capable ici ou ailleurs de dépasser les faits pour écrire quelque chose et « faire quelque chose » de mon histoire, de mes histoires, de notre histoire ? Si ce n’est par les mots, ne serait-ce par les images ? Ou plutôt par les deux, puisque c’est ainsi que l’idée flottait depuis…
Ce soir, on a évoqué ce qu’aimer veut dire, ça et tant d’autres évocations encore dans tes paroles ou dans les miennes, plus douces ou plus dures. Ainsi cela seulement se sait, et sur le reste je me tais.

Mardi 1er

Dans les premiers jours du dernier octobre, j’avais fait la connaissance du travail de Jean-Michel Fauquet sous le béton de la base sous-marine de Bordeaux. En ce premier jour de février, c’est sur les murs blancs de la Maison d’art Bernard Anthonioz que je retrouve avec plaisir les patines, les objets, les veloutés, les ombres, les souffles, le vent, l’absence, le grain… Ambiance différente, vision différente mais l’émotion est toujours là. Elle est même encore plus forte face aux visages muets qui closent l’exposition. Est-ce l’idée de miroir ou celle de beauté qui fait presque poindre les larmes ?

Janvier 2011

Lundi 31

Les boutons sont dorés et dans mon souvenir du mauvais côté, enfin, quand je dis mauvais je veux dire du côté féminin, vous savez, ces conventions vestimentaires, à gauche pour les uns, à droite pour les autres… Le caban, je l’avais acheté il y a 3 ans, je ne l’avais jamais mis – il faisait sûrement déjà trop chaud – et il était resté quelques mois plus tard au fond de la penderie.
Le côté des boutons, d’après F au téléphone, n’était pas un problème et après tout, les conventions, moi… Sauf qu’une fois le caban enfilé, il fallait se résoudre à l’évidence : les manches étaient beaucoup, beaucoup trop courtes. Qu’importe, je l’emportai.

Et puis enfin ce message : on ferme janvier.

Dimanche 30

Il faut croire que la virée presque nocturne de la veille n’était pas suffisante. Hier La Joconde, les Noces de Cana, le Radeau de la Méduse, la Victoire de Samothrace, un Bacchus, dans l’ambiance douce d’une visite un peu off avec conférencier et musiciens. Ce dimanche l’exposition temporaire « L’Antiquité rêvée » avec une plongée dans le néo-classicisme et néo-baroque du 18ème siècle. Voilà qui fera grincer des dents… ou qui me donnera envie de retrouver mes chardons ?

(Fuck, ma photo préférée du jour est mal cadrée)

Samedi 29

La femme boîte et passe entre moi et le mur de photographies en le regardant vaguement. Elle m’ignore. Je suis assis sur le parallélépipède gris qui fait office de banc, presque face au visage de William Burroughs par Keiichi Tahara. Mais je suis fasciné par le diptyque d’à-côté, celui de Philippe Soupault. Suis-je trop fasciné pour ne pas oser le regarder en face ? Visage enfumé, corps dans le miroir, je gribouille ce que je vois sur les lignes de mon carnet pour me rappeler un peu mieux où sont les ombres et les lumières, les contours et les lignes. Je ne veux pas oublier ces deux images et l’émotion qu’elles dégagent et m’apportent. La femme qui boîte s’est éloignée, je l’ignore, elle a dû passer devant les trois Hervé Guibert sans y porter plus d’attention.

… C’était un moment ce 29 janvier. Un moment parmi tant d’autres. En effet…

Ce samedi commença par la vision d’un homme à terre, après qu’il était tombé de son siège, assoupi sur le quai du métro. L’homme se releva, je ris.

Ce samedi se poursuivit par la jolie lecture du roman de Mathieu Lindon, par la charmante visite de la maison Victor Hugo et de la belle exposition temporaire sur les portraits photographiques d’écrivains, par la plus longue sieste de ma vie, par un moment magique au Louvre pour rencontrer les trois grâces de Cranach, par les hilarantes phrases sur le mur du MK2 et par un parfait moment de cinéma avec ce I wish I knew, histoires de Shangai.

Ce samedi se termina tôt, plus tôt qu’espéré et donc loin de la fête : il le fallait pour ne pas tomber, moi aussi, de mon siège.

Vendredi 28

Le Bordelais n°2 étant en vadrouille parisienne, je retrouvai devant ma porte un JLM ayant eu la bonne idée de glaner un peu plus loin quelques bouchées libanaises à avaler rapidos avant d’aller à la Madeleine écouter le Requiem de Fauré avec Laurent en guest star, avec la soprano joliment dans les hauteurs et avec deux pipelettes italiennes s’étant mangé un « BASTA » dans les dents au bout de 3 mesures. Je trouvai de surcroît sur ma table un cru et le fameux Lindon… Que dire sinon merci ?

Jeudi 27

Le Bordelais étant en vadrouille parisienne, je retrouvai pour cette soirée un Cre souriant – merci l’alcool – dans un bar à la mode – merci la bonne idée – accompagné d’un visage connu – merci Facebook – tandis qu’au bout du bar on détourna la tête. Quelques heures plus tard, après une soirée comme on en fait rarement (tu l’as vu mon ellipse ?*), je connaissais mieux le visage et les dents de Cre (tu l’as vue ma privète joke ? **) et réalisai que… oh m…

* Et le lecteur va s’interroger…
** Et le lecteur va s’imaginer n’importe quoi…

Mercredi 26

Photos. Les miennes, sous un nouveau regard. La table évidemment. L’escalator évidemment. Les flous du métro, les contre-jour de Metz… Recadrer celle-ci ? Pourquoi pas. Retoucher celle-là ? Oui mais…
Photos. Celles de Valérie Belin à la galerie Jérôme de Noirmont. Un seul adjectif me vient : sophistiqué. Je ne suis pas certain qu’il soit adapté, mais n’ayant aucune émotion face à ces femmes fleurs, je me limite à cela.

Cinéma. « Bas Fonds » d’Isild Le Besco. Au début des soupirs. On va où, là ? Et puis, au bout des 68 minutes que dure le film, l’évidence de cette radicalité est bien là. Bam.

Mardi 25

Devant moi 40 minutes de trajet. Et rien à lire, ou si peu : le guide de mon D700, retrouvé deux jours plus avant, et permettant, miracoulousse, de découvrir l’existence de l’intervallomètre. « L’interquoi ? », entends-je au loin. Rien à lire, alors à la librairie de la mairie, ce couloir de presse atteignant l’horaire de fermeture, je pose la main sur Technikart… depuis le temps que je l’avais abandonné, celui-là… À l’intérieur une confirmation : Mathieu Lindon et son « Ce qu’aimer veut dire« … Ce sera mon prochain achat.

Derrière moi 40 minutes de trajet. Je sors de mon sac les deux capricieux qui feront office de dessert et salue Smilin’O en soulevant discrètement la toile qui couvre la toile… Et pourquoi pas Palerme ?

Lundi 24

À sa main droite Direct matin. À sa main gauche, à l’auriculaire, une bague. Il s’est endormi, peut-être a-t-il juste fermé les yeux à la recherche d’un peu de repos, un peu plus, un prolongement. J’ai fermé les yeux brièvement en terminant Les gangsters. J’avais remisé l’ouvrage en arrivant aux toutes dernières pages, épistolaires et loin de l’intrigue du titre. Guibert écrivait à T. et je m’étais arrêté là, morceau de phrase superbe que j’ose sortir du contexte :

Je suis heureux que mon corps d’homme de trente ans cherche par tous les moyens à entrer en contact avec le cadavre qu’il va devenir.

J’attendais le bon moment pour toucher le point final. C’est fait.

Dimanche 23

Je crois que j’ai retrouvé l’oeil un soir de janvier après quelques tentatives disséminées ici ou là sur les trottoirs parisiens. Je crois que j’ai retrouvé l’envie d’écrire aussi, ou disons l’envie d’écrire ici, car elle était toujours là cette envie, elle était toujours là oui, elle était juste dépassée par les événements et elle s’était juste cachée dans les pages du carnet vert, juste pour moi.
Un mois était passé depuis les derniers mots ici, un mois était passé en voyant défiler des virages, des états, des pensées, des questions, des réponses, des échanges et puis quoi, et puis… et puis ça. Ça, deux lettres qui masquent le reste, un C et un A, voyez-vous ça et puis cette cédille, là, qu’est-ce qu’elle fait là ?

Ce journal, ce sont mes jours, mes souvenirs, mes images, mon quotidien, mes mots. Ce sont ceux des autres aussi, les initiales, les tutoyés. Mes jours continuent, mes souvenirs s’entassent, mes images se figent, mon quotidien s’étire, mes mots restent ici. Malgré tout. Malgré ça.