Samedi 10 décembre 2011

Il faisait beau, nous étions là, on rendait hommage à Jorge Semprun, Bernard Pivot lisait quelques passages et le hasard me ramenait donc, après Écorces, sur les terrains douloureux des camps de concentration. Je relirai le livre un peu plus tard, très bientôt sûrement, mais d’abord en offrir un exemplaire à JLM et finir Le Paradis de Guibert. En attendant on m’a présenté comme étant celui qui… et l’on a visité le lieu où…

Je découvrais alors Blois, charmante, escarpée, vivante, c’était Noël, ça achetait et patinait… Les bords de Loire me rappelait un sandwich au rôti de veau orloff et la chambre d’hôtel désuète de Beaugency ; ces souvenirs plutôt agréables (comme quoi…) ne remplissaient cependant pas les rêves dans le wagon du retour.

Vendredi 9 décembre 2011

N° 11 du boulevard, c’était bien ça, le repère c’est la station service, mais je n’avais pas le code. Une fois entré et présenté je pose par terre les 2 formats 40×60 et les 4 plus petits, je regarde le résultat, satisfait, très satisfait. Ceux qui m’accueillent ont aimé ce qu’ils on vu l’autre jour, K me demande si cette fois aussi j’écrirai un texte et sur la table basse il y a de quoi faire saliver les yeux. Je fais donc la très jolie connaissance de Sh, ses paroles et des anecdotes teintées d’ailleurs sont douces ; sur la photo le petit garçon, assis en tailleur évidemment, a l’air bien concentré sur son nouveau cahier. S puis L arrivent, on se presse un peu et malheureusement mon dîner se finit avant le leur puisque un train m’attend… et JLM aussi, dans ce hall d’Austerlitz où les inconnus ont les traits autant tirés que leur valise ; il est bien tard quand enfin on part.

Jeudi 8 décembre 2011

Cette journée aurait pu être constellée d’échecs, voire être elle-même un échec total, car sur la liste des choses à faire, en raison d’inadvertance et circonstances, j’ai bien failli de rien rayer. Mais le hasard d’un salon de coiffure encore ouvert, le courage d’un aller-retour supplémentaire at home, ou la perfection d’une librairie possédant l’objet du désir sauvèrent cette jour(tt)née.

Alors me voici accoudé au bar, la femme au fond mange du raisin et j’ouvre le petit sac. Colette K m’a dit qu’elle l’avait lu deux fois de suite. Je commence :

J’ai posé trois petits bouts d’écorce sur une feuille de papier. J’ai regardé.

En vingt-quatre heures, dans mon cas, le livre aura été lu, absorbé. Dans Écorces, Georges Didi-Huberman — auteur dont je regardais justement régulièrement les tranches sur l’étagère —, mêle et entremêle deux analyses, sur le camp d’Auschwitz-Birkenau et sur les photographies du lieu. Dès le début de la lecture, l’adjectif “extraordinaire” s’impose, mais au fur et à mesure s’en interposent d’autres : précis, émouvant, intelligent, bref… indispensable.

Mercredi 7 décembre 2011

Évidemment dans le métro du retour il y a de quoi écrire ici, cette femme trop maquillée endormie sur les sièges bleus, et cet(te) androgyne, moue et regard droit sous les cheveux longs. Je repense à ce qu’elle m’a dit, mon éclat de rire face à cet air détaché en m’annonçant l’incroyable, puis mon impassibilité face à la deuxième nouvelle, encore plus incroyable, je repense à cette journée, à la liste écrite en orange qui m’attend à la maison, cette liste de ce qu’il faut faire demain, je suis sûr qu’au milieu j’oublierai quelque chose, que la liste ne suffira pas et pourtant j’ai éliminé un élément, j’ai biffé sur mon avenir proche ce dossier d’inscription à envoyer, c’est tellement vain, je ne pourrai pas préparer l’impossible en une semaine, surtout avec les jours qui viennent, rappelons-nous la fable, rien ne sert de courir, alors un jour je partirai à point, sur un plateau d’argent je leur donnerai ce qu’ils veulent, tous les recoins de ma vie estudiantine, professionnelle, bénévole voire personnelle… Bref, en attendant les compétences et les acquis, pensons d’abord aux vacances et aux confettis : contrepet approximatif.

Mardi 6 décembre 2011

À l’aller je me plonge dans un nouvel ouvrage, un Guibert, tiens le revoici, Le Paradis, un Guibert surprenant qui ressemble à un livre écrit par quelqu’un d’autre en fait… mais je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai cette impression…

Jayne éventrée, l’andouille, l’ex-championne de natation, sur la barrière de corail au large des Salines, je me retrouvai seul au bout du monde, avec une voiture de location que je ne savais pas conduire, les mains vides mais les poches bourrées de liasses de billets de cent dollars, un grand chapeau de paille sur la tête, dans ce pays de sauvages dont j’ignorais la langue, ayant longtemps attendu sur cette plage qu’un rouleau me rapporte le corps de Jayne pour constater que sa ch…

Mais stop, cette première phrase fait une page, passons à la suite, aux fugaces révisions avant d’arriver à Nogent et ce “soko de tomette kudasai” qui me revient.

Au retour… dialogue improbable, une virgule d’accent asiatique pour la fille, une difficulté à articuler pour le garçon…
– Elle : J’ai pas très bien compris c’est qui l’autre là.
– Lui : Qui ?
– L’autre
– Quel autre ?
– Ben l’aaauuutre làààà.
– Machin * ?
– Non l’autre.
– Bidule ?
– Oui, j’sais pas, c’est qui ?
– J’sais pas…
(Bon en fait après la fille a dit qu’il avait bu trop de bière, lui il a commencé à s’effondrer sur elle en l’embrassant dans le cou tandis qu’elle tapotait sur son nifône et puis voilà, ensuite j’ai cuisiné du lapin pourtant il était tard, dîner à vingt-trois heures c’est de la folie mais c’était excellent d’ailleurs en même temps j’ai commencé à faire ma compil 2011 ben oui.)

* Les prénoms ont été changés.

Lundi 5 décembre 2011

Ah au fait je vous ai pas proposé un chouinegomme“. J’avais acheté Le Monde, pour me tenir un peu au courant de l’aura de Mme Clinton et pour découvrir qu’on étouffe à Pékin, et évidemment le vendeur, vous savez le vendeur, enfin non vous ne savez peut-être pas, mais il est un peu bizarre. Très gentil. Mais bizarre. Du genre qu’il m’aurait fait louper mon rer avec son histoire de chouinegomme… bref, vers 22 h, ça sent encore le foie de volailles dans le salon, mais le lit m’accueille déjà. D’une tâche à l’autre, les pieds sous la couette mais les mains sur le clavier, le film reste dans sa boîte et je m’endors sous les airs de Bach. JS, pas CPE, écorché hier d’ailleurs le pauvre mais bref…

Dimanche 4 décembre 2011

Oh elles sont belles tes chaussures !” La petite fille sourit ; un sourire satisfait. “Elle attendait ça“, me dit le propriétaire de la boutique d’à-côté où mon choix avait failli se porter sur des chaussures plus colorées que celles que je suis en train d’essayer, tandis que le père de la petite (probablement le frère de l’autre, il y a un air) est descendu chercher une autre pointure d’une autre couleur : le 42 ça n’allait pas. Elles seront donc chocolat, c’est de saison — vous n’avez pas acheté des truffes ? — finalement c’est aussi bien que la version noir profond qui me faisait de l’œil en vitrine depuis des mois.
Et celles-ci ?” Ma pointure avait été achetée par un japonais, alors on se met à en parler du Japon, du style des Japonais, les tissus, les coupes…

Il m’avait proposé de les garder aux pieds, malgré la pluie. C’est donc avec un certain plaisir que me voilà donc assis à une table du bar-restaurant du Lucernaire, parce que les chaussures neuves, vous voyez… À ma droite deux femmes remontent le temps et les anecdotes, elles en sont en 1981 et j’attends CK qui sera en retard. Et puis cette femme entre, lunettes ovales, coiffure datée, manteau cintré, on est soudain quelque part à la fin des années 50, peut-être un peu après, même son visage est d’autrefois. Elle aussi vient écouter Marie-Christine Barrault nous plonger dans l’Europe des lumières, quand Frederic II et Voltaire usaient de bons mots, entre deux airs, flûte et violoncelle. Plus tard elle fera la grimace : le vin, c’était pas ça.

Samedi 3 décembre 2011

Le déjeuner eut lieu, finalement il eut lieu, peut-être au même endroit que prévu la semaine dernière, qu’avait-il prévu, quel nom m’avait-il alors dit au téléphone, je n’en sais rien, qu’importe, le déjeuner avec MRG et OT eut lieu, entre deux bouchées distinguées on tenta de résumer la situation et les années passées, nous n’avions pas changé (toujours ce même parfum léger) si ce n’est de fonction.

Plus tard, autre table, tellement plus bruyante, on se retrouva à nouveau, mais des visages étaient passés (à la Galerie, rue Berthe) et d’autres étaient encore là, ça tombaient plutôt bien : points communs, etc.

Un arrêt à Concorde, pour changer de ligne c’était bien agréable, un peu d’air frais, la grande roue qui me faisait de l’œil et cette femme hurlant à Palais Royal face aux visages à peine interloqués de touristes en terrasse. Et puis le soir passa, salade et caetera, jusqu’à Wenders, Wim, déjà la nuit, déjà le lendemain. Sur l’écran, l’Ami américain, ce fut ton film culte, c’était une lacune pour moi, comblé(e) : on m’avait caché que le cinéma allemand produisait en 1976 de tels albums photos où contempler les grues sur Beaugrenelle ou ce couloir orangé… Le petit garçon blond regarde à travers la vitre de la Volkswagen bleue, sa mère monte, démarre… l’image m’emporte.


Vendredi 2 décembre 2011

Dans quinze jours tout devra être acheté, fini, prêt, même certaines échéances administratives pour pouvoir voter ici. En attendant les urnes du 22 avril, on en avait sorti quelques-urnes pour le Téléthon (qui croyait tondre, évidemment), et moi pour l’occasion j’avais repris mon 24-120 ; le pauvre il est bien délaissé depuis l’arrivée du petit frère. Il était 13h passées, j’étais en retard, c’est ça les demi-journées de repos, on prend son temps et puis voilà, on change d’objectif et on se demande si on ne devrait pas considérer cela au figuré, mais c’est juste pour la formule parce que le reste n’a rien à voir.

Pour ne pas regretter d’être rentré tard, amusé tout de même par le sérieux d’une gamine pailletée de 5 ans, un passage par Beaubourg avec achat compulsif à la librairie (Sur la photographie” de Susan Sontag), peut-être le seul livre que j’emporterai à l’autre bout du monde : il va falloir partir léger.

Métro, strapontin, profil droit d’un asiatique, coréen probablement à voir les caractères de son livre à jaquette bleu ciel, profil superbe, garçon très grand, très brun, très mate, imper clair, on dirait presque un sud-Américain, j’essaye d’être discret, à défaut d’un photo, un dessin, j’ai envie de me rappeler ce visage tandis que quatre jeunes femmes entrent dans la rame. Point commun : petit sac à main. Pointe commune : celle d’un accent. R qui roule amasse Erasmus ?

Jeudi 1er décembre 2011

Vous pouvez fermer la fenêtre complètement !” me dit-il sur son échafaudage, compréhensif vu mon état (tousse tousse mouche mouche) et sur le point de quitter le chantier. Au bureau, toujours les travaux, alors ça fait du bruit, des bruits qui courent et des bruits qui assomment, et ce jeudi ça faisait aussi de l’air, avec le bow window auquel je tourne le dos (le dow ?) grand ouvert… Et là vous me direz “Quoi ? Tu tournes le dos à la fenêtre ?”.

Ben oui.

Novembre 2011

Mercredi 30

Il y a bien eu quelques pages pendant lesquelles j’ai ressenti un léger agacement, mais pour son deuxième roman (K.622) Christian Gailly osait tout et c’était il y a vingt-deux ans. L’agacement restait teinté d’un aveu : c’était gonflé. Me prenant au jeu, peut-être un peu jaloux (« il écrit comme il parle », ai-je pensé, ça m’a rappelé Sophie à l’époque où j’écrivais comme je parlais), j’en suis venu à sourire, et, page 38, je quitte le passé composé et éclate de rire juste avant de quitter de la rame, terminus, descente à gauche dans le sens de la marche.

Bon après, pas de surprise, la radio et toutes ces voix qui comblent ton silence : celle de Danielle Mitterrand, celles qui lisent Annie Ernaux (quelques bémols sur Ernaux tout de même, permettez pour une fois puisque habituellement je crie merveille, son livre Des années, commencé jadis au retour de la Corse dans un avion turbulé, m’avait quand même sévèrement schtroumpfé, revenons dans 300 ans on y lira un témoignage de la deuxième moitié du XXème siècle, même si certains passages, cf. les jours qui précèdent, oui oui certains passages, et puis là il y a les voix, oui oui les voix, mais tout de même c’est un peu poncifs et crème à récurer, bref je me comprends…) et Arnaud Machin et son groupe de critiques qui papotent dans mon dos tandis que je divague.

Finalement, fin de soirée, je choisis un autre film que l’un de ceux prévus et posés là. Sur les rangées où je jette un œil, le nom de Téchiné qui va de pair avec mon envie de voir un film en français, j’entends par là ma non-envie de lire le moindre sous-titre ; je crains leur fragilité et celle de ma concentration. Et puis cette photo, au dos du boîtier, cette photo, la même que celle accrochée sous mon étagère à souvenirs, les lèvres rouges de Marie-France Pisier, sur la photo elle est ailleurs, d’ailleurs n’est-elle pas ailleurs à présent. Barocco : Adjani, Depardieu, mais aussi Brialy, et donc oui, Pisier, merveille, ô merveille, baignée d’une lumière radieuse derrière sa vitrine, fille de joie saisissante, dont le reflet s’offre même triplement comme si Téchiné rêvait quelque jumelle, quelque sosie, hommage à Rita Hayworth peut-être, et puis Pisier voix parmi les voix, bref, que je me taise.

Finalement, soirée doublement finie, je regarde dans une autre liste, je vois ce « Journal Romain » et je commence cette nuit dans tes yeux et tes souvenirs.

Mardi 29

Galerie Poggi, Ice Dream, ton film, votre film, trois écrans, presque trois dimensions, on est comme englobés, on est en tout cas portés différemment dans ce paysage, dans cette action où rien n’est plus linéaire ; sur ce sol métallisé, ces coussins noirs sont-ils les veuves d’une banquise ? Banquise ici bleutée, immense, mouvement de balancier vertigineux, je regarde les images encore et encore, en fais quelques-unes pour que tu vois cela, ce là-bas, de là-bas.

Au rez-de-chaussée, tandis qu’arrivent M&C, je suis passé à cette autre pièce aux poupées de chiffons. Mais soudain, l’œil à la montre, ah ! L’heure ! Il allait être trop tard. Arrivé à la Poste du Louvre, il était trop tard, vingt heures passées. Acte manqué ?

Et puis j’ai commencé à relire ce carnet rouge, ce nihongo no notto, les chiffes (ichi, ni, san…), les couleurs (kiiroi, aka, kuroi, midori…), les verbes (shimashô, tabemas, wakari masen…), les expressions (sumimaseeeeeeeeeeen) pour onegaishimasser un minimum et kudasayer ici ou là, histoire de demander un fukuro à la caisse de chez Lawson ou des kitte à la Poste… Ca y est, voilà, je m’envole un peu, déjà, tu vois, l’avion est presque au bout de la piste ; jusqu’à présent c’étaient les mots qui s’étaient un peu envolés tu sais, mais où sont ceux que tu avais cherché à retenir ?

Lundi 28

Voilà que soudain on me demande un « état signalétique des services militaires », avouons que cette période est bien loin, révolue (révolue si on erre ?) et que l’angoisse m’étreint : l’obtiendrai-je à temps ?

Il est justement question de militaires dans le petit livre commencé il y a quelques jours, petit livre léger ; mots glissants et récit simple donc lecture parfaite pour les transports en commun que ce Zakuro de Aki Shimazaki. Récit simple bien que grave : il y est question d’une partie de l’histoire japonaise dont j’ignorais tout, à savoir la déportation de 600 000 Japonais en Sibérie après la guerre. Mais quand le nom Fukuoka passe sous mes yeux, me reviennent en mémoire les frais souvenirs de Kyūshū. Vingt jours encore et m’y revoici ; ressortons le lexique.

Et puis, toujours, le soir, une voix qui lit Ernaux. 20 h 30. 24 minutes.

Pour tester leur aptitude à vivre sans mari, elles allaient au cinéma seules l’après-midi avec un tremblement intérieur, croyant que tout le monde savaient qu’elles n’étaient pas à leur place. Elles retournaient dans le grand marché de la séduction, se découvraient de nouveau exposées aux aventures du monde dont le mariage et la maternité les avaient éloignées.

Dimanche 27

Hier soir, après votre départ définitif, je suis allée dans cette salle du rez-de-chaussée qui donne sur le parc, là où je me tiens toujours dans le mois tragique de juin, ce mois qui ouvre l’hiver.

L’homme atlantique – Marguerite Duras

24 pages pour adoucir un dimanche éternueux et moucheux ; imaginez que la pharmacie de garde n’était pas aussi loin qu’on avait voulu me le faire croire, imaginez qu’à l’approche du lundi j’ai œuvré dans ce calme propice. La pile de dvd est donc restée aux pieds du lit. Mais où avez-vous vu des pieds ?

Samedi 26

Dur d’émerger. Appel de MRG. Rendez-vous. Nausée. Coucher. Annulation. Ou plutôt report. Ce sera pour la semaine prochaine.

17 h, tout de même il faut y aller, la curiosité m’entraîne vers la séance de 18h des Rencontres Internationales, neuf courts-métrages, le premier nettement au-dessus du lot, elle s’appelle Elsa Fauconnet, un homme et une femme marchent, c’est tout simple et ça fonctionne magnifiquement.

20 h, malgré le rhume qui me prend petit à petit la tête, je reste pour la séance de clôture. Là encore, le premier court est nettement au-dessus des 80 minutes de ce Finisterrae mi-figue mi-raisin, mi-lard mi-cochon, fable assez absurde pour me plaire mais bon quoi, bof quoi… Le premier court, restons-en là, Strokkur (extrait) de Joao Salaviza, là encore c’est tout simple et ça m’emporte.

Bon, ça c’est quand même fini avec jambon et vin espagnol sur les fauteuil de velours rouge d’un endroit hypeeeeeeeeeeer select… Oh mais oui au fait, je t’ai dit qu’il y avait Gaspard Y ?

Vendredi 25

De fil en aiguille, parce que l’on avait évoqué la signification du « lol », j’en vins à cet article d’Hélène Cixous et son décorticage stupide du prénom durassien. De quoi glisser dans une soirée une référence littéraire manquant à mon bataillon et un tombereau de jeux de mots, Cixous soudain entourée de Banshees pour finir sur la banquise. Attention, terrain glissant.

Jeudi 24

Hein ? Ben non. Rien. Enfin presque, des tris de photos, rien de captivant… Ah si, j’oubliais, Annie Ernaux, encore elle, lue, lecture sur France Culture. 20h30. 24 minutes. Les années :

Sur cette photo en noir et blanc, une grand fille aux cheveux foncés, mi-longs et raides, visage plein, les yeux clignant à cause du soleil, se tient de biais, légèrement déhanchée de manière à faire saillir la courbe de ses cuisses serrées dans une jupe droite descendant à mi-jambes tout en les amincissant. En dehors des pommettes et de la forme des seins, plus développés, rien ne rappelle la fille d’il y a deux ans, avec ses lunettes. Elle pose dans une cour ouverte sur la rue, devant une remise basse, à la porte rafistolée comme on en voit à la campagne et dans les faubourgs des villes.

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4338319

Mercredi 23

Je ne sais pas s’il était prévu qu’on parlât future expo ou simplement photo, mais on n’en parlât pas. De quoi donc discuta-t-on au milieu des murs blancs, bottines déchaussées pour être plus à l’aise ?

Mardi 22

Voilà, évidemment c’était prévu, ces visages pas vus depuis tant de temps, je me doutais qu’on ne pourrait qu’à peine… rapidement on s’embrasse, parfois quelques phrases, il fallait venir plus tôt pour une conversation, peut-être à un meilleur moment, on s’en attristera, même si c’est toujours un plaisir de les voir, de vous voir, des années après tant d’heures partagées. Parmi les mots quelques avis, quelques questions, sur les images ou sur le texte, que j’ose à peine revoir, que j’ose à peine relire.

Voilà, évidemment c’est jusqu’au 7 décembre…

Lundi 21

Le RER semble filer à plus vive allure qu’habituellement, comme s’il savait ma crainte d’arriver en retard. La séance est à 20 h, et un joli hasard m’a plus que motivé pour aller voir ce « My Dubaï Life« , puisque c’est un joli hasard que ton actuel voisin de Villa y ait participé et surtout l’ait annoncé sur un réseau social pas tout à fait quelconque. Précédé d’un court étonnant devant lequel malheureusement j’ai levé les sourcils et d’un court magnifique devant lequel malheureusement j’ai piqué du nez, le long-métrage de Christian Barani est passionnant, riche, multiforme et tellement cohérent, mais surtout humain parce qu’au milieu de l’extravagance, de la démesure et des grues, il y a l’homme, les hommes, superbes portraits figés ou paroles plus ou moins fatalistes, hommes venus d’ailleurs pour faire surgir de terre, souriant malgré tout, cet enfer moderne.

Dimanche 20

« Mais c’est ma soeur, j’peux pas lui dire moi, t’vois« . Elle mange les syllabes d’une manière aussi outrancière que son volume sonore, son débit et le bleu de ses paupières, bleu turquoise sur sa peau noire. Bonnet à grosses côtes et pompon, petite robe d’été qui ferait frissonner certains garçons et certaines frileuses, elle expose ses soucis de vie commune sur la banquette en skaï marron et parasite ma lecture de ces lignes de magazine au sujet du dernier livre de Georges Dibi-Huberman, auteur dont le nom se cache à la maison sur la deuxième rangée de livres et dont les ouvrages sont restés à leur place pour l’instant. Brève coupure réseau, la voilà qui se tait, peu après se lève, s’éloigne, reprend la conversation. Je poursuis le trajet pour une station supplémentaire, pour voir un Bonsaï vanté par ce même magazine. Dans la petite salle, je m’assieds à côté de cette petite femme dans ce grand manteau noir, petite femme silencieuse avant le début du film, de laquelle s’extrairont ensuite à intervalles réguliers d’étranges bruits de respiration… Est-ce cela qui m’a fait penser que le film manquait de souffle ?

Samedi 19

« Ouais je m’habille plus en ghetto, là« . Effectivement, il est habillé en jean, pantalon comme chemise, et la chaussure arbore une couronne de laurier. La façon de parler ne trompe quand même pas, il va falloir apprendre à placer votre voix, jeune homme. La fille qui l’accompagne continue l’investigation vestimentaire tandis que je préfère quitter l’insupportable ambiance du magasin Z…, où les vêtements sont autant ignorés par les clients que la poussière l’est par l’équipe de ménage.

Le Goethe Institut c’était loin, la salle 6 du MK2 c’était plein, alors je suis rentré, de toute façon c’était mieux, je pouvais libérer de leur paquet les trois jizo que Fabien avait apporté de là-bas, de toi à moi, et agrémenter ce samedi parisien de leur sourire bienveillant.

Vendredi 18

Quelques photos en noir et blanc qu’il faudra revenir voir, et bien d’autres encore, bien d’autres ailleurs, quand la foule se sera retirée.

Et puis ton nom. Six films. L’ouverture des Rencontres. Six objets bien différents les uns des autres qui génèrent chez moi un enthousiasme certain. Au sortir du cocktail que j’ai vite quitté, partagé avec Cl. – pendant lequel on n’évoqua même pas les petits bols – je tombe sur un visage qui me semble familier. On se regarde, on se sourit, je suis persuadé qu’il fait parti de ton cercle relationnel, qu’on s’est vus récemment, on s’embrasse même machinalement, tellement c’est évident tout ça. Mais immédiatement les souvenirs s’éclaircissent, c’était une autre époque, des amis communs, il cite un prénom, je cite un couple, les années ont pourtant passé, au moins trois.

Jeudi 17

Au départ c’est calme et souriant, ils ont commencé sans moi, la première bouteille est ouverte, la porte le reste par moment un peu trop. On avait rendez-vous au Trumilou et son nom improbable, une forêt en Auvergne ou quelque chose comme ça… Et puis le Parisien arrive pour dîner, nous-mêmes nous rejoignons la salle. Petit à petit le brouhaha s’installe, je grimace, n’entends rien, comment répondre ? De toute façon on ne parle pas la bouche pleine. Bon en définitive on n’aura vu ni la BBC ni la révolution ; mais ce sentiment en repartant que la machine associative repart sérieusement, concrètement et amicalement (n’est-ce-pas ?) est bien agréable.

Sur le chemin justement, G me parle, nous ne sommes plus que tous les deux, nous dirigeant vers la même station, mais pas le même sens. La fille en manteau rouge et aux cheveux longs est peu éclairée sous les réverbères mais sous la lumière jaune son allure est évidente, un pied à terre, un peu en déséquilibre, le haut du corps dirigé vers ce garçon, à bicyclette également, avec qui elle discute ; le piéton est rouge. J’aurais été seul je me serais arrêté. Dommage. L’image restera à tout jamais dans mon esprit et un peu ici.

Mercredi 16

Tard. Re-tard. Cette fois-ci pour une sombre d’histoire de transports. Mais qu’importe, puisque le soir c’est l’inverse, je quitte mes fonctions à une heure où d’autres se sont déjà assoupis, à une heure où tu es peut-être déjà réveillé. Sur six feuilles à petits carreaux j’ai noté questions et réponses, griffonnant ici ou là quelques silhouettes pour illustrer les propos urbanistiques. Lorsque que j’arrive chez nous, Cl. a lui aussi griffonné quelque chose, mais les silhouettes sont un tas de débris ; les jolis petits bols à thé ont subi un choc, irréversible pour l’un. Pour les deux autres, même peu, c’est un peu trop. Mais après tout, ça fait une bonne excuse pour en racheter là-bas… (Je vous laisse ajouter le smiley)

Mardi 15

La bête extraite hier soir, tard, fait encore parler d’elle, peut-être pas assez tôt ; à quelle heure vais-je arriver au bureau ? Elle m’entraîne vers une salle d’attente aseptisée, aux coloris vanille, citron et abricot, pour extraire tout résidu de bestiole. Sur le petit écran qui dérange ma lecture, petit écran accroché bien haut, Marie-Ange N. vante sur une chaîne privée les bienfaits d’un soutien-gorge extraordinaire et d’autres produits inutiles, me rassurant néanmoins sur la carrière de cette sympathique présentatrice qui offrit à la télévision publique ses heures les plus fildeféristes, offrant aux esprits tordus comme le mien des circonvolutions pyramidales. Mironton ou Barjabule ?

Lundi 14

J’avais gardé sous le coude le magazine littéraire, avec des majuscules puisque titre, permettez que je les omette (sans casser des oeufs ?). En Une, Marguerite Duras ; je l’avais gardé pour les trajets en train, forcément le train. C’est pourtant ce matin que j’en ai vraiment entamé la lecture, la vie de l’auteur m’emportant plus loin qu’un RER.

J’avais gardé autre chose depuis le week-end mais je l’ignorais. Le soir, machinalement, peut-être gêné par une sensation étrange, je me passais la main dans le dos, là où la peau est presque inaccessible. Sur moi, planté vigoureusement, un parasite, horreur multi-pattes qui nous ferait avoir la nature en horreur. Je vous rassure, la bête est morte rapidement, sans souffrir.

Dimanche 13

Presque surpris que l’esprit ne soit pas embué en ce lendemain de fête. Les petites filles reviennent, malice et crayons de couleurs, et les moments passent sans que, bêtement, l’invitation soit évoquée – qui l’ignorait, qui l’a oublié, qui veut d’abord profiter différemment de ce moment amical et puis…

Alors ensuite on va au parc, là, en face, mais en face c’est de l’autre côté de la rivière, c’est au bout d’un long détour fait de ruelles et de recoins. Le soleil est radieux, mon optimisme tout autant, alors plus tard il est temps de rentrer, parce que le train, et parce que cette chemise, finalement c’était trop léger.

Sur le chemin ferré du retour, en proie à un certain ennui, une certaine fatigue, je m’emploie à préparer un autre cadeau, fait de 180 souvenirs, 180 photos. Plus ou moins.

Samedi 12

Revoir Jean-Louis, papoter cinéma-musique et s’amuser d’un François and the Atlas Mountain sursautant…

Revoir Philippe, papoter ans qui passent et se promettre plus de temps…

Revoir Karelle et Régis, papoter évidemment et trouver le chemin facilement…

Et puis…

D’abord cette autre famille, plutôt la tienne, un peu la mienne, contente de me voir semble-t-il, mais c’est plus que semblable puisque on me le dit, c’est bien que je sois là, un peu parce que tu n’es pas là, mais de toute façon quelle drôle d’idée, comment aurais-je pu être absent ? Puis certains sourires qui éclatent quand je me présente. Certains regards qui brillent en me parlant de toi. Celui de C, en particulier ; les souvenirs sont lointains, c’était une autre ville, une autre époque, ses cheveux n’étaient pas aussi clairs. Elle me parle de ce manteau rouge au milieu de la brume : « il fallait que le manteau soit rouge ». Et puis on me demande « et toi ? », alors c’est toujours un peu la même réponse, évidemment en ce moment je parle d’autres choses, je glisse sur la photo, ça change, c’est bien, mais de toute façon au bout d’un moment on arrête de parler, on chante, on danse, on se marre et donc on s’amuse, manifestement. Ah ben tiens, justement, dans la cuisine on manifeste. Et l’occurrence, on manie fête.

Vendred’11

Sûrement un peu trop de vent, les chrysanthèmes sont parfois renversés, dans le cimetière où j’erre vaguement, un peu gêné par le voisin qui taille sa haie, là-bas au bout ; a priori il m’ignore, mais j’ai le sentiment implacable qu’il me regarde, s’interroge, me surveille. J’ose tout de même quelques photos, imprécises, ce n’est qu’après que je trouve ce qu’il faut faire comme cadrage pour ce projet, car jusqu’à présent les clichés que j’entasse manquent de rigueur et d’émotion, ça ne va pas, ça ne va pas.

Au retour, un arrêt sous le saule, saulitude, d’autres pour des autoportraits sobres ou loufoques, un dernier chez la voisine. Elle me dit être en colère, je ne crois pas qu’elle plaisante, une histoire de photo, partagée, diffusée ; mon souvenir est vague – où l’avais-je donc mise ? sur ce journal ?? – mais je sais de laquelle il s’agit.

– Et pourquoi cette photo ?

– Parce qu’elle est belle.

– Ah ben si elle est belle il faut me la donner.

Jeu’10

Mercredi 9

Je me dis qu’enfin je vais poursuivre la lecture, mais je me dis plutôt que je vais la reprendre. Ingrid Caven, beauté littéraire, curieusement, n’accroche pas mon esprit. Au bout de cinq mots je divague, au bout de cinq phrases je relis, au bout de quarante pages j’ai l’horrible sensation d’avoir manqué des pages, peut-être des merveilles. Le tgv parti, rien n’y fait, d’ailleurs je m’endors bien vite, la tête bringuebalant dans ce wagon multicolore. Au bout du parcours un sourire : l’odeur franche et madeleinedeproustienne m’enveloppe. Morue, tu ris, tu salues, etc.

Mardi 8

Nogent. Maison d’art Bernard Anthonioz. Nouvelle exposition. C’est la fin de l’année, alors la photographie s’installe là pour plusieurs semaines, pour mon plus grand plaisir, d’autant qu’encore une fois, l’exposition — Jamais le même fleuve — est vraiment belle — un beau titre aussi d’ailleurs — avec croisements et correspondances entre les collections présentées. Sur les cartels beaucoup de noms que j’ignorais, mais aussi des noms que j’adore (Plossu, Batho, d’Agata…) et définitivement plein de belles surprises (Castro Prieto, Onodera…). Autour de moi, ça commente « Moi j’ai plus des Plossu« , « Là c’est des géraniums« , « ça c’est un peu bricolé« , mais je n’attends ni le buffet ni des croisements dans les conversations, pour éviter les géraniums de Plossu bricolés.

Et puis quelques fleurs, quelques paquets. Partir demain.

Lundi 7

Les minutes défilent et l’horaire du film approche. Courir, donc, rue du Renard et rue Beaubourg. Courir pour Curling. Curling, curiosité. Sortir content, très content. Courez-y, vous aussi, parce que voilà, je l’ai écrit et je te l’ai écrit : « un film aussi ambigu qu’un flocon, entre froideur et fragilité… Et que c’est joli, un flocon ». Je t’ai écrit, aussi, plus ou moins, qu’évidemment c’est un peu là mon besoin de trouver la formule, de comprimer les phrases, mais pour ce film sous la neige, c’est parfait, c’est ça ce film, quelque chose de léger et profond, trouble, étrange et pourtant bien réel. Les éléments improbables du récit sont là, sans justification, tout comme les gestes fous et impensables du père, fragile, prêt à s’écrouler comme une quille. Et le curling dans tout ça, me direz-vous ?

Plus tard, puisque le ciné était tôt, Laure Adler me berce, même si les paroles échangées avec cette philalysto – psychanolosophe me semble plus magiques que compréhensibles… Floconneux en quelque sorte. Et puis la voix de Duras, forcément la voix.

Dimanche 6

Je n’ai pas rêvé ? Il m’a dit « sans vouloir vous offenser » ? Il voulait pourtant simplement encaisser ma consommation. Mais il voulait l’encaisser tout de suite.

J’avais erré dans le quartier à la recherche d’un cadeau, la rue des Francs Bourgeois un dimanche c’est un endroit qui peut vous sauver la mise, quand vous cherchez un accessoire : foulard, broche… Je t’avais dit « non, pas un livre de photos », pour elle c’était une idée trop évidente, trop clinquante, trop clin d’œil. Mais la vitrine du centre culturel suisse m’en a fait un – un clin d’oeil – je suis entré, j’ai survolé, hésité devant Corbu, et puis – paf ! – l’évidence. Un livre de photos, mais surtout un objet, superbe « Come Again » de Robert Frank, dont les collages me rappelèrent ces albums, les vôtres.

Et puis donc le bar, payer et puis écrire, là, au chaud, dans ce type d’ambiance que j’aime et que pourtant je fréquente peu ; allez comprendre. Devant moi, l’un des serveurs s’assied à une table pleine de salières et poivriers. Je ne vois pas toute la scène, je ne le vois pas remplir les récipients avec un cône en papier, trop étroit, je profite des commentaires du client, habitué, boulanger dira-ton plus tard… Plus tard, après qu’un gros pot plein de poivre se sera renversé, après que le serveur aura récupéré ce mélange grisâtre sur le plateau, l’embrouille commence, scène de film, brève de comptoir parsemée d’invectives et d’exclamations. Qu’on aurait pu recopier ici. Mais non.

Samedi 5

On passerait par exemple la matinée au chaud parce qu’au lit, bercé probablement par les bruits de la rue, de l’autre côté de la fenêtre. Et puis on sauterait du lit, presque horrifié par l’horaire parce que tout de même… Tout de même il faut relever les manches, un peu de ceci, un peu de cela, pour ceux-ci et pour ceux-là, les taches associatives défilent devant l’écran avant qu’enfin, officiellement, je dévoile ceci…

galerieminiature.wordpress.com

En dix fois plus grand que n’importe qui ma joie s’étale ; ça y est, c’est concret, c’est là, c’est écrit.

Mais à 17h j’ai rendez-vous, les voisins de F voient passer l’ancien et le nouveau. Dis donc le nouveau, tu veux des cours pour apprendre à faire des petits cartons ?

Vendredi 4

Rien ? Peut-être bien…

Jeudi 3

Sur FB, les vieilles vidéos sont parfois posées là en guise de symbole, les chansons un peu fanées en disant plus que les longs discours. Plusieurs versions de cette chanson bleue de Nicoletta, sur l’une d’elle mon commentaire, une réponse, de fil en aiguille on peut lire « j’y serai à moins 10″. Au Luxy, Fanny me rejoint donc pour voir Les Géants, on en ressort ravis d’avoir partagé ce moment avec ce trio, plein de fougue et d’humour, de mouvements et de pauses, de pauses, ah oui les pauses, Marthe Keller, ah oui, plus qu’une pause : un soupir.

Mercredi 2

J’ai peiné, mais j’ai fini, fini d’écrire le journal d’octobre, peiné parce que le temps passe, les jours défilent, sur le carnet il reste parfois des vides ; est-il vraiment nécessaire de les combler ?

Mardi 1er

19h47, la fille en face de moi écoute un Still loving you trop fort, j’entends un grésillement nasillard, chantonne intérieurement pour atteindre l’indice, le titre ; je me demande si elle a vraiment le look pour écouter ça, l’âge aussi, parfois je me pose de drôles de questions. Le métro m’emporte vers un dîner avec Bruno&Vincent, mais depuis le matin il y avait aussi eu Loïc dans son rayon, Laurent pour un café, quelques membres circulaires et guimardiens pour un déjeuner, Nathalie pour un coup de main prochain…

Au coin du BHV je patiente un peu, vite agacé par les grognements aux sonorités germanophones d’un arsouille de trottoir, mais le rendez-vous est ici alors j’attends. On dîne là, presque en face, on résume les sept mois qui viennent de passer, quelques sourires sur le petit écran de Bruno, d’autres sur nos visages mais quelques grimaces de sa part puisque il ne peut pas fumer derrière cette vitre à travers laquelle on voit chacun des têtes connues.

Après les avoir quittés, ma batterie est vide, moi aussi je crois, un peu saoul ; dehors c’est humide, brumeux, ambiance veloutée sur les quais que j’atteins avant le métro Pont Marie. J’aurais sûrement dû attendre d’autres passants, ne pas me contenter de celui-ci ou de ces deux-là, trouver d’autres ambiances, parce que tout ça c’est bâclé ; mais vous avez vu l’heure ?

Octobre 2011

Lundi 31

Que lire ? Le choix se porte. Dans le métro l’esprit s’envole ailleurs et survole un peu, mais la beauté des phrases parfois l’emporte …

Thé, l’après-midi, dans de grandes vérandas, beaucoup de jeunes cousins jouent aux échecs dans les jardins d’hiver, ils parlent un allemand du Nord un peu hautain, distingué sans être raide, parfois entrecoupé de morceaux de français, débris perdus de l’époque de Potsdam, le château Sans-Souci, Frédéric le Grand, l’ami de Voltaire, Fritz der Grosse, ils possèdent sa statuette équestre où il est coiffé de son fameux grand tricorne assorti aux vaisselles et à des groupes de danseuse en porcelaine de Saxe. Madame l’astique elle-même, en personne, tandis que Bornhoeft, après les eaux-de-vie et le cigare, somnole, le visage sous un journal dont les manchettes annoncent les nouvelles du front de l’Ouest, un immense parapluie noir ouvert, posé à côté, pour tamiser la lumière, ça lui faisait moins de mouches.

Ingrid Caven – Jean-Jacques Schuhl

Plus tard, après les ors du feuillage du cimetière, autre époque, autre style, autre lieu clos. L’exercice de l’État n’a pas commencé, je me retourne, un pressentiment peut-être ;  il me regarde fixement. On échange deux ou trois gestes et l’on quitte nos sièges respectifs pour s’embrasser amusés et se promettre de se voir cette fin de semaine. Étonnant comme ce cinéma nous offre des hasards qui conduisent vers un moment ensemble : sera-ce une expo cette fois encore ?
En quittant la salle, je ne le vois pas parmi la foule, un sms pour m’assurer qu’il n’a pas changé de numéro. Je reçois la réponse « Pas mal le film ». Oui très bien même, intelligent, quoi d’autre encore… Tant.

Dimanche 30

Il parle peu, elle parle peu, il conduit, elle attend. Pas le chauffeur, mais son mari qui est en tôle alors que le héros est en caisse, lui. Et tout le monde encaisse. Comment ça je ne suis ni clair ni drôle avec mes devosseries à trois sesterces ?  Bon, le film c’était Drive, et ça change un peu, ah oui, ça, ça change des films français avec lesquels il nous bassine, ah oui ça ça change, c’est du film de mec ça au moins, ah oui ça au moins oui ça c’est sûr.

…De mec avec des goûts assez assurés tout de même, belle photo sur l’écran et joli manteau pour Johann B ; moi j’avais revêtu mes habits du dimanche, vous permettez, la basket jaune et le blouson qui rajeunit… Après le ciné j’ai pris un café, lui il a bu l’thé*, on a parlé… Des impressions, de ces gens que l’on n’ose pas suivre : de cette expo qui nous relie un peu. De sa moitié, de la mienne : de ce qui les relie beaucoup…

* Pardon, mon esprit puéril n’y avait jamais pensé…

Samedi 29

J’ai dans l’idée de partager la splendeur du dernier Ernaux, et donc de l’offrir à Vincent pour ce soir, cette petite soirée en l’honneur de son anniversaire. Le hasard fait joliment les choses, il s’étonne en ouvrant le paquet, il en avait parlé aujourd’hui, suite à un long article dans Le Monde, il voulait la lire, la découvrir. Il sourit ensuite avec l’autre paquet, ce Jean-Philippe Toussaint que, non plus, il n’avait pas lu. Suivirent de jolis moments, de grands rires, des petites folies, des discussions sanguinolentes, des cui cui et des rou rou. La soirée appeaux, c’est la soirée happy.

Vendredi 28

Il reste un peu de temps avant le film, alors Beaubourg m’accueille et sa librairie me tente. Le livre est en soldes, il est en anglais, les habitués s’en douteront, vingt-deux petits euros pour ce FACE – The new photographic portrait, agréable passage en revue plutôt exhaustif (220 pages grand format tout de même) du portrait contemporain.

Et puis au cinéma, devant moi…
– Le gars bizarre : Bonjour, je voudrais une place pour le film, là, heu, l’affiche, avec les deux là, le truc sur le nez*
– Le MK2-boy : The ballad of Genesis and Lady Jaye
– The bad jay….. ??!!?

– zeu ba lade of jé né zisse and lé di djé
– ah ouais c’est sur Génésis ?
– Oui probablement.

Je ris mais pas trop fort, m’approche ensuite, demande « la même chose, probablement », le MK2 boy me sourit, répond de manière complice en haussant les épaules ; le gars bizarre semble être un habitué.

Du film je ressors hésitant, l’histoire est belle, étonnante, incomparable, le film peut-être un peu moins beau, je te dirai le lendemain que la réalisatrice ne fait pas vraiment d’effort, elle se repose sur cette histoire, et après tout… pourquoi pas.  Et pourquoi le lendemain ? Parce que le soir même, la nouba de l’étage inférieur me fait fuir… et tester un nouveau canapé deux stations plus loin. Et puisque que tu m’appelles je chuchote, presque endormi.

* Je vous ai résumé cette phrase, ma mémoire n’a pas retenu les borborygmes…

Jeudi 27

Pffff…

Et vice-versa.

Mercredi 26

Assis au premier rang de la salle de projection, séparés par trois fauteuils, ils nous offrent leur profil, se tournent un peu plus pour un trois-quart face selon l’emplacement du spectateur. De ma place, Thierry de Peretti me tourne plutôt le dos, évidemment je n’ai pas retenu le nom de celle qui lui fait plutôt face et l’interroge, à qui il répond, à qui il explique ce Sleepwalkers qu’il dit foutraque, impur, etc. C’est un fait, il y a des moments de pur régal (le début par exemple) comme d’autres où la parole corsico-corse me gêne, peut-être parce que ces discours manquent de sérénité. Et la sérénité, c’est ce que le fou traque.

Mardi 25

Où l’on parlerait de littérature.

Parce que j’atteins la fin de Les oubliés de Christian Gailly, un titre qui me parle mais auquel je n’avais pas vraiment prêté attention : bientôt la Toussaint, il faudrait que je retourne dans les cimetières…  Bref, le livre… Le style haché en permanence y est un peu pesant, il offre un rythme en désaccord avec le récit, ce joli récit qui a des similitudes (artistes oubliés, accident de voiture, relation amoureuse…) avec Un soir au club, du même auteur, souvenez-vous ; des similitudes avec Échenoz aussi, peu sur l’écriture malgré quelques pirouettes désinvoltes mais sur le récit, encore le récit, Les Grandes Blondes bien sûr, souvenez-vous…

Parce que la radio est un media merveilleux, quand vous rentrez le soir, et qu’en appuyant sur le bouton quelques voix comble le silence d’une solitude – huit jours déjà, huit jours seulement. Annie Ernaux sur France Quelque Chose, Annie Ernaux, sa vie, son oeuvre, ses souvenirs, cette voix qui raconte, là, ce soir, la collation chez sa grand-mère, je souris évidemment, je repense à la mienne, je la revois m’appelant pour cette (même) collation, (est-ce là notre point commune, Annie ?), ine goulée, accent saintongeais de rigueur. À la radio, les accents sont normands, la chroniqueuse est allée là-bas, sur les lieux de l’enfance, le moment est joli, tellement joli, bruit de rues, voix, évocations, nostalgie, on se rappelle le goût du pain, le goût des choses.

Lundi 24

J’ai senti ce vent… passer dans mes cheveux, et j’ai commencé à pleurer. C’était la première fois depuis 3 ans et demi que je sentais le vent dans mes cheveux.

Cette pile de films m’étaient inconnue, pourtant elle ne se cachait pas, mais disons qu’en quelque sorte elle ne payait pas de mine, posée là, presque par terre, sur ce rez-de-chaussée d’étagère squatté par « mes » films depuis juin ; s’y cachait ce film dont on m’avait tant parlé… ou plutôt si brièvement, quelques superlatifs, aucune description, une exclamation ou deux me donnant envie quand je parlais de mon amour pour Valérie Mréjen et qu’on me demandait « Tu as vu Pork and Milk ? ».

J’ai vu Pork and Milk. Exclamations.

Dimanche 23

T’attendre et se parler, même là-bas tu as quelques habitudes parisiennes, comme aujourd’hui avec ton moment partagé avec JCF. Te parler et partir, aller voir du côté du passage Bourgoin mais ne pas voir grand chose car le tournage est de l’autre côté, de l’autre côté du mur. N est un peu plus grand que moi, il a pris la meilleure place, pas grave, le temps qu’A m’éblouisse et je repars, il fait beau, je me laisse aller, imaginez-vous que je rejoins l’hôtel de Ville à pied, avec une hésitation rue Champollion, mais je m’imagine plutôt chez moi pour un film. Chez moi l’hésitation d’un boîtier à l’autre finit par ce Voyage en Italie de Rosselini, c’était plutôt bien vu après le tournage d’A, mais si vous croyez que c’est pour cela que mon choix s’est porté dessus. Non. C’est juste que le film ne fait même pas 90 minutes. Mais tant de belles minutes. Ingrid au musée, Ingrid à Pompéï, Ingrid au volant, Ingrid sur la terrasse ensoleillée, Ingrid, Ingrid, ne pleure pas.


Samedi 22

Il entre brusquement dans la galerie sans dire bonjour, se précipite sur une photo à droite de l’entrée, grommelle un truc que j’ai oublié, se retourne, dit bonjour et puis « C’est une actrice, elle, non ? ». Agathe Gaillard confirme. Je n’ai pas encore vu la photo, je suis allé dans l’autre sens ; c’est Ana Mouglalis au milieu d’autres filles, le photographe est Luc Choquer, la série s’appelle « Les Parisiens« , la série me parle, les touches de rouge se détachent, je me rappelle ce que j’ai écrit l’autre fois sur ce lieu, mais aujourd’hui je n’achète aucune carte postale.

J’ai profité du beau temps pour prendre mon temps, errer dans le centre, des boutiques sans envie, un café en terrasse, marcher jusqu’à Austerlitz, un RER jusqu’à la station suivante, un fauteuil au deuxième rang d’une salle presque pleine pour Metropolis, copie neuve et complétée, ça tombait bien puisque je n’avais jamais vu ce film. Et c’est là que je devrais trouvé quelque chose de concis à écrire pour évoquer cette merveille….

Vendredi 21

Dans la pizzeria ça jacte en italien, la mamma est mammesque et la calzone parfaite. Entre nous ça cause Kyoto et Cotonou, photo et peinture, projets d’expo et projets d’expo, Blois et Nogent. J’attends encore un peu avant d’avouer à Oli que j’ai vu la plus petite toile, ma curiosité et mon amour pour certaines de ses œuvres n’ayant pas fait bon ménage avec son (trop tardif) « surtout tu regardes pas, hein ?« … La toile en question me plait énormément, voilà, c’est dit, le cadrage évidemment, la touche colorée évidemment, la massivité des traits évidemment. Vivement février…

Jeudi 20

Une plume, duvet blanc échappé d’un vêtement, s’envole, éclairée par l’écran. La jeune femme assise au premier rang s’en va ; on l’avait déjà sentie fébrile un peu plus tôt, enfilant son manteau, hésitant probablement à partir en espérant un mieux ou autre chose. La jeune femme a tort, du moins ne sommes-nous pas du même avis, tandis que s’affiche une vaste étendue de campagne. Elle a tort parce que le film n’a pas encore tout donné, il faut attendre, c’est évident, ça se sent, mais pourquoi cherché-je à la convaincre ? Elle est partie, c’est donc à vous que j’ai envie de donner envie d’aller voir ce Hors Satan de Bruno Dumont, rien que pour les plans si les histoires bizarres près de la Mer du Nord vous rebutent, vous savez les plans, ce truc qui vous fiche des gifles parfois au cinéma, mais peut-être qu’il m’en faut peu, ce plan large par exemple qui offre trois histoires en même temps, trois points de vue, je ne sais pas, ça m’a scotché, je ne sais pas, ça a peut-être été fait mille fois par d’autres, sans que je l’aie remarqué, je ne sais pas, en revenant je t’en parle vaguement pour ne pas en dévoiler trop et je te parle d’Ordet de Dreyer mais en parler c’est trop en dire.

Mercredi 19

Du travail pour les uns et les autres, pour moi aussi, et il est bien tard quand je passe à autre chose : la chambre est froide, il est minuit, je glisse pourtant le film dans le portable qui chauffera localement la couette. La voix de Mireille Perrier me berce, les mots prononcés par elle et les autres acteurs m’emportent, superbes dialogues pour un si beau J’entends plus la guitare dont je ne découvrirai l’intégralité que quelques jours plus tard — elle me berce, vous dis-je.

– Pourquoi tu ferais pas un tableau de moi ?
– Trop réelle.
– Moi ? Mais comment est-ce qu’on peut être trop réel ? On est réel ou pas, c’est tout.

Mardi 18

Il l’embrasse sur les deux joues en descendant du métro, pourtant elle le regardait langoureusement. J’imagine que le couple est illégitime pourtant elle lui avait caressé la joue sans s’inquiéter des autres autour. Elle reste alors seule avec sa valise, moins lourde que la tienne mais peut-être tout autant chargée de tristesse. Tu repars là-bas, rendez-vous dans exactement deux mois, malgré tout je souris un peu :

Abashiri est une ville où il y a statistiquement beaucoup plus de chances de se faire couper les cheveux que de se rendre au restaurant. J’y ai compté treize coiffeurs durant le (petit) tour à pied du (petit) centre-ville quasi-désert. (…) Treize salons de coiffures, oui, mais tous fermés — et un seul restaurant, mais ouvert, quoique désert — près du petit port qui ouvre sur le gris bleu de la mer d’Okhotsk avec tout au loin, invisible, la Sibérie. Une vieille dame exceptionnellement peu souriante — car certains clichés correspondent à une indéniable réalité : oui, on sourit beaucoup au Japon — nous y servit un grand bol de soupe aux saveurs marine.

Christian Garcin – Carnet japonais

Lundi 17

Nous avions rendez-vous avec T pour un thé au bar du Luté’, c’était assez simple puisque c’était au bout de la rue de Babylone où nous avions déjeuné dans une ambiance d’île de Ré avant d’aller à la Pagode, salle de cinéma depuis 1931 qu’on pourrait qualifier de mythique, mais jusqu’à ce jour j’avais ignoré le mythe de ce bâtiment asiatisant de 1895. Nous étions allés y voir un film muet, ça tombait plutôt bien, The Artist, mais c’était plutôt pas bien.

Nous n’étions pas encore assis dans les fauteuils Art déco que T nous dit « je crois que c’est M. A. qui vient de rentrer ». C’était une jolie coïncidence, qui serait suivie d’un sentiment plus fort que la simple petite surprise, puis par l’envie de dévaliser les rayons de La Grande Épicerie. Il s’agissait de se faire plaisir : demain tu partirais, les plus perspicaces comprendront que c’est la raison pour laquelle je ne travaillais pas. Mais reste donc encore un peu, par exemple là, sous la couette, devant Les hommes préfèrent les blondes.

Dimanche 16

À l’horizon on voit du rose, comme les couchers de soleil qui annoncent de beaux lendemains. Le ciel me pousse de Jourdain à Austerlitz, Jourdain où j’ai glissé (mon bulletin dans l’urne), Austerlitz où j’ai glissé (ma main sur la tienne). On se parle de nos dernières heures le temps du trajet ; à Montreuil le code a changé. Tout change, tout se dégrade diraient les plus pessimistes. Tout se dégrade, même les couleurs au plafond, et les voix, les voix oui aussi, et vous n’imaginez pas comme c’est beau, les dégradés de voix.

Samedi 15

Avant de partir je cherche un autre genre de lecture : la troisième nouvelle du recueil ne me tente guère, malgré tout le bien que je pourrais dire des deux premières. Je retrouve dans l’étagère un Christian Garcin , Carnet Japonais, laissé par JLM alors que j’étais plongé dans je ne sais quel ouvrage. Dès les premières pages je suis séduit par le ton sérieusement souriant de ces chroniques, mais il est déjà temps de descendre du RER, me voici à Austerlitz, à pied je rejoins la rue Keller pour quelques airs lyriques joliment et joyeusement interprétés sur le trottoir ; c’est fête dans le quartier. Je repars avec le plaisir d’être venu, olives et pot à la pistache, pour à peine plus tard retrouver Nathalie et l’accompagner au salon de la revue (le magazine, pas le spectacle avec des filles nues) et dîner au Bûcheron, le Bûcheron encore, encore et toujours, on y revient toujours pour la carte et le service, le vin et l’image qu’il nous rappelle, Cassandre, mais oui Cassandre…

Vendredi 14

Le vendredi commence par la vision d’un citronnier dans le RER, dans un pot et le RER dirais-je même, alors qu’à ma droite équations et intégrales me rappellent des souvenirs bien lointains et m’évoquent un langage incompréhensible. Il se termine face à un demi-ring, scène choisie pour cette représentation de « Zouc par Zouc » où l’on le lassa malheureusement de la corde à sauter.  Il faudra lire le texte en d’autres lieux pour être touchés ?

Jeudi 13

Lognes. Tests pour intégrer la préparation au concours d’attaché. 1014 candidats rêvant d’un 10/20. Moi et 1013 autres alignés pendant 3* heures dans 5 ou 6 salles. Devant ma petite table j’ai le sentiment d’être plongé des années en arrière, dans trois heures le coin sera plié, en attendant je dois lire et relire, écrire, analyser, réfléchir, comprendre, savoir, me concentrer, me concentrer, arrêter de penser que je dois me concentrer, merde, me concentrer, évidemment c’est plus facile d’écrire son journal que d’expliquer la notion de territoire vécu, surtout quand l’horrible adverbe « adéquatement » vient brusquer ma concentration, grrrr se concentrer, se concentrer… zeeeeen…

* Ou plutôt 2 et demi parce qu’au bout de 2 et demi la troisième partie et ses questions pour un champion sont apparues… Pan, dans la tête à Jean**…

** Avec cette ambiance de partiels me reviennent à l’esprit les phrases fétiches de deuxième année de fac***.

*** Au secours.

Mercredi 12

On avait vu Fanny un court moment, le temps d’un verre ou deux, puisque les verres à vin sont petits, et bien vite elle avait été remplacée par Catherine K, inquiète des températures pour cause de courte longueur de jupe ; était-ce une robe ? Vinrent ensuite M&C, puis Fabien, on parla des primaires, pour certains ce n’était pas un sujet secondaire, moins que le secteur tertiaire à l’ère du quaternaire ?

Hum… pardon…

Mardi 11

Le Méliès, c’était autrefois, une autre vie ; ma première adresse francilienne était à deux pas, des prénoms entiers s’alignaient sur ce journal, les phrases s’y suivaient sans intérêt, les films sur grand écran allaient de Spiderman à Catherine Breillat, ah oui, jusqu’à Breillat, clap de fin sur Amira et Rocco, mais bref… ce soir c’était Naomi sur l’écran, Naomi Kawase que tu avais retrouvée pour une masterclass, on peut dire que vos agendas s’étaient joliment croisés. Je te rejoins devant la salle 2, Pascale sera là aussi et les prénoms entiers reviennent. Salle 2 donc, Hi Wa Katabuki puis Memory of the Wind. Le premier, troisième film d’une trilogie hommage à sa grand-mère me laisse indifférent et m’offre un peu de repos, le temps par exemple d’un plan sur quelques tomates. Le second, humaniste et généreux, où les inconnus se succèdent et les petits présents passent de mains en mains, une idée simple pour un moment superbe, couvert dans sa première moitié d’une voix qui… qui quoi déjà ?

Lundi 10

Au mur pendaient déjà d’innombrables petits animaux transformés en pierres froides, ayant accompli ce processus, qui bruissaient à la moindre brise comme des feuilles sur un arbre sec.

Le Ramier Kenzaburō Ōe

Dimanche 9

Sur l’interphone moderne je cherche un nom ; ne s’y affichent que des codes. Je l’appelle. « Je descends vous ouvrir ! ».
Il descend surtout nous parler de la façade, des derniers éléments restaurés, du pas de porte qui a laissé ses traces, de la signature de Bigot, là, en bas, des paillassons trapézoïdaux du rez-de-chaussée, des vitraux qui se brisent, des hauteurs d’appartement, des briques de verre, de tous ces petits détails qui font la magie du Castel B. À l’intérieur, nous partageons l’intimité de ces pièces (chambre, salon, etc.) et de ses pièces (lustre, verres, etc.), jolis souvenirs, jolis détails encore une fois entre triangles modernistes et moulures néo-gothiques*. « Vous ne faites pas de photo ? », me demande-t-elle. Non, pas de photo, je rechigne sur la lumière un peu triste, je doute de réussir à capter quelque chose et j’ai surtout envie de garder ce moment comme ça, allez comprendre…

Pas de photo non plus, plus tard, plus loin, tandis que l’archer glisse sur les sept cordes de la viole. Le visage sculpté regarde un peu ailleurs, les oreilles invitées écoutent vraiment, un œil sur le lustre qu’on verrait bien chez soi.

* ou néo-quelque chose…

Samedi 8

Puisque Munch était assailli, nous avions opté pour un autre art, contemporain et accessible gratuitement, et d’une galerie à l’autre nous allions. Soudain, les voilà qui franchissent un seuil pour retrouver le trottoir, et nous nous exclamons, nous qui passons dans la rue, surpris et heureux de les voir dans ce joli hasard, le lendemain de notre dîner commun. Dans un bar alors nous allons, qui un blanc, qui un chocolat, parler de ce qu’on a vu et de ce qu’on ira voir, de ce qu’on a aimé et de ce qu’on oubliera, à supposer qu’on n’oublie pas ce qu’on aime*.
Plus tard, après quelques Gailly achetés, fauteuils rouges pour Un été brûlant de Philippe Garrel, qui nous aura laissé plutôt froids, en dehors de la dernière scène superbe dialogue pré-mortem.

Arts plastiques, littérature, cinéma… il fallait finir en musique, non ? Oui, et finir avec un deuxième joli hasard, Barbara C. sur France M.

* Revenez quand j’aurais fouillé dans mes souvenirs et mon sac, je citerai quelques noms.

Vendredi 7

J’aurais évidemment dû parler de ce que j’ai vu, dans les allées où j’ai vaguement erré. Errance, erreur, ersatz, une exception ou deux ne suffisent pas et je préfère aller partager un autre art, culinaire celui-ci, avec quelques amis, artistes justement, ou pas, mais qu’importe.

Jeudi 6

Bien sûr à la MEP nous nous rendîmes, moi abonné, toi une dîme. Là-bas, heureusement Klein + Rome, et ça m’inspire… on va à là-bas en 2012 ? Deux choux, un tour aux Mots à la Bouche où Gailly rejoint König au fond du sac, puis l’espace 315 pour Cyprien Gaillard et ses jolies ruines de polaroïds, mais ce n’est pas tout, puisque l’on va là-bas on y trouve quelques gâteaux et on y retrouve Karen. Au retour de ce joli périple, ligne 7, une annonce me sort de ma torpeur et je pose mon regard sur elle, assise en face de toi. Trop bronzée, coiffure caniche aux couleurs improbables, faux Vuitton et  jean à paillettes, elle n’aime visiblement pas cette cinquantaine qui la caractérise dorénavant ni ce trentenaire qui la regarde.

Mercredi 5

Puisque tu es là je reste, avec toi, mais pas forcément ici, donc nous partons, pas si loin, tu veux retrouver Paris, tu me dis que tu veux lire le journal en buvant un café dans un bistro, plaisir français. Le temps ne presse pas, ni le temps ni les gens, et c’est à midi trente qu’on prend ce café et nos aises, sur une table à la Mouff, avec le visage toujours assez figé de la femme derrière le comptoir. Libé, Le Monde, Le 13 du mois, et caetera. Puis l’on marche, après ce moment parisien on cherche une influence asiatique, à savoir un rice-cooker, cet objet qui était autrefois posé quasi quotidiennement sur le coin de la table en formica jaune, mais c’était autrefois, autre lieu.

Autre temps, autres mœurs, 1899, une maison close qui donne son nom au film, l’Appolonide, 24, rue Richelieu. Riches, lieu, la rue me temps une perche, je vous laisse le jeu de mots, ici ce sont d’autres jeux, de mains et de vilains, des jeux qui finissent parfois mal, en rire affreux, oxymore. Au delà des jeux, le film est beau et délicat, huis presque clos au décor affriolant, jolie galerie de personnages, plaisir, plaisir, qu’il est bon de se laisser aller dans de tels divans.

Mardi 4

Enfin !

Lundi 3

Si l’absurdité est un manque d’habitude, alors c’était presque absurde d’être là, un jour de travail, serviette et maillot sous le soleil, un jour d’octobre entre midi et treize heures. Mais ce n’était rien à côté de ce qui éclaira l’écran le soir même. J’avais rejoint J et N pour une fée, La Fée, le film, film à effets, effectivement, fée fans fapeau pointu ni baguette, film qui s’effafera peut-être de nos efprits malgré les quelques rires surgis ici ou là.

Dimanche 2

Il sort un yaourt d’un vague sac en plastique, ôte l’opercule et le jette par terre. Quand il descend du train deux stations plus tard, le pot a rejoint le sol, je regarde ce porc descendre l’escalier avec un sentiment d’impuissance et d’exaspération.
Il est tard, les blabla du magazine ne m’intéressent pas, les mots dans les livres n’attrapent pas mon regard, je sors mon carnet, puis le plan de Paris, me demande quel trajet prendre pour gagner quelques minutes un dimanche à une heure si tardive mais il y a peu d’espoir. Station Bibliothèque, les espoirs sont envolés, il faut attendre encore, je me demande pourquoi on limite les bancs, les chaises, les banquettes, les appuie-tête, les repose-cuisses et les supports à fesses en m’asseyant à même le sol. Je reprends le livre mais dans mon champ de vision le garçon bouge trop, et un peu plus loin sa mère parle trop fort. J’aimerais être chez moi, au calme, me poser un peu et puis quoi… trouver une chute au paragraphe.

Samedi 1er

Finalement c’est à deux pas Aubervilliers, deux stations depuis Gare du Nord, et Gare du Nord c’était plutôt pratique, une simple petite promenade depuis chez F. Avec F on avait parlé photos, les miennes, ces dos, ces cadrages, ces profondeurs de champ, et puis ces correspondances dans ce livre que j’avais montré satisfait et enclin à en faire un encore mieux.

Avant chez F il y avait eu la F, pour te trouver quelques cadeaux, ce joli coffret et ces deux livres évidemment, Murakami : comment passer outre ? Après chez F, sur le chemin, le Café Moustache me tire un sourire, leur extrait quelques regards : j’ai le look local, non ?

A Aubervilliers on a parlé de tout de rien, du boulot évidemment, le mien, puisque les deux garçons en sont partis mais les filles n’ont pas forcément envie qu’on en parle, nous non plus d’ailleurs alors on passe vite à autre chose, tout et rien.

Au retour, un des derniers métros me ramène, je lis vaguement le Faste des morts, de Kenzaburô Oé. Le groupe de jeunes vient s’asseoir, me demande ce que je lis, « et ça parle de quoi ? » alors plus tard quand l’un d’eux me parle, un autre lui glisse « Attention il va te couper en morceaux » mais je les ignore presque entièrement, je mime sans difficultés quelques signes de fatigue avant de fermer le livre et les yeux. Aubervilliers c’est à deux pas, mais pour retourner à Ivry il reste de fichues enjambées.

Septembre 2011

Vendredi 30

Soudain je déteste un peu Paris. Le trop beau temps à Paris, au bout de quelques jours, ça pue. Aujourd’hui, ça pue l’échappement et je ne sais quels gaz, tandis qu’un léger mal de tête piquant, mesquin et typique insiste. Entre Négatif+ et la rue Beaubourg où ma coiffeuse m’attend à 19h30, je prends le temps de marcher mais ça pue, j’ai chaud, j’ai soif, je n’ai pas de monnaie, je pense au Japon qu’on voit sur mon livre de photos enfin récupéré, parce que là-bas j’aurais déjà glissé 120 yens dans un distributeur posé en plein soleil pour acheter un rafraîchissement, mais de toute façon je n’ai pas de monnaie.

Et puis j’ai un peu d’avance, donc un peu de temps pour de la monnaie, une bouteille à 80 centimes et une boîte de gâteaux salés à 1 euro sur les marches d’un escalier. « J’ai le temps de fumer une cigarette ? » me demande S, parce que vous comprenez ma coiffeuse elle a un prénom et ainsi on a le temps de feuilleter ensemble le livre de photos. Ce n’est qu’après la coupe et pendant le shampooing qu’elle m’annonce son prochain départ. Pour où ? On ne sait pas, on se reverra avant, les cheveux ça pousse n’est-ce-pas. « Je ne donne pas mon numéro à tout le monde », me glisse-t-elle à l’oreille le temps d’une dernière retouche. Tranquillement et plus léger je peux retrouver la maison et le livre évoqué hier que, sans vergogne ni pensée pour les problèmes de sécheresse, je commence égoïstement dans un bain chaud.

« Le fantastique des romantiques nous parait très puéril. Leurs personnages ne sont pas assez humains (…). Le diable n’est pas terrifiant sur la lande de Siboro, au milieu des sorcières, mais il peut l’être en apparaissant dans un petit cabaret de la zone, dont le patron, par exemple, fait des réparations de bicyclettes. »
Pierre Mac Orlan, « Le Fantastique » in Le Fantastique Social, op. cit., p. 63

Jeudi 29

JLM avait « oublié » PMO sur le bureau en insistant sur les guillemets ; il a de drôles de façon de faire des cadeaux, JLM, ils les laissent sur les tables sans rien dire. En rentrant du bureau, après avoir signalé un fou et leur chemin à deux Italiens se sentant un peu perdus au propre et au figuré, ce livre sur les Écrits sur le photographie de Pierre Mac Orlan était toujours sur le bureau. Les guillemets avaient fondu au soleil et un paquet marqué de ton nom en majuscules était là lui aussi. Tu avais ton nouveau cadeau mais je n’avais pas le mien, les soucis de transports ayant laissé le livre de photos à la boutique. Alors à la place des guillemets et des gens de là-bas, je retrouvais les virgules épicées du Thaï Royal et les points d’exclamation de Nath.

Mercredi 28

Il y a des jours qui ressemblent à des nuits, parce que l’on passe du cauchemar au rêve.

Le cauchemar, je l’ai lu dans la matinée dans Hiroshima, fleurs d’été, recueil de trois textes de Takimi Hara, quittant vite le premier texte à l’eau de rose pour me faner à la lecture du deuxième qui décrivait tout l’horreur des heures suivant la bombe. Quelques pages ont suffi, j’ai remisé le bouquet.

Le rêve, j’ai envie d’en dire plus, de ces 50 minutes qui ne disent rien. Sous l’absence de paroles, voire de mouvement ou quasiment, je pourrais décrire le flot de plénitude qui passe, tous ces plans qui sont autant d’images solaires, cette femme qui n’est peut-être pas là et soudain la musique me donne envie de revoir Blade Runner. À la sortie, nous n’avons pas les mots, comme K.O. ; O.D. et la fille aux lèvres rouges fument la même cigarette silencieusement, il en allume une deuxième et s’étonne peu après de ce geste machinal. Avec C et cette jeune fille dont je suis pas sûr d’avoir bien retenu le prénom on évoque plp, et je salue Romain Kronenberg sans penser à lui dire le bien que je viens de penser de son Down down down down et puis voilà, la traversée de Paris m’attend. Dans le métro, le profil ressemble à celui de Claude Cahun, et je le fixe pour m’en assurer, mais le regard de son reflet flou semble aller dans ma direction.

Mardi 27

« Cet été j’ai vu des pieds pas plats, ça m’a scotchée ».

…C’est une phrase pas comme les autres au milieu d’une journée de travail, une journée qui finit tard mais le hasard d’un planning fait bien les choses. À l’arrêt du bus, je suis au téléphone, elle s’approche et elle l’est aussi, au téléphone ; on se salue de la main. On clôt nos conversations successivement et l’on se retrouve à parler évidemment de nos boulots respectifs, le reste ne s’immisce quasiment pas dans la conversation tellement ce sujet nous permet d’être positifs. Le doigt de sa soeur, coupé, aux urgences, ne revient même pas sur le tapis avant notre au revoir, et j’ignorerai tout de la gravité de l’incident, des causes et des conséquences sur sa vie professionnelle à elle, sa soeur. Et son cousin au fait ? Tant pis… trop tard.

Lundi 26

La Métamorphose est finie, la bête est morte, et même les travaux ne la réveilleront pas. Ils défoncent la façade au marteau piqueur, vous imaginez ? Poussière, bruit, tremblement, l’ambiance n’est pas optimale pour travailler, et le bruit circule donc dans les services qu’il ne fait pas bon être chez nous : encore une rumeur qu’on… cloporte ?

Dimanche 25

Dans le parc, à ma gauche, le garçon blond est allongé en short, torse nu, des écouteurs sur les oreilles, c’est encore l’été, tout le monde le dit, je n’invente rien. Je lis Des histoires vraies de Sophie Calle, joli livre dont un autre exemplaire partira au sud comme une évidence même si l’évidence date d’hier, de ce moment où le livre m’est apparu dans les rayonnages, en souvenir de ce moment partagé dans la friche du Palais. Ce dimanche méritait un moment d’apaisement au milieu de questions joaillères… il n’y avait donc qu’un pas pour dire que le livre était un bijou.

Samedi 24

Après un oeil et quelques arrosoirs sur la terrasse, JLM et moi partons au milieu du beau temps retrouver Claude Cahun, qui quittera bientôt l’affiche, et sa compagne, absente du titre de l’exposition mais tellement importante, tellement indispensable, Marcel* Moore. L’une et l’autre, l’une avec l’autre, de leur vrai nom Lucie Schwob et Suzanne Malherbe, nous accompagnent pendant cette fin de matinée, par leurs photos, leurs écrits, les lettres qu’elles ont reçues**, leurs pensées et leurs actes, actes de bravoure durant la guerre sur l’île de Jersey qui n’était pas plus tranquille qu’ailleurs et où résonnait donc des bruits de bottes.

C’est ensuite la voix de W qui résonne au coin de la rue des Petits Champs, W qui nous rejoint à cette petite table de bistro pour un café — notre salade est finie — avant de nous emmener chez J P Hévin pour quelques délices chocolatés. Toujours au milieu du beau temps, on repartira.

* non je n’ai pas fait de faute.

** Je citerai cet extrait d’une lettre de Desnos :

Je travaille comme un forçat, je dors comme un loir, je bois comme un trou, je mange comme un porc et je vous souhaite tout de même sauf le travail.

Vendredi 23

JLM m’a devancé, il m’attend devant le 106 de la rue Lafayette, les clichés sont prêts, encore des tirages, d’autres essais, d’autres bonheurs déballés sur la table d’un bistro à côté, place Franz Liszt et je m’émerveille de certains résultats. Je m’émerveille aussi plus tard d’un autre résultat, celui de Gus Van Sant avec son dernier film, ce Restless, qu’on était parti voir sans rien savoir, ne dites rien, chut, allons-y. Les minutes passent, les mots, les idées, les adjectifs me viennent à l’esprit, j’ai envie de sortir mon carnet de mon sac, discrètement, dans la pénombre d’écrire ces mots, ces idées, ces adjectifs : vaporeux, velours, plume.

En écrivant ces lignes il me vient une phrase à l’esprit :
Restless est un film qui donnerait envie de mourir à 18 ans.

C’est horrible. La phrase est collée, là, dans ma tête, je ne peux pas m’en défaire. Tant pis. Je l’écris malgré toute l’horreur qu’elle cache et dévoile. Demain, au petit matin, ou plus tard encore, en la relisant, je l’effacerai.

Jeudi 22

Ce n’allait pas forcément être une bonne idée de lui rendre service, je le saurais vraiment deux jours plus tard, mais optimiste (naïf ?) j’avais dit OK. Alors on s’est retrouvés aux Combustibles. On a pris une assiette de charcuterie et le temps de parler un peu, D était là aussi ; qui s’assemble se suit. En repartant on a remarqué les tenues vestimentaires des clients du lieu, on avait l’air un peu à côté, à côté de la plaque ou du look, allez savoir… Moi je venais de récupérer un sac « Espace créateur » cartonné noir, lettres rose fuchsia, ça allait bien avec ma veste et mon foulard, trop bien, peut-être trop bien… Eh ! Regardez ! Moi aussi je suis piercé !

Mercredi 21

Ce n’est pas au café La Place que l’on s’est assis avec M pour raconter un peu tout ça, tout ça mais surtout Ivry, c’est à ce café un peu plus loin sur l’avenue, un peu son QG apparemment et une anisette pour moi. M aussi comme Métamorphose, fini Echenoz bonjour Kafka.

Mardi 20

J’ai retrouvé JLM au Bûcheron, serveuse souriante et raviolis aux épinards sauce noix – gorgonzola. Il était tard puisque l’heure de dîner, j’avais essayé d’écrire le temps du transport, j’avais essayé d’écrire de l’autre côté du carnet alors que sur la page du jour j’avais déjà griffonné quelques mots entendus le matin…

J’ai lavé mes cheveux hier soir. T’as vu ils sont… mystiques.

…j’avais essayé d’écrire tandis que devant moi une femme s’était déchaussée en disant au téléphone « Je suis à St Mandé » et c’était vrai, bref j’avais essayé d’écrire quelques mots sur tes images, je les avais tant regardées que je les avais bien à l’esprit, mais moi, tu sais je ne sais pas raconter des histoires, je regarde et je vois, je répète, recopie, décris, m’éloigne tellement peu et si rarement des faits, alors je m’étais limité à me rappeler la couleur – verte – et m’étonner de ces deux coussins et leur symbolique éventuelle.

Après le Bûcheron on a marché un peu, comme ça, pourquoi pas, il faisait doux, j’avais envie de profiter de Paris malgré ma fatigue ; il était tard puisque l’heure du dîner était largement passée, on avait partagé deux profiteroles. C’est devant le bâtiment de Zaha Hadid que j’ai sorti mon appareil photo, il le fallait, la construction était plus belle à mes yeux qu’en plein jour.

Lundi 19

Mais tout ne va quand même pas si mal sur tous les fronts. Un samedi, plus souriante à son sujet, la presse sportive annonce : nouvelle épreuve, demain, pour Émile. Mais il ne s’agit que de son mariage avec Dana prévu pour le jour suivant. Et par un beau dimanche d’automne, dans son bel uniforme tout neuf de capitaine, il épouse en effet la fille du colonel, future championne olympique du javelot. C’est donc sous une double haie de ces armes que le cortège nuptial, provoquant d’énormes rassemblements, embouteille longuement les rues de Prague. Prague où, à part ça, tout le monde crève de peur.

Depuis vendredi j’ai troqué Bataille pour Echenoz, Ma mère pour Courir. Et je ne m’en porte pas plus mal.

Dimanche 18

Devant la bouche d’Ineto Sata, la main tient une cigarette. La fumée dense masque une partie du visage. L’image est superbe, je reste un long moment devant.

Autour du visage de François Mitterrand, le noir domine. Rideaux ou veste, les zones sombres offrent au spectateur le reflet du visage de Burroughs ou d’un cycliste au visage boueux qui vient de souffrir d’un Paris-Roubaix. Le tout est amusant, j’esquisse un croquis pour me le rappeler.
Cette visite à la MEP commence donc par cela, les beaux portraits de Xavier Lambours ; d’ailleurs petit à petit les portraits des autres sont des évidences, des modèles, des envies, et je sais que cela viendra pour moi. Mais à la MEP il n’y a pas que Lambours, il y a aussi les images colorées au propre ou au figuré de de l’air, bouffée d’air frais avant la suite. La suite c’est la triste face de notre planète sous l’oeil humaniste de J.E. Atwood (aveugles, victimes de bombes antipersonnel, malade du SIDA à l’époque où on les ignorait, femmes en prison) et des photographes de guerre. De la MEP je ressors donc, heu… comment dire… touché ?

Et puis il y a Nogent, un hot dog sur un banc d’abord et puis Nogent, de là-bas on retiendra la scène cocasse du parapluie qui protège la caméra. Et puis il y a A chez qui j’avais oublié foulard et gilet deux jours plus tôt. Et puis cet homme de soixante-dix ans peut-être, costume gris, gilet aux discrets motifs moutarde, cravate assortie, et chaussures aérées avec logo du Club Med. Et puis cette inscription sur un boubou : » La sainte cas impossible et désespérés ». Les pays sont d’impossibles ensembles avais-je lu le matin à la MEP ; je confirme. Et les vies aussi.

Samedi 17

Nous étions juste partis au hasard. Arrivés devant Beaubourg… Tiens pourquoi pas, mais oui bien sûr, l’expo ! Paris Bombay Delhi nous tendait les bras, nombreux chez certains divinités cela dit en passant… Une expo agréable, intelligente, claire, colorée (et assortie au pull de JLM*), avec de très belles pièces… je n’en demande pas plus. Des clichés peut-être un peu, non ?

Et puis un tour dans l’expo permanente du musée, joli moment où Rothko, Pollock ou De Staël se suivent et m’émeuvent.

La prochaine fois je vous parlerai des tuyaux d’aspirateur du BHV et du saucisson lyonnais des Halles 1900.

* Ah ben oui JLM est arrivé.

Vendredi 16

Soudain j’entends qu’on crie mon prénom, je pense que c’est un hasard mais je me retourne quand même. C’est un hasard, mais pas celui d’un prénom, celui de voir le visage de F par la baie, le visage de C passé par la porte… Je suis là pour quelques clichés, je les fais, et puis je reviens, je découvre pourquoi elles sont là, parce que là c’est chez A ; M est là aussi. On m’attend à Montreuil mais je reste un peu, forcément, plaisir de se revoir et de raconter.

À Montreuil j’arrive forcément en retard, d’autant qu’un hasard n’arrivant jamais seul, L était là, à la sortie du RER, jolie occasion de s’embrasser, de s’inquiéter de leur emploi du temps le long d’un chemin en commun, de se dire à bientôt, quand tu seras de retour sur notre territoire.

À Montreuil j’arrive enfin, on m’attend pour déboucher les bouteilles, et je n’imaginais pas – et je ne suis pas le seul – qu’on m’attendait pour découvrir l’existence de ces deux chaises, là, bien sages dans leur coin, bien sages malgré leur histoire.

De Montreuil je repars aussi trop tard, le métro vient de partir quand j’atteins les marches de Bérault… Alors je roule.

Jeudi 15

Hasards. J dans le RER où l’on pourrait à nouveau évoquer notre soirée pizza – Les Prédateurs, puis, au Crédac où j’imaginais bien voir un ou deux visages connus : je vois évidemment H qui simplement m’embrasse, moins évidemment B qui m’interroge « alors le Japon ? », encore plus étonnamment J qui tombe plutôt bien et enfin quelle surprise L qui me confirme qu’elle est à dorénavant à Paris. À chacune je précise qu’on m’attend, et en effet F&F sont là à côté d’un avion à réaction en tôle. Les pièces et installations n’ont pas beaucoup de chance, on a autant envie de voir ce qu’il y a autour, le lieu, la vue déjà bien sombre par les fenêtres… Mais le film de blanc vêtu sauve la mise et balaie le peu d’émotion que me procure tout ça.

Allez, et puis c’est pas tout ça, si on allait dîner ? Au Libanais on atterrit – champ lexical bien chois pour rappeler l’avion évoqué ? – pour un vin coriace, une assiette bien garnie et pour quelques frites en bout de table. « Viens, goûte mes frites » chantait-on il y a 15 ans. Quinze ans ? On n’y croit pas mais il y a de la mayonnaise donc tout va bien.

Mercredi 14

Elle vaque et vient, passe d’un ami à l’autre pour les déjeuners, demain ce sera P, aujourd’hui c’est moi, c’est bien, c’est si bien de se voir vraiment, pas autour d’une grande tablée, pas sur une terrasse où l’on rit à côté, non rien que nous pour un tête à tête où l’on parle presque uniquement de l’essentiel – argent, amour, travail, famille, amis, choix de la pizza.

Mardi 13

Il fait un geste qui veut dire fermé, les deux mains vaguement croisées. Le frigo est vide, mes forces presque autant, je me rabats sur ce vendeur de kebab, la fontaine à frites, ça fait rêver n’est-ce-pas ? Attablée à l’extérieur, la femme me le conseille — « il est meilleur que l’autre en face » — je lui réponds quelques mots pleins de confiance, nous sourions, le vendeur n’a pas besoin d’articuler je devine les « salade tomate oignon sauce blanche » qu’il marmonne sous les décibels de l’écran de télé, y a du foot là-bas, et je repars en saluant la femme, en me disant « encore des frites… », et en souriant à l’idée de regarder Mon voisin Totoro une fois les doigts dégraissés.

Lundi 12

C’est la rentrée depuis une semaine et Sylvain et sa décadence sont de retour dans le RER. Mais bref… plus tard, sur l’écran du Reflet Médicis, Jean-Pierre Léaud fait son Jean-Pierre Léaud, espiègle, adorable, merveilleux dans ce « Le départ » de Skolimowski, film de 1965, film vibrant et filant comme une silhouette Porsche, film pour lequel j’ai parfois eu du mal à suivre le rythme, vous savez, je ne vous fais pas un dessin, je ne sais pas dessiner les yeux fermés.

Dimanche 11

Une journée pas comme les autres puisque ton anniversaire se fait à distance. Le jour passe, ce fichu dossier à compléter surtout, l’apéro ensuite avec miss F, et puis le statut facebook de L.M. et je me dis alors que tiens, oui, je vais écouter Mozart en repassant. Il est pourtant déjà minuit, ce n’est plus l’heure pour les taches, qu’elles soient ménagères ou pas. Alors la 39ème pendant quelques morceaux de tissu, mais au deuxième mouvement je passé à la 40ème. Rugissant, je me brûle. Tiens, passons au requiem : lacrimosa.

Samedi 10

« – Allo ?

– Oui ?
– Ouh la la Arnaud je suis en retard ça va pas du tout j’ai merdé et puis je suis pas maquillée et j’ai la même robe qu’hier soir !
– Ah d’accord t’as dormi chez qui ? »
A peine plus tard ,elle n’est pas tant en retard que ça, la voilà au bout de la rue, élégante, à peine froissée, aussi rayonnante et malicieuse qu’Audrey Hepburn dans ces délicieuses Vacances romaines que nous nous apprêtons à voir en ce début d’après-midi ensoleillé.

A peine sortis, nous remédions à l’absence de maquillage au milieu des mascaras avant de nous poser dans ce bar, notre bar, notre carrefour, là où passent les gaz d’échappement, le touriste standard, les Marie-Christine B et la foule locale embarrassée de sacs cartonnés aux teintes céladon ou vieux roses, lettrages dorés, etc.

Et quand vient le soir, pour qu’un ciel flamboie… heu non c’est pas ça. Et quand vient le soir c’est encore festif…

Vendredi 9

« – Il a une tête à s’appeler Brice.
– Et si c’est c’est pas Brice ?
– Mathieu. »

La fille est sûre d’elle, je me marre en attendant le métro après cette invitation, cette pendaison, cette fête comme comme toutes les fêtes où les lieux deviennent exigus à mesure que l’on s’y mêle, où les regards s’aiguisent sous les lumières variables et les paroles se grisent d’un nouveau lieu ; là nous sommes sous les toits, alors dans les paroles on allusionne la chaleur d’une saison avant d’affectionner celle figurée du lieu ; là nous sommes chez un Corse alors on s’enthousiasme pour le saucisson et l’on s’interroge sur le vin. Et puis voilà que je dégaine mon appareil photo, je joue avec le hasard, les lumières, la chance, avec mon œil aussi, avec ces sourires qui acceptent… Photos floues ou pas, belles ou pas, je me régale de ces instants, ces souvenirs, ces ponts entre moi et ces autres dont j’ignorais tout jusqu’alors. La photo est, dans ces moments, un merveilleux partage glissé entre deux instantanés égoïstes.


Jeudi 8

Méfiant, bien vu, je ne sais pas pourquoi je suis souvent en retard quand je vais chez L, le boulot qui déborde, l’optimisme qui s’emballe, les transports qui s’emmêlent… Méfiant, L avait réservé pour 21 h dans ce resto thaï devenu notre cantine, en tout cas notre inévitable lieu de mise au point sur nos vies, nos envies, nos vacances… J’ai pris du canard au basilic, fichtrement épicé, ça m’a rappelé des souvenirs de là-bas, ce resto coréen à Osaka, mais Osaka c’était pire, bien pire…

Mercredi 7

Son visage a subi des brûlures il y a quelques années. Elle en masque une partie sous de larges lunettes de soleil et une casquette tout aussi sombre. Il est tard pour un départ de Nogent, 20h45, j’étais au vernissage de la MaBA, une très bonne raison pour un tel horaire avec un verre de rouge et un gros bout de fromage en bout de course. Sur les murs, le très intéressant travail du graphiste Frédéric Teschner, mais aussi au sol, en piles, généreusement, offrant au visiteur une part de l’exposition de manière amusante, jolie, intelligente… 21h51, je relève les yeux, la femme au visage entre parenthèses a été remplacée par une bourgeasse qui ne sait pas tenir ses sacs : son vernis à ongle n’est pas sec. Le passage d’une femme à l’autre est terrible, grand écart, car miss Vernis n’est qu’apparence, elle prend des poses idiotes, des moues idiotes, et me fait écrire dans mon carnet des phrases presque idiotes.


Mardi 6

Un jour comme un autre, avec un nouveau livre entre les mains, les hésitations sur les concours, la crainte de ne pas voir le film car aucun bus n’arrive, l’écoute de Gloria Lasso – Preeeends ma maaaiiiiin car je suiiis étrangère iciiiiii, perduuue dans le payyys bleeuuuu, étrangèèère au paradiiiiis – buzz l’éclair collé sur une valise ou cet homme emmitouflé dans une parka et une écharpe tandis que j’ai retrouvé le plaisir du foulard, oublié la veille.

Le nouveau livre c’est Ma mère, de Georges Bataille.

Elle sourit d’un sourire fielleux, d’un sourire démenti. Elle tirait des deux mains le col de sa robe et l’écartait. Nulle indécence ne se mêlait à ce geste où seule s’exprimait la détresse.
– Pierre, reprit-elle, toi seul as pour ta mère un respect qu’elle ne mérite pas. Ces hommes qu’un jour tu trouvas au salon, ces gommeux, que penses-tu qu’ils étaient ?

Et le film, ah le film, c’est Les Moissons du ciel, de Terrence Mallick, souvenons-nous de lui, qui m’ennuya à en mourir avec son Tree of Life, mais qui me plut tant avec sa Balade Sauvage. Les Moissons du ciel, je pourrais en parler des heures si j’étais du genre à m’étaler et si je n’avais pas dormi en pointillés durant la première demi-heure, horreur que ce sommeil qui est plus fort que tout dans ces salles sombres. Les Moissons du ciel je n’en parlerai pas, je vous dirai juste : « voyez-le ». Voyez ça, cette lumière, ça alors cette lumière, mais cette lumière, cette lumière ! Et puis Richard Gere, ça alors Richard Gere. Et puis les gros plans, les plans larges, les plans comme ci, les plans comme ça, et puis cette fille, elle, personnage secondaire et narrateur, étrangement présent et absent, touchant surtout. Et puis une scène, rien qu’une scène, les crickets, le feu, les trois secondes où les silhouettes  se détachent, hommage à quoi, à qui, à l’Angélus de Millet ou à Magritte ? Bref.

Lundi 5

En général, je ne lis rien sur les films que je vais voir. Ce soir je n’avais rien lu non plus, sauf les noms de Banderas et Paredes. Ah si peut-être, quand j’y repense, trois lignes. Mais j’avais oublié les trois lignes…

Dès le début, La piel que habito, c’est du Almodovar, le gros plan, le mouvement de caméra, j’ai l’impression d’avoir vu ça à chaque début de film mais je m’en fais peut-être, des films, hein, comme si je me rappelais de ça, ce genre de détail, le début, enfin vraiment, je divague… Bref, ensuite et bien ensuite c’est encore du Almodovar, c’est propre, c’est coloré, ça roule beaucoup les r et un peu les mécaniques. Mais cette fois c’est mieux, cette fois ça me plait vraiment grâce à un scénario vraiment prenant. Mais… chut, je n’en dis pas plus.

Dimanche 4

Oui ? Non ? J’y vais ? J’y vais pas ? J’y vais. Mais plus tard.

Plus tard. J’y vais ? J’y vais pas ? Il pleut. J’y vais plus tard ?

Plus tard. Je n’y suis pas allé, nulle part. Les CV, ceux des autres ; les photos, les miennes ; les minutes d’un dimanche, ça vous remplit une journée commencée tard. Et puis voilà Jacques Demy pour « Une chambre en ville« , jolie surprise (belle Darrieux !) qui pour autant est loin de me griser autant que d’autres (films / spectateurs). Et puis Dominique Verna, qui quitte son crétin de mari et s’en va se montrer nue sous son manteau de fourrure. Moralité : pomme, raie.
(Blague nantaise, faisant suite à une remarque de Denis O dans laquelle il citait le passage Pommeray)

Et puis, comme si ça ne suffisait pas, je glisse dans le lecteur une autre galette, arrivée par la poste, ouverte machinalement. Puisque c’est ouvert…

Premières images, tiens, on dirait les arrêts de tramways de Hiroshima. Le titre est un indice supplémentaire avant la certitude, je retrouve alors les sons, les lumières… l’envie.

Samedi 3

Évidemment il y a la chaleur, la chaleur d’un samedi d’été, la chaleur sous laquelle je pars, mais tardivement, récupérer quelques tirages : ces dos qu’il faudra que je montre à d’autres,  « Pigalle » qui prend tout son sens en 30 x 45, mais je ne le verrai que plus tard, chez N où je le sortirai de l’immense enveloppe, chez N où nous sommes invités, moi et d’autres, mais en attendant il y a la chaleur, la chaleur dans le bus, horreur, étouffement, il faut descendre, changer de parcours, se rafraîchir sur la 7 bis.

Voix off d’Arnaud Rodriguez :
Ç’aurait été une rue dans la ville.
Elle aurait traversé les quartiers aux immeubles.
(Temps.)
Et puis un bus serait arrivé.

Il serait passé lentement à travers le paysage urbain.
Il y a un ciel bleu, d’été.
Une brume de pollution aussi, très légère, partout répandue sur les bitumes, sur le bitume.

… Bon voilà, j’ai commencé à lire Le Camion, de Marguerite Duras.

Vendredi 2

Je n’avais pas sorti la carte bleutée pour la faire glisser sur le côté droit des distributeurs de tickets depuis de longues semaines. Elle avait elle-même pris quelques vacances dans un tiroir, et voilà que ce vendredi elle reprenait du service. En la sortant, justement, elle entraîna un ticket aux caractères japonais, ne me demandez pas ce que c’était. Mais avant de la présenter au contrôle, je cherchai de quoi résister au sommeil et à la fringale. Soda et brownie, j’étais paré pour La guerre est déclarée dont je te parlerai par mail un peu plus tard… Extraits :

Au début, effet « La reine des pommes » j’ai eu un peu peur, couleurs délavées et puis les acteurs… Mais vraiment, de cette histoire si triste  elle fait un truc incroyable, il y a presque des moments de grâce dans le montage, dans les évocations, elle insuffle un rythme très intelligent… quand elle annonce la maladie à sa famille c’est très court, très découpé, (avec l’hiver de Vivaldi par-dessus, faut oser tout de même, et bien elle le fait)…

Enfin bon tu le sais, je n’ai pas tout à fait écrit ça, mais le lectorat aura sa version, sans les mots gorge et déchirant ni l’accent circonflexe. En fait, ce qui est bête, c’est que j’aurais dû prendre un peu de recul pour t’écrire, voilà, te parler aussi de cette belle histoire d’amoureux et de désamoureux, ces deux amants jamais désunis.


Jeudi 1er

Les visages se suivent, en voici un nouveau à ma droite, un peu en arrière, il me voit et je dois me tourner un peu pour le regarder. On fait connaissance et les présentations, il prend ses marques et déjà quelques photos…

Les visages reviennent aussi, celui de B, pas vu depuis 6 mois… Six mois déjà, six mois seulement, envahis de trop d’incidents et de tristes nouvelles alors que les miennes sentent encore le sushi et la lave d’Aso, que faire, que dire, où aller dîner ? À la Tourelle, presque évidemment, c’est tout près, c’est tout simple.

Août 2011

Mercredi 31

En face de moi, le type avec qui je partage souvent le trajet en RER ou quelques stations de bus lit « Métro ». A la une : « Attention, il revient » et la silhouette newyorkaise de qui-vous-savez. Me vient soudain à l’esprit la chanson de Jay Jay Johanson

So tell the girls that I am back in town, you’d better tell to beware

Et la journée passe, un appel de Natt et quelques heures plus tard nous voilà quai Branly, à errer pour un picture trip le long de la Seine, entre les sculptures rouillées et les bâteaux. Soudain, un RER glisse, sans passagers et surtout sans lumières. « Il est éteint », dis-je en le pointant du doigt. « Il est éteint », répétè-je en n’oubliant surtout pas la liaison. Elle réagit : « Petit naviiireeeuuuhhhh ».

Mardi 30

Le jeune homme, la vingtaine entamée depuis quelque temps, prend un air rude pour tapoter sur son téléphone. Je vois son profil gauche et ce lobe sur lequel un gros caillou brille un peu. On approche de la station Bercy, il se retourne. Sur le cou : une fraise. Une fraise, oui oui une fraise, le fruit, tatoué là où aucun cheveu ne viendra jamais. Et pas la petite fraise des bois discrète, non non la bonne grosse fraise qui fait bien trois centimètre de long.

Et alors ?

Ben alors fou rire.

Lundi 29

La voix de C.B. s’extrait de la radio entre le grognement du percolateur et mes grommellements matinaux. bla bla bla France Musique bla bla bla… Ah bon ? Ah mais non. Ca va pas, ça colle pas, ce débit, ce timbre, non je sais pas mais ça cloche, non pas le matin, je veux du suave, du sucré, du réveil matin délicat ou bien à l’inverse du ferme, du rocailleux, de l’assurance, pas ça quoi… Et puis, face à son chroniqueur que je n’écoute que d’une oreille, il lâche un « elle est soprano colorature Nathalie Dessay, c’est bien ça ?« . Vous êtes bien sur France Musique.

Dimanche 28

Le hasard fait bien les choses, Fred passa, pour une pause croustillants que Bison Futé n’avait pas prévue. Vint ensuite un peu de famille au bronzage andalou ;  on évoqua les singes.

Samedi 27

– Tu l’aimes bien Fred ?
– Ben oui c’est un ami.
– Méfie-toi des amis.
Elle veut alors nous raconter une histoire, ce qu’elle entend à la radio, ces gens qui racontent les leurs, d’histoires, à dormir debout et à rester éveillé, mais rapidement elle conclut avant que je m’éloigne : « Fais attention à toi, fais pas le zouave sous l’pont d’l’Alma« . On éclate de rire et elle reste assise là, frêle au milieu de ses pieds de tomates, l’air un peu ailleurs, un peu triste, peut-être à cause du chat disparu, peut-être à cause, allez savoir, de cette histoire qui lui en rappelle d’autres.

Vendredi 26

La voiture était tombée dans la mer à un moment isolé du temps et à cet instant il avait sauté du territoire où « il existait » dans celui où « il n’existait pas ». Je pensais que cela aurait été bien s’il y avait eu un moment d’hésitation flottant entre ces deux territoires.

J’avais noté ce passage dans le Moleskine. Je n’avais pourtant pas fait attention au double sens du verbe flotter.

J’avais noté ce passage dans le train je crois, je n’avais pas très chaud, couvert simplement de ce petit gilet au décolleté profond et aux manches courtes. Pas aussi courtes que courtes, mais plus courtes que longues. J’allais vers là-bas, mon autre chez moi, raconter l’autre là-bas où j’étais récemment…

Jeudi 25

C’est alors que tardivement, après l’omelette, je décidai de regarder Shadows, de Cassavetes, alors que l’envie d’écrire ici me taraudait. Les deux en même temps fut une mauvaise idée. On ne se fait pas homme de lettres sans casser des œufs.

Mercredi 24

« Les femmes qui travaillaient là avaient toutes de l’embonpoint et leurs chairs débordaient disgracieusement de leurs manchettes et de leurs bottes en caoutchouc. Leur corpulence était telle que, plongées dans une piscine, elles auraient sans doute flotté sans aucune problème. L’une d’elle brassait la blanquette avec une pelle. Une pelle en métal comme celles qu’on utilise pour les travaux de voirie. »

C’est amusant. Enfin je ne sais pas si c’est amusant, mais c’est flagrant. Dans cette nouvelle, la quatrième traduite en France (en 1998), le corps est là. Corps étranges, corps parfaits, corps abîmés, les personnages de Yôko Ogawa tournent autour des corps, qu’ils les désirent ou les détestent, qu’ils vivent avec un seul bras ou l’absence d’un bout d’annulaire… Cette conclusion que j’avais tirée après avoir lu les premiers Ogawa, c’est flagrant, la revoilà dans ce récit d’il y a vingt ans. Mais… a-t-elle vraiment renoncé aux corps ou mon esprit fait-il fausse route ? Cette idée du corps qui revient, est-ce mon inconscient qui me dit qu’il faut retourner faire du sport ?

Mardi 23

Je ne sais pas trop pourquoi j’avais proposé que le rendez-vous fût à Gambetta. Enfin si, je sais, simplement pour faire comme la dernière fois. Mais Gambetta, quand on habite Ivry, c’est au moins trois lignes, et tant d’attente lorsqu’il est si tard. On s’était retrouvés à 19h30, l’un en avance, l’autre en retard, moi à l’heure, autour d’une table où se fit ressentir l’absence de cacahuètes ou autre matière grasse et l’absence de sens du commerce du barman. Après le Japon, le Costa-Rica, Arles et Nogent, après une bière et deux verres de blanc, soit une boisson par heure — vous noterez comme nous fûmes raisonnables — l’esprit grisé derrière les boissons mais l’esprit pratique devant le plan du métro, je pris un vélib ; après tout, ça descendrait, le temps de rattraper cette chère 7 et son rose presque printanier, un peu bonbon,pas trop layette, bref, rose rose quoi… Oui ça descend. Jusqu’au moment où ça monte, vous savez, à partir de Bercy je crois, le long de cette 6 qui me narguait, grimpée sur sa voie aérienne.

Et là j’espérais trouver une chute à ce paragraphe mais ça fait pschittt.

Lundi 22

Un insecte étrange me passe sous le nez, survole la jeune femme en blanc et zou, est happé par la fenêtre ouverte. Le violon grince, j’en grimace puis j’en ris, je suis de retour dans l’habitude avec Hervé entre les mains.

La dernière fois où nous nous sommes vus c’était sur le tarmac de l’aéroport de Rome, nous prenions le même avion.
Il m’a dit :
– Tu sais où je vais me reposer après ma mort ? Sur l’île d’Elbe.

Hervé, joli petit livre témoignage, jolies paroles, doux écrits, souvenirs touchants dessinant un peu plus le portrait que je me fais de Guibert.

Et puisque l’on parle de portrait, on pourrait ici dévoiler ceux de CK. On pourrait ou on devrait…

Dimanche 21

L’arrivée des nuages noirs aurait pu être une bonne excuse pour ne rien faire, ne pas bouger, rester et vaquer vaguement en se forçant un peu, sortir le fer, soupirer… Ce fut fait mais Natt vint et je sortis ; en terrasse on alla. En terrasse elle s’éventa, on bronza, on s’étonna d’un hurluberlu et puis vint l’heure du rendez-vous. A La Villette nous nous rendîmes ; « on est là » m’indiqua J et on en rit encore. On rigola aussi d’une histoire de triangle, de l’anecdote de l’hurluberlu, de « take the back door » et l’on claqua des doigts, on chantonna, on fit des « whouwhouwhou » quand ils s’embrassèrent : sur l’écran géant « West Side Story » faisait vibrer des centaines de Parisiens, c’était bien, qu’est-ce que c’était bien… Heureusement qu’ils étaient repartis, les nuages noirs.

Samedi 20

« En neuf mois et deux séjours, il prendra 35 000 photographies ».

Non, pas moi, mais Keizo Kitajima, l’un des trois noms à l’affiche de « Tokyo-e », exposition de Le Bal se terminant ce dimanche 21, ouf il était temps. Superbe exposition d’ailleurs, forte et évidente, partagée avec un autre regard que le mien, un autre photographe amateur qui, après quelques échanges virtuels où j’avais glissé quelques compliments sur ses photos en noir-et-blanc, m’accompagna : la photo n’est pas qu’une passion dévorant le temps et l’entourage…

Et puis on marcha un temps, jusqu’à la Galerie VU’ pour le travail de José Ramon Bas (bof) et de Juan Manuel Castro Prieto (ouuuaaahh). Au fond de mon sac il y avait toujours quelques résidus du voyage, une brosse à dents, des tickets d’une langue lointaine, des yens et des souvenirs encore chauds, mais des souvenirs légers, légers. Mes paupières l’étaient moins ; je rentrai.

Vendredi 19

« Je me suis installé à Ivry récemment« , dis-je à la jeune femme derrière le comptoir ; son sourire est moins mesquin que celui de l’agent d’assurance qui, derrière un autre comptoir, à peine plus tôt, m’avait demandé s’il y avait des volets.
Elle m’annonce le tarif et me tend  les conditions d’emprunt, me propose de faire un tour. C’est par là. Aux étages aussi. Le lieu est agréable, calme, je jette un œil aux indispensables (Échenoz, etc.) histoire de me rassurer, de me sentir un peu chez moi et de feuilleter Réponses Photos qui risque donc, ainsi, de perdre un acheteur.

A propos de photos, je pense que j’ai la réponse. Les dos. Oui. Mais j’attendrai tes mots pour m’en persuader.

Jeudi 18 août

Le petit garçon est près du hublot, absorbé par l’écran devant lui, les pieds sur le fauteuil ; ses chaussettes sont rayées, douze rayures de quatre couleurs différentes. J’ai entamé sans enthousiasme la lecture de « Ticket d’entrée« , le menu a été donné et ça tombe plutôt bien : j’ai faim. Le manque d’appétit du matin est envolé, moi aussi et j’ai plus de place qu’à l’aller, une plus grande tablette qu’à l’aller, plus de confort qu’à l’aller : j’ai été surclassé (na na nère) pour une raison qui m’échappe et à côté d’un Japonais peu disert.

« Ca va c’est pas trop long 12 heures de vol ? » me demande-t-on, mais non, pourtant j’ai à peine dormi, légèrement emporté par le sommeil pendant le film « La fille à la valise » malgré la captivante beauté de Claudia Cardinale et Jacques Perrin. Point de paupière fermée par la suite, que ce soit en lisant « A geek in Japan« , qui m’a ouvert les yeux sur la culture japonaise, pendant « Fargo« , merveilleuse neigeuserie des frères Cohen ou durant « Rango » – vous noterez la rime dans les titres – amusante animation désertico-bestiolesque.

Ooooh à propos de bestioles, ce matin, en partant, y avait quoi devant la Villa ?
Des singes !

:-)

Voilà, c’est confirmé, je suis de retour de… là-bas : www.avec-un-z.fr/voyages/japon/

Juillet 2011

Dimanche 24

Décollage… Direction… ça :

http://www.arnaud-rodriguez.net/voyages/japon/

Samedi 23

Une journée comme celle-ci pourrait peut-être faire un roman, d’autres on en fait avec moins, il suffit de talent et d’un peu d’imagination pour boucher quelques vides, ajouter un peu de suspense, d’humour, de passion pourquoi pas, on y glisserait des rêveries du voyage à venir, des rappels de cette relation qu’on a avec celui qu’on rejoint (pour faire comme Jean-Philippe Toussaint*), des interrogations sur ce qu’il signifie à 37 ans alors que depuis des années on y pense au Japon, à ses petites fleurs et à ses grandes carpes qu’on rêve tatouées.

Alors voilà, des livres mais pas celui que je cherchais (épuisé**), donc un livre sur le traitement noir et blanc des photos numériques et un « Hervé« , une valise bordeaux et puis une autre tant que j’y étais, une pizza et puis tant de pluie, un 50mm Porte de Champerret, ce 17ème que je connais si peu, un bureau de change avec une jeune blonde à l’accent inconnu derrière la vitre, Scaré-Machin acheté aux Cahiers de Colette, CK, sa collègue et sa chanson inconnue, Muji rue des Francs-Bourgeois, Muji aux Halles, un shampooing, la terrasse avec Marc-Christian Barrauld derrière nous et deux japonaises allant et venant, la veste en velours de chez Tim Bargeot, les vodkas-colocs chez Othphane avec miss ONG, ma voix au loin parce que mon téléphone décroche tout seul, la chance d’attraper le métro sans attendre onze minutes, FP que j’avais oublié, le CD pour tobefab, etc. Bon, j’emporte quoi comme chaussures ?

* Pourquoi me sens-je obligé de préciser ?

** Le livre, pas moi.

Vendredi 22

Vous avez vu le joli tas multicolore de dossiers bien rangés ?

Non ?

Ben vous auriez dû le voir en photo mais je me suis trompé, j’ai formaté la carte avant…

Voilà…

Mais sinon ça veut dire que je suis en vacances.

Voilà.

Et sinon ?

Sinon quand ce livre est sorti, j’étais sûr que je l’aimerais, c’était aux éditions de Minuit, y avait sûrement eu un article vite lu dans mon abonnement, le titre était suffisant (je veux qu’il me suffisait, que je n’avais pas besoin de plus), le nom de l’auteur inconnu et rassurant, mais ne me demandez pas pourquoi je ne l’ai pas acheté. C’était quand la sortie ? À Emmaüs, sur le rayonnage, j’ai été content de le voir peut-être un surpris – une marque de snobisme ? –, et de l’entrouvrir pour voir ce prix dérisoire. Hier ouvert pendant que je souriais au spectacle dans le rer avant de sourire à sa lecture ; aujourd’hui je continue, avec l’envie de l’emmener avec moi, d’emmener là-bas ce que je n’aime de mon pays : ses mots.

Jeudi 21

Il a l’air un peu étrange, un peu rude, rugueux malgré sa jeunesse. Il fait la manche dans le métro alors je fouille et lui tends cinquante centimes. Il me demande peu aimablement si j’ai pas un ticket resto, je le trouve un peu gonflé mais 100% des gagnants etc. Il avance, revient, se retourne, et regarde fixement une jeune femme : « Hé t’as pas un ticket resto au lieu de faire la gueule ». Elle me regarde désolée. Connard.

Chemin du retour. Un peu de musique commence à se faire entendre derrière moi, à moins de dix mètres, les premiers rythmes de Billie Jean. Je grommelle, « Un soir au Club » de Christian Gailly à la main. Mais je ne grommelle pas longtemps. Devant moi un groupe de blackettes se mettent à sourire, l’une pousse un « hhhhi » à la Jackson, et puis ça gigotte et ça sort un « hé r’gardez il danse le mec ». Ambiance agitée, mon bouquin reste ouvert mais je les regarde amusé. Elles commentent, un grand blond se marre, les connait peut-être, il va vers le danseur mais c’est alors dans mon dos que ça se passe et puis le danseur arrive, habillé comme il se doit, total look Mickael, chapeau, frisettes, chemise noire ouverte sur tee-shirt blanc, etc. Elles lui demandent un petit pas de danse ou deux, alors il fait le geste à la Jackson, il ouvre la chemise brusquement… les filles manquent de s’évanouir, le mec pue la sueur… Hilarité totale. Il repart, revient, elles n’osent plus lui demander quoi que ce soit, le moindre de ses mouvements génèrent un flux poisseux qui les fait grimacer… Mais il gigote encore un peu : monté sur pile l’épouvantail bicolore… Et moi ? Moi je raconterai bien mieux cette histoire à Fanny 1 heure plus, à la terrasse du troquet d’en face, cacahuètes en option.

Mercredi 20

Du couvert de la manche en mousseline de soie, je dégageai un bras enduit de blanc ; ses lignes puissantes et robustes s’estompèrent dans la nuit où se détacha une forme souple, blanche et potelée. Je restai fasciné devant la beauté de mon propre bras ; j’enviai les femmes de posséder « pour de vrai » une pareille beauté.

Fin de la courte lecture de trois récits de Junichirô Tanizalki : Le Tatouage, Les Jeunes Garçons et Le Secret. Dans la troisième nouvelle, la plus élégante, Kyôto y est évoquée comme la ville où le personnage principal a acheté un kimono dessous en mousseline de soie imprimée. Je doute d’en rapporter le même souvenir, mais sait-on jamais, peut-être le même imprimé.

Mardi 19

Hier, À bout de souffle. Aujourd’hui, essoufflé.

PS. Ne jamais oublier la tarte au citron.

Lundi 18

Mais ai-je vraiment envie de regarder À bout de souffle ?

Dimanche 17

Elle décortique un guide sur Bali. Il lit Rouge Brésil. Je commence Le Tatouage. J’ai feuilleté Réponses Photos. C’est dimanche, je suis dans le train.

Samedi 16

Tiens, et si on allait chez Emmaüs ? Fouiller n’est jamais pour me déplaire, alors on fouilla. Le fatras en extérieur, qui aurait mérité des paragraphes entiers de description si j’avais eu le temps et le courage (et l’idée d’en faire des photographies), fut la caverne pour Chicken Ali Baby * tandis que je désespérais de trouver des sujets à photographier et la vaisselle en Arcopal qu’il cherchait avec avidité et sourire.

Pour ma part c’est sous le hangar que je trouverai mon bonheur, une cravate, un livre… un euro et cinquante centimes.

* Tiré par les cheveux…

Vendredi 15

Que faire ? La question revient. Dépenser ? Direction Emmaüs où je fouille dans les cartes postales, j’hésite sur ces portraits, pourquoi ne les ai-je pas pris ? Les doigts poussiéreux on prend la sortie, direction les boutiques du centre-ville et le 1er étage des Galeries L, où l’on passera un temps fou à la recherche de la perle rare. La mienne sera courte, bermuda bleu de bon aloi pour là-bas.

Jeudi 14

Campagne, temps agréable, compagnie amicale. Fred est là, nous avons fait la route ensemble, et sous l’ombre du grand chêne une sieste termine les 5 heures de route et le déjeuner. Que faire ensuite ? Que faire dans le coin un jour férié. Je ne suis pas un bon hôte, je ne sais pas. Nous réservons notre sortie pour le soir, où Saintes est étonnamment animée du côté du Jardin public, ça gigote et ça danse sous les ampoules multicolores. Au Tall bar, nom improbable, la serveuse l’est tout autant, improbable tenue — talons hauts et maillot bleu — sous le triste prétexte de soutenir l’équipe de France féminine de football. Et puis… boum… Quelques souvenirs reviennent, le vendeur de cacahuètes dans la prairie ou le feu d’artifice modeste mais tant attendu de Chaniers. Mais ne sont-ce pas des rêves ?

Mercredi 13

Gare de Lyon. Changement. Quai du RER A. Tiens, le gars là, il était dans le film d’hier, non ? Je ne suis pas sûr. Je m’approche, je le regarde du coin de l’oeil, il doit s’en rendre compte que je le regarde, non ? Il lit Libé, ah ben s’il lit Libé c’est forcément un acteur. Bon si c’est lui je ne sais pas son nom… et je ne me rappelle même pas la scène qu’il joue dans le film d’hier, merde. Ah ben il monte dans le même RER, hop je le suis et plus il s’assied en face d’une place vide, hop je m’y mets. Oui bon de près je pense que c’est lui, mais je lui dis un truc ou pas ? Du genre « C’était bien vous hier dans le film de Valérie Mréjen ?« , ça ferait une espèce de complicité, du genre « oui je suis super branché je vais voir les avant-premières des films de Valérie Mréjen » quoi et puis au moins je serai sûr que c’est lui. Ah ben tiens il ouvre son sac… et il sort un script. Bon de toute façon il y a trop de bruit, je ne peux pas lui parler et puis je ne me rappelle toujours pas le rôle qu’il avait quel naze je suis. Bon… On arrive à Nogent… il se lève, parfait je lui dirai un truc sur le quai. Il regarde par la vitre, ah ben non il se rassied et moi me voilà sur le quai. Au revoir… heu… qui ça ?

Le soir autre parcours, détour par la rue Beaubourg puis les Gobelins pour retrouver Natt en terrasse, se raconter tout ça entre deux pickpockets, le Val-de-Loire et le Japon, l’épilation et la coupe de cheveux, son angine et ton mal de gorge.

Et ensuite ? Ensuite… Boum !

Mardi 12

Sur le quai pavé, elle est là, parle avec elle, avec lui, je reste au loin, bêtement peut-être, sans lui dire que je suis là, un peu à ta place, je me demande un peu si elle se rappelle mon visage, même pas un salut de loin, bref… Je suis là pour l’avant-première de « En ville« , un film qui m’embarrasse parce que Valérie Mréjen c’est, habituellement, rien que du plaisir. Et là ? Là non, désolé, déçu, je suis déçu, je ne sais pas. Peut-être qu’après cinq Demy, un film de plus sur les rapports amoureux c’était le film de trop, surtout que ça manque d’enthousiasme tout ça, de poésie, de plaisir… c’est difficile et triste l’amour un peu là, non ? Mais heureusement, il y a du Mréjen dans le film, il y a des mots, des moments magnifiques portés par une écriture pointue, ou cette scène si drôle avec les ormeaux… Ca reste un film à voir, pour ça justement, et si vous n’aimez pas, à la sortie, lisez ses livres, vous comprendrez.

Et ensuite ? Ah ben ensuite j’ai juste traversé la rue, y avait Fred alors… et Brenda. Brenda ? Oui Brenda.

Lundi 11

Je m’assieds. À ma droite, elle est en train de s’écrire sur la cuisse, dessinant ce qui semble un visage. Japonaise ? Blazer bleu à boutons dorés, jupe écossaise, petites chaussures noires, longs cheveux noirs couvrant son visage. Je suis justement plongé dans mon vocabulaire nippon et je navigue entre les fruits et les verbes, les couleurs et les formules de politesse, découvrant en souriant la pomme (ringo), la pêche (momo) ou ce kanji 肉voulant dire viande et ressemblant à deux cintres dans une armoire. Aurais-je donc une obsession pour le rangement des vêtements en ce moment ?

Et puis… Dans mes souvenirs les plus lointains, il y a une peau d’âne, une chanson, une fée qui débarque en hélicoptère. Dans mes a priori, jusqu’à aujourd’hui, il y avait l’idée que, non, ce film n’était pas pour moi. Mais le charme a agi. Carrément.

Préparez votre Préparez votre pâte Dans une jatte Dans une jatte plate Et sans plus de discours, Allumez votre Allumez votre four Prenez de la Prenez de la farine Versez dans la Versez dans la terrine Quatre mains bien pesées Autour d’un puits creu Autour d’un puits creusez…

Dimanche 10

Un dimanche plein de projets : aller au BAL, rue des Francs Bourgeois, au cinéma, mais les transports et puis le temps… Alors je range, je lave et j’essuie, je m’interroge sur ces tas plus ou moins bien entassés, je rêve de ce dressing dont tu m’as parlé mais il est là-bas ; qu’aurais-je à y pendre ?

Un autre Demy, Lola, merveilleuse Lola, pétillante, quelle bouche ! quels yeux ! Et puis quels blancs, quels contrastes, merveilleux ça aussi, vite un dictionnaire des synonymes… J’ose pourtant quitter parfois du regard le film*, pour un faux pli, mais mon rythme le fer à la main est d’une lenteur rarement vu.

Un autre encore, Model Shop, la suite, Lola a traversé l’Atlantique depuis quelques années, mais les robes devenues colorées ont perdu de leur éclat et cet amoureux transi me lasse.

* Me voici qui hésite sur l’ordre des mots…

Samedi 9

À peine éveillé, les yeux engourdis, ma voix ensommeillée et la tienne prise par les écarts de températures, 31 minutes de notre quotidien. Tu me demandes si j’ai fait des photos, j’hésite. Non, enfin à peine, hier dans le métro mais elles n’ont aucune importance. Je pensais montrer ton absence dans ce lieu qui est devenu le mien… et puis non. Pas d’images de ma part, des mots donc des deux côtés, pour moi le figuier fatigué, les couleurs du film d’hier, mes achats à venir, pour toi  la chaleur, le riz, le Ministre, la langue et puis j’ai faim. Alors le matin est studieux : le lieu est propice et le retard aussi. Les achats viendront plus tard dans la journée, un vêtement léger pour la pluie, indispensable au Japon, un pull pour la demi-saison, porté une semaine plus tard en France, rouge le pull, bien rouge. J’oublie le passage chez Muji pour les stylos, j’abandonne l’achat d’un jean ou de chaussures en me demandant quelle peut être ma pointure là-bas. Au retour, plusieurs messages de Fanny, même un amusant petit mot à la fenêtre, messages désespérés avant la fête pour une chaîne, pour du son, alors je rencontre sa rousse avant la blonde platine, une platine ça tombe bien avec cette histoire de chaîne. La blonde platine c’est Jeanne Moreau, dans La Baie des Anges, errant au propre comme au figuré entre les numéros et les tables, merveilleux film sur le hasard, la chance, l’obsession, un film qui tient à quoi ? des joueurs, des gains, des pertes, ça recommence, faites vos jeux, rien ne va plus, le numéro 17 et Jeanne Moreau froide et attirante comme une table de jeu.

Et puis la fête donc, fête voisine. Aurais-je, sinon, osé traverser Paris avec ce pantalon au pied de poule vif ? La bottine était indispensable et parfaite pour accorder le soulier au look sixties, mais pour être assorti à la douzaine féminine une fois sur place, j’aurais dû porter un vieux tee-shirt usé venu tout droit des années 80, mais je n’ai pas de vieux tee-shirt usé, années 80 ou autres. Bref, amusons-nous, surtout avec ce couple venu de l’autre bout de la ligne, des histoires de Naff et que sais-je encore, et puis évidemment des « Tu es artiste toi ? », et le lendemain on a quatre nouveaux amis.

Vendredi 8

À la lecture du magazine, pour ce concours qu’il ne me faut pas oublier, je pense à la photo de Veules-les-roses, cette plage sous les bourrasques, cette silhouette floue là-bas. Mais en cherchant bien, peut-être trouverai-je d’autres évidences. Et puis sur le canapé je m’installe, j’ai décliné l’invitation de B.C., pas envie, pas le courage, pas l’aisance, pas la tenue, vous savez, ce sentiment du vendredi soir quand on a dans les jambes et dans la tête la semaine qui vient de passer… Sur l’écran en face du canapé, Les parapluies de Cherbourg, Geneviève est triste, elle chante en attendant Guy parti en Algérie tandis que d’un autre œil, vaguement, je griffonne quelques mots dans mon carnet bleu. Vieille habitude de l’enfance qui revient, installé sur le sofa ou à la table du salon, téléviseur allumé, à faire autre chose (devoirs, mots croisés, classement de timbres, que sais-je encore). Comme disait l’autre, la solitude, ça n’existe pas : c’est juste l’enfance qui refait surface.

Jeudi 7

Au réveil, aucune présence, ni souffle ni soupirs, rien que le bruit de la rue et la peine à me lever. Une douche, quelques bouchées, l’ordi en espérant un message ; je l’ai, accompagné des premières images de là-bas. Puis un appel, nous nous parlons à peine : je m’en vais et je m’en veux, reviendrai tard. 23h05, gare de Noisy-le-Sec, odeur de fumée imprégnant mes vêtements, éclairage au néon, pourquoi ne sors-je point mon appareil photo ? En ai-je trop fait dans cette soirée, à guetter les gestes et les flammes, les couleurs et les regards… Sûrement.

Mercredi 6

Nous nous sommes éloignés dans cet aéroport où je t’avais accompagné, c’était plus qu’évident, indispensable, et puis soyons pragmatiques, c’était un peu plus simple pour tous ces kilos de bagages. Dans un film, la scène d’au revoir aurait pu être au ralenti, la foule autour aurait pu être floue, ça n’aurait pas fait une très jolie scène tous ces clichés. Mais c’est pas un film tout ça, c’est un bout de vie, une expérience… rendez-vous le 25 juillet à l’autre bout du monde. Dans le RER la femme chante avec un accent improbable « C’est l’histoire d’un amour« . A travers la vitre le ciel est triste puisque tu pars. Tunnel, noir, lumière jaune, le bruit du train couvre sa voix. Silence.

Mardi 5

Matin.

George V est à nos pieds, puzzle plus que centenaire couleur d’anti-rouille. Les deux complices se vouvoient, à la recherche d’indices, de réponses, de mesures inédites, de rayons de courbures, de détails invisibles et apposent, doigts poussiéreux, leur nom et quelques mots sur la page 5 de leur ouvrage.

Soir.

Derrière toi, au-dessus du petit panneau SANS ISSUE, le calendrier 2011 de la direction du matériel de la SNCF. Entre nous, des plats japonais, algues, anguilles, tempura, tofu fermenté… Devant nous ton départ.

Lundi 4

Y aller ? Fatigue. Rester. Ici, et seuls.

Dimanche 3

C’est dimanche, et il fait beau. L’évier est plein de notre sommeil et de notre abandon de 4h30. La table aussi, débarrassée du strict minimum quelques heures plus tôt ; on y avait laissé des piles de sourires en faïence. Quelques bouteilles ne sont pas vides, nos têtes non plus, il y reste quelque chose de la fête, il reste aussi un peu de terrine, de brie, ça vous étonne ? Un peu plus tard les corps réclament un peu de repos supplémentaire, puis l’on marche vers un coin d’herbe troublé par de la musique trop forte aux sonorités asiatiques. Sur la première ligne du livre que tu lis, c’est dimanche et il fait beau.

Samedi 2

J a un peu grossi, G aussi, F a une belle chemise et de jolies trouvailles, C n’est pas venue, J sait enfin qui je suis, C ne m’a pas reconnu, O n’est plus avec ce garçon, F est venue seule, J avec S et leur enfant, C a toujours cette étrange façon de parler, P a changé de couleur de cheveux, JL est arrivé en premier, C n’est pas resté longtemps, F est partie la première, j’ai laissé mon téléphone à P pour G, D est venu pourtant c’était samedi, M n’a pas goûté la terrine, tous les autres l’ont adorée, W a voulu danser, S est toujours rayonnante, J m’a offert ce livre déjà posé sur l’étagère, j’avais oublié le prénom de S, E m’a vraiment surpris, N avait évidemment une robe étonnante, N avait une cravate et un camarade hispanophone, F avait vu les Taxi Girl en concert, J a dansé aussi, O &C avaient pourtant déménagé, X n’est pas venu non plus, B a cru voir N qui pourtant n’était pas là, elle a dû confondre avec J qui sait enfin qui je suis, E a failli louper l’invitation… et toi, comme il y a un an, tu danses, un peu fou, un peu comme ça, tu m’entraînes. Vers 4h30 on se couche, amusés, contents. Comme il y a un an ? Non, vraiment pas.

Vendredi 1er juillet

Arrivée féminine, courses, gâteaux, chocolat, abricots, vin, assez à manger ? assez à boire ? Qui viendra ? Qui ne viendra pas ? Tant que ça ? Si peu ? Disons 50, non ? Et cette terrine, on la goûte ?

Juin 2011

Jeudi 30 juin

Étole bleu canard, elle est grimpée sur des chaussures incroyables au colori assorti, talons immenses et semelles compensées. Les souliers, la robe et l’Audi dans lesquels elle se rend à une soirée quelconque font presque tache au milieu de cette station service sous la belle lumière de 20h30, lumière inondant les flaques d’essence.

Et sinon, c’est pour ce soir la quiche ?

Mercredi 29 juin

Station Bonsergent, c’est pas tous les jours que j’en sors. Parfois l’on est si proche, la rue Beaurepaire par exemple, d’ailleurs évidemment on y passera, Potemkine et Prune, mais d’abord je te tourne le dos en sirotant alors que tu m’appelles ; c’est au coin de la rue Sampaix que l’on se retrouve, tu t’assieds, si peu, si peu de repos que te voilà sans paix, jeu de mots inévitable. Les toiles d’Olivier nous attendent un peu plus loin, avec un accueil surprenant, paysages superbes de camaieux de gris et vanités multicolores.

Au comptoir évoqué dans le paragraphe précédent tu proposes ce film et c’est à pied qu’on rejoint la rue Hautefeuille, belle balade à un rythme soutenu au bout de laquelle ce couple nous rappelle Marseille et ces familles marchent dans le désert américain. La Dernière Piste, superbe western aride où les visages finissent crasseux, larmoyants, hésitants mais… chut… je n’en dirai pas plus.

Mardi 28 juin

Ce n’est que demain que je t’évoquerai la lassitude des pages, cette Fin des Temps qui n’en finit pas, m’ennuie, radote, traînasse, plate, lente et presque idiote. Le merveilleux me passe à côté et au-dessus de la tête, et le style étouffe sous son absence le peu d’action du roman. 270 pages lues sans quasiment aucun intérêt mais je crois que je ne m’en suis rendu compte qu’aujourd’hui.

Lundi 27 juin

Il part. Sur les rayonnages certaines idées sont là, d’autres pas, alors j’hésite avec à l’esprit un seul espoir : lui faire plaisir.

Dimanche 26 juin

Oeil ouvert. Ca ne va pas être de la tarte, tiens… Alors je remets au lendemain les achats prévus, je remets à jamais le brunch chez FL et t’y laisse partir avec ce superbe panettone dont j’ignorerai toute ma vie le goût et l’odeur. Péniblement, plus tard, je pars, mes souvenirs de la soirée d’hier m’extirpent un sourire teinté de remords : comment peut-on trop boire sans s’en rendre compte, si ce n’est en ayant trop soif ? Bref… je pars, à Nogent on m’attend, puis à l’ombre c’est moi qui attend… quelques euros, le soir, l’orage.

Samedi 25 juin

A force de trop en faire, j’ai eu besoin de ne rien faire, rester là, tranquillement, en attendant le soir, puisque le soir, de toute façon, on sortirait. Le soir on sort, je revois ceux qui étaient là, on se souvient, ils se rappellent, c’était moi le photographe, oui, c’était moi. Et vous, c’est quoi ton nom ?

Vendredi 24 juin

Je ne m’attendais pas à assister à une chorale, on m’avait juste parlé d’un spectacle de fin d’année. Je ne m’attendais pas à ce que la chorale se déroulât dans la chapelle de l’école privée. Je ne m’attendais pas à voir s’installer sur l’estrade je ne sais combien de CM2, garçons en noeud pap, filles en boa coloré, tandis qu’un membre du personnel enseignant faisait son signe de croix en entrant. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils chantassent, en introduction, Wilkommen, bienvenue, Welcome.

Le soir, bienvenue aux convives justement…

Jeudi 23 juin

Je ne peux pas être là dimanche, alors je viens ce jeudi, c’est générale, je dois être là pour écouter les six pièces, six pièces que F a composées ; c’est un peu évident qu’il faut que je sois là, pour lui, cet invécu*, cette angoisse, il faut être là dans les moments importants avec ceux qui l’ont été et qui le ont encore, en voilà un, un moment important.

J’écoute comme je peux, comme souvent, l’esprit qui s’envole, un peu ailleurs, rattrapé soudain par deux flûtes virevoltantes ou ce superbe duo clarinette – clarinette basse. L’esprit un peu là pour quelques images aussi… qu’ils ne soient pas venus en noir pour rien. Je regrette ce zoom trop « léger », cette ouverture trop faiblarde, mais le résultat sera correct. »Et tu vas faire quoi de toutes ces photos« , me demande-t-on. « En effacer ! »

A Ivry, te relire, chipoter, corriger, hésiter, raturer, mais être encore et toujours fasciné par ce que je (re)lis. Je ne m’en lasse pas.

* Ce mot ne vous plait pas ?

Mercredi 22 juin

Sur le quai face à nous deux publicités pour deux alcools, autour de la rouge et blanc s’installent symétriquement un homme et une femme dont j’oublie les visages et les postures. L’attente sur le quai, après ciné et resto, après Pater et Bartolo, après Cavalier et pizza, déception et plaisir. Mais les deux sont à conseiller, à goûter.

Pater, film gonflé, joliment tordu, insolent et insolite, où l’on joue, à l’acteur et au président, où Lindon se prend au jeu de ce couple gourmand et politique. On tourne petit à petit un peu en rond, c’est là que la déception arrive, là qu’elle est arrivée pour moi, parce que l’idée est belle, très belle, drôle et intelligente, et même si on touche parfois au sublime parfois on se dit que ça là, non, là, pfff, et puis cette insulte, là, dans cette cuisine, non plus.

C’est chez Bartolo que l’on va en reparler un peu, ça ou autre chose, à côté quatre garçons portugais charnus et barbus, de l’autre, oh je ne sais plus, j’ai pris une Regina en hésitant sur la position de l’accent.

Mardi 21 juin

Étrange goût grisâtre pour ce début d’été, toujours ce temps maussade qui me fait choisir le métro mais qui me permet de lire un peu plus. La nuit a été hachée, la lecture de La fin des temps de Murakami l’est aussi un peu.

Lundi 20 juin

En face de moi, invraisemblable décolleté, deux masses de chair à peau noire s’extirpant d’un coton noir au liseré caramel en-dessous desquelles une main raye des lettres sur la page d’un livre de jeux. J’ai sur les genoux champagne et foie gras parce que ça se fête un peu ces retrouvailles balayant le gâchis qu’elle t’avait évoqué. Je sens que la fatigue va me frapper durant le dîner si je ne fais rien, alors je change de place pour appuyer ma tête sur la vitre du RER et m’assoupir un instant, tout au moins rallonger un peu, après cette journée de travail, la si courte dernière nuit.

Au retour, après le melon d’agneau et la meringue rougie, après cet au-revoir et la ligne 7, disons plutôt à l’arrivée, la découverte de l’avancée des travaux… 90cm pour deux, donc.

Dimanche 19 juin

Attention, marches irrégulières. Me revoici à la MEP, trois jours plus tard, parce que cette expo « Ah oui ! Patrick Tosani ! » tu voulais la voir. Passé l’effet de surprise de jeudi, mon regard navigue entre éblouissement (« Forum« , de 1983), charme et indifférence pour les tout derniers travaux… Notre visite est assez courte, rallongée par quelques hésitations à la librairie et je caresse encore ce livre-ci. Notre visite est peut-être plus courte que notre balade jusqu’à la Mouff’ avec son melon qui s’avérera insipide et son fromage qui ne le sera point.

L’après-midi, comme souvent en ce moment, je plonge dans les cartons et les souvenirs, ces derniers allant dans des tiroirs, la poubelle ou des tas en attendant de fixer leur sort.

Enfin, l’un après l’autre, M, R puis A.

Samedi 18 juin

Soyons positifs : ce serait bien si tous les jours de travail ressemblaient à ce samedi, partir au bureau vers 14h15 en pensant qu’on risque d’être un peu en retard, faire quelques photos en maudissant quelques averses, puis aller au cinéma. Mais voilà c’est samedi, ne soyons pas trop positifs, ç’aurait été tellement mieux de rester là ensemble, d’avoir du soleil et d’aller tranquillement au cinéma, sans courir parce que mister President était en retard.

Au cinéma, sur l’écran, l’homme est violent, la femme est rousse, soumise, aimante, et à la fin l’homme essaye de passer pour un ange. C’est le dernier film de Terrence Mallick ? Non, le premier.

Vendredi 17 juin

Un mois. Un mois sans écrire, si ce n’est dans un calepin rouge puis dans un carnet bleu et je ne sais pas si les mots viendront jusque ici, après tout je pourrais bien les garder pour moi, ces mots, ces motifs, cet émotif. Un mois de soleil(s), de gouttes et de vent du nord qui m’a poussé vers le sud, le sud de la frontière, ça tombe bien je lis Murakami en ce moment…

Un mois pile. Je refais surface ?

Mai 2011

Mercredi 18 mai

Pfff… Mais pourquoi je me suis embarqué là-dedans bénévolement ?

Mardi 17 mai

Même devant les chefs d’œuvre je m’endors. Cette fois, le sommeil a été plus fort que l’Aurore (A Song of Two Humans), film muet de Murnau réalisé en 1927, meilleur film de tous les temps selon certains.

Le sommeil m’a juste fait manqué un passage, le passage de la réconciliation puisque avant de clore les paupières la belle devait finir dans l’eau glaciale. Une fois les yeux bien ouverts, le couple d’amoureux s’embarque dans un manège d’humour, de beauté, de plaisir des sens mais l’embarquement n’est pas sans risque : l’orage gronde. Virtuosité, légèreté, drame, L’Aurore m’a emporté. Moi aussi, je quitte la grande ville pour aller de l’autre côté, là, sur l’autre rive : l’orage est loin.

Lundi 16 mai

« Oh génial le piercing ! » Je viens de tourner la tête, elle a 19 ans. Elle vient d’intégrer le service pour quelques semaines et j’avais soigneusement choisi la cravate le matin même, elle n’attendait donc pas à voir sur moi ce détail plutôt commun chez elle. On parle alors de trous et de tatouages, voilà qui détend l’ambiance après les insupportables billevesées de notre voisin de table, billevesées presque closes après mon « Si j’avais su je serais allé à la salle de sport ».

Le soir, les esprit poussiéreux du déjeuner sont oubliés, mais sous le lit il y a de quoi tousser, les grains et les moutons entassés autant que les magazines et les souvenirs. Les uns finirent aspirés, les autres finiront tôt ou tard déchirés après un rapide coup d’œil sur le peu d’intérêt qu’ils contiennent, les derniers, vieilles paires de lunettes et objets familiaux, iront bientôt ailleurs.

Dimanche 15 mai

Odilon Redon, petit garçon accompagné de son père, regardait les nuages et s’émerveillait de ces formes changeantes, chimériques, bizarres, merveilleuses. On a tous regardé les nuages, n’est-ce-pas ? Mais qu’en a-t-on fait. Si peu. Les nuages d’Odilon sont devenus des bestioles étranges, des êtres rêvés, des cauchemars gravés, puis plus tard des profils aux couleurs qui n’existent pas, bleus troublants, rouges définitifs, dorés méconnaissables. De Redon je connaissais les bouquets : ils m’avaient accompagné sur cartes postales dans ma vingtaine naissante. De Redon je connais dorénavant le mystère et l’oeuvre, et il m’accompagnera encore par ce livre que tu m’as offert.

Des visages sans dorures si bleus nous avaient suivis au Grand Palais : JLM qu’on ne remerciera jamais assez (pour ce moment, ce Merci et ces Carnets japonais), S encore troublée par sa nuit et sa matinée, deux poitevins dont les initiales n’auraient que peu d’intérêt et L avec à l’esprit les révisions du bac. Au Café Marly les regards hésitent et je pense à la salle de sport, choisis une simple orange pressée mais la salive s’extirpera devant ton cheese cake.

Samedi 14 mai

Passer l’après-midi sur un stade, voilà qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Certains se souviendront de l’époque où je tenais la buvette, à l’abri des éclats de voix, du soleil ou des gouttes…

Cette fois c’était pour le travail, la ville était animée ce samedi, triplement animée, et je passai de la pelouse synthétique à la musique traditionnelle japonaise via de l’accordéon, avec légèreté, étonnement ou plaisir.

Vendredi 13 mai

La bibliothèque de la Maison des artistes est un lieu mythique que je n’ai jamais vu. On m’en a parlé, j’ai aperçu une vague photo. Un jour…

Jessica Warboys a investi ce lieu pour nous le restituer : un film et puis quoi ? Tellement peu. Comment est-il possible de n’extraire aucun mot d’une bibliothèque chargée d’histoire ? Je m’incline devant les choix, la simplicité, la rigueur peut-être, je cherche les mots, l’aspect monacal ou je ne sais quoi… mais je ne comprends pas. Du rien je ne retire moi-même rien, si ce n’est une vaste déception et – ouf – la joliesse désuète d’un petit film aux airs d’autrefois.

Jeudi 12 mai

– Tu sais, c’est très surfait les Seychelles.
– Ah ? Je ne sais pas surfer, je vais changer de destination.

{Hot dogme is not dead ?}

A la sortie du film, tu n’as pas encore parlé mais je sais déjà que tu ne seras pas d’accord avec moi, moi qui ai trouvé le film délicat, doux, clair, plutôt juste même si j’aurais évidemment préféré un heurt final, une impossibilité prise de plein fouet ou cette possibilité que tu évoques bien sûr, mais je n’y ai pas pensé, c’est vrai que ç’aurait été beau que tout se passe comme si de rien n’était, oui rien, pas de crise, pas de mère qui tire l’enfant par la main, juste une rentrée des classes comme une autre.

Tomboy reste à mes yeux un joli moment, un jour d’été ensoleillé, un jour d’enfance et d’amitiés, un jour que je n’ai pas vécu, ce n’est pas moi toutes ces histoires : quand j’allais à la pêche, près du bac, il n’y avait pas de petite fille ressemblant à un petite garçon.

Mercredi 11 mai

Je commence à regarder d’un autre œil les livres qui s’alignent, les vêtements qui s’entassent, les revues qui s’accumulent, les années qui s’empilent. Sur le portable fatigué, j’efface la musique stockée et les photos d’avril déjà ailleurs : le clic droit sur les livres, les vêtements, des revues, les années, ça ne fait rien, ça enlève à la rigueur quelques grains de poussière.

Mardi 10 mai

Du raisin. C’est la première idée qu’il me vient à l’esprit. Un grain. Puis un autre. Ils épousent la nef du Grand Palais de leur matière synthétique, de leur couleur aubergine. L’installation m’étonne, mais ça n’a pas l’élégance du Monumenta de 2008. L’installation m’étonne mais la file d’attente pour entrer dans la bête me décourage, je reviendrai.

Lundi 9 mai

Alela. J’en rêvais. La voix avait envahi les travaux l’an passé, au milieu des bâches je chantai(s). Merveilleux hasard, c’était le 9 mai.

À La Cigale elle chanta ce soir, était-ce une fable ? La voix bien sûr, extraordinaire, poignante, mais son country band un peu bruyant je l’aurais volontiers remisé au placard, au milieu des santiags. Au milieu, heureusement, un moment de grâce, elle seule à la guitare pour deux titres. Soupirs.

Dimanche 8 mai

Vous êtes sortis, vous ?

Fabien oui. Catherine oui. Susanna et Laurent, oui. Ils sont sortis, ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud… de la Corse. Ah mais j’oubliais, l’alcool ça fait perdre la mémoire : j’ai oublié de parler de la dégustation de vin de 11h30. Hips.

Samedi 7 mai

On devrait tant dire sur les grands yeux des femmes qui regardent le spectateur. Sur les lumières et les couleurs aussi, le fauvisme qui n’en est pas vraiment un, cette écuyère qui s’est échappée de Dieppe, le doigt sur la joue, les tissus, les verts, oui les verts sur les visages, les visages verts, verts d’eau ou d’autre chose, je m’y suis plongé. Les premières années de Van Dongen sont sûrement les plus belles, celles avant la sagesse de ces longs portraits, on est assez d’accord là-dessus ensuite, même si vraisemblablement tu l’idolâtres moins que moi, mais on passe à autre chose pendant cette longue promenade, un kilomètre, puis deux, au moins quatre de quais.

RER C, bibliothèque… une glace ? Un rafraîchissement avant la fraîcheur d’une salle climatisée. Sur l’écran « La ballade de l’impossible« , pour vaguement capter trois mots de japonais et s’embarquer dans une jolie histoire, douce et amère comme une mousse au chocolat.

Vendredi 6 mai

« C’est qui René Flesh ? » Je me trompe sur le prénom, il s’appelle Henri (voudrait bien réussir sa vie ?).

Il était sur scène, icône rock sèche accompagnant Miss Carlotti et Jean-Pierre Petit pour leur « Rock’n’roll lies », conférock pas rance sur les critiques.

À la sortie des artistes on a fait comme les groupies, sourires et accolades, tiens une garçonne, tiens… oui, moi. J’étais revenu dans les parages, j’étais revenu sans dérapages, sans parader.

Jeudi 5 mai

Le soleil, profitons. À la Cinémathèque, je suis donc en avance pour le film, les tours ne sont même pas encore teintées d’ocre. Un peu de repos sur un banc malgré cette fille qui parle trop fort, cette envie de les photographier eux là-bas avec cette poussière qui se soulève sous leurs coups, leurs pieds et leur ballon. Je ferme les yeux, crains de m’endormir malgré l’épuisement ; je les ouvre tandis qu’au loin tu passes. On va voir Kubrick ? Oui, allons-y, je ne nous imaginais pas tant en avance. On a vu Kubrick, enfin l’expo, on a vu et je n’ai rien à en dire, rien à en tirer, ce doit être la fatigue découplée par ce sac à traîner. On a vu le film enfin, ça c’était prévu, « Les équilibristes » de Nico Papatakis, avec Piccoli qu’était là. Anouk Aymée aussi, joli moment, que ce petit hommage à quatre voix, cette lettre lue, ma découverte par leurs témoignages de cet homme dont j’ignorais tout : l’oeuvre comme l’existence, le décès en décembre, etc.

Le film ? Inspiré de Jean Genêt, film vérité sur des amours impossibles ou film impossible sur des amours vraies. Il faudrait peut-être que je parle de ce personnage (presque) secondaire, la mère du jeune homme, cette allemande paumée, mais il est tard, je suis épuisé. Elle aussi.

Mercredi 4 mai

« Excusez-moi monsieur, vous auriez un mouchoir ?« . Je n’ai pas de mouchoir. Elle non plus. Elle vient de se prendre en photo au milieu de sa conversation hachée avec ses deux copines, hachée par la musique qu’elles ont dans les oreilles. Sur l’autoportrait elle dû trouver ses lèvres trop rouge. Faute d’un mouchoir, elle appose à plusieurs reprises ses lèvres sur une feuille de papier tirée de son sac. Difficile de rester concentré l’être humain est définitivement plus complexe et fascinant que les nombres japonais…

Plus tard, autre wagon, tu m’appelles : « Allo ? oui je suis devant la salle n°1. – Devant la salle quoi ? Pourquoi ? on avait un truc de prévu ? ». Ah oui, j’ai oublié Jean Vigo… Ah non, la valise à rapporter, l’aller-retour, la chaleur, ne m’attends pas…

Nous nous sommes retrouvés après, pour ce petit resto souvenir de ma première venue à Paris. Première je crois, un doute peut-être.

Mardi 3 mai 2011

Je n’ai plus pour lecture et obsession que le japonais : retenir, apprendre, comprendre, retenir, retenir, noter, retenir, chercher les moyens mnémotechniques pour retenir, ce kaeru un peu comme en allemand, ce « Kyôto-e iki-masu » de plus en plus vrai…

Lundi 2 mai 2011

La petit fille suce un os, ses collants roses salis par l’absence de chaussures. Posé à l’arrière de la poussette, l’effigie moustachue : KFC. Sa mère a l’œil rivé sur le plan du métro, si petit. Pourquoi si petit ? Moi je la regarde et je rêvasse de là-bas ou de moins loin, Barcelone par exemple, Barcelone me revoici, Barcelone pour mes 37 bougies.

Au bout du trajet retrouver X et Hobo aboyant, puis G, main devant le visage quand il est question de faire un portrait. X s’inquiète, s’embarrasse d’un choix, cherche dans mes mots ce qui fera peser la balance d’un côté plutôt que d’un autre. À propos de balance, c’est un peu gras ce confit ?

Dimanche 1er mai

Dur de retenir les mots, les expressions ; je les note sur ce calepin rouge que tu m’as offert. Là, sur la terrasse en travaux et au soleil, deux tasses à café et ce livre que je vais ensuite ouvrir, La chambre claire, de Roland Barthes :

Quoi qu’elle donne à voir et quelle que soit sa manière, une photo est toujours invisible : ce n’est pas elle qu’on voit.

Livre difficile, l’esprit un peu dans le japonais ou ailleurs alors que le soleil se cache derrière l’immeuble et dans les parfums d’aubergine. Livre difficile mais belle vision du portrait par l’auteur.

Et puis c’est dimanche, mais c’est le 1er mai, on l’a juste oublié. Devant les portes chômées du musée d’Orsay on emprunte un autre chemin, d’autres idées, idées de secours vers le 16ème arrondissement, vers Guimard que tu ne connais que peu, vers Mallet-Stevens aussi tandis que Corbu est au fond de l’allée close.

Avril 2011

Samedi 30

Billet d’avion pour le Japon : acheté. Mac book pro 13 pouces : acheté. Housse pour le mac book : offerte. Il y a un mois il n’y avait rien de tout ça, presque rien de tout ça.. et voici qu’en avril je me suis découvert de plus d’un fil.

Le soir, retrouvailles rue du Colonel Oudot… certains visages s’étonnent. Il y a un mois, etc.

Vendredi 29

Parmi les rayonnages je cherche un livre, un livre sur la photo car c’est grâce à la photo qu’on se connait, un livre sur le travail d’un photographe que j’aime, que j’aime partager. Je ne trouve rien, regarde l’heure passer, je file à Beaubourg, sa librairie, son choix. Guy Bourdin. Les polaroïds cette fois. Petite merveille de livre à la couverture caressée, une fois de plus, une fois déballé. Déballé plus tard, une fois à la fête qui célébrait l’anniversaire de Johann. A l’intérieur, au stylo bille bleu, j’écrirai ma dédicace, mal écrite puisque au stylo bille. Entre les deux une coupe. De cheveux.

Jeudi 28

Hein ?

Mercredi 27

Sharunas Bartas, jadis, m’endormit. Ce soir, que nenni, il faut dire que ce fut court et que… ce n’était pas vraiment lui, mais un fan ayant réalisé un documentaire de 45 grosses minutes sur Bartas. Ou pluôt sur lui-même. Enfin sur un peu tout ça, de quoi avoir envie de voir le film “the House” en tout cas. Auparavant du violoncelle. Ensuite, un buffet lithuanien. Vous
reprendrez bien un peu de ces soirées, non ?

Mardi 26

Un court moment de répit avant de prendre le 8h22, à la bouche le goût du dentifrice et du café mélangé et devant les yeux “6 mois”, revue photographique lourde et belle. Au fil des pages, ce garçon guinéen qui porte un trophée et un soutien-gorge en matière brillante, satin ou synthétique.

Dans le 17h54 qui me ramène vers la Gare du Nord, le contrôleur nous offre le verbe “péjorer”. De quoi pérorer en arrivant pour dîner, ou plutôt pour souper comme prévu puisque S devait passer et la machine laver…

Lundi 25

Retour. La revue “De l’air” ouvre ses pages à “Tendance Floue”, Libé offre une superbe photo page 24, je prends des nouvelles de Chick’, JLM ou F et le train pour Paris, avec pour lecture Hôtel Iris, un Yôko Ogawa : Annie Ernaux a cédé sa Place. En bas de la page 84 je me demande si l’on râpe le savon au Japon. Trois jours plus tard c’est le livre qui sera râpé : dévoré.

Dimanche 24

Depuis quand on ne s’était pas vus ? La visite est famliale, et même Noël n’étais pas le dernier rendez-vous. On cherche des repères, la couleur de cette voiture, et puis qu’importe…
Je montre en souriant la balafre : le barbelé s’était fait discret peu avant, le temps de quelques clichés où je traquais l’oeil humide des vaches. Et puis quelque part la voix moqueuse et élégante de Marie-France Pisier qui passe dans les branches ; on a tous à l’esprit l’image tristement cinématographique d’un corps flottant dans l’azur d’une piscine sous un ciel trop bleu.

Samedi 23

Les billets sortent froissés de la poche de M, que je ne connaissais pas quelques heures plus tôt. Il me parle d’une monnaie trop rendue, je ne cherche pas à comprendre, brouhaha, bref. Nous attendons impatients le concert d’Anna Calvi, présente à Saintes au milieu d’une tournée dont tout le monde parle. Au sortir du concert on parle de sa voix, sorte de rondeur Presleyenne des débuts grimpée sur talons aiguilles noirs, un corsage rouge comme ses lèvres. D’un oeil, j’aperçois les photographies que font celle-ci ou celui-là : j’aurais dû prendre mon appareil, immortaliser cette vision sanguine.

Saintes donc, salle Geoffroy Martell précisément. J’y évoque les souvenirs d’un spectacle, j’ai 8 ans je crois, peut-être 9, je suis maquillé, je suis sur scène pour acheter une voiture
et dodeliner de la tête en suivant les essuie-glaces. Mon plus grand rôle. Le seul. Souvenir amusant, je crois que j’avais adoré ça. Ca vous étonne ?

Et puis les larmes. Je fais pleurer les vieilles dames. Ca, ça vous étonne !

Vendredi 22

Matin. L’accent est fort et slave. Les fautes de français se glissent dans les paroles. “Moi qui m’aimais, toi qui…”. Pour Hello Dolly, le résultat en anglais est merveilleux ; il aurait fallu que l’accent fût bulgare pour trouver le yaourt onctueux.
Train. Je dévore La Place

C’est dans la manière dont les gens s’assoient et s’ennuient dans les salles d’attente, interpellent leurs enfants, font au revoir sur les quais de gare que j’ai cherché la figure de mon père. J’ai rencontré dans des êtres anonymes rencontrés
n’importe où, porteurs à leur insu des signes de force ou d’humiliation, la réalité oubliée de sa condition.

Un cercle rouge se découpe au-dessus de l’horizon deux-sévriens. Mais ce couvercle ne couvre pas la voix de la petite fille malicieuse. L’homme assis à côté de moi s’est levé après
avoir rangé ce magazine sur la chasse où l’on s’inquiète de l’occlusion intestinale des chiens. J’ai un peu froid : la clim.

Jeudi 21

Un quai au soleil. Assis, attendant, je caresse la couverture du livre que tu m’as offert il y a deux jours dans un papier fleuri. Je commence à lire la préface de cet ouvrage qui dessine en mots et en couleurs le rêve qui sera atteint dans 3 mois : Kyôtô.

Des pavés au soleil. Marchant avec A et J, je caresse quoi ? Un espoir peut-être.

Mercredi 20

La tête d’un gars digne d’un film de Bill Plympton, un SMS qui parle paquet : de quoi sourire.

La lecture de La Place, encore Annie Ernaux me direz-vous, prix Renaudot 1984 vous préciserai-je : de quoi moins sourire.

Mon mari est arrivé le soir, bronzé, gêné par un deuil qui n’était pas le sien. Plus que jamais, il a paru déplacé ici. On a dormi dans le seul lit à deux places, celui où mon père était mort.

Le ciné pour “Road to Nowhere” de Monte Hellman : de quoi être enchanté de retrouver le grand écran pour cet objet.

Mardi 19

Le sachet avait été ouvert la veille, libanais, épicé.
Ce soir j’ai ouvert la boîte transparente et hermétique qui contenait le reste, retrouvant le goût des graines et de la solitude ; solitude éphémère. J’ai ensuite pris un cachet d’aspirine, une douche et une profonde respiration… Tu m’attendais.

Du jeudi 14 au lundi 18

Oui oui j’arrive ! Mais bon… Cinq jours à Prague, ça se résume pas en deux phrases.

Mercredi 13

Visage plutôt antipathique, il monte dans l’ascenseur. On choisit l’escalier. Arrivés au 5ème étage, il nous précède en entrant dans l’appartement, l’air légèrement surpris de nous voir là, avec notre air amusé. Et sous la couverture bleue, Guibert traîne encore.

Mardi 12

Vous sentez ?
Vous ne sentez pas ?
Allons… mais oui… ça sent la valise !

Lundi 11

J’étais
en avance. Laurent m’appela : il serait en retard. Je fis donc un détour imprévu. Et finalement j’arrivai en retard, très en retard, tandis que les pétales virevoltaient dans Paris. Images poétiques d’un vent printannier… Et puis tu m’écris que tu pars pour L.A., et j’ai à l’esprit l’idée de quelque chose de plus estival.

Dimanche 10

Dans le carnet les pages sont bleuies, noircies, crayonnées. Me suis réveillé en savourant cette solitude, cette lumière, la fraîcheur du tissu, le sommeil léger troublé toutes les neuf minutes, l’absence d’odeur. A la terrasse du Rivolux j’ai souri face au soleil, sourire ou rictus, les yeux plissés ? Ai retrouvé JLM, ai revu Guibert. Guibert et Huet aussi. Ecrire sur Guibert. Passer à l’infinitif. Déjeuner avec JLM, W et S. Voir J et marcher avec lui, parler et prendre le soleil, tellement de soleil. Par hasard tomber sur C accompagné d’un marathonien et ne pas en croire mes yeux. Sans l’avoir prévu voir CK en pleine recherche et à une terrasse, tandis qu’à l’horizon les coupoles du Printemps. Notez la majuscule : non ce n’est pas une allégorie.

Je garde toujours chez moi une bouteille de champagne et un rouleau de pellicule TriX au cas où je rencontrerai un joli garçon dans la rue et qu’il ait la gentillesse de bien vouloir me suivre. Mais je ne rencontre jamais de jolis garçons ou bien
ils ne sont pas assez gentils pour vouloir me suivre.

… Tant à dire sur Guibert. Tant pour s’inspirer ?

Samedi 9

Où l’on retrouva ces samedis tellement remplis que je ne sais jamais par quel bout les écrire, surtout quand ils commencent étrangement, la pendule ayant reculé de presque trois ans, mais le lit étant le canapé. Il suffit pourtant de les prendre dans l’ordre…

“Parce qu’il y a des auberges qui sont sur la mer” : elles parlent de vacances, de la Sicile, il fait soleil et Alberto arrive, avec dans la poche, la clé usb du bonheur, du bonheur pour lui. Pour moi, c’est un peu de travail. De travail pour rien, vous y croyez ? Et puis Xavier, Xavier puis sa soeur avant l’achat d’un guide de conversation tchèque. Un peu plus tard j’essaye de retenir comment on dit “bonjour” ou “merci”. “Merci” c’est plus facile, ça sonne
comme… non, rien… Allons plutôt au Père Lachaise, comme ça, au hasard, comme autrefois, après tout c’est le quartier qui veut ça, on revoit les endroits et les visages, mais à
l’époque on n’entendait pas “On va aller voir Bashung“.
Ici on visite les morts mais à la sortie je vais visiter les naissances. La naissance c’était il y a 14 mois mais je n’avais jamais vu sa bouille. celle de sa mère n’a pas changé. Comme autrefois quoi…

Vendredi 8

A 8h01 c’est même vendeur que la veille, mais avec les tirages qu’il me tend il me vend plutôt du rêve pour 19 euros et des poussières. Mais voilà c’est un peu trop sombre, il faudra revenir. Mais rosé, le foie de veau.

A 20h02 le spectacle commence. Sur les chaises de Florent je prends des clichés des Mousquetaires au Couvent que je ne verrai sûrement pas, ce n’est pas mon appareil… ce n’est pas non plus mon habitude.

Mais je ne sais pas à quelle heure je termine la lecture de L’autre fille mais je crois que j’étais, de toute façon, un peu des années plus tôt.

Jeudi 7

19h30, appel privé. Je me doute mais je réponds. Bingo. Urgence. Urgence ? Ah bon… Je termine ensuite le rangement pour que la chambre soit dans un état correct pour deux marathoniens scandinaves qui s’essouffleront dimanche. Tiens justement, c’est l’heure des Souffleurs…

Mercredi 6

Des images, des mots et dans les deux, des routes.

Mardi 5… M le mardi ?

De l’autre côté du mur, un dîner. J’espérais une soirée calme, j’imaginais une soirée courte mais j’enfile un casque tandis que la fatigue me pousse. L’éveil revient pour quelques sons, mais j’ai depuis oublié lesquels.

Lundi 4

C’était une journée de travail qui avait été entrecoupée, entrecoupée de deux fous rires, à cause de la bibliothèque de Frédéric Lefèbvre et de poireaux sur un tableau.

C’était une journée de travail qui s’était allongée, allongée sur un stand à dire bonjour et sourire, distribuer et puis attendre. À 22h33 je regardai ma montre, Kim Wilde chantait
Cambodia dans les couloirs de la gare du Nord ; j’avais bien fait de me ruer sur le 22h10.

Trimanche

À sa tête, à sa voix au-dessus des autres dans cette file d’attente envahissant le trottoir étroit de la rue Champollion, j’ai senti qu’elle allait être juste chiante. Pas manqué,
elle a gloussé pour n’importe quelle raison en regardant M le Maudit de Fritz Lang. Elle n’a pas été la seule : son mec et sa copine en ont fait autant. Trio agaçant, triangle assez sot, ça m’a rappelé la glousseuse de Le Guépard, mais après tout ça fait des anecdotes, ça dévie l’attention quand on n’a rien à dire sur un film. Et pourtant je devrais avoir des choses à dire, c’est bien, c’est vraiment bien, c’est tellement autre chose, tellement marqué, tellement joué, tellement indispensable, et puis ce regard…

Bon, après, hamburger chez Breakfast in America. En sortant je sentais le gras, mais j’aurais volontiers repris une portion de Fritz.

Samedeux

Ca commence tard, il est presque midi, on m’appelle : ça commence trop tard car il fait désespérément beau et je regrette les deux verres de vin blanc de la veille ; deux verres seulement pourtant. Je m’égare peu de temps après, téléphone oublié,
une terrasse au soleil pour lire L’autre fille et l’on constate ci-dessous que j’hésite à garder les lunettes de soleil quand un voile de nuages couvre le soleil et la tasse à café.

Ca continue du côté du Palais Royal, c’est familial et fleuri,
je guette mais les photos en plein jour et en plein centre… mouais…

Ca se poursuit rue de Bercy parce que Natt avait eu la bonne idée de s’y installer. Je suis épuisé mais j’acquiesce, un peu comme la veille, c’est bon de foncer voir les amies en terrasse.

Ca se termine rue Charlot, puis dans un troquet attablés. Ils sont là, oui ils sont là dorénavant, dans ce quartier. B&V sont là, on résume deux ans de vie, j’ignore ceci, j’ignore cela, je leur apprends ceci, on se rappelle cela. On en vient à évoquer ça, là, oui ça, ce qui est devant tes yeux, lecteur. Natt préfère mes images. B préfère mes textes, il dit que ça l’amuse ; je me demande s’il m’a lu récemment, mais surtout je rappelle que ça va faire 9 ans. Neuf ans de journal. C’est avant ou après que l’émeute surgit, pas très longtemps, de quoi s’inquiéter brièvement, de raconter ça le lendemain, les mecs qui se battent, les types qui viennent chercher sur la terrasse des couverts ou des verres, je ne sais pas, de quoi (au
mieux) faire peur. B&V sont là dorénavant, dans ce quartier… et ils ne sont pas tout seuls.

Vendredun

L’orchestre était venu poser ses partitions à Nogent, nouveauté, nouvelles oreilles, nouveau lieu et la rondeur du son de l’église qu’on pouvait craindre un peu. Moi j’avais un pied dans le professionnel et un dans le bénévole, les deux oreilles au milieu et j’ai surtout souffert de l’indiscrétion de mon appareil photo, au son pas rond pour un sou. Peu de clichés à l’arrivée, difficile de viser les décibels…

Dans les bouchons CK m’appelle, me demande, je n’en puis plus mais elle insiste, ce n’est pas loin, alors j’achète, j’abdique, j’obtempère, j’acquiesce, je viens. Là y a Sido, chaussures à boules et paillettes, puis Ludo, puis plus personne, non vraiment la soirée 70’s ce sera sans moi.

Mars 2011

Jeudi 31

Après 4 heures à faire le gardien de tableaux colorés, il me fallait voir autre chose. Mais ce fut encore et toujours tardivement le même quartier, les mêmes rues arpentées en me disant que peut-être j’y verrai, oui, autre chose, d’autres lignes, d’autres perspectives, d’autres silhouettes derrière les bâches et les vitrines. Quoi qu’il en soit à présent y a des yaourts dans le frigo.

Mercredi 30

Mais tu n’es pas ma soeur. Tu ne l’as jamais été. Nous n’avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t’ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t’ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n’ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l’enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlati jamais, l’absente de toutes les conversations. Le secret.

Le dernier livre d’Annie Ernaux reste du Annie Ernaux – des souvenirs, nets ou flous, et une certaine analyse – mais c’est peut-être la plus belle chose que j’aie lu de cet auteur. C’est doux, délicatement triste, fataliste et interrogatif, éteint et lumineux, ça se lit et se relit et puis le soir c’est encore la mort, celle d’un homme de 85 ans, alors un peu de travail, un peu d’attente, et je retrouve plus tard que prévu MG et JL, dans un autre bar que prévu, mais avait-on vraiment prévu un bar ?

Mardi 29

C’est complet. – C’est complet ? – Oui c’est complet. – Sur l’écran : COMPLET. Je m’en étonne, mais le comprendrai deux heures trente plus tard, en voyant la petite salle de 60 places. Complet alors c’est mini tournée des bars. Mini tournée car les Souffleurs sont fermés. Au Duplex si peu de monde que les poum poum ne couvrent pas les bla bla ; tant mieux. Un autre tant mieux à la sortie du film, tant mieux de ne pas avoir été démotivés par ce COMPLET et son contretemps pour “We want sex equality”, film anglais, so brittish indeed, film charmant, touchant, intéressant, amusant mais tellement sérieux [Soixante-huit c’était hier pam pam pam, pam pam pam, on bouffait du riz cantonnais…]

PS. “De façon phatique“. De façon quoi ?

Lundi 28

Rien ? Presque rien : attendre.

Dimanche 27

Le matin je me pousse tôt du lit ; ne me parlez pas de ce changement d’heure. Dans la rue Montorgueil je rêvasse et j’hésite, fais la moue face à Pierre L., choisis finalement des tartelettes tomate-basilic. C’est une bonne idée ce brunch : je ne profite pas assez souvent de l’ambiance dominico-matinale des artères piétonnes et commerçantes.

Le soir, je me couche tôt aussi ; Miss Carlotti et Cie nous offrent un ACR, deux ans et cinq jours après ce souvenir d’un hôtel du 16ème et de quelques bulles de trop. Dans le bain je rêvasse mais hésitè-je ? Point de moue.

Entre ces moments, de tout et des riens, des essais de lunettes, la tentation d’un tee-shirt, les yeux sur des vitrines… et toujours la lecture de L’occupation. Comme je l’écrirai quelques jours plus tard à Mister fine bouche, on a l’impression qu’Annie Ernaux se débarrasse du livre pour se débarrasser plus vite du sujet, de cette jalousie, de cette douleur. L’écriture est froide, presque désagréable, je l’ai connue plus douce, plus glissante, comme si là, dans ces 65 pages, l’usage du point me lassait, comme si les sauts de lignes entre paragraphes étaient à l’image d’un certain vide ressenti à la lecture. Il faut croire que c’était la journée de la ponctuation, avec tous ces signes, de suspension, d’interrogation, d’exclamation… et le point-virgule aussi, ce duo entre l’arrêt et le glissement, entre la reprise du souffle et le ton qui baisse.

Samedi 26

Kyoto reste un projet, malgré tout, malgré ce qu’on lit, ce qu’on entend, ce qu’on craint. D’ici août, après tout, où en serons-nous ? Sera-ce moindre ou pire ? Nous n’en savons rien. Alors je prépare ce séjour, plein d’espoir… et le billet aller-retour Paris-Osaka est au bout du clavier de l’agence…

Puis deux musées. Le musée d’Art moderne avec “General Idea“, expo incroyable : impossible de résumer en trois lignes le travail de ces trois énergumènes à la folie douce… douce comme du poil de caniche ? Et puis le Palais de Tokyo avec une exceptionnelle exposition avant une vente chez Christie’s de mobilier principalement Art déco (on pouvait y voir également la fameuse chambre au nénuphars de Majorelle).

Enfin une dernière invitation au voyage sur l’écran du Nouveau Latina : L’étrange affaire Angélica, de Manoel de Oliveira. Il faudra que je me penche sur le cinéma portugais, pour comprendre cette manière de poser et peser les phrases et les dialogues… cette diction… ce jeu poussé (poussif ?)…
Film naïf baigné par des regards d’enfants (ceux du photographe et de Justina en particulier), cette étrange affaire porte bien son nom. Alors, j’ai préféré m’intéresser au rôle de la photographie dans le film : le regard du personnage principal, son besoin de témoigner des choses en déclin, son oeil tout simplement. Vous savez, grâce à la photo, on ne s’ennuie jamais !

Vendredi 25

Rue Labat, tout n’est pas neuf mais tout peut être sauvage… Parfois mes références musicales sont encore baignées de mon adolescence de Top 50. Sur l’écran de la télé défilent des titres de toutes les époques tandis que Steph’ s’esbaudit pour Pierre Lapointe. Du progrès ?

Jeudi 24

Elles montent dans la rame, elles sont deux, peut-être 18 ans mais elles en font 19. Celle vêtue d’un tee-shirt marin à manches longues parle tout bas ; c’est l’autre qui accroche mon regard, de bas en haut. Ongles de pieds bleu pétrole ; sandalettes de cuir noir à franges et clous ; robe légère, noire, constellée de motifs blancs comme des petits nuages ; perfecto aux épaules recouvertes par ses longs cheveux d’un blond approximatif. L’attitude est plutôt vulgaire. Et puis ces bijoux, tous ces bijoux en argent…
De sa grosse bouche sort alors cette phrase “Oh mais moi j’comprends rien à tous ces discours écolo-politico… pfff“.
J’ai dit vulgaire ?

Autre lieu, autre mots… La carte d’infidélite (oui oui) de chez Colette Kerber avait été joliment remplie, et je bénéficiais d’un réduction de 6,80 euros sur les achats du soir : Ce qu’aimer veut dire de Mathieu Lindon que j’offrirais le lendemain, le Photopoche de Tendance Floue et enfin L’autre Fille.Ca vous fait le Annie Ernaux gratuit” me dit-elle en souriant. C’est évident : elle sourit tout le temps. J’en fis de même.

Mercredi 23

Je me souviens de cette espèce de fierté d’avoir vu autre chose, une évidence du noir et blanc, un plaisir peut-être un peu condescendant face au cinéma de madame tout le monde, l’impression d’avoir fait quelque chose d’important. C’était “Soudain l’été dernier“, mais je ne sais plus exactement quand c’était, mais sûrement cette période pendant laquelle j’ai découvert Mankiewitz ou Cassavettes, tardivement, tardivement sur la pendule et au vu du nombre d’années déjà derrière moi, au moins vingt. Aujourd’hui le visage de Liz Taylor s’est figé comme il se figera demain sur les premières pages des quotidiens. Soudain l’éternité.

Mardi 22

Et puis dans mon sac, glisser L’occupation, d’Annie Ernaux. Les petites ouvrages se suivent mais ne se ressemblent pas, en dehors de leur point commun notable : ils sont tous inspirés de faits réels voire, comme dans le cas présent, ne sont que des faits réels.
Aux premiers mots, je réalise que l’histoire est celle qui a inspiré le flm L’autre. Les images reviennent et je pose alors sur les pages le visage triste et déterminé de Dominique Blanc.

Lundi 21

Dis donc mon salaud tu aurais pas oublié mon anniversaire !?!?“. Le SMS tardif pointe la déception, mais je répond que je ne l’ai pas oublié, que j’ai juste été dépassé par cette idée de printemps et ce retour aux manches qu’il faut relever, que j’ai repoussé à plus tard, vraisemblablement beaucoup trop tard pour presque l’oublier, un message, une petite flamme virtuelle au bout d’un objet de cire.

Dimanche 20

Besoin d’Internet. Mais panne. Re-panne. Insupportables à-coups. Pour la participation de 12h. A 18h ça a l’air de marcher parfaitement mais plus tard pour les résultats re-belote… Ca rend définitivement l’âme au dernier clic : coup de bol relatif… Entre les deux il a fait beau, si beau, frais à l’ombre ou à cette terrasse n’est-ce-pas, à cette saison il fait toujours froid à l’ombre… quoi que la saison en question est un peu en avance non ?

En revanche j’étais un peu en retard chez X ; nous ne sommes plus du même quartier, nous n’irons plus boire un café au Progrès, je ne pousserai plus la lourde grille rue de Turenne. J’arrive la bouteille à la main, sans avoir pensé à la moindre cacahuète. Il est au milieu des cartons et des modes d’emploi suédois. Quand je repars la bouteille est vide, la soeurette arrivée juste à temps pour un fond de verre…

Et au retour dans le métro une photo pas prise : jeune fille brune et pensive, gros casque blanc sur les oreilles, quelle musique pouvait bien en sortir ? Elle tenait un ballon : une énorme tête de Minnie, brillant sous l’éclairage artificiel du quai puis de la rame.

Samedi 19

– Alors tu as vu quoi de beau ?
– Boh…

Je ne sais pas toujours quoi répondre à cette question. Là, lors de ce moment, je ne pense pas avoir vu quoi que ce soit de beau. La preuve ci-dessous, ou dans ce que je ne montre pas. Mais était-ce le but, de chercher du beau ? Le but était surtout de compléter et compléter encore ce lot de photos, cette série et de mettre de plus en plus d’images sur cette idée, cette envie, ce besoin de montrer, de me rappeler, de chercher… et finalement d’obtenir parfois quelque chose d’autre, de radical, de conceptuel (permets-moi de reprendre tes mots que j’ai lu et que je relis encore pour m’en imprégner… voire les comprendre). Je crois que la réponse est dans le mélange, la mixité, une sorte d’ambivalence entre le radical et l’évidence, la rigueur et la douceur, la rouille et les souvenirs heureux.

Et puis le train. Retour vers Paris, avec principalement la lecture du dernier Laurent Mauvignier, Ce que j’appelle oubli, 60 pages – après Echenoz, décidément… Mais cette fois on n’est pas chez Echenoz : on ne rigole pas un instant, on ne sourit pas, on prend dans la gueule un texte sans points, un texte sans points comme un homme sans souffle, sans points sauf d’interrogations quelquefois, parce que c’est forcément plein de questions une histoire pareille.

et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu

Vendredi 18

Je suis à la campagne, G est en campagne. Je rejoins donc la ville tandis qu’il quitte la sienne le temps d’un déjeuner délicat et parfumé, à une table que l’on m’avait conseillée. A juste titre.
On évoque ceci ou cela, les petits mots et les petites phrases, les détails, les poussières qu’on glisse sous les tapis, les projets, les images, les petites histoires qui parfois prennent un H majuscule au bout des années. Une fois le repas passé, des pas sur la passerelle, je reprends les histoires espacées, histoires d’A, quelles autres lettres ?

Jeudi 17

Mon corps, soit sous l’effet de la jouissance, soit sous l’effet de la douleur, est mis dans un état de théâtralité , de paroxysme, qu’il me plairait de reproduire, de quelques façons que ce soit : photo, film, bande-son.

Première phrase du premier livre d’Hervé Guibert : La mort propagande. Le visage est beau sur la couverture, le visage est angélique mais les mots qui suivent sont comme diaboliques. Ceux d’un homme de 21 ou 22 ans qui crache alors tout ce qu’il peut. Tout, oui tout : je ne peux pas reproduire ici les mots qui suivent et que j’évoque. Les pages qui suivront seront-elles autant… ? autant… je ne trouve pas les mots. Les ouvrages qui suivront, en tous les cas ceux que j’ai déjà lus, ne seront pas autant… autant… non, je ne trouve pas les mots.

Mercredi 16

… Mince j’ai oublié les photos…

Mardi 15

Deux ans plus tard, je suis dans le train et j’écris. J’écris alors sur une autre histoire : celle-ci, ça va faire dix ans. Dix ans dans 17 jours. Dix ans dans quelques mois aussi, le virage de l’histoire, Barcelone, la page qui se tourne et une génération qui s’envole.
Deux ans plus tôt, c’était hier, un doute sur l’heure et je recherche ce SMS que j’ai forcément conservé. 17h57. Tu comprends : ce téléphone est plein de souvenirs. A 17h57 j’allais être un peu en retard. Pas trop je crois.

Voilà, je suis dans le train et je me plonge dans les vieux SMS, incroyable floppée conservée pour des raisons que j’ignore… Le 16/10/08 à 18h37 par exemple : “Suis en retard de 10 min. À tout de suite”. Clic. Supprimer ? Oui.

Et puis des regards suivis de quelques mots : “Je n’aime pas les incertitudes“, etc. Mais ça aussi c’est une autre histoire…

Lundi 14

J’ai noté le nom des villages gersois sur une feuille ou ailleurs. Mais où ? Je les ai oubliés. Laissez-moi réfléchir… Fleurcès ? Sarrelingle ? Ah voilà, merci l’office de tourisme du Gers : Fourcès et Larressingle. L’un puis l’autre village, joliment sans touristes à cette époque, nous ont offert un moment de calme, d’étonnement, d’éclats de rires et de sourires… de paix peut-être, de recueillement aussi, osons un tour au cimetière. Dans ce cimetière aussi il y a évidemment des oubliés, me voici donc qui photographie les croix rouillées et les ciments nus, avec toujours cette idée en tête d’en faire quelque chose…

JLM reparti d’un quai de gare plus tardif que prévu, les deux rescapés de ce week-end partent s’empifrer, moment gras presque extrême avant le ciné, pour une séance à l’opposé du gras et de l’oppulence, un cinéma sec où la pauvreté envahit l’écran. Pauvreté des hommes, des paroles, des effets, des couleurs et des esprits. Les armes, la corruption, le froid, les routes interminables… Mais l’image est riche, belle, parfois lumineuse ; il faudra que je cherche le nom du directeur de la photographie… De très belles scènes aussi, dures mais belles, la scène centrale en particulier que j’aurais manquée si je m’étais réveillé plus tard – oui j’ai dormi un assez court moment. Reste qu’il faut tout de même gratter sous la neige et le sang séché pour trouver un peu d’humanité dans tout cela…
My Joy, film russe, film rude, âpre, rigoureux mais fort, presque trop fort. Je pense à ma seule référence en cinéma russe contemporain (Aleksandra de Sokourov) et je me dis que la cinéphilie, parfois, c’est tout même moins drôle que les faux karatéka de Fourcès.

Et puis, enfin, la tête sur l’oreiller, commencer à lire une page du “Jérôme Lindon” de Jean Echenoz. Puis une deuxième. Une troisième. Les paupières sont lourdes mais l’écriture légère, elle m’emporte, et je referme avant même de m’endormir ces 60 pages de vie(s). Superbe hommage. Je me dis que résumer vingt-deux ans en soixante pages c’est tentant… Je te l’écris. Qu’en penses-tu ?

Dimanche 13

Des femmes qui visitent les musées ? J’en ai fait quelques photos, à Chamarande, au Louvre ou ailleurs. C’est toujours amusant les regards, les démarches…
Le photographe dont je ne dirai pas le nom a lui aussi trouvé dans les postures un sujet intéressant. Il en a donc fait une série… Les visiteuses… que l’on peut voir en ce moment près d’Agen. Soupirs. Soupirs ? Oui. Terrible déception. À mes yeux, une seule photo était belle, délicate, une main posée sur un bras nu, débardeur blanc devant un nu justement. Une ou deux photos étaient bien, correspondances de couleurs… Mais les tirages… mal calibrés, trop sombres. Je ne parle pas des cadrages, libre au photographe de faire des photos confuses… Et puis… le blabla technique qui se termine en annonçant le prix des clichés : 150 euros pièce pour ça. Non. Juste non.

C’était malgré cela une bien belle journée…

Samedi 12

Dpardon, sors de ce corps !Lectoure. Retour. La petite ville du Gers nous offre dorénavant une édition hivernale dans son tout nouveau centre photographique : belle occasion d’aller retrouver les trois Aquitains.
Lectoure. Un lieu, quatre euros, trois auteurs, un thème : la vie rurale. De l’ancien d’abord avec les paysans de Raymond Depardon et les paysages de Jacques Damez. Belles images du premier, joli concept du deuxième… et puis ?

Et puis on monta l’escalier. Un premier portrait, un deuxième… des grands formats de Frédéric Nauczyciel. Splendides.
Le lendemain j’écris.
Aujourd’hui je copie-colle :
“[…] portraits d’une modernité évidente mais d’un emprunt et d’une empreinte classiques merveilleux, de clairs-obscurs en personnages d’un autre temps avec ce moine par exemple. La ville était étonnemment vide et presque sans vie en ce week-end de vacances scolaires, boutiques fermées à quelques exceptions près, passants rares…
Français approximatif à vouloir jouer sur avec les mots mais tout à fait ça.

Vendredi 11

Dix heures. Un café rapide dans le troquet d’à côté pour finaliser tout ça. Mon regard se pose sur le téléviseur. Mon visage se fige. Je n’écoute plus ce qu’il me dit. “T’es pas au courant ? Y a eu un tremblement de terre au Japon et un tsunami, c’est une horreur“. Non je ne suis pas au courant, je n’ai pas écouté les infos ce matin, je n’ai même pas jeté un oeil à Internet… L’émotion m’envahit, je me contiens, me tiens au comptoir. Le pays de mes rêves et de mon projet estival est devenu le pays du cauchemar.

Jeudi 10

Parfois, même sur viedemerde.fr, se glisse une certaine poésie derrière la misère humaine :

Mon patron a toujours la même habitude en période de recrutement : il regarde la pile de CV, puis en retire la moitié et la met à la poubelle en disant : “Je ne veux pas travailler avec des gens malchanceux.”

Moi j’ai toujours la même habitude en période de pré-vacances : je regarde la pile de boulot et… j’ai comme envie de me jeter dans la poubelle.

Mercredi 9

Ma véritable mère était morte peu après ma naissance. Elle avait gratté un bouton qu’elle avait dans le nez, et les microbes étaient rentrés par là. […]
J’avais toujours très peur d’aller chez l’oto-rhyno-laryngologiste. Lorsqu’on enfonçait dans mon nez bizarrement retroussé un tube métallique manifestement trop long pour lui, je ne pouvais pas échapper à la crainte de le voir aller trop loin et transpercer mon cerveau.
Je n’avais aucun souvenir de ma vraie mère. Je ne savais pas ce qu’était une mère. Jusqu’à son apparition, pour moi, une mère, c’était une sensation métallique au fond de mon nez.

Yoko Ogawa – L’esprit du sommeil, nouvelle extraite du recueil Tristes revanches.

Mardi 8

J’ai récupéré les clés dans un dernier dîner amusé, amusant ; G est de retour chez F. Ci vediamo… Dans le métro je feuillette je ne sais quoi, lis peut-être vaguement ce recueil de nouvelles, et là-bas il parle, mais je ne l’entends pas. Le bruit du métro couvre la voix, que je suppose volontairement basse. J’imagine qu’il parle dans une langue étrangère. Peut-être slave. Ou anglo-saxonne. À côté de lui, l’autre est très près, j’avais remarqué ce visage difficile sur le quai. Leurs jambes sont-elles croisées ? Enchevêtrement confus. Qui sont-ils l’un pour l’autre ? Question en l’air pour une attitude étrange, proche et distante à la fois. Proche et distante ?

Lundi 7

J’avais encore en tête cette envie de lieu ; j’ai revu les photos. J’avais oublié que j’avais essayé quelque chose de plus brut, exceptionnellement en noir et blanc. Ca vous étonne ? Moi aussi. Tellement bien que je les ai partagées.

Le soir, Paris nocturne et italien approximatif… et vice-versa.

 

Dimanche 6

La sortie au Tango la veille avait était étonnante, trois ans sans y aller… La sortie au Tango la veille avait été raisonnable, alors à un horaire relativement tôt j’entraînais Giuseppe vers autre chose que le Paris montmartro-eiffelien. Métro Jasmin, je lui montre un peu de ces façades délicates : l’Hôtel Mezzara, le Castel Béranger, la rue Agar…

Plus tard, assis sur des gradins peu confortables, en face des yeux un écran et autour de l’écran une salle d’exposition dans laquelle on va, on vient. Loin d’être idéal pour voir un film, surtout un film à écouter avec attention, paroles fascinantes, rapportées de séances de spiritisme de la fin du 19ème siècle. “Des Indes à la planète Mars” s’est vu maltraité par le lieu et l’ambiance, dommage pour ce film fort sur la frontière entre le réel et l’irréel, entre le vécu et l’impossible, porté par des voix, des mots, une mise en scène parfaite qui joue justement sur la limite entre fiction et réalité.

Samedi 5

Un rouge à 11h30, une ficelle picarde et du filet mignon au maroilles, quelques rues un peu vides et trop fraîches, douze cadres accrochés au 5 bis, un journaliste, une dizaine de curieux, un grand sourire en manteau rouge, une retrouvaille ou deux, de jolies conversations et puis voilà. C’était bien non ? Oui, c’était bien.

Du mardi 1er au vendredi 4

Aller chez N+, venir, revenir, tourner, y retourner, hésiter, nommer, éliminer, décider, mesurer, choisir. Tout le reste, sauf erreur, n’a pas eu grande importance et mon esprit n’a pas eu le loisir de s’ouvrir à beaucoup d’autres choses… même si je suis sûr que j’en oublie, des choses et des airs. On notera une pointe d’énervement le mardi 1er, une bonne dose de résignation le mercredi 2, un début de soupir le vendredi 4… C’est aussi au milieu de tout cela que l’italien est revenu parce que l’Italien était arrivé.

Février 2011

Lundi 28

Devant mes yeux, enfin, des 30 x 45 sur papier photos.

Dimanche 27

Se pousser dehors. Malgré la lumière moche et les rues probablement vides. Marcher. Un peu plus loin. Un peu plus loin. Arriver à Opéra, hésiter sur le retour. Tiens la rue Bleue, c’est jolie comme nom la rue Bleue, ça donne envie d’y habiter. Mais ça ne donne pas envie de prendre des photos : presque aucun cliché en 1h30. Le seul qui aurait été valable, voire beau, je ne l’ai pas fait, par peur du bruit de mon appareil. Une femme très chic de noire vêtue, la quarantaine peut-être, plongée dans l’écriture et un carnet, assise sur un bout de bitume à l’entrée d’un parking miteux.

Standing by a parking meter when I caught a glimpse of Rita
Filling in the ticket in her little white book.

I the cap she looked much older
And the bag across her shoulder
made her look a little like a military man.

Lovely Rita meter maid, may I inquire discreetly,
When you are free to take some tea with me.

Hum pardon… C’est donc la nuit que je suis ressorti, pour des vues plus… comment dire ?… plus moi ?

Samedi 26

Elle énumère les thés avec une prononciation approximative. Tu demandes un thé chinois, presque gouailleuse elle répond qu’elle n’y connait rien. Tu m’offres alors de Beyrouh quelques impressions souriantes et émues, ce livre de photographies de Depardon et ce paquet plein de graines et de souvenirs. Je t’offre en échange une probable impression mitigée d’épuisement (après deux heures de calibrage de photos) et d’enthousiasme (après deux heures de calibrage de photos).
Tu me proposes ensuite les galeries d’art ; j’avais prévu les galeries photos mais j’accepte, ready pour cette petite aventure dans le 3ème. Comme je ne note rien d’un lieu à l’autre, le temps d’écrire ces lignes j’ai presque tout oublié malgré les quelques jolies pièces, le sol mulitocolore, les choses insignifiantes, le film de (comment s’appelle-t-il déjà ?) et les créatures et la machine à laver de la galerie Emmanuel Perrotin. Quand on se sépare vers 19h30 et des soirées bien différentes, je place un nouveau zeugme et me dis que c’était une bonne idée, tant pis pour Tournaboeuf.

Vendredi 25

Ce n’est qu’un au-revoir, ce n’est d’ailleurs qu’un “bon week-end” puisque lundi ce sera encore un peu pareil, D l’Iranien parti mais C riant toujours aux éclats et à mes blagues approximatives. Tiens, j’ai cru voir voir passer un zeugme.

Jeudi 24

Ca m’avait fait réfléchir toute la journée de mercredi. C’était tellement précipité. Et puis c’était lancé. Je pensais proposer “Artificielles”, mais ma sélection ne me convenait pas, ça manquait de tenue, à croire que j’avais déjà oublié Mat Jacob. Alors ce sera “Nederlux“, parce que les lumières de Rotterdam m’offrait une unité de lieu rassurante, avec comme porte de sortie ce quai d’Anvers, avec comme grain de sable, comme tu dis, la lumière du jour d’un couloir ou le reflet sur une vitre… parce que malgré tout j’y tenais à cette idée de lumière(s). Voilà, dans quelques jours, j’exposerai douze photographies à Amiens… pfiouuuu…

Mercredi 23

Les magazines écornés sont posés sur la table basse, aucun de bien récent, les horoscopes vous prédisent 2011. Le couple de sexagénaires change de place pour faire face à la sortie, c’est l’homme qui décide, ça a l’air de le rassurer, c’est lui qui venait passer des radios. Moi ? J’attends mon panoramique dentaire, rien de plus. Je constate amusé que, dans ce couple, les rôles sont inversés. Évidemment c’est un peu facile, un peu caricatural mais je souris : c’est lui qui parle, parle, parle. “C’est secteur deux ou onze ?” demande-t-il face aux chiffres romains en police sans empattement. Elle ne comprend pas, il répète une fois, une autre fois, alors elle râle, elle finit par comprendre dans un grommellement. A travers la porte-fenêtre la lumière est plus faible, à travers les motifs rocailles du garde-corps les parapluies passent, touches parfois colorées sur le passage-piétons. J’en conclus qu’il peut à nouveau, j’ai peur que cela gâche mon parcours “Tendance Floue” déjà déprogrammé samedi à cause de cette fichue flotte simplement de saison.

Et puis malgré les gouttes j’y vais, parapluie déplié. Galerie des Filles du Calvaire c’est Mat Jacob qui gagne la palme. Soudain je comprends, je comprends que je me pose trop de questions sur l’harmonie, harmonie formelle tu parles, ici c’est l’émotion qui frappe au milieu d’un patchwork multi-formats, multi-grains, multi-lumières, noir et blanc ou couleur qu’importe. Sur le mur d’en face même principe, l’évidence fonctionne encore, ça me parle énormément, je voudrais être celui qui a fait ça. Difficile pour les photographes suivants de rivaliser… À La Petite Poule Noire l’éclairage du rez-de-chaussée est source d’insupportables reflets mais le sous-sol est un lieu propice à la magie du noir et blanc granuleux. À la Galerie Particulière où j’aime tant aller habituellement je reste sur ma faim malgré un propos solidaire évident et des paysages blancs vaporeux. Je termine mon parcours humide par l’hôtel Sauroy mais là… elle est où l’expo ? Agacé par la pluie je repars bredouille, samedi est un autre jour et le dernier pour voir ça…

crédit Mat Jacob j'ai le droit de mettre les photos sur mon journal ?

Plus tard les pavés glissants ne m’arrêtent guère et je presse le pas la nuit tombée pour aller au cinéma voir “Santiago 73, post mortem“, point de vue fascinant et rigoureux du putsch de Pinochet, regard peu violent en apparence malgré les corps entassés. Le réalisateur, après “Tony Manero” a le fichu talent de dévoiler juste ce qu’il faut de morts, de regards, de désir, de pensées pour gêner, faire frémir, faire comprendre. Objet historique nécessaire comme témoignage, le film reste cependant un film, un objet de cinéma, fort d’une radicalité formelle allant de pair avec le fond, lui même radical, c’est le moins qu’on puisse dire. Vingt-quatre heures plus tard ma mémoire flanche pour citer quelques exemples, mais reste gravé le dernier plan, fixe, très fixe, long, très long. Et radical. Fin.

Mardi 22

Mais taisez-vous donc, Darren, devait crier le prof au cancre au fond de la classe. Parce qu’il avait une grande gueule, Darren, parce qu’il en faisait un peu trop pour épater les filles, il leur faisait même croire qu’il aimait la musique classique pour se donner l’air un peu tendre, mais des années plus tard ça lui avait servi : il connaissait par coeur le Lac des cygnes, même sa sonnerie de portable faisait taaaaa talalalalaaaa lalaaa lalaaaa talalalalalaaaa. Quand il est devenu cinéaste, ça lui a donné des idées à Darren Aronofsky… et pan, il est parti à la chasse aux canards. “Black Swan” est donc un film que j’ai ponctué de quelques “oh non pas ça” et “oh bon oui ça va bon ça va maintenant on a compris” parce que j’aurais aimé un peu plus de subtilité, un peu moins de… enfin bref, j’arrêt de faire mon Cre, Black Swan reste un film par lequel j’ai été littéralement happé.

Et puis ne plus sourire, touché. Ne pas oser répondre. Couler.

Lundi 21

Miscellanées d’un lundi :
– Je ne suis pas allergique au céleri.
– La pâtisserie Aux blés d’or à Nogent est ouverte le lundi.
– Le Mustang est une région du Népal.
– En 2011, on peut encore acheter des tourne-disques pour écouter les albums de Dave.
– J’ai repris des lasagnes.

Dimanche 20

Voici que dans un élan d’harmonie je décidai de mettre Minuit sur une seule étagère. Avec l’achat de quatre nouveaux (mais petits) livres chez Colette Kerber — rappelez-moi que la veille j’étais allé à la FNAC avec le doux sentiment de ne rien souhaiter acheter pour cause de sentiment économe —, cette pile, là-haut, commençait à devenir imposante et m’obligeait à faire quelque chose, quelque chose mais quoi.
Mais Minuit ne rentrait pas sur une seule étagère. 36cm de large c’était trop peu, de peu. Alors Duras rejoindrait les autres maisons d’édition, Mauvignier irait on ne sait où, “Fou de Vincent” par Guibert resterait pour l’instant sur la table de chevet.

Cet élan alla de pair avec la reprise des activités d’autrefois, comme si j’avais retrouvé moi-même une certaine harmonie. L’affiche pour le prochain concert de l’OSC dépassa le stade de brouillon pour passer à celui de proposition ; mes connaissances en bidouillage de sites web me poussèrent rue de Turenne pour dépanner X ; mon oeil ailleurs retrouva les lumières artificielles et le ciel froid de Rotterdam ; et les Chardons refleurirent.

Samedi 19

Le projet de promenade pluri-galeries du jour fut remis à plus tard, supposant que le mercredi ou le samedi suivant jouirait d’une météo plus clémente. Néanmoins le rendez-vous avait été maintenu, et c’est au Louvre des Antiquaires que je retrouvai G, D et O pour s’extasier devant les travaux d’Hector Guimard puis blablater devant un café-chips. Plus tard, à des heures où la pluie avait cessé, c’est L que je retrouvai. Devant une blanche il me parla des embrassés. Devant un rouge je lui parlai des jours passés.

Vendredi 18

Pas mieux !

Jeudi 17

Mercredi 16

Finalement c’est toujours un peu pareil à quelques détails près : des liens, des yeux ailleurs, des affinités, on me lit, on me regarde, on se parle, on échange quelques jeux de mots, on devient amis sur Facebük sans être amis dans la vraie vie mais en se disant que ça finira bien par arriver. Et puis un jour je m’invite ou l’on m’invite je ne sais plus, mais le résultat est le même, on passe une soirée autour d’un martini, d’un gigot et d’une tarte au citron, une soirée où les hotes reviennent sur le passé, simple ou composé, complexe ou décomposé. J’en fais de même évidemment, échanges naturels se terminant par une dernière boutade. Je n’aurai pas vu Corto mais n’est-ce pas partie remise ?

Mardi 15

C’est fait. Ce n’est pas fini, il y aura d’autres étapes, d’autres jugements, peut-être d’autres regards appuyés et haineux sous les moulures d’une autre cour mais c’est fait. Derrière la baie vitrée du café de la gare, tu commandes un double whisky après avoir fait sourire le barman par ton “Moi il me faut quelque chose de fort” tandis que je me limite à un verre de rouge, petit ballon, tout petit ballon à côté du surprenant aquarium de midi. Nos deux compagnons de route sont à l’autre bout du hall, vagues histoires de billets de train, et tandis que nous sommes enfin seuls tu prononces quelques mots de conclusion en dessinant un cercle du doigt. Je me limite à l’acquiescement et à d’autres gestes. Derrière la baie vitrée du café de la gare, les coudes sur cette table, épuisé par les heures, je n’ai plus la force de penser. Tentant de trouver la force de me rappeler, je me demande si on avait bu quelque chose le 22 mars 2009. Les aiguilles de l’horloge étaient déjà absentes, mais celles de notre histoire venaient de commencer à trotter : Barbara Carlotti nous attendait.

Lundi 14

C’est demain que l’on reviendra sur les traces et les faits du 11 juillet. Les images reviennent, puis les sons, puis les sensations. Ce qui était devenu (curieusement mais heureusement) un souvenir sans émotion ni saveur aigre a retrouvé un peu de son horrible superbe.

Dimanche 13

Hervé Guibert. Le nom revient de temps en temps ici, apposé sur la couverture de romans ou de recueils empruntés sur tes étagères ou arrivés sur les miennes, signature de textes chocs (le roman Des aveugles) ou splendides (La nouvelle L’image fantôme).
Hervé Guibert c’était aussi un travail photographique, peu connu pour ma part, aperçu ici ou là, mais tellement ancré dans la réalité, dans l’autobiographie imagée, qu’il me parlait. C’est avec toi que j’ai vu, ce dimanche, sur les cimaises de la MEP, la rétrospective consacrée à son travail et c’était une bonne idée, très bonne idée, ce rendez-vous matinal pour cet auteur que tu m’auras “vraiment” fait découvrir.

Hervé Guibert est mort à 36 ans, mon âge aujourd’hui, je me dis que c’est un signe, parmi les autres événements vécus depuis le jour de mes 36 ans, que tout cela va devenir quelque chose, un truc dépassant une écriture inégale dans un journal en ligne. Mais il ne suffit pas de se le dire…

Quoi qu’il en soit aujourd’hui c’était une page tournée de plus, une page tournée dans un geste qui m’aura fait sourire. Franchissant la fenêtre j’avais la conviction que tout cela était le début d’autre chose et j’aimais cette idée.

Samedi 12

Heu… ils étaient encore bons les champignons ?

[Note du 23 février : j’ai oublié de parler de Silenzio, des chevaux, de la brume, etc.]

Vendredi 11

Au fond du placard il avait retrouvé ce bocal, plein de champignons et de souvenirs moins clairs, un bocal qui n’attira pas que moi en cette soirée d’avant départ, son départ, pas le mien, moi je reste là, pour l’instant je reste là, les avions c’est dans quelques semaines pour moi, pour lui allons c’est encore cette fois évidemment, déjà les vacances !
Qui dit champignons dit omelette, qui dit omelette dit dîner, apéro, accompagnement, glace, rose des sables, miettes, départ de Fab, prolongations, blabla ah bon ah oui et toi ben moi valise ah oui en effet etc. retour de Fab, et quoi d’autre encore, que sais-je sais, vous avez-vu l’heure ?

Jeudi 10

Jour de fête sans cotillons que ce 10 février. Plus au sud il faisait beau me dit-on, comme souvent n’est-ce-pas, comme ce mercredi de ma jeunesse où l’on partit à la pêche munis d’épuisettes, suffisamment loin pour être ailleurs. À marée basse on peut toujours aller plus loin. Mais… jusqu’où peut-on aller trop loin, dit la voix dans les écouteurs ?

Mercredi 9

Derrière les vitrines, les visages grimaçants et étonnants de Messerschmidt. Puis, autre époque, les momies offrent un spectacle gênant, intrigant, déroûtant, fascinant. Les égyptiens du temps jadis* pensait qu’il y avait une vie après la mort. Mais de quelle mort parlons-nous ? Il y a encore une vie après la fin, il y a toujours aimer puisque le sens du verbe est vaste. Aussi vaste que ce musée dont les couloirs semblent interminables lorsque l’on cherche la sortie ?

Le verbe aimer est justement en titre de ce livre, Au Japon ceux qui s’aiment ne se disent pas “je t’aime”, sous papier cadeau rouge, glissé dans mes mains sur la terrasse de ce sympathique petit resto. Non sans humour, l’auteur y pointe les différences entre notre culture, nos habitudes, notre langue et celles des japonais, histoire de ne pas les froisser le jour où, tôt ou tard, j’irai les rencontrer là-bas, sur leurs îles.

* Quant aux égyptiens de l’année 2011…

Mardi 8

Lundi 7

Natt m’a déposée sur le boulevard, et le sac en papier a un adorable contenu. Au quatrième, un petit garçon m’attend sur le pas de la porte, la petit fille préférant vaquer à des occupations de son âge au fond de sa chambre. Les enfants ne seront cependant pas l’unique sujet de la soirée, un fois le garçonnet parti et la fillette couchée ; entre travail et avenir, amour et passé, les conversations iront bon train entre nous puisque c’est entre adultes qu’on s’entend.

Dimanche 6

Je t’ai un peu évoqué les dimanches d’autrefois avant d’aller retrouver la Dame de Shangaï avec la demoiselle du métro Parmentier. Sur l’écran en noir et blanc le plaisir du cinéphile est entier, et me reviennent en mémoire la merveilleuse phrase de Labarthe à la mort de Rita Hayworth : “La télévision a remplacé la femme fatale par la femme obligatoire“. Rita est au sol, les débris de verre ne reflètent plus son blond platine tandis qu’elle hurle qu’elle ne veut pas mourir. À la terrasse d’un bar d’Odéon c’est donc la vie qu’on évoqua, mais pour cela on n’avait pas besoin qu’elle hurlât.

Samedi 5

Ils sont comment les pompiers ?” Le serveur ose un peu d’humour pour détendre l’atmosphère, après le spectacle d’un cycliste à terre. Il est tôt pour un samedi et l’ambiance calme du café des Arts et Métiers vaut-elle les 5,80€ d’un double expresso ? À la même terrasse un peu plus tard, un autre café, puis un autre quelques mètres plus loin, on parle site web, et ce P. que je ne connaissais pas il y a 15 minutes se dévoile sans pudeur ; je ris aux paroles crues de l’associé d’A, et suis ravi de rendre service à ce drôle de gars. Puis Nogent, encore du bénévolat, un pied dans le travail cependant… à l’église, des moineaux ; au café, un de plus…

PS. Ne pas oublier de lire les annonces aux virgules absentes: “Nous louons une chambre d’environ 20m², avec 2 grandes fenêtres, bien ensoleillée suite au départ de notre troisième colocataire qui part s’installer avec sa copine“.

Vendredi 4

La banane tombée dans le couloir du RER A me fait sourire, emplacement incongru pour un fruit dont la peau seule au même endroit ferait imaginer une glissade, un gag, un danger, quelques rires et puis quoi encore ? Il faut bien un peu d’incongruité pour me faire sourire au milieu de ma belle lecture :

Ma calamiteuse adolescence infinie, j’en avais vu le bout pour m’immerger dans la vie, comprendre que des êtres humains partageaient la même planète et avaient donc quand même un certain degré d’accessibilité, tout simplement que le bonheur était possible, et c’est comme si cette découverte, dépassée, n’avait soudain aucune valeur. Désormais, il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel c’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

Jeudi 3

En bas de la page 123, je cherche le complément d’objet indirect. Mathieu Lindon s’octroie parfois d’exotiques libertés de language, exotiques à défaut d’être jolies, exotiques à moins qu’elles ne soient que la preuve de quelques ignorances syntaxiques de ma part… Je relis la phrase, tout va bien, le remplaçant du “en” est bien calé au milieu des mots, je peux tourner la page. Je peux aussi revenir sur la 42, puisque le 31 janvier j’ai oublié d’y faire allusion…

La jeunesse ça va finir par être pour moi.

Prague, ça va finir par être pour moi.

Mercredi 2

“Ce qu’aimer veut dire”. Le titre du roman de Mathieu Lindon qui m’accompagne actuellement est un peu de circonstance. J’écris “un peu” pour ne pas en dire plus, pour ne pas en dire trop, parce qu’ici, sur certains sujets, je n’en dis qu’un peu, et encore, à peine. Lisez donc entre les lignes, dans les silences et les ellipses, décryptez donc les images, cherchez donc les sous-entendus sur les balançoires… vous en saurez peut-être un peu plus. Tenté par l’envie d’en dire plus, la pudeur et le lectorat me freinent, l’habileté aussi peut-être. Suis-je capable ici ou ailleurs de dépasser les faits pour écrire quelque chose et “faire quelque chose” de mon histoire, de mes histoires, de notre histoire ? Si ce n’est par les mots, ne serait-ce par les images ? Ou plutôt par les deux, puisque c’est ainsi que l’idée flottait depuis…
Ce soir, on a évoqué ce qu’aimer veut dire, ça et tant d’autres évocations encore dans tes paroles ou dans les miennes, plus douces ou plus dures. Ainsi cela seulement se sait, et sur le reste je me tais.

Mardi 1er

Dans les premiers jours du dernier octobre, j’avais fait la connaissance du travail de Jean-Michel Fauquet sous le béton de la base sous-marine de Bordeaux. En ce premier jour de février, c’est sur les murs blancs de la Maison d’art Bernard Anthonioz que je retrouve avec plaisir les patines, les objets, les veloutés, les ombres, les souffles, le vent, l’absence, le grain… Ambiance différente, vision différente mais l’émotion est toujours là. Elle est même encore plus forte face aux visages muets qui closent l’exposition. Est-ce l’idée de miroir ou celle de beauté qui fait presque poindre les larmes ?

Janvier 2011

Lundi 31

Les boutons sont dorés et dans mon souvenir du mauvais côté, enfin, quand je dis mauvais je veux dire du côté féminin, vous savez, ces conventions vestimentaires, à gauche pour les uns, à droite pour les autres… Le caban, je l’avais acheté il y a 3 ans, je ne l’avais jamais mis – il faisait sûrement déjà trop chaud – et il était resté quelques mois plus tard au fond de la penderie.
Le côté des boutons, d’après F au téléphone, n’était pas un problème et après tout, les conventions, moi… Sauf qu’une fois le caban enfilé, il fallait se résoudre à l’évidence : les manches étaient beaucoup, beaucoup trop courtes. Qu’importe, je l’emportai.

Et puis enfin ce message : on ferme janvier.

Dimanche 30

Il faut croire que la virée presque nocturne de la veille n’était pas suffisante. Hier La Joconde, les Noces de Cana, le Radeau de la Méduse, la Victoire de Samothrace, un Bacchus, dans l’ambiance douce d’une visite un peu off avec conférencier et musiciens. Ce dimanche l’exposition temporaire “L’Antiquité rêvée” avec une plongée dans le néo-classicisme et néo-baroque du 18ème siècle. Voilà qui fera grincer des dents… ou qui me donnera envie de retrouver mes chardons ?

(Fuck, ma photo préférée du jour est mal cadrée)

Samedi 29

La femme boîte et passe entre moi et le mur de photographies en le regardant vaguement. Elle m’ignore. Je suis assis sur le parallélépipède gris qui fait office de banc, presque face au visage de William Burroughs par Keiichi Tahara. Mais je suis fasciné par le diptyque d’à-côté, celui de Philippe Soupault. Suis-je trop fasciné pour ne pas oser le regarder en face ? Visage enfumé, corps dans le miroir, je gribouille ce que je vois sur les lignes de mon carnet pour me rappeler un peu mieux où sont les ombres et les lumières, les contours et les lignes. Je ne veux pas oublier ces deux images et l’émotion qu’elles dégagent et m’apportent. La femme qui boîte s’est éloignée, je l’ignore, elle a dû passer devant les trois Hervé Guibert sans y porter plus d’attention.

… C’était un moment ce 29 janvier. Un moment parmi tant d’autres. En effet…

Ce samedi commença par la vision d’un homme à terre, après qu’il était tombé de son siège, assoupi sur le quai du métro. L’homme se releva, je ris.

Ce samedi se poursuivit par la jolie lecture du roman de Mathieu Lindon, par la charmante visite de la maison Victor Hugo et de la belle exposition temporaire sur les portraits photographiques d’écrivains, par la plus longue sieste de ma vie, par un moment magique au Louvre pour rencontrer les trois grâces de Cranach, par les hilarantes phrases sur le mur du MK2 et par un parfait moment de cinéma avec ce I wish I knew, histoires de Shangai.

Ce samedi se termina tôt, plus tôt qu’espéré et donc loin de la fête : il le fallait pour ne pas tomber, moi aussi, de mon siège.

Vendredi 28

Le Bordelais n°2 étant en vadrouille parisienne, je retrouvai devant ma porte un JLM ayant eu la bonne idée de glaner un peu plus loin quelques bouchées libanaises à avaler rapidos avant d’aller à la Madeleine écouter le Requiem de Fauré avec Laurent en guest star, avec la soprano joliment dans les hauteurs et avec deux pipelettes italiennes s’étant mangé un “BASTA” dans les dents au bout de 3 mesures. Je trouvai de surcroît sur ma table un cru et le fameux Lindon… Que dire sinon merci ?

Jeudi 27

Le Bordelais étant en vadrouille parisienne, je retrouvai pour cette soirée un Cre souriant – merci l’alcool – dans un bar à la mode – merci la bonne idée – accompagné d’un visage connu – merci Facebook – tandis qu’au bout du bar on détourna la tête. Quelques heures plus tard, après une soirée comme on en fait rarement (tu l’as vu mon ellipse ?*), je connaissais mieux le visage et les dents de Cre (tu l’as vue ma privète joke ? **) et réalisai que… oh m…

* Et le lecteur va s’interroger…
** Et le lecteur va s’imaginer n’importe quoi…

Mercredi 26

Photos. Les miennes, sous un nouveau regard. La table évidemment. L’escalator évidemment. Les flous du métro, les contre-jour de Metz… Recadrer celle-ci ? Pourquoi pas. Retoucher celle-là ? Oui mais…
Photos. Celles de Valérie Belin à la galerie Jérôme de Noirmont. Un seul adjectif me vient : sophistiqué. Je ne suis pas certain qu’il soit adapté, mais n’ayant aucune émotion face à ces femmes fleurs, je me limite à cela.

Cinéma. “Bas Fonds” d’Isild Le Besco. Au début des soupirs. On va où, là ? Et puis, au bout des 68 minutes que dure le film, l’évidence de cette radicalité est bien là. Bam.

Mardi 25

Devant moi 40 minutes de trajet. Et rien à lire, ou si peu : le guide de mon D700, retrouvé deux jours plus avant, et permettant, miracoulousse, de découvrir l’existence de l’intervallomètre. “L’interquoi ?”, entends-je au loin. Rien à lire, alors à la librairie de la mairie, ce couloir de presse atteignant l’horaire de fermeture, je pose la main sur Technikart… depuis le temps que je l’avais abandonné, celui-là… À l’intérieur une confirmation : Mathieu Lindon et son “Ce qu’aimer veut dire“… Ce sera mon prochain achat.

Derrière moi 40 minutes de trajet. Je sors de mon sac les deux capricieux qui feront office de dessert et salue Smilin’O en soulevant discrètement la toile qui couvre la toile… Et pourquoi pas Palerme ?

Lundi 24

À sa main droite Direct matin. À sa main gauche, à l’auriculaire, une bague. Il s’est endormi, peut-être a-t-il juste fermé les yeux à la recherche d’un peu de repos, un peu plus, un prolongement. J’ai fermé les yeux brièvement en terminant Les gangsters. J’avais remisé l’ouvrage en arrivant aux toutes dernières pages, épistolaires et loin de l’intrigue du titre. Guibert écrivait à T. et je m’étais arrêté là, morceau de phrase superbe que j’ose sortir du contexte :

Je suis heureux que mon corps d’homme de trente ans cherche par tous les moyens à entrer en contact avec le cadavre qu’il va devenir.

J’attendais le bon moment pour toucher le point final. C’est fait.

Dimanche 23

Je crois que j’ai retrouvé l’oeil un soir de janvier après quelques tentatives disséminées ici ou là sur les trottoirs parisiens. Je crois que j’ai retrouvé l’envie d’écrire aussi, ou disons l’envie d’écrire ici, car elle était toujours là cette envie, elle était toujours là oui, elle était juste dépassée par les événements et elle s’était juste cachée dans les pages du carnet vert, juste pour moi.
Un mois était passé depuis les derniers mots ici, un mois était passé en voyant défiler des virages, des états, des pensées, des questions, des réponses, des échanges et puis quoi, et puis… et puis ça. Ça, deux lettres qui masquent le reste, un C et un A, voyez-vous ça et puis cette cédille, là, qu’est-ce qu’elle fait là ?

Ce journal, ce sont mes jours, mes souvenirs, mes images, mon quotidien, mes mots. Ce sont ceux des autres aussi, les initiales, les tutoyés. Mes jours continuent, mes souvenirs s’entassent, mes images se figent, mon quotidien s’étire, mes mots restent ici. Malgré tout. Malgré ça.