Septembre 2012

Dimanche 30 septembre

Ce sont de la dentelle et des formes inédites, des couleurs, des ombres puisque il fait soleil : je n’étais jamais entré dans la Mosquée de Paris.

Quant au Jardin des Plantes, je n’en avais que peu d’expérience de plus , une promenade ou deux : ça n’a jamais été mon quartier.

Et la fashion week, je vous ai parlé de la fashion week ?

Et puis Jeanne, Mireille, des crêpes et ça :

À l’instar des romans de Michel Houellebecq, le livre est sadique, pornographique et morbide.

Un crime parfait, David Grann

Samedi 29 septembre

Il y avait du soleil, c’était l’heure d’un café, on avait fait quelques courses dans ce quartier qu’on aime tant, on pensait au soir, aux fruits ou aux légumes, à la rascasse, que sais-je, à pas grand chose, respiration délicieuse mais brève. Plus tard on allait à Bastille, sur les murs il avait accroché des couleurs dorées ou acidulées, mais on a choisi les couleurs des étagères, un vert asperge, un or rhum…

Et le dîner donc. Le Japon, encore, infiniment.

Vendredi 28 septembre

Je me suis dit dans ce RER du matin que je tenais quelque chose à écrire dans ce journal : quelque chose à dire sur les chaussures. LA chaussure, l’image qu’elle renvoie. Le jeune blondinet n’est qu’un jeune blondinet entassé dans le RER comme vous et moi, jusqu’à ce que votre regard se pose sur ses santiags : le blondinet se retrouve alors enveloppé d’une certaine carcasse… qu’il n’aurait pas avec des ballerines. Qu’il n’aurait pas non plus avec une jupette et des tiags, je vous le concède. Bref.

Je me suis dit dans ce métro du retour, retour tardif après quelques photographies d’un concierto de la Légioune éstrangère, parce que j’ai un métier, mine de rien, oui donc je me suis dit dans ce métro du retour que je tenais quelque chose à écrire dans ce journal : quelque chose à écrire sur cette jeune femme, une description comme je les aime, brève, simple, une image furtive mais la plus précise possible. Elle ressemblait à Sarah Jessica Parker, les yeux bleus. Surpris par la ressemblance, je l’ai fixée, oh, un rien de temps, le temps que ça la dérange et que ça me gêne. Ses cheveux étaient plutôt sombres. Elle écoutait de la musique dans un casque couleur bordeaux. Elle portait un blouson Hermès en matière synthétique, fond sombre et motifs dorés. Ostentatoire est l’adjectif. Ses ongles étaient bicolores, verts et… dorés ? J’ai oublié. Elle s’est remis du rouge à lèvres, je l’ai regardée dans le reflet qui l’abritait de l’autre côté, et au bout d’une station elle se levait déjà pour descendre, quoi qu’avec ses nouvelles rames accessibles on ne descend plus vraiment : on glisse, on translate. Elle est en tout cas partie trop vite : je n’ai pas eu le temps de voir ses chaussures. Des tiags ? Pourquoi pas…

C’était sans compter sur la suite. On devait se retrouver à St Paul, toi et moi. Et puis non. La voix légère, tu m’as parlé d’un dîner, tu n’étais pas sûr, tu m’as rappelé alors je t’ai rejoint, ailleurs, plus haut. La fin de soirée qui a alors suivi fut presque insolente de drôlerie et de légèreté. De bon goût aussi : on y confirma que le flacon était autant important que l’ivresse. Whatever… How do you say « spontaneous » ?

Jeudi 27 septembre

Ils m’ont appelé, une voix masculine, elles sont prêtes, alors j’y vais. Personne dans la boutique. Au premier étage, ils m’attendent, il tient déjà ma péniche : ils m’ont vu dans la caméra. Ils s’y mettent même à deux : « on s’emmmm (elle hésite) mmmmerde… », dit-elle en terminant sa phrase par un rire. Des sommes et des ajustements, le temps qu’il fait pour tester les solaires, mon sourire satisfait, ses yeux bleus si près pour une dernière vérification…

Au PdT, il y a moins de monde dans les espaces d’exposition qu’au bar. J’exagère peut-être un peu mais vous voyez l’idée. En bas, des oiseaux ou une fontaine mais nos poches sont vides. Ailleurs mexican Moz fans, autisme, laissez-moi réfléchir, j’ai oublié le reste. D’en haut, Fabrice Hyber. Vous auriez du medium 12 ? C’est pour un escalier. Finalement on repart avant la foule sans carton, bonjour Jeanne S et tentations de librairie.

Mercredi 26 septembre

RTT. Trois lettres que j’emporte en général avec moi, à la campagne ou plus loin. Cette fois c’est ici que ça se passe, le temps pris, le temps de… un déjeuner avec D… les photos de la MEP. À la MEP, Alice Springs est encore accrochée sur les murs du deuxième étage et je m’interroge encore… jetant sur les photos un regard indifférent. Je préfère la légèreté des vacances de Claude Nori, mais la préférence n’est qu’une notion très relative.

C’est donc le soir qu’on retiendra, le film évidemment, éloge du temps, éloge du rythme d’une journée comme aujourd’hui. Malgré la pluie.

Mardi 25 septembre

Non mais vraiment, Johann, tu es sûr que c’est raisonnable ?

Lundi 24 septembre

Je l’avais surnommé « Tonton-clown » parce qu’invariablement il me faisait pleurer, tout comme les clowns dès qu’ils apparaissaient sur la piste.

Suzanne et Louise, Hervé Guibert

« Je viens de t’envoyer un SMS », me dis-tu. Il vibre. Tu es, en effet, dans la salle du fond du bar de l’hôtel dont on aime le calme et le sens de l’accueil à l’heure de l’apéritif : olives, graines, chips à la betterave. J’espère qu’un soda au cola fera disparaître quelques aigreurs, tandis que dans ton verre c’est aussi l’effervescence. On s’est donné rendez-vous là en attendant d’y aller, juste à-côté, mais si enfin, vous savez bien.

Et donc. Sur le trottoir qui borde le grand magasin, la queue ; une queue d’ombres, silhouettes qui s’éclaircissent comme on s’approche. Mais pas trop : on s’engouffre dans le métro. Quelqu’un peut prévenir Catherine Deneuve que l’on ne viendra pas ?

Dimanche 23 septembre

En sortant, il pleut, et nous traversons donc la cour du Palais Royal en hâte. Une fuite ?

Samedi 22 septembre

Parce que bon, parfois, je me dévoue. Là par exemple, ça me coûtait pas grand chose, et puis ça m’a poussé à sortir. Pas longtemps, j’avais un peu traîné, mais c’était bien tout de même pas mal, ce petit tour au Parc de Bercy. Il faisait beau, il y avait du monde : c’était la Fête des Jardins. Mais il n’a pas pu manger de framboises.

Ensuite je t’ai retrouvé, c’était l’architecture qu’on célébrait, celle des FRAC, à Beaubourg. Une plongée simple, claire, évidemment intéressante dans l’architecture contemporaine, entre gothique pas flamboyant et excroissances de circulation.

Quelques étages plus haut, un regard sur…

Quelques heures plus tard, un regard sur La France. Le film.

Vendredi 21 septembre

J’ai un souvenir très net de Belle de jour. Je suis dans la banlieue de Chicago, et je zappe, parce que globalement je n’ai que ça à faire – je sais ça peut paraître étrange. Soudain, au détour d’une des nombreuses chaînes de télévision, Catherine Deneuve apparaît attachée. Le reste du souvenir devient flou, je sais c’est un peu maigre, mais je crois que je n’ai pas regardé le film : à côté dans la cuisine il y avait la mère de L, j’étais sûrement un peu gêné, et pas encore assez cinéphile pour insister. Avais-je déjà vu le film ? L’ai-je vu depuis ? Je ne sais pas, je crois que oui, j’ai trop de souvenirs clairs de ce film, c’était peut-être au ciné-club de FR3, c’était le vendredi soir, non ? Je regardais peut-être plutôt MTV alors, non ?

Bref, ce soir, à la Cinémathèque, c’était Belle de Jour, précédé d’un film de Dominique Gonzales-Forster et Tristan Bera, un court-métrage dans lequel l’un des deux a dû dire à l’actrice : alors voilà, imagine, tu es Catherine Deneuve (puisque tu lui ressembles) dans… Vertigo.

Bref, Belle de Jour. Ah Belle de Jour. Aaaaah !

Oui je sais, c’est un peu court comme argumentaire.

Jeudi 20 septembre

– Allôôôô, tu fais quoi ?

– Des cakes.

– Des cakes ?

– Oui des cakes, je m’entraîne…

Un peu plus tard c’était un autre film de Robert Kramer, Doc’s Kingdom. My doc’s kingdom for a bed ?

Mercredi 19 septembre

Autour du marché d’Aligre, j’erre vaguement ; le souvenir de l’adresse me semblait plus précis, je croyais un coin de rue, mais lequel ? Dans la rue d’autres s’activent à nettoyer la farine étalée sur un bitume qui prend des airs de piste enneigée. Finalement le voici au bout de la rue, moqueur, forcément moqueur sur mon hésitation géographique. Une anisette en terrasse, peut-être la dernière terrasse, peut-être la dernière anisette, c’est bientôt l’automne. Pourtant les amours renaissent.

Le film du jour : Camille redouble.

Mardi 18 septembre

« J’ai découvert qu’on n’avait pas de chausse-pieds dans cette maison ; j’ai pris une cuiller. »

Le film du jour : « Walk the Walk« , de Robert Kramer… qui s’est contre moi transformé vers la fin en « Sleep the Sleep« .

Lundi 17 septembre

Je trouve d’abord qu’à Gare du Nord, en montant dans la ligne 4, il y a une curieuse odeur, une odeur de jambon purée. Oui, c’est exactement ça, jambon purée. Lors de mes premiers séjours à Paris, je trouvais que ça sentait la saucisse de Strasbourg industrielle. Je m’y suis semble-t-il habitué. Quand j’arrive au Select l’odeur du cuir ne m’atteint pas, tu discutes de 2013 avec S. Ce n’est qu’un peu plus tard que mon regard se penche sur tes chaussures. Et puis on traverse la rue ; aux 7 Parnassiens le couvent nous attend. Une jeune femme va épouser Jésus et devenir Teodora Pécheresse après tant de rituels, de cérémoniaux, de simagrées, sortis jadis de quelques esprits imposant en symboles quelques détails capillaires et trinitaires. Ma foi…

Dimanche 16 septembre

Samedi 15 septembre

L’opticien fait le coin de la rue. Dans sa vitrine que je connais si bien, les montures sont vives. Dans le choix que j’ai guidé – je voulais retrouver la couleur douce de mes anciennes, framboise -, elles le sont un peu moins.

Ensuite on va ici ou là…

Quelques galeries…

Quelques gars, je ris…

Vendredi 14 septembre

Je me lève du siège blanc, me dirige vers le RER qui est entré en gare ; ses portes s’ouvrent et je me retourne pour vérifier que je n’ai rien oublié. Monté dans la rame ils sont deux à se marrer, me regarder et se marrer, mais sûrement rient-ils d’autre chose que de cette carte qui est tombée sur le sol depuis le carnet rose. Je l’aperçois à travers la vitre, les portes se referment. Ce n’est qu’une carte publicitaire, j’avais dit à Nicolas qu’elle était bien, qu’il était bien dessus. À présent son visage est à terre, du mauvais côté, personne ne le verra, personne ne la ramassera.

C’est à Nation que je descends. On s’est donné rendez-vous sur la place, mais elle est grande la place, on pourrait tourner longtemps autour, sans se comprendre vraiment, sans aller dans la même direction. Finalement te voici, et nous voilà dans l’allée fermée d’une lourde grille, attendus par G&P ; déjà leur fils tourbillonne, souriant.

Jeudi 13 septembre

Il y a deux voix et combien de personnes autour de la table ? On a connu les salons de conversations, voici la salle à manger de lecture. Olivier Steiner et Camille Laurens sont en tête à tête pour un page à page ; du premier j’ai tant aimé son Bohème, de la deuxième je n’ai jamais rien lu, il serait peut-être grand temps.

Les pages passées et les voix refermées, on tourne autour des œuvres puis du buffet. Lui à ma gauche tente de toucher l’épaule de J qui s’éloigne. C’est ainsi qu’on lance un échange de prénoms ; plus tard on évoquera Angot, ce qu’on fait ici, il ne sait pas encore qui tu es, il ne sait pas qu’il te connait, l’alcool pétille et moi aussi un peu.

Mercredi 12 septembre

Fin de Wanda.

Mardi 11 septembre

Sur la table les multiples gourmandises salées achetées chez le traiteur. J’ai oublié les noms, pas les goûts. Sur la table également ce sac blanc, un peu plié, sur lequel on peut lire un prénom qui n’est pas le tien et une initiale, la sienne. Dans le sac un paquet blanc au dessin noir, froissé parce que caché dans mon propre sac une semaine plus tôt. Dans le paquet une chemise blanche.

C’est un peu plus tard qu’Edina tombe dans les platebandes.

Lundi 10 septembre

Début de Wanda.

Dimanche 9 septembre

À Orsay on découvre enfin les nouvelles salles. Les impressionnistes attirent la foule dans leurs espaces rouges et gris ; les chefs d’œuvres ne se comptent plus, se succèdent ; on rêve de tranquillité, d’une sélection pointue, rien que pour soi. Ah, certes, dans les nouveaux espaces réservés à l’Art nouveau on est bien plus tranquilles : les pièces exposées sont magnifiques et indispensables, le lieu est aéré, mais… mais… mais est-ce vraiment mis en valeur ? C’est pas un peu triste tout ça ? Et ce pauvre Charpentier qui voit sa salle à manger envahie de bibelots… Et sans pouvoir faire officiellement la moindre photo, reste-t-il encore un peu de plaisir ? Tout de même, Odilon Redon nous illumine et l’on va finalement chercher le jour au café, surveillés depuis le plafond par quelques donzelles en frou-frou, cheveux fleuris, poitrines rondes, ici ou là quelques paons, références bleutées et élégantes de cette époque.

Un tour dans le Marais. L’opticien est ouvert mais ses vitrines fermées et pas très alléchantes, les chemises sont jolies mais les rires trop distants ; ton parfum est boisé, le Japon, encore.

Le soir : Fassbinder, Lili Marleen. Les chemises sont brunes et les rires presque absents. Allez, tous en choeur :

Vor der Kaserne

Vor dem großen Tor

Steht eine Laterne

Und steht sie noch davor

Dort woll’n wir uns wiederseh’n B

ei der Laterne wollen wir steh’n

Wie einst Lili Marlen. (bis)

Samedi 8 septembre

Faire les courses, cuisiner, aller chez le coiffeur, oser, oublier ma montre, prendre un café à une terrasse ensoleillée, faire les courses, acheter une mini-pièce montée, avoir les doigts qui collent, cuisiner. À 23h45 voir passer une tête par la fenêtre et dans les yeux de Nicolas un signe d’étonnement.

Vendredi 7 septembre

Le film du jour s’appelle « L’homme qui dort« . C’est un film japonais. Et comme je ne comprends pas encore très bien le japonais, je l’ai pris pour moi, ce titre. Mais après ces 90 minutes de somnolence, le hasard a bien fait les choses : yakiniku wa totemo oishii desu !

Et puis Angot. Angot, donc. Angot, là. Angot lue dès le matin. Angot ass me glisse-t-on à l’oreille. Sur les premières pages, je ne sais pas si ça m’indiffère ou si ça me dépasse. Le sentiment évoluera, à la fin mon avis ne sera pas plus tranché, mais différent, hors du plaisir en tout cas, autre chose, un objet dans lequel, lecteur, je me sens absent.

Jeudi 6 septembre

Would you have sex with an Arab ?

Non, ce n’est pas une question que je vous pose, c’est le titre d’un film tourné en Israël. La question est parfois inversée (… with a Jew ?), ce qui ne change pas grand chose aux réponses, entre « évidemment non » et « évidemment oui ». Les moments les plus intéressants sont lorsque les personnes questionnées réalisent au bout de quelques instants que… ben leur réponse est finalement étrange, que pourquoi, oui pourquoi ou pourquoi pas… Finalement, un film plus troublant au sens propre (on peut avoir des plans fixes qui ne tremblent pas ?) qu’au sens figuré.

Mercredi 5 septembre

Non ce n’était pas Andréa Ferreol.

Oui, c’était José Levy.

… Et que c’est beau, José Levy.

Et puis – j’ai d’abord écrit « pluie », dyslexie poétique – il y avait les autres, ceux qu’on connait comme ça, celle qu’on n’attendait pas là, celle dont on a cherché le nom – puisque je vous dis que ce n’était pas Andréa Ferreol -, ceux qui avaient les pantalons remontés, ceux qui ne suivent pas cette mode, ceux qu’on embrasse : Yves, qui a ravivé les souvenirs émus des vagues sonores des cigales ; Blaise, à qui on demande des nouvelles des tristes falaises…

Dois-je mentionner la salade de rosbif ?

Mardi 4 septembre

Ils montent alors dans le bus :

– En seconde 6

– Moi en seconde 2. Y a des intellos dans ta classe ?

– Mouais y a plein d’filles.

– Ah c’est cool !

– Y a qu’des thons…

Et c’est donc en ce jour de rentrée scolaire que je me rends chez le docteur E. Ma vue n’a pas vraiment baissé, mais au bout de presque quatre ans, c’est le moment d’être coquet du côté des montures…

Après avoir lu quelques lettres capitales plus ou moins floues, je cherche d’autres lectures. Aux Cahiers, Nicolas me conseille ceci et cela. J’ai déjà dévoré ceci, mais n’ai jamais lu Angot, alors tentons le dernier. Afin de glisser dans mon sac des valeurs sûres, je choisis également deux Guibert, dont le magnifique Suzanne et Louise : je sais déjà que c’est magnifique.

Et puis Catherine, évidemment.

Et puis Arnold, apéritivement.

Lundi 3 septembre

Finalement, avec cette nouvelle carte d’identité, je n’ai plus une tête : j’ai un front. On ne voit que ça, un front, vaguement recouverts d’un bout de chevelure, un front sous lequel s’efface un regard perdu sans lunettes et s’extirpent une moue et une moustache, bref, un autre, dix ans plus âgé que le précédent.

Dimanche 2 septembre

– Mobil home.

– Meurtre d’un bookmaker chinois.

Samedi 1er septembre

On prend le temps, le temps qu’il faut, et puis on part comme prévu, mais bien plus tard que prévu : il est 17h passé. Au fait, ça ferme à quelle heure Orsay ?

18h, ça ferme à 18h Orsay, alors on choisit le soleil qui respire encore et le Parc de Bercy, pour marcher au milieu des allées, s’arrêter un moment, glaner encore un peu de bonheur sur l’herbe.

Et lire.

Ma mère m’a raconté qu’en sortant du tribunal où la séparation d’avec mon père venait d’être prononcée, elle m’a raconté ce jour-là, le jour où nous regardions Wanda sur le petit canapé de son salon, qu’elle avait, quittant le tribunal de Grasse, alors qu’elle venait de perdre, sous la violence de ce qui lui avait été infligé, toute coïncidence avec elle-même, ne désirant, pensait-elle, c’est ce qu’elle m’a dit, ne désirant qu’une seule chose : rentrer à la maison, retrouver ses enfatns, elle m’a appris ce jour-là qu’elle avait erré des heures durant à Cap 3000 puis, la nuit tombée, sur le bord de mer jusqu’à Nice où elle avait vécu enfant, ne pensant à rien, n’éprouvant rien, tombant, le temps passant dans une tristesse mortelle.

À la Cinémathèque, un soda, une chaise longue, la lumière qui décline, on prend encore le temps, juste celui qu’il faut pour ne pas être en retard à Pont Marie. On y retrouve le professeur et sa femme, konban wa, hajimemashite, non non je ne parle pas japonais. Elle, elle parle plusieurs langues, un peu de français joliment articulé. Vous avez du Chardonnay ?