Février 2013

Jeudi 28 février

Je regarde l’heure encore, encore et encore, avec cette crainte d’être en retard, cette crainte de la panne du métro. Je me demande si ces cheveux, là, sur le côté, c’est une bonne idée, en tout cas ça me fait perdre du temps, ce n’est pas très agréable, cinq minutes perdues, les yeux dans la glace, les doigts crispés, le cheveu retenu, chauffé.

Je me demande aussi si je continuerai à tenir ce journal pendant quatre mois. L’esprit sera ailleurs, dans les lectures, les apprentissages et les révisions. L’appareil photo aussi sera ailleurs ; pas dans le sac mais sur le bureau. Quatre mois différents, n’est-ce-pas ?

Mercredi 27 février

« Dernier » jour. Je me presse, me disperse moins que d’habitude, il faut boucler ceci-cela, expliquer à C. que oui c’est le flux habituel. « Dernier » jour, demain j’entame quatre mois bien différents.

Et puis il y a Godard, accompagné de Labarthe. Enfin c’est plutôt l’inverse. Après le film (Godard, le désordre exposé) , Labarthe hausse les épaules, histoire de dire qu’il n’a rien à dire. Mais ça ne dure pas, il a un micro dans les mains, pris comme ça, et puis voilà, il parle : le silence, la façon de faire des films, le silence encore.

Mardi 26 février

Lundi 25 février

Je ne dors pas. Je ne lis pas ce roman dans lequel je passe du plaisir à l’ennui. J’écoute Alela Diane. Je n’entends rien autour. Il fait jour. La vitre est peut-être un peu sale, un peu abîmée. Le ciel est bas. Je regarde à travers la vitre des paysages qu’habituellement j’ignore, des infrastructures qui défilent le long des voies. Elles ont un visage que je ne connais pas car souvent il fait nuit, souvent je dors, souvent je lis. Elles sont des fantômes, des images d’ailleurs. Sur le sol une graine verte. Il fait froid.

Au Palais de Tokyo on inaugure. Visites rapides – on reviendra -, discussions plus longues – pourtant on ne entend pas. Parmi les visites, de belles surprises qui vous embarquent, des sourcils qu’on fronce ou une exclamation devant une référence : « Oh ! Le catalogue des objets introuvables. »

Dimanche 24 février

Finalement ils choisissent le champ de coton pour l’affiche, je cède, ou plutôt je m’incline et je la décline – un tract, un truc. D’un champ on passe aux prés grignotés par les moutons de l’Hiver Nomade,  puis à un autre genre de solitude, bien plus triste que celle d’une berger, une solitude subie, une solitude cachée dans une cuisine trop grande pour soi, dans un canapé aux motifs passé. Mais dans ce Silence radio on aurait aimé un autre rythme, moins de ceci, plus de cela. Un Paroles radio peut-être ?

Au fait comment on dit cot cot en allemand ?

Samedi 23 février

L’Impossible, Guy de Cointet, La Maison dans les Bois.

Aucun rapport entre les trois.

Vendredi 22 février

Le rouget était grondin. La coiffeuse, guère grondine.

(Ce vendredi était sponsorisé par les Amis d’un Oulipo approximatif)

Jeudi 21 février

Sur le sol du tramway la double page avachie. Le sac du garçon gêne un peu le cadrage mais finalement ils partent, lui et son ami. Derrière, entre les sièges, il y a le reste du journal, au même endroit que, l’autre jour, il y avait déjà un reste de journal ; un journal entier peut-être. Il était plié, je n’y ai pas touché, je ne sais pas. Ça aurait fait une photo, ce papier fripé au milieu des sièges trop neufs et trop acidulés, mais je n’ai pas osé. Bref. Dans une semaine j’aurai pris le virage mais ne prendrai plus ce tramway et ses jingles à peine « sympa ». Tu souris en lisant l’adjectif « sympa » ?  Dans une semaine j’entamerai quatre mois de formation, quatre mois d’études, de l’autre côté, là où Neuilly caresse Levallois, un ailleurs géographique qui ne me ressemble pas vraiment. Dans une semaine… déjà ?

Mercredi 20 février

Mardi 19 février

Le métro n’est pas encore arrivé à Nation, il reste deux stations. J’entends dans le wagon d’à-côté un air d’accordéon : L’histoire d’un amour. Je me dis qu’ils pourraient jouer autre chose, que zut… Une correspondance plus tard, un RER, le livre à peine sorti du sac, en face elle fait des mots croisés, il monte avec son instrument. Tilalalala tilalalala tilalaaa… Le même air, tout autant écorné.

Le soir un bic. Quatre couleurs évidemment.

Lundi 18 février

Hitchcock.

(Je pense que jusqu’au 1er juillet, ce journal va ressembler à ça)

Dimanche 17 février

Habemus papam. L’habemus vidi… heu… vidimus ?

Samedi 16 février

Comme témoignage des origines – comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l’été 1918, que Marcel Antonetti s’est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l’énigme de l’absence.

Le Sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

Vendredi 15 février

« Nice tie », je lui dis. Il me répond qu’il s’habille quand il est nerveux. Il ne l’est pas trop : il ne porte qu’une cravate.

Jeudi 14 février

Finir le livre, ne plus pleurer. Retrouver un peu de l’Ange exterminateur de Bunuel. Écrire un peu, chercher comment.

Mercredi 13 février

Tu n’es pas là. Pas envie de rentrer tôt, enfin tôt c’est relatif. Sur les affichettes du MK2 les horaires (de début ou de fin) ou les pitches ne (me) conviennent pas, je traîne mes semelles malgré le froid. Avenue Victoria, un regard à gauche. Au fond l’hôtel de ville scintille encore. Devant lui, la nappe blanche de la patinoire sévèrement éclairée et quelques individus qui y glissent. Curiosité photographique ou curiosité tout court, me voilà au bord de la piste ; on annonce la location est terminée. Une sorte de spectacle commence, un jeu bien sûr entre eux mais un spectacle pour moi. Ils se poursuivent, s’évitent, je ne sais pas trop s’il y a une règle… sorte de « chat » sur lames. Leur agilité me surprend, leurs cris m’amusent, leurs sauts me fascinent, leur vitesse m’effraie, leurs bras nus me glacent. Devant l’objectif ils passent trop vite, trop loin, c’est aussi une part du jeu : attraper leurs mouvements, leur folie.

Mardi 12 février

J’ai encore oublié le nom mais devant le cinéma, essoufflé, l’affiche m’aide à m’adresser au guichetier. C’est salle 3, dans la petite rue, il fait signe avec la main. Tu m’attends devant je le savais, je vous passe les détails, nos échanges de sms, tes paroles qui me disant que si, ce sera dans la petite rue pour le ticket aussi. Mais c’était quoi le nom du nom ? Patatrac ? Ca irait bien Patatrac, l’idée d’une chute, celle d’un film qui commence de manière presque enthousiasmante mais qui…

Samedi 9, dimanche 10, lundi 11 février

Le hasard est divin. Il s’est glissé en même temps que le vieux cédérom dans mon lecteur, le vendredi soir, comme ça, au pif. Un parmi des dizaines, avec un léger indice écrit d’une autre main que la mienne. Sur le disque, des photographies, des fichiers qu’il faudra décrypter, le début de quelque chose. Au milieu de ces trois jours, grâce à ces quelques éléments fragiles, je commence à écrire autre chose que ce journal, autre chose que ma vie, une autre vie que la mienne comme dirait l’autre – vous savez, celui qui est écrivain. Je ne sais pas quelle forme cela prendra, il va falloir creuser, peut-être poser des questions, avancer doucement, essayer que ça ne ressemble pas trop à ce qu’on lit ici, peut-être accepter que cela ressemble à ce qu’on lit ici, des formes légères, des petits riens, même si j’espère autre chose… mais quoi exactement ?

Vendredi 8 février

Au portail , il te lance : « Je me dépêche d’aller à la Poste pour envoyer un télégramme. Attendez-mi ici, je reviens ».

Tu as seize ans. Ça sent la guerre.

La synthèse du camphre. Arthur Dreyfus

Jeudi 7 février

Lire le manifeste de XXI, essayer d’en retenir quelque chose pour les dîners, les discussions entre collègues, les mois qui viennent, etc.

Sentir le parfum de Philippe M dans le métro.

Profiter des soldes, c’est à dire aller acheter deux chemises. Payées, je me retourne. Le mouvement de trop, le regard qui se pose sur les vestes juste derrière, le coup de cœur, l’envie, l’hésitation, le regard de la banquière, la penderie déjà pleine, la pensée pour cette veste demi-saison qui n’est plus portée, l’essayage, une taille puis une autre, à nouveau la première, à nouveau la plus grande, les détails – les boutons, la doublure -, une pensée pour cette veste non achetée chez M&FG, et puis la patronne qui attaque sec : les grands mots, les superlatifs, les comparaisons, les 50%, la coupe parfaite, les compliments, rendez-vous compte.

Mercredi 6 février

Mardi 5 février

Le premier film se promène dans les rues du 13ème, moment doux et étrange, bancal, surprenant. J’aime cet improbable, pas cette robe, nous sommes d’accord. Puis ils dansent. Comme hier ? Non, pas comme hier. Pourtant A était déjà là, ou plutôt on y était pour lui. Le deuxième film déjà vu, pas le même pourtant, plus radical à l’époque, bien plus long, qu’est-ce qu’on y gagne ? qu’est-ce qu’on y perd ? qu’est-ce qu’on en pense ? Et si sur le moment on n’en pensait rien ? D’ailleurs voilà O&A, passons donc à table.

Lundi 4 février

« Ce n’est pas une expo photo ? »  Non ce n’est pas une expo photo. Les invitations Facebook génèrent quelques surprises pour l’invité qui n’a pas vraiment fait attention. Non ce n’est pas une expo photo, ce sont des films, des courts métrages, parmi lesquels je retiendrai celui de… quel est son nom ? oui c’est ça, ce film sur Marseille, avec ses gens qui dansent dans la rue, j’aime cet élan de liberté des gens qui dansent dans la rue, en pull rouge de surcroît.

Non, l’expo photo c’était à midi, pause-déjeuner qui s’étire pour la visite commentée de l’exposition Undercover. J’avais déjà vu les images, j’avais même écouté le photographe. Mais j’en voulais plus. Je voulais le regard de Giulia sur tout cela, son approche, sa vision des faits et du geste. J’avais aussi envie que les images me racontent autre chose, quelque chose que je n’avais pas encore vu, pas compris, pas absorbé. Mes yeux et ses paroles, duo, donc. Mes paroles aussi, un peu, j’ai envie de décortiquer, de partager, peut-être parce que je les comprends, que c’est donc plus simple d’aller plus loin dans la lecture de ces images. J’analyse, je réfléchis, je propose, je propose de sortir l’image du contexte, je m’étonne de cette photo gigantesque qui trompe nos habitudes – nous voici soudain plus petit que la photographie, plus petits que ceux qui sont photographiés. Photographiés et en guerre. En sang. En proie.

Dimanche 3 février

MEP. 10 ans d’Images, certains connues voire adorées –  Tournaboeuf évidemment, encore, encore – et puis Loretta Lux et ce The Walk que je fixe, fixe encore, encore. Aux étages supérieurs Meyerowitz m’entraîne follement dans ces premières années colorées… les années suivantes et le reste vite oubliés.

Puis la pintade. Puis la peinture. Enfin l’Appât (ni tade, ni ture, un peu tatarte ?)

Samedi 2 février 2013

Ma séance est élaguée, la tienne rallongée. Je les rejoins, ils me demandent où. Tu nous rejoins, ils me demandent quand.

Vendredi 1er février 2013

La carte postale représente une esplanade plantée de palmiers qui s’alignent sous un ciel trop bleu au bord d’une mer trop bleue.

Triptyques, Claude Simon.

(Arrivée de JLM)