Puisque le temps est là, rongé par la lumière, la poussière. Des traces de pas elle en laisse. Sur la route zébrée de voitures elle continue de s’éloigner. Certains diraient qu’elle marche.
::: Virginie Gautier ; Les yeux fermés, les yeux ouverts
Je m’assieds, place 373 de la voiture 3 du TGV inoui 8414 qui partira à 17h08 pour une arrivée prévue à 19h26 à la gare Montparnasse. Je tourne la tête à droite et ce que je vois alors depuis ma fenêtre, à savoir le bleu du Ouigo qui nous jouxte et l’orange du pull d’une passagère, couleurs ensoleillées par la lumière si forte d’un soleil encore assez haut, auraient pu offrir une image, mais il faut un cadrage, il faut un angle, il faut une intention mais les couleurs peuvent suffire, il faut la certitude que le visage sera masqué, il ne faudrait pas ce sac de cuir vert sur les genoux… Et puis le train démarre, l’image s’envole. Un pull ? Pourtant il fait si chaud.
Je sais que tu m’attends. Cette phrase arrive dans ma tête une fois le Ouigo disparu. C’est Victor Hugo. C’est sa fille, morte, qui l’attend. Je ne peux donc pas l’écrire pour nous, ou alors il faudrait l’étendre, cette phrase, dire où, pourquoi, comment, dire que demain je t’achèterai des fleurs si le vase jaune est vide.
La première strophe du poème est en moi, tout comme la bruyère en fleur qui le termine, depuis plus de 40 ans peut-être. Je ne sais pas exactement pourquoi mais je suppose qu’ils ont ancré en mon esprit la mort, la mort d’une jeune personne surtout, c’est-à-dire son existence, sa possibilité : cela peut arriver, cela va arriver. Hugo m’a aussi, peut-être, offert l’idée que la poésie pouvait survivre à la mort, ou pouvait avoir le dernier mot face à cet inéluctable.
… L’humour aussi peut-être ? Parce que Victor Ouigo.



























