Samedi 30 juillet 2016

Habiter au nord de la ville, c’est échapper à la fournaise du centre-ville, et s’échapper facilement vers la fraîcheur de la campagne. Notre destination préférée, Ohara, dont le nom se retrouve souvent ici, conjugue un marché, un petit restaurant, un panorama, quelques temples et plusieurs lieux pour pique-niquer ou se baigner… Alors nous y voilà encore, partageant ce coin de rivière avec, cette fois-ci, un papa et son petit garçon cherchant on ne sait quoi dans la végétation avec leurs épuisettes, peut-être des grenouilles, nombreuses et sautillantes, bien que l’une d’elle fut récemment particulièrement docile, abattue par le soleil ou cachant un prince attendant un baiser.

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Vendredi 29 juillet 2016

Certes, ce n’est pas agréable le dentiste, mais au moins j’ai appris le verbe tsumaru. (Et donc maintenant, ça ne devrait plus tsumaru).

(Bon je pensais plutôt faire un parallèle entre notre passage à Shimogamo et le film « Andréa » de Natacha Nisic, mais je vous laisse avec cette histoire de dentiste)

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Jeudi 28 juillet 2016

Le film du soir (que l’on avait déjà vu mais que l’on avait oublié) : « Au milieu du monde, je crierai mon amour. »

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Mercredi 27 juillet 2016

Au moment de partir de chez lui, il nous tend une enveloppe de chez Daimaru. Nous sommes venus nous recueillir devant les cendres de sa femme, et la coutume veut que, pour cela, l’on nous remercie. On nous remercie de nous être déplacés pour cet hommage, coutume respectable, bien sûr, mais tellement étrange pour nous et nos autres habitudes. La question est alors de savoir que faire du chèque-cadeau du grand magasin, et si la coutume « oblige », par respect, à le dépenser, ne serait que dans un objet, des fleurs, une petite chose qui nous fera penser à elle, à son sourire, à cette première fois où je l’ai rencontrée dans son atelier, moment surprenant, magique, un premier partage comme il y en aura d’autres, beaucoup pour toi, quelques-uns pour moi – un concert, et puis ces quelques fruits apportés par son mari récemment, avec ce mot de sa main à elle, pour nous expliquer comment les éplucher, en laissant un peu de blanc ; et donc un vide.

Mardi 26 juillet 2016

La série du soir : « Dias Police »… Parce que l’on est enfin retourné chez le loueur de DVD (et qu’on n’a toujours pas compris ce que nous a dit le type qui parle beaucoup trop vite mais dont le cerveau fonctionne trop lentement pour ralentir le débit de ses paroles.)

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Dimanche 24 juillet 2016

Please push an interphone to turn into maiko.

La rue est étonnamment vide et calme. Le quartier est pourtant touristique et « typique », mais il faut croire que la foule s’est ruée tout près d’ici, au sanctuaire, pour la matsuri. Qu’importe : du moment qu’Ellis a quelques pokemons à chasser…

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Samedi 23 juillet 2016

On évoquait récemment la désertification rurale et les initiatives prises ici ou là pour contrer le phénomène et son inéluctabilité. Nous voilà donc invités à 1h30 de route de Kyoto – une route chauffée par le moteur du van -, à Sasayama, pour découvrir un coin de campagne, s’attabler joyeusement et questionner sérieusement la possibilité d’autre chose en matière de qualité des produits (ramassés ou cultivés alentours), variétés de tomates ou soupe de maïs… ou goût du saké… ou goût du saké… ou goût du saké…

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Jeudi 21 juillet 2016

Enfin, tout ce temps qu’on roule, beauté du monde orange des villes dans la nuit mal défaite, la masse si pesante de toutes choses de ciment autour de ceux qui y vivent, et dont le train indique la trace sans qu’eux-mêmes se montrent (une fenêtre ouvert sur une pièce vide).

François Bon ; Paysage fer

Nous rentrons. Kyoto nocturne. Mon appareil photo, doté d’un nouvel objectif 35mm qui changera ici (et ailleurs ?) mon regard et mon témoignage sur la ville et le monde, est rangé dans le coffre du scooter. Soudain, pourtant, une image à saisir. L’homme, bien habillé comme un cadre d’agence immobilière, chemise bleu clair, pantalon de costume plus sombre assorti à la cravate, tient un balai ; nous sommes au Japon et donc il nettoie le parking en rez-de-chaussée du bâtiment qui jouxte l’agence. L’éclairage est parfait, inondant l’homme de tous les côtés. Et puis il me regarde, pas longtemps, et lève le bras, et le balai, pour enlever peut-être une toile d’araignée là. Le feu passe au vert.
Alors je devrais m’arrêter là. Je devrais ne pas raconter ce qui s’est passé avant et laisser les photos être, comme tu avais dit justement « la part absente du récit ». Mais ce serait omettre la passionnante – quoi qu’un peu rapide, un peu courte – visite de la terrasse de la gare de Kyoto avec deux architectes m’éveillant un peu sur le lieu dont je me moque toujours un peu facilement.

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Mercredi 20 juillet 2016

Alors, en arrivant chez le dentiste, l’odeur dans les escaliers. Une odeur comme du sable, me rappelant, je crois, les vacances à Seignosse ; mais j’ai un doute. Évidemment, un étage plus haut, une fois la porte passée, ça sent plutôt les ennuis couronnés.

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Mardi 19 juillet 2016

Non mais ce concerto pour piano de Beethoven, là, pffff…
Hashtags pense-bête : #Prokofiev #RoméoEtJuliette #Saint-Saëns #SymphonieNuméro3

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Jeudi 14 juillet 2016

« Tu as vu comme il a plu cet après-midi ?« . Non je n’ai pas vu car il n’a pas plus à la maison ; dommage, ça aurait peut-être évité que C fasse du jardinage désherbage version Attila… Mais peut-être sont-ce les plantes qui ont fui…
Il n’a pas plu, mais je regardais, au loin, le ciel gris, alors que je partais vers l’Institut, en m’interrogeant sur l’absence de parapluie et de perspicacité.

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Mercredi 13 article 2016

Allongé sur le canapé, tu lis les douze pages que je t’ai envoyées. Évidemment je suis un peu fébrile. Tu me parles de l’écriture, tu dis qu’elle est belle, que ce n’est ni sec ni, ni quoi, ni l’opposé quoi… tu dis surtout qu’il faut poursuivre.

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Mardi 12 juillet 2016

Les taches professionnelles de ce mardi ne nécessitent pas une attention profonde – euphémisme. Alors ce mardi j’écoute la radio, non, pas la radio locale, oh je sais il le faudrait, mais la radio française, logo violacé me permettant de passer de Duras à Proust via l’élasticité du cerveau. Bien sûr par moment je ne l’écoute pas vraiment, il y a des voix, devant moi ou plus loin là-bas, ça cause. Tiens d’ailleurs, de quoi ça cause ?

 

Lundi 11 juillet 2016

Comment inventons-nous nos vies à partir d’un petit nombre de possibles, et comment nos vies sont-elles inventées pour nous par ceux qui ont le pouvoir ?

Allan Sekula ; in Défaire le modernisme

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Vendredi 8 juillet 2016

Une version instrumentale de Copacabana virevolte dans les rayons du Seven/Eleven. En passant avec mes 3 kilos de sucre à la caisse, la femme me dit un truc avec le verbe « fabriquer » donc je souris et confirme : c’est pour faire de la confiture. Je ne précise pas les fruits (abricots et agrumes) car j’ignore comment on dit, et je ne lui précise pas non plus la provenance, à tort peut-être, peut-être qu’elle est de là-bas, peut-être qu’elle m’aurait dit, elle aussi, mishoka ou un truc comme ça et que j’aurais ri, enfin voilà, merci, je sors et monte sur mon vélo en chantonnant… Her name was Lolaaaa, she was a shooowgiiiirl… Nous voilà de retour, avec quelques plantes mortes de soif.

Jeudi 7 juillet 2016

Évidemment, la désertification rurale évoquée dans ce séjour à Shikoku n’est pas totalement inéluctable. Ainsi, étape est faite à Kamiyama où un projet né il y a 5 ans fait vivre un village via restructurations architecturales, espaces de co-working, « hôtel » très joliment dessiné, restaurant français avec produits uniquement locaux, etc. On y croise un jeune Tokyoïte qui voulait de la campagne, un développeur, quelques artistes, des polyglottes, une imprimante 3D, que sais-je encore, j’ai oublié, et surtout une joie d’être là, beaucoup d’espoir, un cadre de vie, des valeurs, d’autres besoins… En France, il y aurait forcément un blaireau pour traiter immédiatement cet endroit de projet bobo, et le blaireau n’aurait pas idée de l’ambiance de fête sur la place du village ce soir, hasard de notre calendrier.

(J’aurais pu aussi parlé de la question du panorama, via la vitre d’un café et la baie de la chambre…)

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Mercredi 6 juillet 2016

Partir dans l’autre sens et longer la côte. Aller de surprise en surprise, encore. Beauté des paysages, immensité d’une plage où quelques surfeurs vont et viennent, petit café, traces d’autrefois, herbes envahissantes, rouilles, délabrement, bizarrerie architecturale, roches ondulant sous le vent, aquarium autrefois futuriste où l’on regarde danser les poissons, absence de restaurant ou de supérette, kitscherie charmante d’un boui-boui où l’on peut enfin déjeuner, eau encore plus limpide où s’amuse une jeunesse rieuse, pâte au goût d’agrumes sur un bord de route, réponse incompréhensible (« Mishoka » ou quelque chose comme ça) d’une femme sans sourire à qui tu demandais « combien ça coûte » et en rire encore.

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Mardi 5 juillet 2016

Nuit trop chaude, et au réveil, température déjà élevée. La confiture est décevante mais le bain du matin dans cette eau limpide fait oublier tout ça. Un peu plus loin, une centre commercial immense, et toujours le vert des rizières, le ciel bleu, les herbes brûlées, strates colorées troublées par l’envie d’un café ; cette habitude reprise depuis quelques temps chaque matin semble s’être transformée en addiction. Lors du bain de 17h on cherche à comparer la couleur de l’eau avec celle du matin ou de la veille ; mais tu connais ma mémoire courte…

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Lundi 4 juillet 2016

Physiquement il est impeccable, ce que Tausk, chacun tenant de sa mère, est moins.

Jean Echenoz ; Envoyée spéciale

Vers le sud. Route, montagnes, paysages homogènes, parfois une plaine forcément habitée et cultivée — pas de vide ici, il faut combler le rien, rendre utile le moindre lopin, le petit jardin — aires d’autoroute. C’est aussi ça le Japon, les aires d’autoroute, venez voir. Et puis les côtes, l’immensité de l’horizon, la couleur, la lumière. Le village, enfin, et la maison, spartiate. Trois commerces nous permettent de nous familiariser avec l’accent local transformant les questions des personnes âgées en un gloubiboulga exotique… mais sans réponse possible de notre part. Nuno, c’est le nom du bourg, ce ne sont que quelques rues, bordées de maisons parfois délabrées. On ne sait pas s’il règne un peu de tristesse, beaucoup de pauvreté, une simplicité de port de pêche vivant de peu… un mélange de tout cela sûrement.
À quelques kilomètres, on trouve une plage. Deux familles, dont l’une d’elles est couverte comme les Japonais le sont souvent, des pieds à la tête, pour se baigner. Mais nous, nous retrouvons la sensation (pas totalement agréable) du sable sur la peau avec une joie indescriptible. Ailleurs qu’ici j’écris « L’océan est pacifique, le reste du monde tellement moins. » cherchant à partager un peu de ce bonheur malgré… malgré quoi ?… malgré tout.

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Dimanche 3 juillet 2016

Crayon HB, gomme, salle 410, 12h15, elle déballe le paquet rose pâle qui contient les documents d’examen. Au coin supérieur gauche de la si petite table (coudes dans le vide), mon numéro 260240239. Quinze minutes à attendre. Le stress retombe un peu, mais pourquoi stresser ? Et de quel stress parle-t-on ? Celui généré par d’autres éléments qui n’ont rien à voir avec cet examen de japonais, ou par le départ en vacances ? Bref… La climatisation fait un léger effet et le garçon devant moi a gardé son coupe-vent malgré un short rose bonbon aux motifs de de flamands – qui eux, pour le coup, sont noirs. A ma gauche, une blonde, obèse, crispée. A ma droite, un Thaïlandais souriant puisque l’on se sourira à l’issue de la deuxième partie. Devant le bâtiment, la foule (jeune et non japonaise) était impressionnante, ramenant Kyoto à l’un de ses aspects : une ville universitaire attirant l’étudiant étranger pour un semestre, deux, une expérience, une vie…

Épreuve (agaçante) de kanjis et vocabulaire. Épreuve (éprouvante) de grammaire et lecture. Et épreuve d’écoute qui donne presque envie d’embrasser son voisin tellement c’est simple (enfin moins éprouvant, quoi…). Et puis voilà. Tu m’attends, voiture de location anthracite, on file. Deux heures de route, un coût de péage qui ferait baver de joie les autoroutiers français et l’hôtel chic pas cher (merci les offres promotionnelles) juste à l’entrée de Shikoku.

Cinquième étage, le bain, dont une partie est extérieure, domine un horizon océanique et pluvieux. Un instrumental de « I am sailing » de Rod Stewart berce l’ambiance d’embruns. En bas l’océan et le bruit des vagues. Plus tard « la » musique de Titanic, mais même l’insupportable est supportable. Plus tard, éclater de rire en lisant Echenoz. Lire enfin. Un roman. En français.

 

Vendredi 1er juillet 2016

Désespérer (en voyant le montage de l’interview), demander (qu’elle ne soit pas diffusée), déjeuner (avec A), dépenser (pour un pantalon, et pourtant il fait trop chaud), déplorer (l’obligation d’acheter une montre à 500 yens pour l’examen de dimanche), découvrir (que la petite musique stridente pour la Gion matsuri est de retour dans les rues), de-nouvelles-têtes-rencontrer.

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Jeudi 30 juin 2016

Après l’agacement vertigineux de la séance précédente chez le coiffeur, il s’agissait d’en trouver un autre. J’ai donc choisi le salon pour son nom, « tête », et pour son côté un peu chic entraînant un prix plutôt choc. Ce petit exercice de conversation, avec un employé (heureusement ou malheureusement ?) pas très bavard et semblant ignorer ce que voulait dire tête,  permettait de vérifier la tristement lente évolution de mes capacités linguistiques, exercice complété le soir même par une conférence dans la même langue, F parlant heureusement 1/ en commentant un diaporama de projets architecturaux dont je connaissais la teneur 2/ lentement et distinctement, même si cela ne suffit bien évidemment pas. Mais j’aurai au moins révisé le mot hashira (poteau), c’est toujours ça.

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Mercredi 29 juin 2016

Règle numéro 32 : toujours s’assurer que c’est un nid d’oiseau avant de toucher une chose grisâtre dans des branchages.

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Samedi 25 juin 2016

Ils s’appellent Adéiscas, Adelfin, Adhémar, Alysime, Amynthe, Arsive, etc. Elles s’appellent Zaïda, Zélia (comme mon arrière-grand-mère), Zélida, Zélisca, Zénobie, Zéphirine, Zercile, Zulima, etc. Ils sont nos ancêtres aux prénoms improbables, d’une poésie aux consonances parfois pharmaceutiques ou exotiques… et font le ravissement des généalogistes, et le mien en ce samedi matin.

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Vendredi 24 juin 2016

Les particularités des corps nus dans les bains publics ont déjà fait l’objet d’un petit texte publié, de rares témoignages dans ce journal, de sourires, d’étonnement, de questions ou de remarques ici ou là. Sans conteste (et sans équivoque), cela pourrait faire l’objet d’une chronique régulière, tant le corps humain, quand on l’observe à tous les âges comme c’est le cas dans ces lieux, est fascinant. Certes, il suffit d’aller à la plage ou dans un vestiaire, répondrez-vous. Mais non. Car débarrassé des attributs vestimentaires des plages et piscines appelées « textiles » par les naturistes, et surtout objet d’attention particulière dans les lieux où l’on se lave (et frotte, récure, ponce, rase, etc.) voire où on lave l’autre, le corps n’échappe à rien. On est également loin du vestiaire de sport où se laver est une étape indispensable et rapide. Et puis au milieu des autres, on est  – en tout cas quand on a 42 ans – face à ce corps minuscule et agile que l’on a été, et face à ce corps âgé, à nouveau glabre et difficile à habiller en des gestes lents, que l’on sera dans des décennies.
Bref… On avait pu observer, récemment, un pubis taillé en rectangle, d’une taille entre le ticket de métro et la carte bancaire. Ce vendredi, revoici — car on l’avait déjà vu, il y a bien longtemps — celui qui se rase tout le corps… sauf un petit triangle, d’environ 4cm de côté. Mais 5 jours plus tard, j’ai oublié dans quel sens il pointait. (Et ça, forcément, ça fait sourire).

 

Jeudi 23 juin 2016

L’oiseau est figé, droit sur ses pattes, par terre. Il n’est pas mort, ce qui serait surprenant vue la position ; tu me dis qu’il cligne des yeux. Je m’approche, il se laisse attraper. Peut-être sonné par un choc dans la vitre. Quelle autre explication ? Il s’envole, s’agrippe au crépis de la maison d’à-côté, situation d’équilibriste. Un coup d’œil plus tard, il est reparti, rejoignant ici mes chroniques volatiles.

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Mardi 21 juin 2016

Un bruit étrange. Je sors. Le bruit de la pluie. Pourtant il ne pleut pas. Le son vient d’en face, des maisons là-bas, derrière le champ en jachères. Il pleut là-bas. Et puis voilà, ça s’abat, violemment, quelques minutes. Énormes gouttes bruyantes sur le toit, le nôtre cette fois. Je me dis que j’ai bien fait de me presser au retour des courses, quelques légumes dans le panier du vélo et 700 yens de fleurs, dont deux boules d’hydrangea un peu shina-shina offertes. Parce qu’ici – l’ai-je déjà évoqué ? – les fleuristes vous offrent des fleurs. Un peu passées peut-être, plus vraiment vendables, parfois magnifiques, mais ajoutées au bouquet dans un franc sourire. Franc comme cette pluie.

 

Lundi 20 juin 2016

Bientôt 17h. Je viens de tourner dans le quartier pour chercher une façade photogénique, un coin de rue typique ou atypique, des géométries, le visage de ce coin de ville. Alors parce qu’il y a ce soleil et ces enfants qui jouent, je reste là, dans ce parc, à les regarder. Il y a deux ou trois mamans aussi. Un papa plus tard, l’enfant trottinant avec hésitation. Regarder. Les semaines filent et j’ai l’impression de ne plus beaucoup employer ce verbe et ses synonymes. C’est sûrement faux, c’est juste une impression, ou plutôt ce sont les gens que je ne regarde plus, plus beaucoup, un peu moins, je ne sais pas. Pouvoir les photographier plus discrètement ou les filmer transforme sûrement mon attention ; l’emploi du temps aussi, peut-être.
Alors il y a cet homme qui vient s’asseoir, là-bas. Il fume. La soixantaine, pantalon sombre, tee-shirt clair. Il tremble. Solitude probable, pauvreté envisageable, tristesse apparente ; il vient peut-être les regarder jouer chaque jour à la même heure. Entre lui et moi, cet hippopotame rieur. Plus loin les mouvements de la balançoire.

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Dimanche 19 juin 2016

Il pleut. L’oiseau est mort. Il a heurté l’une des vitres, laissant une trace de plumes là-haut et rappelant celui, de la même espèce, photographié le 26 juin de l’an dernier. Rappelant aussi cette phrase d’Audiberti dans la nouvelle Le Vivier, citée dans ce journal le 18 janvier 2005 — journal disparu me direz-vous, alors la voici :

« Les lettres d’amour, c’est à soi qu’on les écrit, pour les lire en les écrivant. Quand les lettres d’amour parviennent, l’oiseau est mort, quatorze couteaux à fromage de banalités dans le poitrail« .

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Vendredi 17 juin 2016

Le bus les ramène de l’école primaire. Vêtements clairs, cartable marron, chapeau de paille pour les filles. Je les filme ; des scènes courtes. Quelques photos aussi, même si, vous l’avez constaté les jours précédents, les couleurs ne sont pas très belles : le petit objet téléphonique est sans conteste si pratique que j’en renie certains principes.
Soudain, l’une à peine descendue, trois d’entre elles changent de place dans une sorte de ballet délicieux, dont une qui finit debout à regarder tendrement le seul garçon du groupe. Cela dure quelques secondes, c’est si rapide, peut-être quatre, et c’est d’un ravissement qui m’enchante. Puis m’attriste : je n’ai pas filmé.

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Jeudi 16 juin 2016

– C’est quoi qui fait ce bruit ?
– L’essuie-glace du livreur de pizza.

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Mercredi 15 juin 2016

Pero, demandai-je alors inquiet en osant un peu d’espagnol, los 300 estudiantes van a comer ? (ding dong, alerte cerveau) … venir ?
… Ou comment se mélanger les pinceaux linguistiques…

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Mardi 14 juin 2016

Tu pourrais faire du jardinage en même temps que du japonais… Du jardiponais…

L’homme dans la petite boutique, un pas de porte, me dit qu’il va vérifier le prix. Il fait partie de ces commerçants où l’on va de temps en temps, et qui en France ont disparu depuis longtemps : il vend du charbon de bois. Il n’est pas impossible qu’il vende d’autres combustibles, mais il me faudra vérifier la prochaine fois, chercher un indice, oser demander peut-être…
Juste avant, j’ai photographié la façade de la boutique d’à-côté ; il me semble que je ne l’avais jamais remarquée, avec son étrange arc jaune. Je te disais justement, dimanche, alors que nous nous y promenions, qu’il me fallait photographier les façades après-guerre qui, tôt ou tard, disparaîtront avec les autres, plus anciennes encore. La désuétude, et la beauté parfois, de ces alignements aux lignes typiques des années 50 à 70 – ces rondeurs, ces polygones -, sont remplacées par des baraques standardisés sans charme ni allure, et l’on a beau se projeter dans l’avenir, on imagine mal qu’on les regardera dans 40 ans avec un sourire nostalgique.
Juste avant encore, quelques mètres plus loin, j’avais photographié une maison. En bois cette fois. Optimiste, j’avais regardé le squelette qui restait et je me suis dit qu’elle n’était peut-être qu’en réfection, mais je n’y croyais pas. Fataliste, j’essaye de penser que les Japonais ont raison, de faire table rase, si régulièrement, mais je n’y parviens pas.

Et que la lumière était belle, à 18h14.

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Lundi 13 juin 2016

Alors le fait divers – un de plus – aperçu hier avant de se coucher devient autre chose, une attaque sanglante contre une minorité qui aimerait bien y croire, à l’universalisme. Ici je cherche les mots, ils sont nombreux, ils se bousculent, et les voici remplacés par un peu de beauté, celle de Guimard et du hasard d’un arc-en-ciel.

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Samedi 11 juin 2016

La voiture jaune s’arrête. Un couple en descend. C’est monsieur qui conduit, habillé de couleurs rosâtres. Elle, loin des demi-teintes de monsieur, porte une robe Mondrian, carrés blancs lumineux sous le soleil de juin, carré jaune parfaitement assorti à la voiture qui évoque elle aussi les années 60 — une Simca 1000 ?
Ils jettent un œil, font un aller-retour bref et discret, et l’arrière-plan donne un air champêtre parfait à cette scène légère et surprenante.

Puis des couleurs plus ternes, c’est à dire plus « terre », avec même des gris qu’on n’imaginait pas.

Emilie Pedron - Galerie @kcua - Kyoto 160611-DSC_8001

Vendredi 10 juin 2016

N’ai pas écrit les jours précédent. Besoin de temps ? Besoin de se rappeler qu’il faut écrire ? qu’il faut s’extirper des autres vagues, du travail par exemple, de l’apprentissage du japonais bien sûr ? Hier il n’a pas plu ; aujourd’hui, les yeux sont secs dans la maison-lumière que viennent voir de temps en temps quelques curieux. Cette fois il est Américain, origine locale peut-être mais je ne pose pas la question, étudiant, sans âge, presque sans genre, pas sans gêne et donc je suis bref puisque qu’il n’insiste pas : il faut filer chez R, puis dîner divinement bien avec K et N, et finir là où l’on vient aussi en curieux, mais où… comment dire… c’est la lumière qui sent cette odeur ?

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Samedi 4 juin 2016

Le paysage a disparu. Là-haut, là-haut où un employé ne voulait pas nous laisser monter en raison de la faiblesse apparente de notre destrier motorisé alors qu’on avait déjà gravi la route, là-haut ils ont supprimé les scories d’une société de loisirs qui rêvait de neige. En cherchant la définition de scorie, parce que je confonds alors un autre mot oublié, et en trouvant parmi des versions plus volcaniques la « Connaissance résiduelle d’un paradigme de pensée tombé en désuétude« , je trouve que c’est parfait, et je le laisse. Ils ont supprimé ce qu’il restait d’une station de sport d’hiver, pourtant les enfants pourraient glisser sur l’herbe. Souvenez-vous de l’endroit découvert le 19 octobre 2014, fantômes et pendule arrêtée,  le tout photographié trop brièvement  en ajoutant cette phrase si courte qu’on n’en tient pas assez compte : « Il faudra revenir. »

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