Mardi 24 novembre 2015
Lundi 23 novembre 2015
Poussière. C’est un tunnel de poussière blanche qu’il faut franchir pour quitter l’appartement ; ne pas se retourner. Ne pas retourner poussière ? De l’autre côté, il y a un sauveur, des fleurs à la main qui nous accueille tandis que je toussote et m’époussette. J’aime la métaphore, l’idée du bout du tunnel après une semaine d’accrochage, de vernissage et surtout en ce lendemain de conférence, en ce lendemain d’un jour pas comme les autres, avec ce défi qu’on m’avait donné de parler de la lumière.
J’aime la métaphore, j’aime moins la situation, ému, quelques minutes plus tard, lorsque je me retrouve seul à trainer cette valise trop lourde sur les pavés bordelais. Au café un croissant, un expresso, 3 euros 50, l’employée qui note le menu à la craie de sa main gauche et mon esprit s’embarque déjà vers l’après, vers ces jeux d’enfants qu’il faudra montrer, vers ces envies de publications, de partages, d’échanges et vers ce roman qu’il faut écrire.
Dimanche 15 novembre 2015
Samedi 14 novembre 2015
Je suis réveillé par un sommeil troublé, car rien n’est léger depuis hier soir, pas même le sommeil. Je suis réveillé par la peur du nombre que je vais lire, par les larmes. Je suis réveillé, moi ; d’autres non.
Vendredi 13 novembre 2015
…
Jeudi 12 novembre 2015
Chercher ses tickets de métro devant les portillons, regarder l’heure et cette fichue machine, faire comme le type qui me passe devant et se glisser dans le portillon, s’asseoir et voir là-bas quatre ou cinq contrôleurs monter dans le métro, détester les cadres de la RATP qui décident d’envoyer des équipes de contrôleurs à 6h30 du matin, regarder les contrôleurs changer de rame une station plus loin, regarder les contrôleurs descendre à nouveau une rame plus loin et ne pas monter dans ma rame, respirer. Monter dans le TGV, s’inquiéter parce que le contrôleur n’articule pas du tout et annonce Breaux-Saint-Jean, regarder la brume, retrouver JLD, marcher, pédaler, se laisser guider, voir les tirages, presque pleurer devant cette porte, remercier le travail du labo, retrouver JLM, prendre une formule à 14,50, regarder le mur, hausser les sourcils, regarder les murs blancs, prendre un autre train, embrasser ses parents, survoler Berque.
Mercredi 11 novembre 2015
J’avais oublié que les gens fumaient des cigarettes électroniques. Oui oui, ça m’a surpris un court instant. Et puis, comme hier, plongeant dans les conversations alentours, cette fois à une terrasse, trois chemises neuves dans un sac, j’écoute. Ils ne se connaissent pas. Il dit qu’il aime le cinéma. Et la musique. D’ailleurs il aimerait en faire, du cinéma. Il cite Kubrick, Spielberg, Lucas. Lucas ? Elle ne connait pas Lucas. Il ne cite pas La Guerre des étoiles, non, il dit « science fiction… heu… voilà ». Elle dit « C’est un peu cucul je sais mais j’adore Woody Allen ». Il dit que c’est génial Woody Allen.
Mardi 10 novembre 2015
Pourquoi t’as acheté du steak haché ? … Ah ouais, tu vas lui faire la cuisine à la meuf de 30 balais !
Retrouver les rayons du supermarché, baigner de nouveau dans une foule parlant une langue qu’on comprend et éclater de rire au rayon frais.
Lundi 9 novembre 2015
Ce dernier jour avant de retrouver la France, j’erre dans les trop grands magasins, les rayons et les étages en quête de papèterie ou de produits pour restaurer mes chaussures. Comme si je l’avais oubliée, je prends en pleine figure l’absurdité de ce monde ultra-consumériste, dont je suis moi-même acteur et prisonnier, avec tout son déballage d’outils pour équeuter les fraises ou dénoyauter les avocats et regrette amèrement de ne pas être allé à cette conférence d’Edouard Louis, conférence un trop loin, temps un peu trop pluvieux, moi-même un peu trop bête.
Dimanche 8 novembre 2015
Il y avait, dans ces étagères ayant récemment subi une bascule de 90°, un numéro d’ArtPress sur la photographie plutôt planqué, à peine feuilleté. Il attendait sûrement d’être réellement utile, et à dix jours de l’accrochage, il le fut – dans un fauteuil vert de chez Zen – , et m’éclaira un peu plus sur ma propre démarche, sur l’envie, le besoin, la nécessité de ne pas s’aligner, de ne pas aligner, besoin découvert le jour où tu bousculas cette rigueur apparente et ces 4 images trop bien disposées, ce petit ensemble trop parfait, sans énergie, sans mouvement, sans lignes, sans dynamique, sans tensions, sans rien.
Un peu plus tard, cette série anglaise ajouta un peu d’énergie, de dynamisme, de mouvement… Shake shake shake!
Samedi 7 novembre 2015
Vendredi 6 novembre 2015
Il est comme toujours réservé, peut-être pétrifié pas son anglais chaotique qui m’oblige – et c’est tant mieux – à lui répondre en un japonais autant chaotique. Face à mes questions – Que faire de ces grandes planches ? que faire de ces vêtements en parfait état ? – il n’a pas de réponse, et le temps de sa réflexion, mon regard se porte sur son lobe gauche. Un trou. La marque d’une ancienne boucle d’oreille. J’ai du mal à y croire, à ce fantôme, ça ne colle pas avec le personnage devant moi, qui depuis un an et demi garde cette attitude de petit garçon timide et qui me fait à chaque fois regretter Rika et son énergie, ses questions, son étonnement permanent, ses marques d’attention et son amour pour les primevères et les pensées. D’ailleurs vous ai-je dit que j’en ai planté ?
Jeudi 5 novembre 2015
Mercredi 4 novembre 2015
Je vais parfois à Kyoto. Tant d’autobus ça m’étonne encore. Chez moi, tout le monde a une voiture, je ne savais pas déchiffrer un plan de métro, je n’avais jamais utilisé de transport public (pour quelqu’un comme moi, issu de la classe moyenne, c’était bon pour les pauvres). Il m’a fallu un an pour m’y faire. Le japonais, je l’apprends sur le tas. J’ai fréquenté quelqu’un près de Tokyo, un Canadien. Mais ça n’a pas bien fonctionné et, depuis, je suis célibataire. Ici, presque personne ne sait que je suis gay – ça ne leur plairait pas.
Nicole-Lise Berheim ; Saisons japonaises
Mardi 3 novembre 2015
Mais tu es sûr que l’on va pouvoir emporter ces deux grosses boîtes sur le scooter ?
Lundi 2 novembre 2015
« Que l’acteur soit bon ou mauvais, faire le cheval c’est ingrat. »
in « Histoires d’herbes flottantes » d’Ozu
Dimanche 1er novembre 2015
Samedi 31 octobre 2015
Le bar est spacieux (donc pas très kyotoïte), agréable (donc très kyotoïte) et de l’autre coté de la vitrine, là, juste à côté de toi, il y a une part de gâteau immense en carton. A l’intérieur, on note surtout la tête de panda en peluche accrochée au mur, telle un trophée. A l’extérieur, je remarque surtout le garçon avec un tee-shirt « Cindy Lauper » qui montera dans le bus 203. C’est un samedi différent, lent, reposant, différent parce que pour une fois nous marchons sur ce pont, ensemble. Ça n’a l’air de rien, mais…
Il y a ensuite cette scène qu’on ne comprend pas, au restaurant, c’est comme un film met finalement, on lit sur les visages les expressions faute de comprendre les mots. Et puis l’expo (sur des artistes inspirés par le mouvement) Rimpa. Et puis un film muet, un vrai, La Cigogne de papier, Mizoguchi années 30 et Japon bien sombre…
Vendredi 30 octobre 2015
Jeudi 29 octobre 2015
Mercredi 28 octobre 2015
Mardi 27 octobre 2015
La scène est triste: de l’autre côté de la grande vitrine qui ne cache rien, deux femmes pleurent. Soudain le vétérinaire secoue la patte du chat, comme ça, vous voyez ? Comme un jouet, comme un truc mou, flasque, pas comme une patte de chat qui vient de mourir. Alors je ris. Devant l’absurde et la gêne de cette transparence que je trouve peu japonaise, je ris. Ce n’était pourtant pas le moment, de rire de la mort.
Et puis, comme un touriste, découvrir (Konnen-in) ou retrouver (Nishi-ki, Guio-Guiro…) et entendre K dire : « C’est assez délicieux« .
Lundi 26 octobre 2015
Dimanche 25 octobre 2015
Samedi 24 octobre 2015
Vendredi 23 octobre 2015
Jeudi 22 octobre 2015
J’aurais pu fermer les yeux. C’est une spécificité de la vision. L’ouïe ne la possède pas. Les tympans n’ont pas de couvercle. Mais la rétine a un organe qui fait fonction de couvercle, en l’espèce les paupières. C’était donc facile. Et pourtant, je n’ai pas pu.
Hideo Furukawa ; Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente.
Mercredi 21 octobre 2015
Mardi 20 octobre 2015
Ils sont arrivés hier, discrètement, à l’heure du dîner. Me voici, ce matin, passant la tête puis toquant sur l’armature de la moustiquaire, bruit léger. A sourit et se précipite sur ses chaussettes pour les enfiler, apparemment gêné (qu’elles soient ainsi par terre ou que je voie ses pieds ?) et engage la conversation sur la météo (la chaleur d’août, son allergie au soleil) avant de s’inquiéter sur la présence de moustiques qui, par chance pour lui, ne font plus d’apparitions depuis quelques jours. Nous ne le verrons donc pas ici l’été prochain.
Lundi 19 octobre 2015
Dimanche 18 octobre 2015
Samedi 17 octobre 2015
Vendredi 16 octobre 2015
La centrale se situe à peu près à dix mètres au-dessus du niveau de la mer. La vague fera plus de treize mètres. Les premiers plans montrent que le site originaire se trouvait trente mètres plus haut, mais on a raboté la falaise pratiquement jusqu’au niveau de la mer pour économiser les frais de pompage nécessaire au refroidissement des réacteurs. Le site contient six réacteurs nucléaires alignés en rang d’oignon, à deux pas de l’océan. On dirait un resort hotel, une résidence hôtelière pieds dans l’eau.
Michaël Ferrier ; Fukushima, récit d’un désastre.
Jeudi 15 octobre 2015
Sur la table basse, le bonheur de voir des livres. Depuis quelques jours il y avait Flaubert, Riboulet, les lettres manuscrites en marque-pages, en signal, celui de l’amitié. Il y avait aussi depuis trop longtemps maintenant celui, virtuel, toujours en attente, ce prénom en PDF. Et voici que ce soir il y en a d’autres, des signaux et des livres, japonais, japonisant, avec toujours en tête cette lumière ; et là, devant nous, le sourire radieux des amis, enfin là.
Mercredi 14 octobre 2015
C’est l’histoire d’une rencontre, celle avec les Bescher. C’était avant 2001, avant les carnets, avant les traces écrites de ce journal, avant les traces des anciens journaux surtout, ceux qu’on ne lit plus, ceux qu’on ne peut plus lire parce que c’est mieux ainsi, même si certains referont surface, ceux d’après 2004 par exemple, ceux d’avant 2008 sûrement, là où ça commence à ressembler à autre chose qu’un agenda, qu’un ramassis a-poétique vaguement à la Prévert (prévert pépère ?). C’est une question de temps, d’organisation, de copier-coller… de détricotage du passé peut-être aussi pour en enjoliver les formes, les phrases…
Bref, les Bescher. C’est, si je ne me trompe pas – c’est en tout cas ce que je raconte à chaque fois – ma rencontre avec la photographie exposée. C’est au centre Pompidou, c’est une baffe, c’est un virage. Je navigue entre la fascination et l’incompréhension, et il est probable que je ne reste pas longtemps. Et puis ça va me coller aux basques. Jusqu’à hier par exemple, voyez cette fichue façade plantée là, un peu plus bas que ce paragraphe, ils sont là les Bescher.
Enfin non, maintenant ils ne sont plus là. Plus du tout et il faudra rattraper le temps perdu, les regarder encore et les lire. Comme Chantal Akerman, alors ce soir c’est Je, tu il, elle. 1975.
Mardi 13 octobre 2015
Lundi 12 octobre 2015
« Et vous savez pourquoi ils nous ont fait venir ici ? »
Dimanche 11 octobre 2015
Il y a en entrant dans la maison une odeur que je n’identifie pas tout de suite. Je m’étonne que la porte arrière soit ouverte, je m’étonne de tout ce qu’il y a sur la table, je me demande qui a bien pu passer et laisser là ces surprises, surtout en regardant les étiquettes qui m’indiquent la provenance. Et puis je me rappelle, enfin, que c’est simplement toi.
Samedi 10 octobre 2015
Vendredi 9 octobre 2015
La soirée s’achève, la semaine presque également, et l’on nous embarque vers une surprise, un ailleurs, une grotte, un aquarium, un musée sérieux et farfelu : des coquillages, des poissons, Jules Verne n’est pas loin. C’est un bar, un bar avec alcool, sinon une glace ; alors je prends une glace.
Jeudi 8 octobre 2015
Mercredi 7 octobre 2015
Mardi 6 octobre 2015
Chantal Akerman était comme une cousine, lointaine, rarement rencontrée, dont on nous aurait dit si souvent du bien, rien que du bien. Je n’avais pas souvent rencontré le cinéma de Chantal Akerman, une fois avec ennui, une fois avec plaisir, mais elle était de la famille, la tienne de cœur , donc la mienne par alliance, et te voilà soudain bien triste. Une autre douleur, donc, autre que celle de la nuit et du matin, douleur bruyante là, en bas du dos à droite, douleur évanouie comme par enchantement à la fin de la journée, après quelques médicaments et un « o daijini » vers 9h40.
Lundi 5 octobre 2015
Dimanche 4 octobre 2015
Vous pourrez m’envoyer les photos ?
Samedi 3 octobre 2015
Vendredi 2 octobre 2015
Jeudi 1er octobre 2015
Je ne m’attendais pas, en lisant le discours de Kenzaburo Oé lorsqu’il reçut le prix Nobel de littérature, à découvrir que l’une de ses références était le conte de Nils Holgersson. J’ai 10 ans, le dessin-animé tiré du conte passe à la télévision chaque samedi après-midi et c’est sur le matelas épais et l’édredon fleuri de ma grand-mère que je regarde avec émerveillement l’histoire de ce garçon et des oies sauvages. J’ai alors rêvé, les années qui ont suivi, comme l’enfant devenu minuscule, d’être emporté au dos d’une oie dodue pour voir le monde… rêve bien plus accessible que de tuer des monstres interplanétaires en Ulysse du 31ème siècle.
Mercredi 30 septembre 2015
Après l’exercice bimestriel de japonais (1h15 chez le coiffeur, rien que ça), je file vers les étagères de l’Institut, desquelles j’extrais quelques ouvrages desquels j’extrais quelques notes, deux haïkus et le sentiment que le temps va manquer pour tout lire, tout retenir, tout apprivoiser ; une vie ne suffit pas. Enfin d’autres étagères, de bois (précieux ?), livres d’art, verre de Sauvignon.
Mardi 29 septembre 2015
Lundi 28 septembre 2015
« I’m wondering if they can fit the building…because they are a big group… »
Soleil. La terrasse parisienne serait bondée, on s’y battrait pour une place, même au bord d’un boulevard bruyant. La terrasse kyotoïte, en bordure de rivière, vision sporadiquement troublée par une voiture roulant lentement, est vide. Il n’y a qu’une table et deux chaises, et la dizaine de clients est à l’intérieur, où la climatisation ronronne et me fait frissonner lorsque je vais payer et qu’elle me fait remarquer, dans un sourire, qu’aujourd’hui je suis seul.
Dimanche 27 septembre 2015
Le parfum offert hier par J, une fois sur moi, m’évoque immédiatement celui qui le portait. Il me poursuit toute la journée, accompagné d’un sentiment nostalgique et triste : c’est comme si j’entendais son rire par-dessus la musique, comme s’il était là, assis dans un fauteuil Voltaire, deux doses de Ricard dans un peu d’eau et un paquet de Rothmans.
Mais plus tard, nuit tombée, nous trompant de bar pour justement retrouver J, c’est le fou rire qui vient ; il en aurait ri aussi, doucement moqueur, de cette femme assise là, devant son petit écran.
Samedi 26 septembre 2015
Lors du dîner dans ce restaurant à l’ambiance curieusement parisienne qui fera grincer certaines dents, dont les miennes, étant donnée l’attitude (… remplacer par l’adjectif de votre choix …) des serveurs, lors du dîner, donc, la voici, Japonaise plus française que certains d’entre nous, qui raconte son pays, c’est à dire un certain de côté de son pays, un des plus sombres actuellement, ce jusqu’au-boutisme nationaliste pour sortir le Tohoku du marasme.
Vendredi 25 septembre 2015
Jeudi 24 septembre 2015
Et le champ d’en face est redevenu terre ; un peu plus tard, humide.
Mercredi 23 septembre 2015
Ôhara. Nous revoici là, bar désuet, toucher du velours et odeur poussière, mais la femme n’a plus les cheveux violets. Le souvenir date probablement de juillet 2012, mais je ne creuse que dans mes souvenirs et pas dans les pages de ce journal. Alors d’autres lieux reviennent, ce petit restaurant au nord de Kibune, loin, lieu imprécis précédé, j’en suis sûr, par le doublement d’un taxi avec deux geishas à bord. Parmi tous ces lieux d’autrefois et de maintenant, nulle image dans ma sélection bordelaise. Ils s’accumulent, attendant leur tour.
Mardi 22 septembre 2015
Lundi 21 septembre 2015
C’est lundi, c’est Nitori.
Dimanche 20 septembre 2015
Nous sommes, de nos ancêtres, les fantômes de chair. Ils se servent de nos corps vivants pour hanter ce monde. Et nous voici, éperdus de tous ces morceaux dont nous sommes faits, et auxquels il convient de donner une apparence unique, cohérent et entière. Nous promenons nos corps constitués des bouts des uns et des autres à la recherche d’un principe qui les fédère, et que nous appelons moi, les jours de bravade, quand en réalité tout cela bataille en nous, tous ces ancêtres dont chacun voudrait avoir la préséance, faisant pression sur nos mimiques, et sur nos pensées peut-être, toute la horde des aïeux qui n’acceptent par plus de disparaître que les spectres des contes, et qui colonisent nos corps, pour durer encore, à leur façon.
Christine Montalbetti ; Love Hotel

































































































