L’Élégie de Naniwa, Mizoguchi.
Lundi 22 décembre 2014
Et voici qu’enfin, après avoir cherché encore et encore (et après avoir regardé avec envie les chaussures jaunes du corner Issey Miyake de Takashimaya mais là n’est pas le sujet), je trouvai un rayon de pulls à cols roulés en laine unis. Tandis que la vendeuse s’occupait d’une cliente, je jetai un oeil à la traduction d’hésitation, et lorsque libre elle se tourna vers moi, je pus justifier du temps passé à les déplier et les replier maladroitement. C’est lorsque je demandai si l’échange était possible parce que c’était un cadeau (notez un peu comme mon vocabulaire s’étoffe) que ça se compliqua, puisque, comme tout Japonais qui se respecte,elle allongea sa réponse puis la répétition de sa réponse lorsque je lui dis que je n’avais pas compris. Essayer le pull et comparer nos carrures fut alors finalement plus simple (malgré le crime de lèse-majesté que je commis en posant un pied chaussé sur la moquette de la cabine d’essayage).
Dimanche 22 décembre 2014
Et l’on continue les ciné-club-cake avec Les Musiciens de Gion de Mizoguchi, dont le titre reste en français une énigme totale. Incompréhensibles aussi certains passages, nous dit K, riant en imitant l’accent local.
Samedi 21 décembre 2014
Vendredi 19 décembre 2014
« It looks like a peacock« , me dit D en descendant de son vélo, le sapin arnaché sur le porte-bagages, défiant les lois de la gravitation. Quelques minutes plus tard, « I look like a ninja« , me dit D en descendant de son vélo, du bambou dépassant de son sac à dos. Et le voilà sciant et cordant, avec toute la patience qu’il faut pour faire tenir l’arbre (venu tout droit de la montagne) sans autre artifice que du bambou et de la corde.
Et puis le soir, puisque au Japon, les occasions sont nombreuses de se réunir, on cherche à oublier les mauvais moments de l’année en mangeant (de la raie grillée, ce soir, par exemple, au milieu d’autres mets chauds) et buvant (du saké, du saké, et encore du saké, multipliant les petites quantités dans les petits verres). Mais quels mauvais moments de l’année pouvions-nous vouloir oublier ? A part les au-revoir, certes.
Jeudi 18 décembre 2014
Se lever avec la joie d’un enfant et regarder la neige. Tenter plus tard d’aller photographier les montagnes le temps d’une éclaircie, mais par définition ça n’a pas duré bien longtemps. Par bourrasque les flocons se collent à l’objectif, sur moi, humide puisque mal équipé – il faudra y songer. Mais la joie d’enfant est aussi là, au bout de la rue de la crèche, face aux montagnes blanchies.
Alors au dîner on évoquera la neige – brièvement, c’est presque fondu -, cette boutique – brièvement, attendons Noël -, Guimard – moins brièvement et avec le défi d’en parler en japonais un verre à la main. Qu’importe le flocon pourvu qu’on ait l’ivresse.
Mercredi 17 décembre 2014
C’est à partir de là je crois que j’ai « su » avoir été kidnappée par les soi-disant « médecins » de l’hôpital. Des heures durant, paraît-il je leur disais comment ils pouvaient avoir une rançon, en téléphonant à qui, en demandant une somme pas très élevée mais qui devait correspondre à ce que je valais sur le marché du crime.
Marguerite Duras ; La Vie matérielle
Prendre en photo toutes ces pages que j’aimerais relire, échanger cette Vie matérielle contre un Éloge de l’ombre et un énième livre d’apprentissage de cette langue, que petit à petit, patiemment (soupirs), j’apprivoise.
Mardi 16 décembre 2014
Ame ga futte mo, kimashita. J’ai préparé ma phrase, disant que je suis venu même s’il pleuvait. Mais malgré cela, j’ai regardé la pendule tourner, le travail à faire, la pluie tomber encore et suis parti plus tard, gardant en mémoire la formule pour une autre occasion météorologique, cherchant ce qui pourrait être offert quelques jours plus tard, regardant encore une fois ce pantalon, te retrouvant enfin pour un bain. Trop chaud peut-être, n’est-ce-pas ?
Lundi 15 décembre 2014
Samedi 13 décembre 2014
Vendredi 12 décembre 2014
Jeudi 11 décembre 2014
…
Mercredi 10 décembre 2014
Ils sont là, quelques dizaines, lumière aussi basse que le plafond, leur âge non plus n’est pas bien élevé. Ils sont venus pour Shibuya, gigotent un peu sur la musique en attendant le set. Lorsque il arrive ils font presque mine de rien, un applaudissement, deux onomatopées timides… un silence qui ne durera pas bien longtemps. Hep, t’as pas des bouchons pour les oreilles ?
Mardi 9 décembre 2014
Lundi 8 décembre 2014
Dimanche 7 décembre 2014
Kamigamo jinja est le souvenir caniculaire et amusé de l’été 2012 (un monstre qui apprend la danse bretonne, une chaussure pleine d’eau…). Il est toujours le lieu où l’on vient pour quelque cérémonie et quelques photos en habits traditionnels ; cette fois le mari a une coupe de cheveux qu’ailleurs on oserait pas. Alors ensuite on part au hasard, chercher un point de vue, parler des bêtes sauvages, se dire qu’on pourrait passer des journées entières au milieu de arbres. Et puis le soir on retrouve Duras pour clore le coffret. Les journées entières évoquées sont cette fois dans les arbres.
Je suis devenue riche, Monsieur, très riche. A l’âge où en général on meurt.
Samedi 6 décembre 2014
Vendredi 5 décembre 2014
Ils venaient à 12h ; j’avais confondu avec l’horaire du réparateur. En remontant des boîtes à lettres – vide, la nôtre -, j’ai d’abord vue ses habits – dans un mélange de teintes roses presque étonnant. Et puis son visage. Elle était là, elle-même, se présenta – ce n’était pas la peine. Je ne savais pas qu’elle viendrait. Je ne savais pas que je ressentirais une telle joie en la rencontrant. Et me voici lui faisant en quelque sorte visiter sa maison, suivie par trois américains surpris et enthousiaste.

Jeudi 4 décembre 2014
Il y eut malheureusement un grain de sable dans ce moment sympathique : les tartines étaient un peu molles.
Mercredi 3 décembre 2014
Après-midi studieuse, un peu plus que les autres peut-être, en tout cas différemment. A la bilbiothèque de l’IF, je plonge dans les questions de spatialité japonaise ; l’ouvrage est universitaire, parfois rude, il ne faut pas se laisse distraire. Parfois clair, alors parfois je note. Et pense à notre maison :
« L’architecte Hara Hiroshi définit le champ spatial (ba) comme un phénomène amorphe qui, en fonction de l’activité humaine, va dépasser la limite objective d’un espace. Dépasser la limite d’un espace construit, cela se fait grâce aux sens physiques de la vision, de l’ouïe ou de l’odorat, grâce au percement des murs, au coulissement des cloisons ; chaque œuvre d’architecture se compose au rythme des ouvertures ou des fermetures de l’espace. La question de l’espace est fortement liée à celle de la limite. »
Quand la notion de seuil intervient, quelque chose me vient à l’esprit, surtout l’idée de revenir sur cette notion, car il est déjà 15h et c’est l’heure de la présentation d’un autre livre sur le même sujet. Un café-rencontre avec quelques auteurs et avec l’ouvrage qui, une fois passé entre les mains, s’arrête entre les miennes, avec l’envie – la mienne – de ne plus le lâcher.
Et puis qui dit coffret de DVD dit… encore elle. Cette fois, Duras en documentaire, Duras telle qu’en elle-même, drôle, fulgurante, politique, se souvenant, évoquant, interrogeant…
Mardi 2 décembre 2014
Lundi 1er décembre 2014
Dimanche 30 novembre 2014
J’ai jeté, et j’ai regretté. On regrette toujours d’avoir jeté à un certain moment de la vie. Mais si on ne jette pas, si on ne se sépare pas, si on veut garder le temps, on peut passer sa vie à ranger, à archiver la vie. C’est souvent, que les femmes gardent les factures d’électricité et de gaz, pendant vingt ans, sans raison aucune que celle d’archiver le temps, d’archiver leurs mérites, le temps passé par elles, et dont il ne reste rien.
Marguerite Duras, La Vie matérielle
Alors tu mets la radio pour cuisiner un peu, parce qu’ils vont venir, précédés – surprise – par la visite de S, toujours joliment accompagnée, étonnamment toujours, généralisation hâtive de ma part, carnet d’adresses étonnant de la sienne : un chef danois cette fois, étonné par cette pâte à tarte que tu malaxes. Il y aura ensuite à l’heure où la France dort, cette chanson magnifique de Mercedes Sosa, précédée d’un extrait de BO ignoré. Durant le déjeuner on regardera les vieilles images, cherchant éventuellement quelque ressemblance sur les visages de mes aïeux.
Et puis le soir, c’est encore elle. Baxter, Vera Baxter cette fois, et la musique, encore, encore, encore, répétée, répétée, boucle folklorique du même continent que Sosa, boucle envahissant l’intérieur bourgeois des femmes mal aimées qui, quand elles prononcent le nom d’Arcangues, évoquent tant de souvenirs ; de là viendrait mon goût d’errer dans les cimetières ?
Samedi 29 novembre 2014
Alors on reprit le rythme des samedis d’autrefois : cinéma. Le cinéma. Le grand. Le grand spectacle sur grand écran d’abord, une histoire de parasite en V.O. nippone sans sous-titres pour débroussailler les dialogues ; un grand n’importe quoi presque jubilatoire précédé de bandes annonces improbables. Et puis le grand cinéma par l’audace, sur petit écran. Marguerite, bien sûr. Marguerite, enfin. Alors parfois je pense à autre chose, je pense à ce qu’il faudra écrire, parce qu’eux, sur la plage de Trouville, m’entraînent de l’autre côté, et qu’à ce moment du roman il traverserait l’océan.
(Parler une prochaine fois d’Anne Frank au pays des mangas)
Vendredi 28 novembre 2014
Sur la photographie, une tenue peu appropriée. Appropriée pour le matin, certes, au réveil, le temps de déjeuner tranquillement, encore vaguement endormi ; sur la photo on ne voit pas que le pantalon de survêtement est fourré, on trouvera éventuellement ce pull en coton trop grand, trop pomme. Une tenue peu appropriée, peut-être ; en tous les cas une tenue peu habituelle pour une photo souvenir, d’où nos visages hilares devant cette belle lumière.
Profitant ensuite du déjeuner avec A (yakisakana ga suki desu ka), j’empruntai La Vie matérielle de Duras à la bibliothèque, un livre dont quelques lignes avaient été diffusées la veille sur un certain réseau social, en me demandant (lors de la lecture des lignes et de l’emprunt) pourquoi je ne l’avais jamais lu alors que le titre ne pouvait que m’attirer (vie matérielle = quotidienneté, donc journal, etc.). Ayant trainé dans les rayonnages, le café avec S fut ensuite plutôt bref : à 15h tu m’attendais là-haut.
Jeudi 27 novembre 2014
Il faut donc que 3 Français débarquent pour que je passe la porte d’un lieu outrageusement japonais devant lequel je suis passé des dizaines de fois sans vraiment le voir ni me demander ce qu’il pouvait cacher, un lieu où l’on peut gagner des peluches en forme de tranches de saumon géantes, se déguiser en cosplay et se prendre en photos comme des pop-stars dans des photomatons gigantesques.
(Ceci était un message subliminal à destination des autres amis français doutant encore de l’intérêt de venir au Japon sous le prétexte qu’ils ne boivent pas de thé)
Mercredi 26 novembre 2014
Pourquoi (ne les ai-je pas accompagné à Arashiyama ? exposent-ils cela ? n’étais-je pas retourné chez Japonica ? la mousse au chocolat blanc et au thé vert avait cet aspect ? ne sais-je plus quand on l’a réellement mangée cette mousse ?)
Mardi 25 novembre 2014
C’est lorsque l’on se décide à sortir, malgré la pluie – tant pis -, que celle-ci cesse. Aux puces, nulle foule mais toujours ce doux plaisir, ces fruits secs et ces trouvailles, sur lesquelles Fabien craque aussi ; j’oublierai, plus tard, de lui montrer cet album. Dans les boutiques du centre-ville d’autres hésitations : quels sushis ? ce pantalon ?
Lundi 24 novembre 2014
Sur la table basse, deux branches de camélia (tsubaki) dont les fleurs roses côtoient avec élégance et harmonie les trois fauteuils et le canapé sur lequel je suis assis. Il faudrait acheter un vase et de quoi nettoyer la table, c’est à dire faire disparaître les traces, mais comment ? Mais revenons aux couleurs, car dehors également on ne parle que d’elles, éphémères. Ou bien parlons goût, celui du thé, servi avec cérémonie ; qu’a-t-on mangé le soir ?
Dimanche 23 novembre 2014
19h44. Nina Simone. Les premières notes de Since My Love Has Gone viennent de m’extraire de la lecture de la presse en ligne, plus précisément de la chronique de Christine Angot, lue après celle de Thomas Clerc, après ceci, après cela. 19h44, on n’a pas encore évoqué le dîner, à peine a-t-on fini la vaisselle du déjeuner puisque il avait été tardif (croirez-vous qu’on y mangea du foie gras et un soufflé ?) et qu’on avait filé à Kurama en longeant les montagnes multicolores, Kurama pour finir nu dans un bain chaud en regardant les étoiles.
Samedi 22 novembre 2014
Du séjour d’octobre 2013, il reste de nombreux souvenirs, décrits ou photographiés, donc assez précisément conservés. Nous revoici donc sur ce petit bateau jaune-orangé, sous le soleil de la Setonaikai, un soleil mandarine comme le pont et les fruits qu’on vous offre dans un grand sourire ; c’est la pleine saison et vos doigts collent un peu, endimanchés comme jamais pour une telle promenade. Mais pourquoi tant de laine ?
Vendredi 21 novembre 2014
Je l’ai aperçu tout de suite en entrant, il était assis devant une fenêtre, à l’extrémité de l’arc. Un jeune garçon. C’est la blancheur de son visage qui m’a attiré, je distinguais mal ses traits, il avait la tête levée pourtant et regardait les deux élèves qui présentaient leur travail. Je me suis faufilé entre les chaises, je me suis penché à l’oreille de Dominique, l’assistante de Marie-Claire, et je lui ai dit, en désignant le garçon, c’est lui, c’est le Scipion que je veux.
Philippe Mezescaze ; Deux garçons
On retrouve Onomichi et je regarde la mer, ici étroite au milieu des îles, c’est presque un fleuve n’est-ce-pas, un fleuve bordé de grues, mais ne vous trompez-pas, nul oiseau : métalliques, imposantes. On retrouve Onomichi et j’écoute les chants, amusés derrière la porte des karaoké, joyeux derrière les grilles du marchand d’oiseaux. On retrouve Onomichi et les visages parisiens. Kanpai !

Jeudi 20 novembre 2014
Fin de matinée, bord de la rivière. La lumière a une couleur étrange, quelque chose qu’un rose orangé, aperçu sur quelques images en ligne, mais je pensais alors à un effet, à un traitement, à la facétie d’un appareil photo. Non, c’est bien réel, c’est à croire que les arbres qui bordent la rivière déteignent. Mais après avoir fait plaisir en offrant un bocal de cornichons, le soleil éclate, les couleurs aussi, et l’on a envie qu’il vous caresse alors on reste un peu là, en se disant qu’il faut attendre encore une heure ou deux pour le voir décliner et frapper les feuillages de plein fouet.
La nuit tombée, deux visages inconnus / un connu m’attendent dans la pénombre devant le Kinkakuji. Dans un bar à chiens-chiens on parle de notre rapport au pays, de ces voyages insulaires, de nos interrogations aussi, mais pas de la texture des sushi, sujet plus tardif.
Mercredi 19 novembre 2014
Nous avons liquidé, ou quasiment liquidé, l’analphabétisme. C’est très bien. Qui peut prétendre le contraire ? Mais qu’avons-nous fait pour liquider l’ignorance profonde ?
Sigismund Kryzanowski ; Rue Involontaire
Kyoto, nous revoici. Ne nous attendais-tu pas ?
Lundi 3 novembre 2014
Se dire, avec cette indécrottable référence judéo-chrétienne, qu’on était 13 pour ce dernier repas.
Samedi 1er et dimanche 2 novembre 2014
Je ne dissocie pas ces deux jours, puisque semblables, liés par la géographie à l’est de Kyoto, de l’autre côté des montagnes ou du lac Biwa, liés par la découverte, la céramique, les musées, la compagnie multi-féminine, et le soir venant liés par un film (que, trop fatigués, on osera couper en deux), un film comme on les aime : Cendres. Magnifique simplicité d’un cinéma attrapant une histoire presque ordinaire (une femme cherchant à mieux connaître sa mère après la mort de celle-ci) pour extraire la fragilité d’une situation et la beauté de ce personnage ordinaire, pleurant un personnage probablement extraordinaire, pleurant sur une absence, une absence longue comme une vie, imprégnée comme un visage sur la pellicule.
Vendredi 31 octobre 2014
Kyoto n’existe pas. On peut rapprocher cette capitale du néant par son climat. L’été est torride, interminable. L’hiver a des longueurs de banquise. Le printemps et l’automne passent en coup de vent : les arbres et les fleurs exhibent des couleurs boréales, puis enfilent des costumes de squelette.
Vincent Eggericx ; L’Art du contresens.
Les premières lignes du roman contredisent les semaines qui précèdent, où l’automne a pris son temps, offrant ce que les Kyotoïtes disent être « la meilleure saison », « le meilleur moment » : le ciel bleu n’en finit pas, les températures agréables non plus, à peine voit-on la pluie, à peine y croit-on, point commun avec la France. J’ai pioché ce livre sur l’étagère, tranche orange de chez Verdier ; on n’est jamais déçu avec Verdier (généralité un peu idiote donnant l’idée que – hélas ? – j’ai lu tous les livres et rappelant qu’on attend le prochain Mathieu Riboulet). J’ai pioché ce livre après que les quelques lignes d’un autre auteur, usant d’une terrifiante absence de style, m’avaient fait bien vite – quelques lignes, vous dis-je – reposé son ouvrage. Chez Eggericx, j’ai trouvé ce que j’aime lire (le glissé, la musicalité), et l’impression dès la première page que je complèterai ma connaissance de la ville par la vision d’un autre.
Bref, je pourrais également parler en souriant de ce cinquième étage d’ascenseur débouchant sur un placard, je pourrais parler de mes cartes de visite restées bêtement à la maison, je pourrais parler de céramique ou de photographie, oui, de Doisneau précisément, à l’affiche d’une petite exposition, Doisneau dont une image m’a étonnamment touché – parce que Doisneau, moi, vous savez, il m’a toujours ennuyé… Manque-t-il de glissé lui aussi ?
Jeudi 30 octobre 2014
Mercredi 29 octobre 2014
Lorsque le taxi s’arrête devant le lieu de rendez-vous, la nuit est là, belle et bien là, depuis belle lurette. Alors, quelle drôle d’idée d’être resté sur cette idée : le parcours nocturne dans cette ville presque plongée dans le noir chaque soir venu, sans visite du sanctuaire, sans mochi chaud, sans le charme de cette petite rue qui grimpe doucement vers chez nous, le parcours, nocturne, donc, n’a plus vraiment de sens, mais c’est ainsi et c’est sûrement ainsi qu’il faut découvrir une ville dont le soir arrive si tôt, revisitant même la notion de soir.
Mardi 28 octobre 2014
Lundi 27 octobre 2014
Je regarde alors les gens, là, qui attendent avec leur petit numéro qu’on les appelle. Autre quartier, autre image, visiblement plus pauvre, comme si, ailleurs dans la ville, je ne les voyais pas ; ou bien comme si on disait vrai à propos de ce qui se passe au-delà de la 7ème avenue, renvoyant dans les quartiers sud une certaine population, une certaine catégorie, qui ne fréquente ni l’ouest, ni le nord, ni mes habituelles lignes de bus, ni ces quartiers résidentiels au milieu desquels je navigue, ni cette foule touristique et middle-class du centre.
Et le soir, retrouver le goût du fromage.
Dimanche 26 octobre 2014
Sur la terrasse, déjeuner. À la Villa, les voir arriver.
Samedi 25 octobre 2014
Alors, au bout de 5 heures, franchissant le pas de la porte avec en main le petit paquet, on sourit. On sourit au plaisir, à l’idée d’avoir avancé dans la lente découverte de la culture japonaise, aux visages brièvement crispés car accroupis, à cet hymne à la beauté (du temps qui passe, du temps qu’il fait, du temps qu’il faut) et à l’idée joyeuse d’aller s’acheter un four.
Vendredi 24 octobre 2014
– Tu peux me rapporter quelque chose de France ?
– Oui, bien sûr, quoi ?
– Des cornichons. Un bocal comme ça, de chez Maille.
– Ah oui bien sûr.
Quelques secondes de silence, alors, pendant lesquelles il prend un papier, note, plie le pense-bête et le range bien visiblement dans son portefeuille.
– Ça m’angoisse.
– Qu’est-ce qui t’angoisse ?
– Ben, ne plus avoir de cornichons. Je ne peux pas faire de bons sandwiches.
Du 20 au 23 octobre 2014
Dimanche 19 octobre 2014
Depuis notre installation, tu disais Allons-y. Le Mont Hiei, là-bas, de l’autre côté de la ville, nous regardait et nous le regardions, curieux et attirés. Enfin nous y voilà, route sinueuse, bien sûr plus fraîche sur les hauteurs bordées d’épineux ; on peut y faire étape, pour un café par exemple, et regarder, plus bas, l’immensité du lac Biwa et ses côtes urbaines, en cherchant du regard puis pointant du doigt ce qui est, semble-t-il, cette tour au pied de laquelle on avait attendue la femme d’I, dont on sait enfin le prénom.
Du Mont Hiei on ne verra nul temple, mais d’abord un jardin des impressionnistes hésitant entre la joliesse naturelle de ses parterres et le presque kitsch de sa mise en scène. Et ensuite – ô surprise – une station de ski abandonnée, éminemment plus intéressante, originale, photogénique et ciné-génique que ces lieux que la foule de visiteurs préfère admirer, station face à laquelle on profite d’une plaine ensoleillée sans avoir eu la vague idée de prévoir un quelconque pique-nique, y digérant donc une saucisse (au kitsch plutôt allemand) et une brochette de calamar laissant sur tes doigts quelque vague odeur de miso. La station de sport d’hiver photogénique se retrouve alors bien sûr photographiée, mais sans grande réussite, laissant en bouche le goût amer de l’échec et le goût épicé de la moutarde locale, mais laissant surtout à l’esprit l’idée d’y revenir mieux équipé (en terme de matériel et de pique-nique).
(Sinon j’ai aussi la photo d’une biche si vous voulez)
Samedi 18 octobre 2014
Vendredi 17 octobre 2014
Petit café au fond d’une allée sur Kuramaguchi. En entrant, odeur de cigarette, regard surpris de la femme derrière le comptoir ; je commande un café, et mes quelques mots japonais la surprenne encore plus, semble-t-il. Le lieu est exactement ce que je recherche – une recherche qu’il me faudrait plus régulière ; attends-je vraiment l’hiver pour m’y réfugier ? – désuet et tenu par une dame d’un certain âge. Elle a les cheveux noirs, teints, un rouge à lèvres vif et une bonhommie rassurante. Le lieu mériterait à lui seul une description longue et précise à défaut de cette photographie que je n’ai pas faite : le lino imitation liège, l’immense photo d’Afrique, jaunie probablement par les années et le tabac, les éléments de décoration des années 70 peut-être, les fleurs en plastique, le couvercle du sucrier jaune vif, les statuettes africaines dont une immense, au bout du bar, et puis ce jeu de mah-jong électrique dont il aurait fallu que je m’approche, mais surtout, donc, cette photographie d’Afrique qui me fascine. J’y resterais facilement des heures, malgré le tabac que ce vieil homme fume sans presque rien dire, à peine quelques réponses au phrasé amusé de la patronne, et, certain que je reviendrai bientôt je savoure ce café et ces premières minutes de résidence « officielle », ma carte aux couleurs vertes dans ce portefeuille bleu un peu trop grand.
(Le soir, parler de Berlin où il fait trop froid avec une coréenne de passage)
Jeudi 16 octobre 2014
Au « petit temple », comme on l’appelle et où l’on va sans savoir vraiment pourquoi, si ce n’est parce que tu as reçu une invitation et que l’on est curieux, voici que l’on s’amuse de la taille des sabots et que l’on s’interroge sur ces « hosties » (au sens symbolique et non pas géométrique) sous plastique. Et si on allait au musée ?
Mercredi 15 octobre 2014
Alors, devant l’entrée du Pavillon d’or, sans la connaître, je devine, et voici qu’elle me fait un signe de la main, puisque j’avais dans un sourire – « Ce sera plus simple » – envoyé ma photo. Alors tout près il y a ce bar, allure de cafétéria pour étudiant où l’on vend aussi des cravates, trop larges bien sûr, un jour je vous raconterai peut-être mon désarroi dû aux cravates dans ce pays. Alors j’apprends que les moines bouddhistes se marient, qu’il existe des flexitariens, et quoi d’autre encore ?
Alors plus tard, c’est autre chose, il fait nuit, ce sont des lieux de tournage et l’on boit du saké en échange des cartes de visite avec des communiquants déguisés en samouraïs. Ça alors !
Mardi 14 octobre 2014
Objets trouvés : « Lost and found« . Le lieu lui-même, lost and found, lost dans une petite rue à côté de la gare mais found après avoir arpenté les couloirs. Je savais déjà que mon objet avait été found, mais il me fallait tout de même venir là pour les démarches, soudain lost (in translation) dans ce bureau miniature sans agent anglophone.
Lundi 13 octobre 2014
« Le tombé de rideau est approximatif. La faute m’en revient, ayant mal calculé les dimensions de la porte, du tissu, et leur rapport : le velvet bave sur les côtés mais repousse l’air au sol en forment 1 tapon. Parfois, désœuvré en hiver, je passe la main pour apprécier les arrivées d’air froid qui ne manquent pas, malgré ces dispositifs de défense, de faire irruption dans le domaine ; avec 1 sorte de frisson, je goûte l’incurie du monde non moderne et de la France elle-même, avec son bâti de siècles inadaptés au temps présent. »
Thomas Clerc ; Intérieur.
Erik B ayant parlé de jubilation sur ce réseau social bleuté qui finalement traine sa viralité jusque ici, je décidai enfin de m’emparer du livre sus-cité, dans la bibliothèque de la VK, à la lueur d’un moment sans ordinateur, tandis que le dîner se préparait dans divers offices. L’ouvrage faisait chevet de ton côté du lit depuis presque un mois et je me souvenais vaguement de furtifs chapeaux et autres bruits courants sur la qualité de l’ouvrage lors de sa sortie. Dès les premières lignes, je fus emporté dans cet intérieur douillet, précis, pertinent, pétillant, drôle, oh tellement drôle que je regrettai qu’arrivât le dîner, regret éteint par l’arrivée de l’auteur lui-même, toujours autant pertinent, pétillant et drôle, accompagné de ses acolytes, moins moustachus mais tout autant pertinents, pétillants et drôles, osant donc donner dans ce journal un indice et un bref témoignage des moments délicieux partagés ici.
Dimanche 12 octobre 2014
Sur un réseau social, l’image de Marilyn au bord de la piscine, agrippée. Soudain, je revois la photographie – découpée d’un magazine ? – épinglée sur le mur de cette chambre où nous allions si peu, puisque il n’y avait aucune bonne raison d’y aller, à supposer que la curiosité, et ce frisson tiré du plaisir de braver l’interdit, ne fussent pas une bonne raison.
Samedi 11 octobre 2014
Évidemment, il faudrait alors parler des œuvres de cette triennale, de l’art auquel on oserait éventuellement accoler un grand A, de la curiosité alors titillée, des pièces, des photographies, des installations, des surprises, des émotions, et surtout éviter de perdre son temps sur ce cochon tranché ou sur l’idiotie muséale de nous vendre (au milieu d’autres invraisemblances) un « joujou » avec la Joconde à Yokohama parce que ça n’intéresse pas le lecteur, la moquerie un peu facile, à moins de faire preuve de malice sur plusieurs paragraphes et de décortiquer l’absurdité, de pointer du doigt cette mondialisation-là, de se prendre pour Martin Parr, pourquoi pas— même si (avec le temps) on le préfère empathique (cf. son travail à Barbès) plutôt que grinçant. Alors oui, il faudrait parler des œuvres, de celles que j’ai aimées / comprises / longuement regardées, de celles qui m’ont surpris / ému / étonné : les photographies de Ikko Narahara ou Pierre Molinier, les films de Bas Jan Ader ou Jack Goldstein… Mais pourquoi ne pas plutôt parler des enfants jouant dans cette fausse brume et de leur gaité bondissante sous le ciel bleu ?
Vendredi 10 octobre 2014
Métro de Tokyo. En face de moi, une femme lisant un magazine avec à la une le visage de Dany Boon ; à côté d’elle un jeune homme en costume, tenant ce petit sac en carton blanc de chez Aoki, Paris. Je souris devant cette petite coïncidence française entre Roppongi et Shinjuku, un sourire de plus, un autre que celui dessiné en retrouvant/découvrant le parc d’Ueno, les façades multicolores de Akihabara, les petites rues d’Akasaka, les gratte-ciel de Shinjuku, les ados de Harajuku, le calme d’Omotesando, telle architecture, tel visage, tel frou-frou, telle folie, tel petit rien, tel vertige et enfin « notre » petit restaurant.
Jeudi 9 octobre 2014
Depuis l’hôtel où j’ai déposé la valise à 9h15 jusqu’à notre point de rendez-vous de 16h30, j’ai marché. Pas tout à fait au hasard, guidé par cette destination finale vers le sud et le bâtiment de l’Atelier français, curiosité architecturale colorée attrapée dans un guide parmi de « simples » façades blanches ou grises, de verre ou de béton brut. Sur ce long chemin, entre le plaisir étrange de découvrir la banalité de n’importe quelle ville et l’étourdissement des avenues bordées de gratte-ciel, de réelles surprises — ce grand huit, le calme du parc, cette « international arcade » aux allures d’abandon —, des images — ce groupe d’enfants en chapeaux jaunes, les géométries des buildings, ces quatre yuppies semblant poser et dont, ô tristesse, je rate la photo —, et surtout ce long moment à les regarder, eux, sujets sociologiques qui m’avaient déjà interpelé à Paris en passant devant le PMU de la rue du Renard, eux, dans ce monde si masculin, eux, figés et guettant sur les écrans les résultats des courses, accroupis à l’extérieur pour y lire les pronostics, patientant dans ce hall dont quelques piliers viennent rompre l’immensité… Parmi eux, ce que je crois tout d’abord être une femme par ses chaussures, ses vêtements, son chignon, mais dont la voix puis le visage dévoile un homme. Parmi eux, ce que je vois tout d’abord c’est une classe sociale muette, sans la moindre fébrilité visible, sans tension apparente. Faire comme si de rien n’était ?
Mercredi 8 octobre 2014
Mardi 7 octobre 2014
Et soudain, ce sandwich aux nouilles me rappelle la pizza aux frites à Rome.
Mais ensuite, me voici de nouveau sur les bords de la rivière, avec l’étrange sentiment de ne pas être venu là depuis longtemps, surtout sous un tel ciel ; la semaine passée a été bordée d’autres ambiances. J’y retrouve cette ribambelle d’éternels étonnements (oiseaux, espaces…) mais y découvre encore d’autres « portraits » à faire, comme ce garçon qui joue du shamisen. Et puis c’est l’heure fatidique, celle de la première classe de japonais, ambiance amicale et rieuse, nous trois buttant sur la lecture comme de jeunes enfants, et nous heurtant, dans des exercices presque trop simples, à la recherche de la fluidité du langage.
Lundi 6 octobre 2014
Les nuits de typhon, où ranger les chaussures pour l’extérieur pour ne pas les retrouver imbibées au milieu de l’allée ? Pourquoi le cosmos plie-t-il mais ne rompt pas ? L’employé du supermarché doit-il forcément ignorer le contenu des rayons ? Pourquoi trouves-tu que le kit-kat au thé vert a le même goût que le kit-kat au chocolat ? Est-ce le souffle du vent qui a fait passer le temps si vite ?
Dimanche 5 octobre 2014
Vous avez goûté les pâtes de fruit au yuzu ?












































































