Samedi 11 janvier 2014

C’est samedi, c’est galeries. Un tour dans le Marais ici ou là, sans trop de hasard pour voir ceux qu’on connait, ceux qu’on aime, ceux qu’on nous conseille d’aller voir : le minimalisme de Chai Siris, les jeux de mots d’Angela Detanico et Rafael Lain, l’épopée cinématographique de Luidgi Beltrame, la poésie d’Ulla Van Brandenburg… Comme à chaque fois c’est un enrichissement, un pas de plus, le plaisir de croiser les amis, les chuchotements qui demandent si ça va, la déception d’arriver trop tard car c’est déjà fermé.

Vendredi 10 janvier 2014

Mon frère et moi avions eu le droit d’une demande, pourvu qu’elle soit économiquement réalisable. Dans le budget alloué, il s’agissait d’un petit miroir rectangulaire entouré d’une bordure ronde de plastique, au dos cartonné. Dans la voiture il n’avait pas été question de s’approprier l’achat, le mien comme celui de mon frère dans une poche papier personnelle et séparée – aucune idée si c’est pour lui aussi un souvenir.

François Bon, Autobiographie des objets

Jeudi 9 janvier 2014

S’il y a une musique à garder de mon enfance, en dehors de celles des dimanches matins ou de l’autoradio, c’est celle du générique d’Il était une fois l’homme. La première fois que j’ai entendu la véritable version, des années plus tard, ma fascination d’alors, les yeux grands ouverts devant ces personnages défiant les siècles, m’est revenue en plein visage. Elle s’est dévoilée, a trouvé son explication dans autre chose que le sentiment d’infiniment petit que prenait ma place face à l’Histoire. Sur le chemin du retour, alors qu’il est un peu tard en raison des discours sur les pastels et les visages en papier, j’écoute le célèbre air de Bach, comme souvent assez fort. Il faut bien ça pour passer à autre chose, tandis qu’à la maison c’est encore autre chose, la délicatesse de M qui parle de son fils, un projet pourquoi pas.

Mercredi 8 janvier 2014

J’ai entamé le livre sur la photographie vernaculaire ; j’en relis l’introduction avec le besoin de retenir la définition de cet adjectif. Mais elle parle fort. Elle est en colère. Pourtant elle lui dit que non, qu’elle n’est pas en colère, que la colère c’est quand on est surpris, là elle n’est pas surprise parce qu’il est égal à lui-même. « Tu changeras jamais faut que je m’habitue« . Elle termine en disant qu’elle est à Vincennes, qu’est-ce que ça peut lui faire où elle est ? Salut.

Dans YSL les relations entre Bergé et Saint Laurent sont parfois du même acabit : tendues, mais ils ne changeront jamais, il faut qu’ils s’habituent.

Mardi 7 janvier 2014

Bin s’appelle Richard. Il est chinois. Il parle un anglais parfait. Pas d’accent. It almost sounds weird to me parce que les Asiatiques que je connais ont tous un fort accent en anglais. Il se fait appeler Richard parce que c’est plus simple que Bin… Vous voudriez vous faire appeler Poubelle ? Il est drôle, frais, intelligent, un jour il sera riche. Il préfère manger avec des baguettes, même la tarte, et me poussera peut-être à relire le texte de Susan Sontag duquel j’avais extrait ceci :

Nous trouvons les chinois naïfs de ne pas percevoir la beauté d’une porte craquelée, dont la peinture s’écaille, le pittoresque du désordre, la force de l’angle inhabituel et du détail significatif, la poésie du dos tourné.

Je l’avais notée sur un post-it, sans noter la date, en guise de pense-bête pour que je relise le texte en question. Je l’avais notée à cause des « dos tourné ». Je l’avais notée car je voulais comprendre ce que j’avais survolé. Le métro est souterrain mais combien de chose j’y survole !

Lundi 6 janvier 2014

La pluie. Et même s’il ne pleut pas l’eau est sous les barques. Le film Lola, de Brillante Mendoza, est un film humide mais les larmes des femmes sont sèches malgré le drame. Humide et beau.

Dimanche 5 janvier 2014

Travelling. Neige, balançoire, jeux pour enfants colorés, machine sur laquelle s’affiche le taux de microsieverts. Pour aller au delà du léger studium* du film sur Fukushima de Natacha Nisic, je m’accroche au calme voulu de la scène. Puis un autre film sur le même sujet : j’avais donc oublié que la région avait déjà subi un tremblement de terre quelques années plus tôt que 2011. L’avais-je su ? Et puisque chez Blumenfeld je ne tire (non plus) aucune émotion – sauf dans ces couleurs qui ont dû inspirer Guy Bourdin -, je m’accroche à la littérature et pioche dans la bel étalage du Jeu de Paume cet ouvrage sur les planches contacts et cet autre sur la photographie vernaculaire qui aura de toute façon l’avantage de me faire enfin retenir la définition de cet adjectif.

* Désolé, je n’arrive plus à me débarthiser.

Samedi 4 janvier 2014

Il y a presque toujours ce besoin de chercher dans le(s) cinéma(s) quelque chose de différent, une altérité, une niche, un regard, une particularité, un grain, une pépite, une bizarrerie, un underground, un souterrain, une remarque. Le verbe qui vient alors à l’esprit, c’est « dégoter ». C’est ainsi qu’en un soir, sortis d’un coffret qu’on a qualifié de « queer » dans tous les sens du terme, on regarde le relativement dérangeant* « Swoon » puis le premier Todd Haynes, « Poison« , hautement plus fascinant et déroutant, montage de trois objets fascinants et déroutants. Et ensuite ? Ensuite on regarde Mad Men. Trois épisodes s’il le faut.

* L’inconvénient d’être concis c’est qu’on finit par utiliser un adjectif qui ne convient pas.

Vendredi 3 janvier 2014

Aussitôt que la photographie donnera l’impression d’avoir été débarrassée de liens dépassés avec l’art et la joliesse, rien ne l’empêchera sans doute de faire une place au goût pour la photographie pictorialiste, l’abstraction, les sujets nobles, plutôt que pour les mégots, les stations-service et les dos tournés.

Susan Sontag, Sur la photographie (1977)

Pourquoi donc me sens-je obligé de préciser que cette phrase date de 1977 ? Me voilà en tout cas, depuis la lecture de cette phrase, qui m’interroge sur la notion de noblesse de la photographie, sans jamais avoir pensé que la mienne le fût – noble. C’est peut-être un peu comme le film Arcadia vu ce jour, quelque chose de simple, avec au milieu l’émotion d’un plan séquence au bord d’une route d’Amérique.

Jeudi 2 janvier 2014

C’est une impression de lumière rose. Car la lumière est forte et les couleurs sont vives sur les trois stands de forains qui, comme chaque année, illuminent la place. Ce soir il y a un adolescent en tee-shirt blanc malgré le froid. De sa carabine, il fait éclater les ballons qui voltigent ; au-dessus de lui une vache en peluche, au fond une vidéo de Céline Dion en concert, ça sent les gaufres. Comme chaque année je n’ose pas vraiment faire de photo, les deux vieilles dames de la pèche au canards me regardent. Comme chaque année je sais que de toute façon c’est impossible, il y a cet arrêt de bus dans le champ. Comme chaque année je regarde la simplicité de ces scènes de vie avec une certaine joie. Peut-être un peu de mélancolie tout de même, car à cette heure-ci il n’y a jamais grand monde et le bonheur des deux dames qui regardent tourner les canards dans l’eau froid doit être assez fragile.

Le film du soir c’est autre chose, pas de lumière rose mais le noir et blanc de Mouchette de Bresson. Il n’y a pas d’arrêt de bus dans le champ, il y a des vieilles dames, il y a des cadrages magnifiques, des mains surtout, des cadrages sur des mains qui donnent, qui touchent brièvement. Il y a surtout cette scène étonnante, marquante vers la fin de ce film magnifique, cette femme qui dit qu’il faut vénérer les morts, que ça devrait être ça la religion… qu’elle aime les morts.

Mercredi 1er janvier 2014

C’est une sorte de folie, le 2ème effet coup de cœur, rien à voir avec la nouvelle année, pas de bonne résolution, juste une envie, (re)voir différemment My Fair Lady. Cette fois c’est Audrey Hepburn qui could have danced all night.

Mardi 31 décembre 2013

J’aurais pu terminer cette année 2013 par une phrase de Susan Sontag que je n’ai strictement pas comprise. Mais il y avait mieux, tellement mieux.

2013 aura été une année belle de voyages et de projets, de rencontres et de surprises, de la Charité-sur-Loire à Tokyo en passant par Berlin, Istanbul, Venise, Trouville et évidemment ces quatre mois au Celsa. 2013 s’est terminée par cette merveilleuse nouvelle, LA date pour ta prochaine sortie, fêtée par une coupe de champagne et un croque-monsieur au Zimmer en attendant le 26 février. 2013 s’est terminée par le plaisir de revoir Manue, devant un théâtre où l’on ne pensait pas aller quelques heures plus tôt. 2013 s’est donc terminée par deux places haut perchées, nos regards dominant avec une joie sans égale les spectateurs, la fosse d’orchestre et la scène du théâtre du Châtelet pour un moment de magie pétillante. My Fair Lady could have danced all night and still have begged for more ? So could we.

Lundi 30 décembre2013

Écrire sur la photographie, c’est écrire sur le monde. Et ces essais sont en fait une méditation prolongée sur la nature de notre modernité.

Susan Sontag, préface à l’édition française de « Sur la photographie »

Mais oui, ce sont des poires au roquefort.

Arnaud R, préface au hors d’oeuvre du dîner

Dimanche 29 décembre 2013

Elle s’appelle Aurélie C. Elle est étudiante, travaille parfois comme agent de surveillance dans un musée parisien. Son nom de famille est rare, le seul à Paris ne répond pas au téléphone. Parmi tous les papiers éparpillés autour de son sac déchiqueté, un seul indice géographique plus précis, picard. Les Pages jaunes m’aiguille cette fois sur la bonne personne, au téléphone elle me dit que oui, c’est elle, c’est à elle le sac. « Il y a mes cours ? » me demande-t-elle fébrile. Oui, il y a ses fiches jaunes sur lesquelles j’ai à peine jeté un oeil ; c’est tout de même gênant d’entrer par effraction et sans le vouloir dans la vie de quelqu’un, comme ça, quelqu’un qui, depuis la veille probablement, revivait la scène de ce vol en se disant que si… Le soir elle me rappelle, pour me remercier, comme convenu elle a récupéré au commissariat. Là-bas aussi ils m’ont remercié. « On prend vos coordonnées ? » J’ai répondu que non, je lui avais donné, nom et téléphone, au cas où.

Au milieu de ce dimanche rendu utile par la B.A. sus-citée, du nettoyage de terrasse et de la plomberie sans plombier ni solution pérenne, un Greg Araki, The Living End, sorte de Thelma et Louise version gay. Mais je ne suis pas sûr de me souvenir très bien de Thelma et Louise.

Samedi 28 décembre 2013

Tel père tel fils n’est malheureusement à mes yeux qu’un gentil film contemporain japonais de plus, qui joue des caricatures, des oppositions (intello / manuel, pauvre / riche, etc.) et qui posent une question de plus sur la famille. La famille, si l’on en croit ce que l’on nous montre ici du cinéma japonais c’est LE sujet. Il n’y a guère que Wakamatsu qui nous a épargné les histoires de frères qui ne se connaissent pas, de belle-mère ceci, d’enfant prodige, de grands-mères cela, de parents disparus, de familles déchirées par la tsunami, j’en passe, j’ai tellement cette impression que je suis sûr que j’en déforme la réalité, que ce n’est pas si courant, que ce n’est pas si important, qu’ils ne veulent pas tous copier leurs maîtres en espérant faire un « Voyage à Tokyo » bis.

Vendredi 27 décembre 2013

Alors on parle de l’avenir. Autour de la longue tablée du soir aussi car il y en a qui vont bientôt partir – ici définitivement ou là avec juste une valise.

Jeudi 26 décembre 2013

Toi aussi, finalement, tu vois, tu te moques un peu, gentiment, de celui qui a fait les paquets. Mal et lentement. Dans l’un des miens, une source d’éclats de rire venant du Japon. Quoi ? Vous ne connaissez pas le franponais ?

Mercredi 25 décembre 2013

Il faut savoir (et pouvoir) s’échapper, et rendre aux jours de fêtes leur visage de surprise, leur air de rareté. Revenir à Trouville quatre ans et demi après notre première et unique visite était une idée divine – c’est de circonstance d’être divin un jour de Noël.  Sans compter sur les petits bonheurs s’ajoutant au plaisir d’être là, comme ces pages proustiennes lues au bord d’une piscine. Le système de chauffage est un peu en panne, alors l’eau est un peu « juste juste »… « Vous voulez des peignoirs ? ».

C’est après le déjeuner qu’on va jusqu’aux Roches Noires. Il y a bien sûr l’idée de la présence de Marguerite Duras, elle ne peut pas être absente des conversations. Cette remarque sur les volets pas repeints depuis longtemps – c’est donc sûrement chez elle -, cette femme en doudoune orange sur la terrasse – ça pourrait tellement être elle -, cette autre femme blottie dans un manteau vert qui rince ses bottes dans une flaque – tiens, regarde, elle monte le petit chemin qui longe les Roches. On s’amuse encore de cette possibilité fantomatique, on se souvient encore de cette femme en col roulé.

De retour au bercail, on retrouve un noir et blanc bressonien, Au hasard Balthazar. La vie d’un âne, ça peut donc faire un film vénéré.

Mardi 24 décembre 2013

« Quelquefois, j’écris très peu, mais en réalité, j’y pense tout le temps. »

Annie Ernaux, Retour à Yvetot.

Dans mon sac il y a les cadeaux que je t’offrirai, une cravate, le deuxième livre de La Recherche que j’ai entamé après avoir clos le livre d’Annie Ernaux et avoir noté quelques idées sur un nouveau cahier à la couverture gris foncé. Car page 71, au sujet de la notion de transfuge de classe et de l’idée d’écrire voici ce qu’elle répond : « J’avais déjà ce désir là (…) mais Bourdieu m’obligeait en somme à oser le faire« .

Nous arrivons plus tard que prévu à Trouville, j’ai eu donc largement eu le temps de quelques pages au milieu desquelles – puisque c’est la journée des citations – certaines m’offrent un sourire :

« Je sais bien que le père Norpois est très boutonné, mais avec moi, il s’ouvre si gentiment. »

« Et comme elle était incapable de mentir à mon père, elle s’entraînait elle-même à admirer l’ambassadeur pour pouvoir le louer avec sincérité. »

Bref, enfin nous marchons, arrivons à l’hôtel. Dans ta valise notre pique-nique et ces belles surprises que tu m’offriras. Chambre 509, avec vue sur la mer.  Mais la mer est plongée dans le noir. Invisible, elle le sera presque autant une fois sur la plage, mais moins discrète par le roulement des vagues que l’on cherche du regard. Au casino, on regarde les gens, je cherche à imiter vaguement Jeanne Moreau dans La Baie des Anges mais j’ai oublié le prénom – Jean – et les numéros fétiches qu’elle aurait rejoué le lendemain malgré sa promesse.

Lundi 23 décembre 2013

Dans Retour à Yvetot, Annie Ernaux évoque les mots d’autrefois, le patois. Le sien est normand, le mien charentais et depuis peu Tintin le parle. « Les sept boules de cristau » m’a été offerte à Noël et je ne sais pas sur quelle étagère le ranger, j’hésite entre les BD et les livres de photos anciennes, pour lesquelles, justement, il manque les sonorités d’autrefois, tels ces jh que l’on souffle.

Au cinéma, 2 automnes 3 hivers, gentillesse trentenaire. Au restaurant je te dis que ça a l’air d’un film fait par un Parisien de 36 ans. Il m’évoque ces amis de fac qui peut-être ne voulaient pas vieillir. Leur nostalgie se terminait aussi par une chanson de Georges Moustaki. Pendant que je rêvais ?

Dimanche 22 décembre 2013

Sur la croix de béton le Christ n’est plus là.  Nulle résurrection mais une chute probable, un jour de grand vent peut-être, la rouille ayant fait son boulot. Je t’ai dit à l’aller que c’était dans cette rue que ma grand mère avait habité, tu n’étais jamais venu, tu ne connaissais pas le communal, le bac, mes souvenirs d’enfance quand je venais pêcher ; tu avais peut-être oublié l’histoire brève de la maison d’en bas. Dans les rues la jeunesse est absente, dans ce bistrot du port aussi. Sur le chemin du retour on décortique la tristesse des pavillons couleur crème, le dromadaire vendant du maïs OGM, les soirées striptease du mois de novembre.


Samedi 21 décembre 2013

Et c’est alors que John Wayne devient premier consul au Japon.

(On a trop mangé, j’ai des hallucinations cinématographiques)

Mardi 17 décembre

Enfin, sur grand écran, ces 10 minutes mises en animations, des minutes qu’on attend depuis plus de 4 ans. Elles sont accompagnées de 3 autres courts, jolis, drôles, tristes ou plein de souvenirs, les souvenirs des dessins animés d’autrefois, plus précisément ceux d’Europe de l’est. Rien n’a donc changé ?

Lundi 16 décembre

Devant l’écran calibré, on hésite. J’hésite toujours sur les teintes, les ombres, les contrastes, la lumière. Finalement j’aime quand l’appareil photo décide pour moi ; parfois je l’aide un peu, mais pourquoi choisir ? L’étape est cependant nécessaire, elle évite les désagréments, pas tous. elle n’évite pas l’angoisse au moment de commander les vingt tirages.

Dimanche 15 décembre

Le cinéma japonais, que l’on regarde autant par plaisir que par cette sorte d’obligation qui nous pousse à le connaître un peu mieux que les autres, le cinéma japonais est à l’image de tout* ce qui se passe dans ce pays : surprenant. La fille des sables, film de 1964, ne contredit pas cette généralité un peu hâtive. On en ressort presque avec l’envie de prendre une douche, les mains asséchées, la peau portant cette odeur étrange. La plage, un 15 décembre, peut donc s’avérer étouffante. Et fascinante.

* Exagération vaguement barthienne.

Jeudi 12 décembre 2013

L’objet arrive déjà, sorti des presses anglaises 48 heures plus tôt. Je le déplie délicatement pour le montrer à M et N. Arrivé à la double page centrale, c’est un déchirement. Au sens propre, accompagné d’un scchhhckkrrrr.

Mercredi 11 décembre

A travers la vitre du soleil, sur les murs l’émotion d’une étrangeté anthropologique, sur l’écran Du soleil pour les gueux.

Mardi 10 décembre

200%. Un titre de film international, qu’ils disent. 200%, film zinzin, drôle, politique, précis, intelligent, généreux, différent donc indispensable, l’ovni cinématographique du moment. Parce que la banlieue, quand on joue avec ses clichés et quand on fait jouer ses « acteurs », ça donne ça…

Lundi 9 décembre

C’est à Trouville que j’ai regardé la mer jusqu’au rien.

Marguerite Duras, Écrire

Dimanche 8 décembre

Et puis vous parlez du désert, de la Californie, de Las Vegas, de la chaleur. J’imagine un toit terrasse qui surplombe Los Angeles. 2014, ce pourrait être l’Amérique.

Samedi 7 décembre

Il y a sûrement, sur le petit carnet gris égaré, autre chose qu’une liste de course et qu’une description du dîner.

Vendredi 6 décembre

On vient de sortir de terre, il sourit, fait coucou de la main. Ce n’est pas lui que je regardais, pas lui que je cherchais à voir, mais le train dans lequel il est et qui nous dépasse, un train blanc marqué d’un DB rouge. Mon RER est moins chic, mais j’ai un nouveau portefeuille, une photo magnifique roulée dans un tube en carton et toute la richesse d’un matin où l’on a pris notre temps.

Le soir, c’est un joli moment, très joli, en noir et blanc, 80 minutes passées chez Garrel. La Jalousie, petite chronique amoureuse sans atermoiements (et surtout sans longueurs), à peine y pleure-t-on ; petite en apparence, immense par Mouglalis qui efface (j’allais dire évidemment) Garrel fils. Immense lorsque, lavant les pieds de son mentor, elle évoque Maïakovski. Soudain, ce nom qu’on connait, mais dont je ne sais rien, devient un poème et je retiens mon souffle.

Mercredi 4 décembre 2013

Cocorosie ? Cocoronon ! Je te dis que j’ai été fasciné puis que j’ai lâché prise, noyé dans les nappes inutiles des musiciennes, perdu face à ces images sans histoire palpable. Tu me racontes alors quel est ce film, ce qu’il représente dans l’histoire du cinéma. Ses couleurs ont fané, l’aura de ces filles aussi.

Mardi 3 décembre 2013

C’est tous les jours à 20h. Sauf le mardi. Alors on fait demi-tour, prend un verre, tu me montres ces dessins de Tom de P., à ne pas les mettre entre toutes les mains, surtout si elles sont graissées par des chips. Je m’essuie donc les doigts et tourne les page avec attention.  Sur petit écran on retrouve Guiraudie pour « Ce vieux rêve qui bouge« , étonnant, décalé, beau, le désir sentant le pastis et la mécanique.

Lundi 2 décembre 2013

La photo est posée sur le petit canapé en rotin. On y trouve plutôt, parfois, assis, un administré attendant que son numéro s’affiche sur le petit écran ; il se lèvera alors et se dirigera vers le service des affaires générales pour un passeport, une inscription, quoi d’autre encore. D’une main je tiens le fil de fer, de l’autre la petite cisaille que tu as eu la bonne idée de me prêter malgré la maladresse. Je force sur le fil, schlak, les cisailles s’élancent, frappent l’image. Rayure.

Dimanche 1er décembre 2013

Dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, dodeskaden, etc.

Samedi 30 novembre 2013

Les photographies montrent des enfants. Joueurs, jouant, ils portent ici une carapace faite de ce que j’appelle des peignards, sans être sûr ni de l’orthographe ni de la précision du mot – saintongeais peut-être. La scène montrerait aussi des enfants, peu attentifs aux images, plus attentifs à celles des livres qu’ils viennent emprunter.

Le soir, regard adulte. Tabou d’Oshima.

Vendredi 29 novembre 2013

Dans les photographies japonaises d’octobre que je regarde et regarde encore, il y a cette jeune femme à travers les stores vénitiens. La couleur rouge et cette sorte d’indiscrétion me font penser aux images de Saul Leiter. Il est mort aujourd’hui et je pensais trouver les mots. Peut-être ont-ils été balayés par Wakamatsu et son film sur Mishima dont je n’ai pas retenu le titre, une date, une phrase.

Peut-être ont-ils été effacés dans le RER, par mon fou rire qui se déclencha lorsque le saxophoniste entonna le générique de fin de Benny Hill.

Jeudi 28 novembre 2013

Sur le post-it vert pomme il y a l’heure de son rendez-vous. Il est assis, je suis debout, je sais qu’il est allé le 21/11 à 8h45 chez l’urologue. Très vite j’oublierai son visage, et cette information redeviendra anonyme. En fond sonore ça joue trop vite : le violoniste qui ne suit pas la ligne de basse sortant de son caisson essaye-t-il de grignoter le temps ?

Le soir, le duende s’est installé au théâtre des Déchargeurs, présence espagnole dans cette petite rue parisienne.

Mercredi 27 novembre 2013

La Fémis. 21h peut-être. Mati Diop parle de « cette impossible réalité » d’une femme noire marchant dans la neige. L’image visuelle était belle, le sens l’est-il ? Mille Soleils, film soleil, western contemporain et africain, fiction documentée, documentaire écrit, que sais-je, comment décrire ce film que l’on peut percevoir pleinement après avoir le Touki Bouki auquel il fait (plus qu’) allusion ? Les vaches y meurent encore sous les lames aiguisée.

Mardi 26 novembre 2013

Le plaisir devant la scène est sinusoïdal. Durant la musique presque absent ; ça toussait, j’étais ailleurs. Parfait c’était discret, fort, radieux, équilibré, étonnant, et puis c’était bien de voir de la danse, dès les premiers pas c’est ce que j’ai pensé, c’est toujours ça la danse, on en voit rarement mais/alors j’ai trouvé le plaisir de la rareté, le plaisir de voir des corps bouger sans rien chercher d’autre. Le plaisir de voir bouger des corps, oui, c’est ça. Et puis la toute fin, certains sont déjà partis, quelques gestes simples, l’évidence ; rien que pour ça il fallait y êtrE.

Samedi 23 novembre 2013

Elle me fait immédiatement penser à la mère de Guillaume Gallienne. Elle a pourtant quelques années de plus ; la couleur des cheveux est aussi plus grise. En entrant dans la boutique, c’est un chien qui nous accueille, il nous renifle, elle nous demande si on…
– Non mais il y a un chat chez…
– Ah ben voilà, un chat…
Elle vend ses fleurs de manière précieuse dans cette boutique à la devanture d’un autre temps, un temps pas aussi lointain que soudain vous l’imaginez, le temps de sa jeunesse peut-être : arrondi métallisé autour de chaque vitrine et de la porte. Elle justifie le prix des roses, elle les attrape comme un objet de porcelaine, elle les caresse presque. Un peu comme sa mère, en manteau d’astrakan, caresse alors le chien. On s’étonne alors du papier d’aluminium pour emballer les fleurs.

(Ne pas oublier la femme qui hésite au marché, les assiettes, la vendeuse à St Yrieix qui rit en anglais, les madeleines, la jeune femme qui ne sait plus l’horaire du musée, le gâteau d’anniversaire, le petit garçon qui met un peu de vie au FRAC)

Vendredi 22 novembre 2013

Dans les rayonnages aux titres multicolores, je cherche quelque chose de nouveau, de différent, d’attirant. L’achat de revues n’est plus mon dada, et me voici face à des noms dont j’ignorais l’existence. C’est sur un fricote au ton moutarde que je pose ma main et mon dévolu pour ce voyage en train, mais également sur Web design parce qu’il faut se tenir à la page.

Jeudi 21 novembre 2013

Encore le Japon. Dans le travail de l’après-midi, dans la présence de S qui parle cuisine, dans le film Trésor vivant, dans le hasard de cette jeune femme qui, dans le bus, lit je ne sais quel livre, mais c’est écrit « TEPCO » au milieu des phrases. Pas dans le film Les Garçons et Guillaume, à table !


Mercredi 20 novembre 2013

« En même temps j’aimerais bien te dire « j’me dépêche » mais c’est pas moi qui décide c’est l’métro. »

Moi aussi j’aimerais bien te dire la même chose, il est si tard.


Mardi 19 novembre 2013

Sur le petit carnet gris entamé le 1er novembre, il y a des mots qui n’appartiennent pas au présent, qui ne parlent pas du présent mais de ce séjour dans lequel je creuse, dans lequel je puise quelques gouttes de souvenirs. Je cherche les émotions, les goûts, les odeurs, les sons, les sourires, les phrases, les paysages. Je repense alors aux paroles de Tanguy Viel sur la difficulté d’arrêter le flux des images pour écrire. Me voilà au milieu du pur paysage qu’il évoqua, notion qu’il me faudrait vérifier avant de l’écrire ici, je risque le hors-sujet, le contresens, le silence gêné quand on me demandera « mais c’est quoi exactement ?« .

Et puis sur le courrier que je déplie, au milieu des informations que je connais déjà sur moi, il y a un numéro. Le début d’autre chose encore, d’autre chose qui n’est pas quelque chose d’autre, une continuité.

Lundi 18 novembre 2013

Je crois que nous avons encore échangé par la suite un ou deux lettres, par courtoisie, pour recouvrir d’un duvet de politesses la déroute de notre rencontre.

Éric Faye – Somnambule dans Istanbul

Et puis on voyage encore. Voyage à Tokyo, Ozu

Dimanche 17 novembre 2013

On vient à peine d’entrer dans l’expo sur le surréalisme, la troisième salle peut-être. « Y a des trucs qui ressemblent aux vitrines de François » me dis-tu. De nombreuses fois nous chuchoterons, pour dire notre surprise, notre plaisir, tant pis pour la dernière salle, étrangement lumineuse, curieusement à part. Chez Pierre Huygues aussi, devant Blanche-Neige par exemple, on chuchotera, mais chez Huygues il faudra revenir, on en avait déjà plein les yeux.

Le soir Ozu. Bordeaux s’en est allé. Le Fils unique. Le fils unique part à Tokyo. Qu’en fera-t-il de cette expérience ? Qu’y fera-t-il, là-bas où la banlieue est encore de champs ?

Samedi 16 novembre 2013

C’est l’envers du décor : il se maquille, change de perruque, une fois, deux fois, etc. Le reste n’existe pas ; du moins c’est ainsi que je le vois, le spectacle c’est le non-spectacle. C’est aussi ce que je vois à travers le petit écran de la caméra, pour une fois c’est moi qui filme, je cherche surtout les plans serrés sur le visage qui se transforme, je ne sais pas si c’est ce qu’il cherche mais c’est ce je trouve (le mieux à filmer).

Plus tard un autre travail d’artiste, celui de François, une découverte qui me parle plus, parce que pour la photographie j’ai les codes, le regard, l’habitude que je n’ai pas pour les performances, parce que cela m’évoque Levi-Strauss au PdT et donc les cours d’anthropologie. Grand écart imaginaire avant les flotte-au-vent, le risotto aux aspoulpes et la tarte aux pommes à laquelle on donnera peut-être aussi un nom. La tarte patience ?

Vendredi 15 novembre 2013

Et puis très vite il me tutoie. Je n’avais pas fini mes 15 minutes de ski de fond.

Plus tard, à peine courbatu je te rejoins, rue Louise Doublevé il y a Brice Dellsperger.

Crédit Brice Dellsperger

Jeudi 14 novembre 2013

Évidemment une demi-journée de respiration permet… une inscription, des achats (une chemise, des livres), un échange de lunettes attendu depuis des mois, des chiffres et des mots dans un carnet, un tour à Beaubourg et un arrêt au beau milieu pour écouter les conversations trop fortes de deux vieux trop sourds qui parlent de leur forfait téléphonique… COMBIEEEEN ? Muppet Show way of life...

Et puis c’est une respiration cinématographique qui éclaire la fin de journée : Les rencontres d’après-minuit, loin du réalisme dans lequel on vit, qu’on lit, qu’on voit au cinéma, que j’expose dans mes photos… Un imaginaire, un autrement, un (truc de) ouf.

Mercredi 13 novembre 2013

Grands formats, clinquants, brillants, encadrés, bien encadrés, trop bien encadrés ?, parfaits, parfois mats, parfaits, beaux, immenses, de tout, de l’illustre, de l’inconnu, du classique, des promesses, d’ici ou d’ailleurs, Paris Photo nous offre une longue promenade dans la photographie. Et puis à quelques reprises on s’arrête. Ce premier portrait qui fait presque face à l’entrée. Cette Japonaise. Ces photomatons. Où ai-je noté les noms ?