Dimanche 1er septembre 2013

En général, lorsque nous allons au Jeu de Paume, nous passons par les Tuileries depuis le Palais Royal. Cette fois également, nous sommes passés par les Tuileries depuis le Palais Royal, après avoir bu un café probablement hors de prix et avoir rapidement regardé les objets de la boutique des Arts décoratifs ; probablement abordables ? J’avais repris mes habitudes, mon habitude, c’est-à-dire mon appareil photo mais je n’ai pas fait de photographies dans le jardin. Seulement tes mains à la terrasse de ce café.

Au Jeu de Paume, après Ahlam Shibli et Lorna Simpson, c’est à la librairie que la photographie me tend encore les bras : Alan Sekula parce que tu me dis que P le cite souvent… et  le Marseille en autobus de Plossu et sa couverture au papier abricot dont la matière est caressable, mais sûrement moins que les tirages sur feutre de Lorna Simpson – dont certaines pièces m’ont vraiment plu, mais vous savez je ne suis jamais très disert.

Et c’est à 17 qu’on déjeune ; il fallait que la volaille mijote.

Samedi 31 août 2013

C’est au 103 bd Beaumarchais qu’on s’est retrouvés. 13h, c’était convenu ; surprise nostalgique pour J. À 21 h c’était ailleurs, moins surprenant peut-être, il devait bien s’attendre à ne pas être seul. Autour de nous des sourires, des barbus, peu de filles, O, B, S, ou un type à casquette que finalement personne ne connaissait réellement. Il croyait t’avoir déjà vu. As-tu compris le nom de l’acteur qui le faisait… ?

Et puis on s’est éclipsé. Dans la rue, à 22h37, j’ai envoyé ma dernière photo prise à 21h44, il faisait doux, c’était tout à fait ça. Dans le métro, le nez vaguement dans des soupirs de langue asiatique, il faisait plutôt curieusement chaud. Tu lisais ce livre au titre un peu facile que le lendemain tu m’as tendu, sans enthousiasme. En face il avait l’air pensif, dans sa chemise à carreaux.

Jeudi 29 août 2013

Un goût de vacances qui s’étiole, la journée sur l’écran pour un autre genre de travail. Et puis le soir ils parlent de Beyrouth, fatigués ; que faire ?

24 – 28 août 2013

Le cocher, qui ne semblait pas disposé à causer, ayant à peine répondu à mes propos, force me fut, faute d’autre compagnie, de me rabattre sur celle de moi-même et d’essayer de me rappeler mes clochers.

Du côté de chez Swann

On continue, comme dans La Recherche (dans la page en face de l’extrait ci-dessus), à ne demander rien d’autre à la vie que de se composer toujours d’une suite d’heureux après-midi. Sur le chemin du retour, je découvre le doux intérieur et le petit jardin de Rezé après avoir revu Nantes, brièvement ; les souvenirs s’entremêlent, un concert de Placebo, un ami perdu de vue, un autrefois qui ne m’évoque je crois aucune nostalgie. L’arrêt familial en Saintonge est assez bref, doux, il laisse le temps d’un cheval, d’oies, de vaches au poil humide à la fin du dimanche. Et c’est ensuite Limoges, autre arrêt familial et une autre famille, une famille qui s’étend puisqu’ils emménagent, qu’il faut monter le frigo et qu’on fait connaissance. C’est enfin la campagne charentaise, une autre, qui pousse jusqu’à Rouillac pour la foire mensuelle. Et c’est alors qu’au milieu de cette ruralité ensoleillée au déjeuner gorgé de gras de porc et de mayonnaise, assis à ma table ils font connaissances. Elle tient le stand de meringue où J s’est libérée d’une envie ; lui, il habite là, en face, la maison derrière le camion du primeur. 13 ans de veuvage pour elle, 7 pour lui. Elle est assez fataliste, mais de ses paroles à lui sourd l’insupportable. Ça ne peut plus durer, dit-il.

17 – 23 août 2013

Une semaine de Bretagne, tout là-bas, au-dessus de Brest : Coat-Méal. Il m’en a fallu du temps pour retenir le nom, pour ne pas inverser les dernières consonnes. Finistère nord, sept jours calmes, doux, ensoleillés. Indolents, a dit Denis. La pluie ? Presque ignorée. Sept jours de plaisir(s) : ne rien faire, paresser, lire Écoute la pluie, écrire, lire La Recherche, regarder le ciel, essayer de prendre les ragazzi locaux ou le curé en photo, se plaindre vaguement du roucoulement qui rompt le rythme des pages, regarder la jeunesse me rappeler la mienne devant une assiette de légumes, se dire que l’eau est froide mais y nager un peu quand même, éviter les algues, manger, regarder l’horizon ou les cerfs-volants, chanter au volant, boire, dormir, regarder les touches de couleurs sur la plage et en décrire la multitude dans le petit carnet gris qui sent maintenant le sable, regretter un peu la foule, gémir d’un flan, en reprendre, regarder les corps, être content de ce maillot que tu m’as offert, regarder les photos du Japon, reculer de l’odeur de renfermé dans le bazar, surexposer et flouter ceux qui jouent sur la plage, regarder les couleurs vives des grues à Brest, imaginer des soirées libertines chez les propriétaires, regarder le soleil.


Vendredi 16 août 2013

– Il n’y a personne à cette place, si vous voulez y mettre vos affaires…
– Comment savez-vous ?

Cette construction interrogative, sa voix, son port de tête, elle pourrait sortir du Proust que j’hésite à poursuivre dans ce TGV ; et en effet finalement tout d’abord j’écris. Elle pourrait aussi être la sœur de Laetitia Casta ; dans quel rôle cette petite robe à fleurs ?

Jeudi 15 août 2013

On avait mis sur la liste et installés autour de la table des visages pas vus depuis bien longtemps, et sous le soleil ou l’ombre on se prélassa. Tu m’entraînas ensuite là où nous sommes rares à être entrés : cette histoire – ces histoires – inouïes, inuit.

Mercredi 14 août 2013

Dans le RER B qui m’éloigne de la Gare du Nord, je veille sur la photo que j’ai enfin récupérée. Le petit garçon est épuisé, comme tant d’autres. Regardez-nous, nous étouffons. Comme si la chaleur soudain revenue nous frapper, n’en déplaise aux marabouts qui prédisent toujours que c’est la fin de l’été — et soudain je pense à la chanson de Françoise Hardy, La Fin de l’été justement, Alors je voudrais bien savoir le pourquoi, qui me fait rester là près de toi, sous la pluie, ce soir — oui donc la chaleur, comme si on en avait perdu l’habitude ou quelque chose comme ça, était plus maligne, sournoise, dure, mal aimable. Je te retrouve au Luxembourg, ce jardin que je connais bien peu ; tu t’en étonnes. La buvette ? Oui, la buvette, où le vin est moins cher que les sodas ; ça vous étonne ?

Chez O, ils sont déjà presque tous arrivés, dont ce garçon dont j’ai regretté hier de n’avoir pas lu ce qu’il avait écrit en préface de ce livre offert par JLM. Avec V ont parle des Pouilles, avec R on sourit de L, quand D glisse sa main en face le cognac est déjà arrivé sur la table basse, et puis ce piano qu’on ouvre et revoici Françoise H ; ça sert à ça le cognac, à ouvrir la voix.

Lundi 12 août 2013

C’est un rythme qui s’installe : une exposition par an. Les dates 2014 ne sont pas encore fixées, mais le rendez-vous est pris et la série « Vous suivre » retrouvera d’autres cimaises, peut-être tronquée, sûrement complétée. Enrichie ?

C’est un rythme qui s’installe : une traversée longue et rude, car certains jadis, étaient prêts à tout pour quelques pépites. Jusqu’à risquer leur vie dans le film Gold, western allemand où l’avidité et l’amour sont une fois de plus ce qui fait marcher le monde.

Dimanche 11 août 2013

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

Longtemps, je me suis dit que je n’oserai jamais m’y attaquer, sentant pourtant l’inévitable arriver, sentant aussi le plaisir, sans savoir pourquoi, le plaisir de lire ça, ça, je vous épargne les majuscules et les exclamations, oui ça. Sur le petit carnet gris j’ai écrit « choisir extrait -> jusqu’à la page 34« .  Je ne sais plus si chez M&G on en a parlé, peut-être oui, ah oui je me rappelle, tu étais étonné que j’aie ri. Les 25 — vingt-cinq seulement, quelle hérésie — premières pages de la recherche m’ont déjà fait vibrer et rire, et si j’osais ce journal reprendrait chaque virgule, chaque trait, chaque émotion.

Samedi 10 août 2013

Il suffit d’aller au bout de la ligne 10, mais ce bout là-bas côté ouest, celui qu’on ne fréquente pas, pour découvrir (enfin, depuis le temps qu’on en parle), un admirable coin de verdure aux couleurs choisies, aux recoins japonisant qui nous rappellent que dans deux mois, nous y serons à nouveau. Le jardin Albert Kahn est un hymne à la sérénité, à la couleur, au calme. Le musée est peut-être trop bavard, les cartels parlant pour rien puisque je ne les lirai pas, l’esprit ailleurs, dans ce Japon des années 20, dans ces lointains, dans ces drapeaux accrochés avec joie fin 1918. Et les regards d’hier vous accrochent dans d’improbables coloris.

Vendredi 9 août 2013

Madonna chante « I can’t help falling in love » et la femme pleure, soutenant son visage d’un poing ferme. À ses pieds une valise marron. Dans la sélection de morceaux savamment intitulée « RER hop hop » qui m’accompagne, une autre chanson pop et légère aux paroles presque opposées, ç’aurait pu être le fond musical de cette discussion avec F, son été, moi médusé. Mais son Italie s’éloigne et je m’imagine là, la foule autour de moi dansant insignifiante aux annonces de station.

On reste pop, mais pop art, avec l’expo Liechtenstein à Beaubourg, histoire de découvrir autre chose que les célébrissimes blondes en pleurs et autres Whaam, puis on passe aux Whaaaa (et autres onomatopées étonnées ou hilares) pour un dîner japonais avec B&J (Non, pas Ben & Jerry).

Jeudi 8 août

En franchissant l’entrée je te dis que ça sent l’hiver. Les dimanches d’hiver devrais-je préciser. Dans le four un poulet, odeur douce, agréable, chaleureuse, gourmande. Et Cléo de 5 à 7 pour clore la journée, vois-tu que je m’endors ?

Lundi 5 août

C’est sur La Baie des anges qu’on finit la journée ; Jeanne était platine.

Samedi 3 août

Lectoure. Chaque année (ou presque, diront ceux qui suivent) on s’y retrouve. On ? Un on qui change, les uns s’en vont les autres viennent, les uns pardon ? les autres reviennent.  Lectoure, plaisir photographique gersois, et une cuvée 2013 passionnante, qui ne laisse que quelques moues fugaces sur un taureau dans une douve ou devant un jeu de miroir. Il y aurait tant à dire qu’on pourrait presque faire l’impasse sur la photographie, se replier sur le partage amical que ces moments génèrent, potacheries et évidences. Mes deux coups de cœur qui s’accrochent à mes souvenirs : les portraits de Bruce Wrigthon (un modèle pour un futur travail… je vais bien finir pas y venir, aux portraits…) et tout le travail de Guillaume Herbaut, qui fait ressortir Nagasaki de ses cendres, l’Albanie de sa boue, Tchernobyl de sa poussière. Et tout finit, lumineux, sur l’herbe verte qui borde la piscine. Les arbres sont partis mais notre amour de ces moments est bien là, increvable sous d’hirsutes parasols.

Vendredi 2 août

Il y a ce souvenir d’un jour de pêche : ma montre se décrochant, tombant dans l’eau, des mètres plus bas. Est-elle aujourd’hui entièrement décomposée dans la vase ? Ce 2 août, ce sont mes lunettes de soleil qui sont tombées, le petit plongeon m’ayant un peu trop entraîné la tête sous l’eau. Puisque on avait pieds je retrouvais les binocles au fond de l’eau brune : c’est avec les pieds qu’on tâtonna.

Jeudi 1er août 2013

Voici que je retrouve J et qu’on part, chaleur extérieure, rame légèrement climatisée, pantalon léger que j’aurais peut-être dû remplacer par ce bermuda, là-haut, dans le sac. On part, séjour inévitable et attendu, là-bas, en bas. Des heures plus tard, le temps d’un joli Week-end – le film – et de quelques papotages / sandwiches, nous voici à Agen où le rosé est déjà frais.

Mercredi 31 juillet 2013

Il y a toujours moins dans la duchesse de Guermantes que dans le nom de la duchesse de Guermantes.

Je poursuis lentement mais sûrement la lecture de cet Invisible de Clément Rosset, où les adverbes laissent parfois un petit goût péremptoire. Mais le livre reste un délice, un délice tout de même difficile à capter, dont la lecture est mise à mal par mon cruel (et mondialement connu) manque de concentration qui, à la moindre virgule, me fait penser à autre chose, surtout à la satisfaction d’avoir lu la phrase précédente sans être déconcentré. Il suffit qu’une donzelle parle fort dans les transports pour que ma concentration soit ruinée avant la virgule et me voici qui poursuis mon occupation en imaginant comment je vais pouvoir raconter ça dans ce journal.

J’arrive en revanche à rester concentré devant les films – devant lesquels souvent je m’endors alors que je m’endors jamais sur un livre – et ce fus le cas devant ce court mais magnifique film de Ch, qui souhaitait notre avis (surtout le tien) sur ce nouvel objet.

Ce n’est qu’après qu’on a mangé des frites ; il a juste fallu les attendre.

Lundi 29 juillet 2013

Ciné : La cinquième saison. Pas mal, quelques beaux moments, trop de chichi, des côtés tellement belges, une belle idée, une photo trop Erwin Olaf…

Dimanche 28 juillet

Je m’étais dit que ç’aurait pu faire un billet quotidien plutôt drôle, en racontant les déboires liés depuis dix jours à cette habitude reprise, à supposer qu’un jour c’en fut une (une habitude) : le vélib’. Parce qu’entre les stations pleines qui vous font faire demi-tour, es stations vides qu’il faut aller chercher en haut du Mont Ventoux, les dérailleurs qui merdoient, l’application officielle d’une incommensurable lenteur, l’improbable outil de recherche de stations libres sur les bornes ou le vélo bloqué… il y a tout de même de quoi péter un pneu. Aujourd’hui c’était sketch avec roue crevée, de quoi finir en haute-voltige ce billet qui aurait donc pu être drôle.

Mais voilà qu’on me laisse un commentaire : Où avez-vous perdu votre joie ? Je me souviens de votre humour, votre goût pour la cuisine… Avez-vous appris pour PM d’Angoulême ?
Google, un prénom et un nom à la place du PM et j’apprends. Je sais qui m’a écrit cela malgré l’anonymat, on avait parlé de lui avec PM. PM avec qui j’avais brièvement bu un verre en novembre 2011, PM n’est plus ; étrange et triste. PM et tant de souvenirs d’Angoulême, ses doses de Ricard, nos dîners chez Paul, son intérieur cossu et surtout son humour ; de là-haut il en rit peut-être.

Et du reste de la journée il faut bien parler sans joie peut-être, comme dirait le presque anonyme JT : la jolie expo Demy, une expo qui ferait shibam, pop, wizzzz si elle ne faisait pas déjà d’autres ritournelles et visions pop, un premier film (Quand la ville dort de John Huston) et un deuxième plus court (splendide Le Horla de Jean-Daniel Pollet).

Samedi 27 juillet

– C’est étonnant cette lumière.
– Oui… on se croirait sur une autoroute belge !

Jeudi 25 juillet

Et puis je retrouve les Mama girls, les cocottes, champ lexical emplumé, même la brochette était au poulet. Et toi la reprise ? Et toi ça avance ? Et toi pas trop dur ? Et les autres, des nouvelles ? J’avoue que je n’ai toujours pas lu ce que P m’a envoyé, que j’ai échangé deux pauvres phrases avec L, que j’ai lu ceci, que j’écoute différemment cela, que oui, ça a changé quelque chose, que le recueil de textes est toujours posé en évidence, que finalement des matières les plus difficiles que je garde de très bons souvenirs, que c’est comme ça qu’on avance de toute façon. On ne parle pas de Bernadette Lafont, pourquoi ?

Dans le métro, au retour, puisque il fait à peine moins chaud, certains sont accablés et puis voici qu’il monte et que je le regarde, partiellement, parce que des tatouages colorés dépassent de son marcel, de ses manches de chemisette finement rayées, de son bermuda beige, beige comme son style de garçon sage, chaussures bateaux bleues en suédine – sans chaussettes. Un carreau, un pique, un petit 108, ici ou là d’autres signes ou tatoos plus imposants comme sur le tibia : un visage qui pleure et un oiseau, joli graphisme qu’il doit regarder avec satisfaction quand il croise les jambes. À Chatelet le Goku de Dragon Ball Z sur l’avant bras de mon voisin a nettement moins d’allure ; mais il ne le voit plus quand il croise les bras.

Mardi 23 juillet

Le type porte une cravate noire sur une chemise blanche, le pantalon est du même acabit, le cheveu bien coiffé, la peau peut-être un peu luisante. Il dodeline de la tête au son de la musique que lui seul entend, il dodeline sévèrement même, after transilienne un peu ridicule, clubbing matinal dans un RER sans clim ; j’ai sorti l’éventail. Quand le RER entre en gare de Vincennes il se lève. Mais le RER ne s’arrête pas en gare de Vincennes. Il est derrière moi, je tourne un peu la tête, l’aperçoit qui s’arrête net devant la porte tandis que le quai défile à vive allure. Je ne vois pas la tête qu’il fait, je suppose qu’il s’en étonne, qu’il ne secoue plus la tête, qu’il a le cou raide, le regard planté sur le trait rouge et muet qui représente la ligne et qu’il essaye de garder un minimum d’allure alors qu’il ne sait même pas où se train va finir par s’arrêter. Plus tard lui aussi, peut être, boira un panaché.

Lundi 22 juillet

1. Même Charles Sherwood Stratton, Tom Pouce, le nain de chez Barnum en Amérique, avait épousé la femme de sa vie à vingt-cinq ans. J’en avais quarante. Celles que j’avais aimées me pourrissaient la vie. À chaque fois il m’avait fallu des éternités pour remettre les pieds sur terre. Ça avait été très dur avec l’une d’elles et j’avais surnagé grâce à l’alcool.

Château-Rouge hôtel – Renaud Burel

Cet extrait du livre qui m’accompagnera dans les transports n’a aucun rapport avec l’arrivée de Denis et ma furieuse envie de crème glacée.

Dimanche 21 juillet

C’est la douceur tranquille d’une chaleur dominicale, c’est le presque rien qui ressemble à hier, c’est le dîner à Montreuil où d’autres évoquent les tas d’autrefois ; sur les photos d’autrefois, il sont tous déjà là.

Samedi 20 juillet

C’est par exemple dans ces moments que j’apprécie les tours. Celle qui nous domine masque le soleil aux heures les plus chaudes, et voici qu’à son ombre je peux vaguement paresser, feuilleter quelques livres, regarder un nuage, voire ne penser à rien, à supposer qu’on puisse. Mais il faut aussi parfois aller au charbon : quelques tours de roues pour huit kilos, le charbon est de bois, la mine un peu meilleure.

Vendredi 19 juillet 2013

Ce matin-là, je dois écrire de toute urgence une lettre « importante » – dont dépend le succès d’une certain entreprise ; mais j’écris à la place une lettre d’amour – que je n’envoie pas.

Roland Barthes ; Fragments d’un discours amoureux


Jeudi 18 juillet 2013

Je m’étonne des voyageurs avec une veste ; on sait qu’il va faire chaud. J’ai dans les mains les Fragments d’un discours amoureux, objet en quelque sorte désiré, qu’hier soir tu m’as décrit pour m’en faciliter la plongée. Dans le doute, dans l’éventualité d’un heurt contre le texte, j’ai emporté L’Usage de la photo d’Annie Ernaux, en pensant de surcroît que j’y trouverais peut-être la clef pour autre chose. Lu autrefois dans les Pouilles, le livre avait légèrement gondolé à l’époque sous l’effet de l’humidité de l’air ambiant. Il est aujourd’hui intact et ne porte presque aucune trace de ma lecture, même pas l’odeur salée de l’Adriatique qu’on avait caressée malgré le mois d’hiver. En regardant le journal de cette fin février 2005, je retrouve une phrase d’Ernaux – « Je ne sais pas me servir de la langue du sentiment. » – et le souvenir des nourritures plus ou moins terrestres, le goût de l’agneau, l’odeur de la pasta.

Plus tard un autre livre rejoint le sac, ce Château-Rouge hôtel que tu m’offres au sortir de la librairie de la rue des Écoles avant un rafraîchissement et Meteora, très joli moment – sublimé par des moments d’animations, gâché par des effets vidéos – qui questionne le désir et l’interdit qu’on cache sous les sombres tissus orthodoxes ; un fragment de discours amoureux à ajouter à la liste de Barthes.

Mercredi 17 juillet 2013

A la galerie Vivoequidem, il y a déjà ma photo du jour, imprimée, accrochée, alignée, prise une ou deux heures plus tôt. Un verre ? Une boisson jaune de saison assortie aux lunettes de M tandis que le chien fume sur la devanture.

Mardi 16 juillet 2013

Il y a quelques jours, enfin, je me suis décidé à t’écrire une lettre d’injures. Mais elle était trop violente et je l’ai recopiée pour la modérer. Mais elle est devenue une lettre de reproches, et je me suis dit que je n’avais pas envie de te faire part de reproches. Je ne te l’ai pas envoyée.

Lettre d’Hervé Guibert à Eugène Savitzkaya.

J’avais abandonné les lettres à Eugène, mais j’ai abandonné Daniel Bougnoux à ses pensées et suis revenu à la douceur de cette correspondance s’étalant sur 10 années. Au dos il y a cette petite étiquette de la FNAC ; évidemment avant de me l’offrir tu avais pris soin de…

Le soir nous dînons chez M&C, au 361 rue des P ; c’est toujours agréable de retrouver ce quartier. Je crois que je l’ai jamais vraiment quitté, que le fantôme de mon esprit descend encore la rue du Jourdain les soirs d’automne pour s’arrêter devant la vitrine de la librairie. Nous nous traversons, buvons un vin sans qualité au Zéphyr mais c’est ce genre d’endroit et de moment qu’on aimerait retrouver parfois, à l’automne ou pas. Le chat n’était pas moins poilu la dernière fois ?

Lundi 15 juillet 2013

Prendre le temps, terminer, corriger, regarder le ciel qui se couvre, magdoïser, braquer une banque avec Bonnie and Clyde.

Dimanche 14 juillet

Coinçant sur les mots qu’il faudrait pourtant écrire puisque je retrouve enfin le temps, je referme la page blanche et la remplace par ce vide qu’il faut faire. Mais  je jette seulement l’inutile, le dépassé, l’oubliable. Seulement, mais ça nous fait bien 50 litres de papier dans un sac poubelle anthracite devenu trop lourd. À côté, quelques tas viennent rejoindre les anciens : photos de magazines et autres pense-bête qui dans 20 ans seront toujours là, dans un recoin, une pile, un tiroir rouge écarlate. Peut-être feront-ils l’objet d’un livre, eux, sans page blanche.

Le soir on s’allonge devant Jane B. par Agnès V. Jane B c’est toujours un plaisir, cette légèreté, mais filmé par Agnès V, c’est plutôt l’insoutenable légèreté de l’être, mise en scène patatraco-pathétique. Et me voici qui pouffe. Paf !

Samedi 13 juillet 2013

On a alors retrouvé les occupations d’avant, quand l’esprit était plus libre, l’agenda moins rempli, c’est à dire différemment rempli. Pour fêter ça on a sorti la serpillère et les grandes eaux. Versailles ? Non pas Versailles. Et puis les rues de Paris entre Montparnasse et Beaubourg en passant par une galerie (où je participe), des boutiques (où j’achète peut-être), un cornet de glace, un cinéma. Au cinéma : Bambi, de Sébastien Lifshitz, joli portrait où l’on est hier et maintenant, jolis moments comme celui où, de l’autre côté du mur du garage il y a la chambre, le couloir, les souvenirs. Et comme un film parfois ne suffit pas, le soir on retrouve Xavier Dolan pour son J’ai tué ma mère. Câlice !

Les Heures Latentes - Galerie Vivoequidem Rue du Cherche Midi

Vendredi 12 juillet

Le magazine est replié et sur la page ouverte : Annie Ernaux et son dernier livre, celui que j’avais pas trouvé mais pas vraiment cherché non plus. Je parle un peu d’elle à V, décrit L’Autre Fille, et V rebondit sur Marguerite, Duras bien sûr, soudain il n’y a plus qu’elle mais j’ai oublié le titre que j’évoque à chaque fois et oublie à chaque fois.

C’est quand la nuit tombe que les rêves prennent le relais, le vin aidant, peut-être, certains s’imaginent alors sur les bords de Loire, loin des déconvenues du quotidien, loin et libres. Un peu de Pouilly pour terminer ?

Jeudi 11 juillet

On aurait dû – ou pu -, sur les photos, voir un enfant ; l’enfant. L’Enfant, majuscule imposant un statut divin à la cinquantaine de centimètres nés il y a une quinzaine de jours. Mais on voit deux perspectives : l’une courte, froide et consumériste, l’autre longue invitant au voyage, au mouvement. Pour l’Enfant on n’hésite pas, ce sera la deuxième.

Mercredi 10 juillet

Soudain, dans un noir et blanc distingué, les corps se frôlent. El Leon glisse, d’autres également.

Mardi 9 juillet

Quelles valeurs morales et symboliques se trouvent incorporées à des objets techniques désormais accessibles au plus grand nombre ? Une médiologie conséquente devrait s’intéresser à la dimension technique de l’expérience quotidienne ; elle mettrait en lumière la stabilisation de nos relations par les industries du faire croire, et par les innombrables dispositifs de médiation qui nous contiennent, nous organisent et nous accordent d’accomplir cette prouesse essentielle à toute société suffisamment bonne : vivre ensemble séparément.

Daniel Bougnoux

Soupirer. Tirer un trait orange en marge du paragraphe. Bientôt lire Proust. Avoir vu Frances Ha.

Lundi 8 juillet

Les photographies des Heures latentes de la première semaine étaient quelque chose comme des moments de surprises, ces fractions de secondes, ces fragments de temps où l’étonnement surgit, où la curiosité est piquée… alors l’esprit recule, regarde, et puis comprend, s’amuse ou bien réalise que non, ce n’est rien ; l’étonnement a vécu. Après une semaine de photos quotidiennes, je passe vraisemblablement à autre chose, à tout autre chose, rien de précis. C’est de toute façon ce qu’on me demande. Je crois. Autour de la petite table on en parle un peu, j’explique à F, invitée improvisée, ce que je viens d’écrire ; la photo du jour était de 9h32.

Juillet 2013 – Berlin – journal inachevé

Vendredi 28 juin 2013

Il fait un temps d’automne. Le chauffeur de taxi porte un survêtement bleu et noir et de petites lunettes. Nous restons silencieux. La radio est sur 98.20, il y passe une chanson des années 90, j’aurais pu entendre la même lorsque je suis reparti, il y a 16 ans, de ces deux mois passés à Darmstadt. Black Velvet if you please. On se dit que c’est à l’image de l’Allemagne, cette chanson démodée. En France, les chauffeurs de taxi écoutent FIP ou le foot. Soudain, je n’ai pas peur des clichés.

Il nous dépose rosa Luxemburg Strasse, numéro 11. Le hall a quelques détails mamashelteriens et la chambre est une belle surprise, spacieuse : le lit immense est un appel au repos ; par la fenêtre on aperçoit la Tour de la télévision.

À deux pas c’est Alexanderplatz. Je marche enfin dans Berlin ; nous y marchons enfin ensemble. Il y a en effet assez peu d’éclairage urbain, c’est ce que maman m’a dit un peu plus tôt au téléphone. Métro. Sans ticket une première fois faute de comprendre comment s’y prendre. La gare est immense et nous marchons jusqu’au centre culturel ; je prends conscience de l’immensité de la ville, de son espace. Le lieu est presque vide, il est bien tard, le bar est fermé, les spectateurs sont dans la salle mais les amis sont devant. Sourires.

On ne reste pas, on a faim, un peu, pas trop peut-être. Le métro c’est un sentiment d’une autre période, comme la radio de tout à l’heure mais les années sont plus lointaines. Le train qui entre en gare, jaune vif et carré, m’évoque une bonbonnière ou une voiture japonaise, un autrefois ou un autre genre.

Où dînons-nous ?

Samedi 29 juin 2013

Au réveil je repense à la veille, avant qu’on parte à Berlin, cette fin peut-être pas en beauté. Je ressasse, répète, revois cet oral, rejoue mes réponses. Au petit-déjeuner il y a Catherine B, B comme quoi ? Un œuf à la coque au milieu de ce lieu dont le feutre recouvre de demi-teintes les murs et ces immenses fauteuils dans lesquels on boirait plus facilement un cocktail en riant d’une journée improbable.

Tu m’emmènes d’abord du côté de la bibliothèque. Je te fais répéter le nom de l’architecte et la personne de l’accueil nous fait gentiment faire un tour rapide du lieu sans avoir besoin de débourser 10 euros pour un abonnement inutile. Autre démonstration de ce qu’est la gestion de l’espace, une autre que la nôtre.

La photographie montrerait alors un homme assis sur un banc de musée, banc de bois assez clair, teinté, vernis, de style vaguement art déco ou néo-classique, accoudoir discret ne tenant pas son rôle. L’homme aurait un costume bleu clair, les cheveux gris et quelques touches de rouge sur sa silhouette à peine colorée, une chemise blanche. La lumière viendrait de partout, mélange assuré entre celle naturelle provenant du plafond et celle d’ailleurs, autre. L’homme aurait vu, comme nous, le visage peint par Ribera, l’évidence de Caravage, l’ennui dans les visages des gardiens et des protestants des peintures flamandes, ce Proserpine de Rembrandt qui nous évoque Gustave Moreau, un Bruegel racontant tant d’histoires (le Renard et la cigogne) ou ce Cranach inspiré de Bosch (flugelaltar mit dem jungsten gericht)

Et puis la Neue Nationalgalerie. Et puis ?

Ne me demandez pas le nom du quartier où nous sommes allés ensuite, il y avait ce Café Gorki, les semelles bleues dans la vitrine, et puis Christophe pour un verre de vin, puis ce restaurant asiatique et puis ?

Dimanche 30 juin 2013

Lundi 1er juillet

Dimanche 7 juillet

Page 49, Bougnoux dit qu’on peut peindre les anges mais pas les photographier. Il me vient alors l’idée d’un titre, d’une série d’images pour prendre la sémiologie à rebours. On verrait alors apparaître des anges. Les oisillons chez la voisine pourraient être ces anges, quoi qu’un peu trop bruyants, quoi que trop peu volant.

Le soir les fruits étaient jaunes : cerises, framboises. M aussi, bien sûr.

Samedi 6 juillet

Un soleil derrière l’ombre du noyer, on dit que ça rend fou, peut-être le suis-je déjà, fou de reprendre ces fichus cours de japonais, de lire ce Bougnoux qui me parle plutôt hébreux, fou de rester là, allongé à l’ombre ou au soleil, en proie aux UV, aux insectes, à ce serpent peut-être qui, dit-on, rôde autour, en proie à la tentation des framboises et des cerises dont les variétés sont aussi pâles que moi, que moi pour l’instant.

Vendredi 5 juillet

Le calme du T.G.V. m’avait bercé puis accompagné pour lire un peu de S.I.C. Mais dans le T.E.R. c’est autre chose, autre ambiance : la petite fille est agitée. Ce n’est pas là son moindre défaut et son frère ne l’est pas moins. Je referme le livre, j’écoute Carlotti, Catpower, puis Bach, toccata et fugue qui se perdent dans le soleil se couchant sur les vignes. Mais les enfants finissent eux aussi, par le sommeil, couchant.

Jeudi 4 juillet

Elle dit que non, qu’on ne peut pas faire de photo, que c’est écrit partout. Elle est dame pipi au Silencio et ce n’est pas à moi qu’elle parle mais à une femme venue aussi (je crois) pour le film d’Oliver Beer. La femme la regarde, s’étonne, mais s’étonne vraiment, du message et de son absurdité. On ne peut pas faire de photo. Ah bon ? De toute façon j’en ai déjà fait une : le sol. Celui des toilettes justement : un carrelage composé de minuscules carrés de céramique de quatre couleurs, quatre couleurs au milieu du noir glacé et des ors (et pas seulement ceux du pantalon de J).

Mercredi 3 juillet

Deuxième jour, cerveau lourd, bar au four, Jeanne accourt, tu savoures.

Mardi 2 juillet

De nouveau le chemin de Nogent. Ligne 7, ligne 6, RER A, bus 120. Dans le petit carnet gris, j’écris les questions que je me pose et qu’on va peut-être me poser. Et puis la journée passe, questions, réponses, surprises, oui oui je suis là. Au retour un chemin inédit, un moment improvisé, l’anniversaire de B. Les cocktails sont oranges, les bougies posés sur de petite hamburgers, les sourires aux lèvres, quelques visages très bronzés, bronzage Tanger, bronzage de nuit on pourrait leur faire dire, et déjà – enfin ! – les invitations à dîner qui reprennent. Un deuxième cocktail pour fêter ça?

Lundi 1er juillet

Nous revenons ravis, moi peut-être encore plus car ravi de cette rencontre avec cette ville que tu connaissais déjà, ravi de mes retrouvailles avec l’Allemagne, seize ans après, peut-être même seize ans jour pour jour, il faudrait vérifier. Berlin, une respiration, une vraie, d’où l’on rapporte toi comme moi un souvenir aux pieds. Comment on dit lacet ?

Et puis c’est un autre retour, celui à la photographie. Jusqu’au 31 août je participe avec joie au projet Les Heures latentes à la Galerie Vivoequidem. Une photo par jour, prise avec mon téléphone. Une photo comment ? Je ne sais pas. Une photo comme ça, parmi les autres, une photo qui, peut-être, comme cette saison devenue grise, nous fera nous demander si c’est vraiment l’été.

Juin 2013

Vendredi 28 juin

Quatre mois exactement, quatre mois d’une formation qui se termine ce vendredi. On n’en parlera plus ici, pour diverses raisons, sûrement parce que, tout simplement, c’est fini.

Et nous voici, d’un saut, ailleurs. Berlin. Enfin.

Jeudi 27 juin

Répéter. Répéter. Répéter. Répéter. Répéter. ad lib.

Mercredi 26 juin

J’aimerais que ce soit fini, j’aimerais passer définitivement à autre chose. Mais non. Dans deux jours la soutenance, point final à ce sujet qui se termine plutôt en points de suspension : il y aurait tant d’autres choses à dire.

Le tout balayé, revu, griffonné, répété et l’oral prend forme. Je le laisse mûrir jusqu’à demain et nous partons reprendre les habitudes d’avant, les expositions, les séances, les moments partagés.  À la Maison d’art et d’histoire du Judaïsme, exposition La Valise mexicaine, avec les photos de Capa, Chim et Taro prises durant la Guerre d’Espagne. Sur les petits clichés des Asturies, de Barcelone ou de Barcarès, je me demande si je ne vais pas, par hasard, croiser un visage qui me ressemble : celui de mon grand-père. Les gueules sont coiffées de béret, tristes, combattantes, amaigries, figées, les corps sont meurtris, fatigués, enragés, morts. Ils reviendront peut-être bientôt sous une forme littéraire qui dépassera je l’espère la simple esquisse que j’ai jusque là dessinée. On quitte alors cette réalité historique pour un monde moins réel, plus délicat, celui de Romain Kronenberg, et puis pour encore autre chose entre poésie et astrophysique, le cinéma de Manuella Morgaine. Jolie retour protéiforme dans l’art…

Mardi 25 juin

Pour le dernier examen écrit on plongea chez Hermès, déclinant un nom, un slogan, des idées, un croquis. Ensuite on respira, plus tard on soupira car à la MEP il y a toujours des choix que je souligne d’interrogations. Mais à la MEP il y avait aussi de très belles choses,  du noir et blanc évidemment et du Ferrante passé à la couleur.

Lundi 24 juin

Deux JL, oui deux. Le matin c’était Bourdieu (4 points) que soudain on déteste, Taylor (4 points) à propos de qui soudain on hésite, et puis le sentiment d’écrire des évidences (6 points) ou n’importe quoi (6 points).

Dimanche 23 juin

Un rayon de soleil, il est 20h04. La sociologie est un sport de combat, disait l’autre… Tu m’étonnes. Je me bats avec la sociologie depuis 48 h. Apprendre. Retenir. Surligner. Recopier. Analyser. Se passionner malgré tout, petit à petit, comprendre donc aimer.

Me revoici. Bel et bien. Les derniers examens approchent, demain c’est socio, vous l’aurez compris, sociologie des organisations, soyons précis. Après-demain marketing. Vendredi soutenance du mémoire. Vendredi c’est fini, c’est fini et on s’envole… en laissant derrière quatre mois intenses, passionnants, riches, frustrants peut-être un peu car les notes et les notions se sont entassées ; pas toutes dans mon esprit. Un virage, j’ai pris un virage, la route est joliment dégagée, le ciel aussi, le ciel qu’on prend vendredi pour Berlin. Bientôt je vous ferai lire autre chose, une nouvelle, une vingtaine de pages écrites, exercice stimulant, peut-être inachevé sous la contrainte du temps, peut-être réussi sous la contrainte du temps. Bientôt je vous montrerai d’autres images, galerie Vivoequidem, mes images parmi d’autres, presque anonyme parmi les presque anonymes.

Me revoici. Que ne vous ai-je dit depuis mon dernier passage (éclair) ? Que des belles choses : Les Apaches, L’Inconnu du lac, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, les délicatesses au Palais de Tokyo (Elisabeth Clark, Oliver Beer, etc.) ou ailleurs (Pierre Leguillon), la Revue Gauche, magnifique Ange Leccia au Mac/Val, les 40 ans de W, Mad Men, etc.

Samedi 8 juin

On a vu passer 39 bougies qu’on a soufflé d’un trait net.  On a vu Julien Perez, Tip Top ! et un mémoire presque achevé. C’est le « presque » qui fâche toujours, on espère pouvoir se relâcher mais non, il faudra encore relire. Relire et puis apprendre, réviser, revoir, retenir, reprendre son souffle.

J

Istanbul – mai

La première image d’Istanbul, c’est à l’aéroport, la foule de chauffeurs qui attendent à la sortie. Cacophonie, enchevêtrement de panonceaux avec des noms. Le tien au milieu de tout ça ? Ce sera à l’image de la ville, foisonnante.

Deuxième image d’Istanbul, après toutes celles attrapées à travers la vitre du taxi, c’est depuis la terrasse de l’hôtel. Il est 17h, les voix dans le ciel nous invitent, mais des petits hauts parleurs du bar sort celle de Phil Collins puis de Glenn Medeiros.

Ensuite ? Une poignée de jours et tant d’images qu’on trouve ici :

http://www.arnaudrodriguez.net/book/voyages/istanbul-05-13/

Jeudi 9 mai 2013

On aura vu passer quatre semaines en un éclair. Un ekler, comme l’écrivent les Turcs s’il est fourré d’une crème appétissante tandis qu’on regarde passer les bateau sur le Bosphore. Quatre jours à Istanbul, quatre jours ce n’est rien pour découvrir la foisonnante cité, son histoire et son visage, sa cuisine et son vin. Quatre jours c’était ailleurs et (donc) tellement beau.

Quoi d’autre avant cela ? Des respirations, des déconcentrations, un Time Based Exhibition, un Bouillon Racine, ce Guibert que tu m’offres, ce Perec que je reprends, cette nouvelle qu’il faut écrire, ces choses qu’il faut retenir et des films toujours, mais trop peu (et trop peu enthousiasmants) : Les Amants passagers, Flammes, The Land of Hope, The Libanese Rocket Society.

Et encore Duras :

Et puis une fois, vous êtes resté longtemps sans écrire. Un mois peut-être, je ne sais plus pour ce temps-là ce qu’il avait duré.

Jeudi 11 avril 2013

Un mois, un jour.

Te revoici d’un périple à l’autre bout, l’autre bout de quoi, d’un océan et d’un continent. Bronzé d’un ailleurs de terre rouge et de soleil, de cette Amérique de films qui fabrique quelques-uns de mes rêves en attendant que cela devienne des souvenirs, tu me dis, après tant de conversations, qu’au fait mon journal… Au fait ton journal ?

Mon journal, abandonné. J’ai l’esprit ailleurs, comprenez-vous, comprends-tu. Le mois est passé, vaste de lectures et de découvertes, d’apprentissages et d’un anniversaire peuplé de rares visages presque oubliés. Les feuilles mortes se seraient ramassées à la pelle si nous n’étions pas au printemps, un printemps froid que l’on éternue et que l’on voudrait voir bleuir. « Potlatchoum », pourrais-je donc résumer le mois qui vient de passer.

J’ajouterais quelques citations (« N’auraient-elles en commun, ces multiples solitudes {…} que la coïncidence non entièrement fortuite de leurs emplois du temps ? de Marc Augé, « J’suis là d’puis trois jours j’ai pas vu un seul film. » de Duras à Cannes ou « Pour moi l’Europe, c’était la neige » de Marguerite encore), Vincent Dieutre qui cherche Schubert dans l’hiver allemand, le Japon qu’on retrouvera en octobre, Camille Claudel et de la tête de veau, du sumo, et des photos, bientôt… Et puis l’homme immense, dans le matin frisquet.

Dimanche 10 mars 2013

Dix jours déjà. Jolie sonorité : dix jours déjà.

Je reviens ici, pour poser quelques mots, même si depuis hier je me dis que Twitter pourrait bien, durant ces quatre mois, prendre un peu le relais. Twitter, média facile pour noter les actes, les lectures, les liens, les moments…

Dix jours de cours, méthodo, sémio, anglo, sponso, stratégo… Échanges, paroles, découvertes, au départ on se regarde, on se tourne autour… D’un cours à l’autre, je change de place, de voisin, de voisine, de sourires, de méthode, de cahier. J’apprécie l’osmose, l’unité, la diversité, le plaisir que l’on a tous à être ici, l’énergie, la synergie, le binôme qui se forme devant la machine à café, le choix du sujet par curiosité, par envie, connaissance, projection, idées… Choisir c’est renoncer aux mille-et-un sujets auxquels j’avais pensés.

Le vocabulaire s’étoffe ou se précise – corpus, terrain -, les lectures s’étendent – Barthes, Foucault -, je te questionne, tu décryptes, je note, relis, relis, relis encore et encore pour comprendre et intégrer des notions tellement nouvelles.

Le soir et les fins de semaine offrent quelques moments plus habituels, des respirations, des partages, même si mon regard est déjà imprégné de ce que j’ai commencé à apprendre. Au Palais de Tokyo on se penche sur Roussel et on s’épanche sur Julio Le Parc, sur le petit écran on quitte Pialat et sa Maison des Bois, au Jeu de Paume on espérait (et je m’énerve face au léger flou sur le rôle de Laure Albin-Guillot durant le Régime de Vichy), à La Tourelle on tête-de-veau, au cinéma on coq-à-l’âne (Blanca Nieves, Sugar Man, 5 caméras brisées)…

Février 2013

Jeudi 28 février

Je regarde l’heure encore, encore et encore, avec cette crainte d’être en retard, cette crainte de la panne du métro. Je me demande si ces cheveux, là, sur le côté, c’est une bonne idée, en tout cas ça me fait perdre du temps, ce n’est pas très agréable, cinq minutes perdues, les yeux dans la glace, les doigts crispés, le cheveu retenu, chauffé.

Je me demande aussi si je continuerai à tenir ce journal pendant quatre mois. L’esprit sera ailleurs, dans les lectures, les apprentissages et les révisions. L’appareil photo aussi sera ailleurs ; pas dans le sac mais sur le bureau. Quatre mois différents, n’est-ce-pas ?

Mercredi 27 février

« Dernier » jour. Je me presse, me disperse moins que d’habitude, il faut boucler ceci-cela, expliquer à C. que oui c’est le flux habituel. « Dernier » jour, demain j’entame quatre mois bien différents.

Et puis il y a Godard, accompagné de Labarthe. Enfin c’est plutôt l’inverse. Après le film (Godard, le désordre exposé) , Labarthe hausse les épaules, histoire de dire qu’il n’a rien à dire. Mais ça ne dure pas, il a un micro dans les mains, pris comme ça, et puis voilà, il parle : le silence, la façon de faire des films, le silence encore.

Mardi 26 février

Lundi 25 février

Je ne dors pas. Je ne lis pas ce roman dans lequel je passe du plaisir à l’ennui. J’écoute Alela Diane. Je n’entends rien autour. Il fait jour. La vitre est peut-être un peu sale, un peu abîmée. Le ciel est bas. Je regarde à travers la vitre des paysages qu’habituellement j’ignore, des infrastructures qui défilent le long des voies. Elles ont un visage que je ne connais pas car souvent il fait nuit, souvent je dors, souvent je lis. Elles sont des fantômes, des images d’ailleurs. Sur le sol une graine verte. Il fait froid.

Au Palais de Tokyo on inaugure. Visites rapides – on reviendra -, discussions plus longues – pourtant on ne entend pas. Parmi les visites, de belles surprises qui vous embarquent, des sourcils qu’on fronce ou une exclamation devant une référence : « Oh ! Le catalogue des objets introuvables. »

Dimanche 24 février

Finalement ils choisissent le champ de coton pour l’affiche, je cède, ou plutôt je m’incline et je la décline – un tract, un truc. D’un champ on passe aux prés grignotés par les moutons de l’Hiver Nomade,  puis à un autre genre de solitude, bien plus triste que celle d’une berger, une solitude subie, une solitude cachée dans une cuisine trop grande pour soi, dans un canapé aux motifs passé. Mais dans ce Silence radio on aurait aimé un autre rythme, moins de ceci, plus de cela. Un Paroles radio peut-être ?

Au fait comment on dit cot cot en allemand ?

Samedi 23 février

L’Impossible, Guy de Cointet, La Maison dans les Bois.

Aucun rapport entre les trois.

Vendredi 22 février

Le rouget était grondin. La coiffeuse, guère grondine.

(Ce vendredi était sponsorisé par les Amis d’un Oulipo approximatif)

Jeudi 21 février

Sur le sol du tramway la double page avachie. Le sac du garçon gêne un peu le cadrage mais finalement ils partent, lui et son ami. Derrière, entre les sièges, il y a le reste du journal, au même endroit que, l’autre jour, il y avait déjà un reste de journal ; un journal entier peut-être. Il était plié, je n’y ai pas touché, je ne sais pas. Ça aurait fait une photo, ce papier fripé au milieu des sièges trop neufs et trop acidulés, mais je n’ai pas osé. Bref. Dans une semaine j’aurai pris le virage mais ne prendrai plus ce tramway et ses jingles à peine « sympa ». Tu souris en lisant l’adjectif « sympa » ?  Dans une semaine j’entamerai quatre mois de formation, quatre mois d’études, de l’autre côté, là où Neuilly caresse Levallois, un ailleurs géographique qui ne me ressemble pas vraiment. Dans une semaine… déjà ?

Mercredi 20 février

Mardi 19 février

Le métro n’est pas encore arrivé à Nation, il reste deux stations. J’entends dans le wagon d’à-côté un air d’accordéon : L’histoire d’un amour. Je me dis qu’ils pourraient jouer autre chose, que zut… Une correspondance plus tard, un RER, le livre à peine sorti du sac, en face elle fait des mots croisés, il monte avec son instrument. Tilalalala tilalalala tilalaaa… Le même air, tout autant écorné.

Le soir un bic. Quatre couleurs évidemment.

Lundi 18 février

Hitchcock.

(Je pense que jusqu’au 1er juillet, ce journal va ressembler à ça)

Dimanche 17 février

Habemus papam. L’habemus vidi… heu… vidimus ?

Samedi 16 février

Comme témoignage des origines – comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l’été 1918, que Marcel Antonetti s’est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l’énigme de l’absence.

Le Sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

Vendredi 15 février

« Nice tie », je lui dis. Il me répond qu’il s’habille quand il est nerveux. Il ne l’est pas trop : il ne porte qu’une cravate.

Jeudi 14 février

Finir le livre, ne plus pleurer. Retrouver un peu de l’Ange exterminateur de Bunuel. Écrire un peu, chercher comment.

Mercredi 13 février

Tu n’es pas là. Pas envie de rentrer tôt, enfin tôt c’est relatif. Sur les affichettes du MK2 les horaires (de début ou de fin) ou les pitches ne (me) conviennent pas, je traîne mes semelles malgré le froid. Avenue Victoria, un regard à gauche. Au fond l’hôtel de ville scintille encore. Devant lui, la nappe blanche de la patinoire sévèrement éclairée et quelques individus qui y glissent. Curiosité photographique ou curiosité tout court, me voilà au bord de la piste ; on annonce la location est terminée. Une sorte de spectacle commence, un jeu bien sûr entre eux mais un spectacle pour moi. Ils se poursuivent, s’évitent, je ne sais pas trop s’il y a une règle… sorte de « chat » sur lames. Leur agilité me surprend, leurs cris m’amusent, leurs sauts me fascinent, leur vitesse m’effraie, leurs bras nus me glacent. Devant l’objectif ils passent trop vite, trop loin, c’est aussi une part du jeu : attraper leurs mouvements, leur folie.

Mardi 12 février

J’ai encore oublié le nom mais devant le cinéma, essoufflé, l’affiche m’aide à m’adresser au guichetier. C’est salle 3, dans la petite rue, il fait signe avec la main. Tu m’attends devant je le savais, je vous passe les détails, nos échanges de sms, tes paroles qui me disant que si, ce sera dans la petite rue pour le ticket aussi. Mais c’était quoi le nom du nom ? Patatrac ? Ca irait bien Patatrac, l’idée d’une chute, celle d’un film qui commence de manière presque enthousiasmante mais qui…

Samedi 9, dimanche 10, lundi 11 février

Le hasard est divin. Il s’est glissé en même temps que le vieux cédérom dans mon lecteur, le vendredi soir, comme ça, au pif. Un parmi des dizaines, avec un léger indice écrit d’une autre main que la mienne. Sur le disque, des photographies, des fichiers qu’il faudra décrypter, le début de quelque chose. Au milieu de ces trois jours, grâce à ces quelques éléments fragiles, je commence à écrire autre chose que ce journal, autre chose que ma vie, une autre vie que la mienne comme dirait l’autre – vous savez, celui qui est écrivain. Je ne sais pas quelle forme cela prendra, il va falloir creuser, peut-être poser des questions, avancer doucement, essayer que ça ne ressemble pas trop à ce qu’on lit ici, peut-être accepter que cela ressemble à ce qu’on lit ici, des formes légères, des petits riens, même si j’espère autre chose… mais quoi exactement ?

Vendredi 8 février

Au portail , il te lance : « Je me dépêche d’aller à la Poste pour envoyer un télégramme. Attendez-mi ici, je reviens ».

Tu as seize ans. Ça sent la guerre.

La synthèse du camphre. Arthur Dreyfus

Jeudi 7 février

Lire le manifeste de XXI, essayer d’en retenir quelque chose pour les dîners, les discussions entre collègues, les mois qui viennent, etc.

Sentir le parfum de Philippe M dans le métro.

Profiter des soldes, c’est à dire aller acheter deux chemises. Payées, je me retourne. Le mouvement de trop, le regard qui se pose sur les vestes juste derrière, le coup de cœur, l’envie, l’hésitation, le regard de la banquière, la penderie déjà pleine, la pensée pour cette veste demi-saison qui n’est plus portée, l’essayage, une taille puis une autre, à nouveau la première, à nouveau la plus grande, les détails – les boutons, la doublure -, une pensée pour cette veste non achetée chez M&FG, et puis la patronne qui attaque sec : les grands mots, les superlatifs, les comparaisons, les 50%, la coupe parfaite, les compliments, rendez-vous compte.

Mercredi 6 février

Mardi 5 février

Le premier film se promène dans les rues du 13ème, moment doux et étrange, bancal, surprenant. J’aime cet improbable, pas cette robe, nous sommes d’accord. Puis ils dansent. Comme hier ? Non, pas comme hier. Pourtant A était déjà là, ou plutôt on y était pour lui. Le deuxième film déjà vu, pas le même pourtant, plus radical à l’époque, bien plus long, qu’est-ce qu’on y gagne ? qu’est-ce qu’on y perd ? qu’est-ce qu’on en pense ? Et si sur le moment on n’en pensait rien ? D’ailleurs voilà O&A, passons donc à table.

Lundi 4 février

« Ce n’est pas une expo photo ? »  Non ce n’est pas une expo photo. Les invitations Facebook génèrent quelques surprises pour l’invité qui n’a pas vraiment fait attention. Non ce n’est pas une expo photo, ce sont des films, des courts métrages, parmi lesquels je retiendrai celui de… quel est son nom ? oui c’est ça, ce film sur Marseille, avec ses gens qui dansent dans la rue, j’aime cet élan de liberté des gens qui dansent dans la rue, en pull rouge de surcroît.

Non, l’expo photo c’était à midi, pause-déjeuner qui s’étire pour la visite commentée de l’exposition Undercover. J’avais déjà vu les images, j’avais même écouté le photographe. Mais j’en voulais plus. Je voulais le regard de Giulia sur tout cela, son approche, sa vision des faits et du geste. J’avais aussi envie que les images me racontent autre chose, quelque chose que je n’avais pas encore vu, pas compris, pas absorbé. Mes yeux et ses paroles, duo, donc. Mes paroles aussi, un peu, j’ai envie de décortiquer, de partager, peut-être parce que je les comprends, que c’est donc plus simple d’aller plus loin dans la lecture de ces images. J’analyse, je réfléchis, je propose, je propose de sortir l’image du contexte, je m’étonne de cette photo gigantesque qui trompe nos habitudes – nous voici soudain plus petit que la photographie, plus petits que ceux qui sont photographiés. Photographiés et en guerre. En sang. En proie.

Dimanche 3 février

MEP. 10 ans d’Images, certains connues voire adorées –  Tournaboeuf évidemment, encore, encore – et puis Loretta Lux et ce The Walk que je fixe, fixe encore, encore. Aux étages supérieurs Meyerowitz m’entraîne follement dans ces premières années colorées… les années suivantes et le reste vite oubliés.

Puis la pintade. Puis la peinture. Enfin l’Appât (ni tade, ni ture, un peu tatarte ?)

Samedi 2 février 2013

Ma séance est élaguée, la tienne rallongée. Je les rejoins, ils me demandent où. Tu nous rejoins, ils me demandent quand.

Vendredi 1er février 2013

La carte postale représente une esplanade plantée de palmiers qui s’alignent sous un ciel trop bleu au bord d’une mer trop bleue.

Triptyques, Claude Simon.

(Arrivée de JLM)