C’est déjà la nuit, c’est ailleurs, un autre continent. Cancún. M’y voilà. C’avait été le bleu prévu de la mer, c’était devenu une escale, qu’importe. Je cherche mon chemin, un peu fébrile et hésitant ; où faut-il regarder ? Une fois sorti dans la chaleur humide, une horde d’hommes me hèlent pour un taxi, mais non, pas pour moi, alors l’un d’eux me dit que la navette c’est par là-bas. C’est une autre langue, ce que j’en sais est suffisant, incertain, bancal. Soudain, une main sur mon épaule. J’hésite une fraction de seconde, cela me rappelle le pickpocket du 25 septembre 2017, mais je me retourne. C’est toi. Inattendu.
Il faut deux autres vols pour traverser le pays. 1286 km + 2310 km. L’immensité. Et toute une nuit.
Et c’est encore la nuit, à peine, un autre fuseau, trois heures offertes, et le même pays. Tijuana. A la sortie de l’aéroport, le mur, inattendu. Au travers il y a l’autre pays, mais c’est comme si on ne le voyait pas. Et puis un chauffeur arrive. Tijuana est immense, par la fenêtre c’est parfois le chaos, les bidonvilles que j’imagine être en lisière de la ville sans le savoir vraiment. Le jaune vif des façades n’illumine pas tout. Les rues sont désertes en cette aube de Noël, désertes. Je ne sais pas où regarder. C’est comme ailleurs, comme autrefois, comme les premiers regards à Osaka, Santiago ou Nairobi. L’auto-radio chante en mexicain.
Une heure de route sans doute. Les derniers kilomètres font rayonner le soleil levant sur le paysage, splendide. Nous voilà arrivés, ton monde s’ouvre à moi. Les cactus me disent que je suis loin. Sur ton bureau mon visage.
