J’ai déjà écrit des histoires de trains qui quittent Paris. Mais jamais il n’y avait eu autant de chansons et de mots qui prenaient soin. Jamais il n’y avait eu toi. Nous ne savons peut-être pas qui nous serons ; nous savons qui nous sommes et ce que nous nous disons. Il y a l’envie de dire que nous serons.
Auteur/autrice : A R
Samedi 23 mai 2026
Encore, aimer (les mêmes choses).
Jeudi 21 mai 2026
Alors la phrase apparait sur l’écran : « Dans le livre que je n’ai pas écrit il n’y avait que toi. »
Dimanche 17 mai 2026
Samedi 16 mai 2026
Vendredi 15 mai 2026
Jeudi 14 mai 2026
Samedi 9 mai 2026
Demain est peut-être ailleurs. Ailleurs c’est peut-être demain.
Vendredi 8 mai 2026
Jeudi 7 mai 2026
L’enfant, donc leur joie. Me voilà grand-oncle et témoin, dans la chambre de la maternité dont on ne donne plus le nom de maternité comme pour égarer les visiteurs, des gestes hésitant – il faut les apprendre – des rituels à venir – il faut les retenir.
Et puis je parle de toi. Je pourrais alors dire, en rebond, que tu es mon geste, pas hésitant, pas du tout hésitant, juste incertain, juste incertain comme tout inattendu, un geste fou. Allons-nous nous retenir ?
Mercredi 6 mai 2026
La chair de poule, subtile.
Mais sur scène…
Lundi 4 mai 2026
Dimanche 3 mai 2026
Vendredi 1er mai 2026
Jeudi 30 avril 2026
Alors comme envahi je pars vers Paris, pas demain mais maintenant.
Mardi 28 avril 2026
Lundi 27 avril 2026
de mémoire presque rien
une mare
deux maresune certain sécheresse de la voix
au détour du cheminc’est une petite route
tu ne conduis pasles arbres sont fins
de ce côté-là
cerclés d’espérance::: Sereine Berlottier (& Jérémy Liron) ; Habiter ; éditions « Les inaperçus »
Dimanche 26 avril 2026

Samedi 25 avril 2026
Je marmonne des mots de bien-être dans ma barbe. Personne ne m’entend : j’habite seul, à la lisière d’une forêt, là-haut dans le grand froid. J’habite seul, mais je ne me sens pas seul, enfin, pas vraiment ; je veux dire, je suis bien seul. Et je n’étais pas si seul que ça. Il y a avait ces oiseaux, ces sangliers, ces taupes, ces fourmis et ces mouches.
::: Benjamin Haenel ; Tryggve Kottar ; éditions du chemin du fer
Vendredi 24 avril 2026
Jeudi 23 avril 2026
Il y a sans doute en ce moment quelque chose dans l’air, quelque chose qui me transporte ou pourrait me transporter, quelque chose qui rejoint ce que j’avais dit à Yvan J, ce truc immense de la surprise et du hasard. C’est peut-être les nouvelles gélules depuis mardi, c’est peut-être cette idée que demain existe, c’est peut-être les smileys qui fondent. Sur scène aussi il me faut ça de la surprise ou du hasard, alors lorsque je m’assieds sur le fauteuil de la salle Vitez du TNBA, je ne sais rien sinon le nom de Christian Rizzo. Ça s’appelle D’après une histoire vraie. Alors un homme arrive sur scène, puis un deuxième, etc. et dès le début il y a une construction des mouvements qui me plait, il y a de la fluidité malgré les incessantes ruptures de mouvement, et puis finalement il y a 8 hommes qui pourraient être voisin, ami, mari et deux batteurs frappant, frappant. Une heure. Une heure telles celles que j’aime éperdument, finissant dans une extase, de quoi pleurer, ça monte en moi sans savoir exactement pourquoi, sinon la joie ou l’envoûtement.
Et puis c’est fini, ovation, là-bas il y a Sylvain, je m’approche. Et avec lui, surprise et hasard, Antoine.
Mercredi 22 avril 2026
Mardi 21 avril 2026
Te surprendre et te voir sourire. Être là, ma sœur et moi, pour toi. Avec tout le sens de ça : « Être là ». Toujours. Infiniment.
Lundi 20 avril 2026
Dimanche 19 avril 2026
Sous la Nef, je signe. Deux fois. Je remercie. Deux fois. Trois fois car Christian passe, accompagné du blond vénitien de sa petite-fille, visage indiscutable de sa mère, tout comme l’espièglerie. Je discute ensuite avec la femme à ma gauche, autrice et éditrice. Puis à ma droite, éditrice ; de la poésie uniquement. J’ai au poignet un bracelet « Auteur ». Mais il faudrait l’être vraiment, auteur, ne pas s’arrêter là. Donner naissance à d’autres objets qu’on dit livre et dont je rêve. Mais…
Samedi 18 avril 2026
Vendredi 17 avril 2026
Archives nationales. J’ouvre enfin, fébrile, la lourde boîte grise extraite du fichier central de la Sûreté nationale constitué entre 1870 et 1940. Elle est cotée 19940472/198 et contient environ 120 chemises cartonnées beige dont trois – les dossiers 17937, 17938 et 17940 – correspondent au nom d’Antonio Rodriguez et à l’année 1939. Mais nulle trace de mon grand-père : ce sont Antonio Rodriguez né le 31 mai 1904 à Salamaca del Real, Antonio Rodriguez né le 13 février 1910 à Santander et Antonio Rodriguez né le 12 octobre 1901 à La Peza. C’est ainsi. Ce sont d’autres.
Et toi aussi tu reviens d’autrefois et nous devenons autres.
Jeudi 16 avril 2026
Hier est oublié. Paris est là et je sens que Montparnasse n’est déjà plus maudite. Car Paris est la ville où l’art offre des immensités et cela vaut beaucoup. Pierre Huyghe dans la rotonde de la Bourse du commerce par exemple, je m’assieds, je regarde les gens, le film aussi mais les gens ! Je comprends que je suis venu pour ça. Je comprends que ça pourrait me suffire, ce moment. Juste ça. Je comprends que Paris me manque, que j’aimerais la retrouver comme autrefois. Malgré l’impossible.
Mercredi 15 avril 2026
Montparnasse. La gare est le souvenir du 10 janvier dernier, peut-être indélébile à tout jamais ; je n’étais pas revenu depuis. Peut-être qu’en repartant dans quelques jours ce sera oublié, la gare sera redevenue ce qu’elle a toujours été, ce lieu de passage vivant, ce lieu de passage qui depuis huit ans est celui où j’arrive pour voir, découvrir, retrouver, aimer ou juste être là, souriant dans les escalators ou au milieu de l’esplanade dominée par la tour. En mai dernier j’étais pourtant reparti en n’aimant pas la ville ; je n’en voulais plus. Sans doute ne m’aimais-je alors pas non plus, l’esprit engoncé dans frustrations, remords, regrets, que sais-je encore. Sans doute la foule m’étouffait-elle.
Mardi 14 avril 2026
Olivier-Georges marche depuis peu, hésite encore, frôle la chute à chaque pas. Il babille, articule parfois de manière compréhensible le nom de ce qu’il montre, oiseaux, chemin, herbe, sable, caillou, arbre, maman, et bredouille assez mal le prénom de sa sœur, quelque chose comme Cliva. C’est un enfant à la lisière du langage.
Puis soudain il devient livide, d’une raideur de tronc. Sa voix saute de l’aigu au grave, s’éraille, d’un coup paraît gonflée de glaires. Un discours franc jaillit alors de sa gorge, un discours que l’on pourrait croire préparé de longue date et souvent répété, des mots précis, affûtés, des phrases amples aux rythmes étranges.
::: Christophe Ségas ; Vie d’O.-G. Gaillard ; édition du Chemin de fer.
Lundi 13 avril 2026
Dimanche 12 avril 2026
Samedi 11 avril 2026
Vendredi 10 avril 2026
Ce n’est pas comme hier. La surprise me plait. Il y a une proposition généreuse, des photographies, des objets, une projection de phrases sur de la terre brune. L’artiste cherche, elle donne quelque chose d’elle-même dans cette exposition. Il y a aussi une femme qui lit, puis le public trinque et je m’en vais.
Jeudi 9 avril 2026
C’est vernissage. J’arrive. Je ne suis jamais venu ici. Je lui souris. Elle ne me retourne pas mon sourire. On s’est parlé, un jour, ailleurs, je ne sais plus où ni quand. Le lieu est étonnant, on m’en avait beaucoup parlé.
Une autre femme. On se salue. Je lui dis « On se connait mais je ne sais plus où. » Elle se posait la même question et puis ça y est, très vite, ça s’éclaire. Elle travaillait avec le docteur C. Il y a pourtant quelque chose de flou dans mes souvenirs. Peut-être quelque chose qui a changé sur son visage, mais j’ai plutôt l’impression qu’il s’est un peu effacé de ma mémoire. Je suis content et surpris de la voir ici. Alors machinalement, amicalement, je touche son bras brièvement. « Alors la retraite ?« , je lui demande. Elle est heureuse.
Mais l’expo est décevante. Il n’y a que des bons photographes pourtant. Mais on – et je ne sais pas encore qui est est « on » – n’en montre rien, rien que deux photos 18×24 contrecollées, perdues sur les murs immenses. Minimalisme dit l’un. La première femme à qui j’ai souri prend alors le micro. « On », c’est celle. Et elle n’a rien à en dire. Et je ne sais toujours pas son nom.
Mercredi 8 avril 2026
Il faudrait un article par visage pour deviner les vies qui se cachaient sous ce que ces bombes viennent d’arracher, conclut l’article de Libé.
Mardi 7 avril 2026
D’abord, on ne sait rien. Il n’y a ni lieu ni date, mais juste une lumière et on ne voit pas très bien par où commencer. Il n’y a pas de sujet et rien n’accroche le regard.
::: Jean-Paul Engélibert ; La lumière de Tchernobyl année 40 (éditions L’Ire des marges).
Lundi 6 avril 2026
L’homme, jeune, est assis sur un strapontin, chanceux. Il lit Crime et Châtiment. Il porte une casquette Ralph Lauren noire, un pantalon de survêtement blanc, et surtout un débardeur gris moulant qui dévoile sa peau, marquée du soleil du jour, et des deltoïdes et des pectoraux très développés. A côté de lui, debout parmi d’autres dont moi, parce que le TER est plein, une femme dont le visage est penché vers le bas. Il se pourrait qu’elle le regarde et qu’elle puise dans ce corps animal un peu de réconfort. Voire de désir. Qu’elle masquerait en relevant la tête, lentement, en croisant mon regard.
Dimanche 5 avril 2026
Samedi 4 avril 2026
Deux expos, mais beaucoup d’images. Et ?
Il y a, le matin, une « photo » de Jean-Christophe Béchet qui balaye tout le reste.
Et puis, à la fin de la journée, il y a la toute dernière. Une image mais un texte aussi, apposé. Ceci :

Rien que ça, ça m’aurait suffi. C’est beau.
C’est encore une photographie de cheval. Comme sur la seule photographie que j’ai achetée dans ma vie. Comme sur mon fond d’écran, qui montre une image que justement, je dois acheter. Comme l’une des photographies de Raul Moreno. Comme le cheval blanc de San Miguel San Miguel de Azapa. Un paysage et l’animal au milieu. Il y a quelque chose que je ne comprends pas, dans cette petite obsession photographique.
Et puis… c’était quoi, aussi, cette phrase avec un cheval blanc ? C’était où ? C’était dans le film de Viviane et Isabelle, non ?
Enfin, justement, un film. Un autre de ces films qui manquent au quotidien. Un film qui décortique et détricote le temps, qui ose, qui sait poser les moments, qui sait donner la parole aux hommes qui d’habitude ne disent rien, qui sait dire le désir subtilement. Pépite.
Dans la salle, des visages connus, parfois à peine, un à qui l’on sourit et dont on s’éloigne. Bêtement, peut-être.

Vendredi 3 avril 2026
Jeudi 2 avril 2026
Je rentre.
Il y a eu Michel Jullien qui parlait des livres, puis il y a eu les images magnifiques de Raul Moreno à la galerie MAP, il y a eu des gens formidables, j’ai parlé italien, et puis Sylvain m’a entraîné à l’atelier Cambium où il y avait un autre vernissage et le hasard de retrouver l’employé du labo photo vu lundi et donc de découvrir son nom et son travail tellement… quoi ? Indispensable ? C’était une soirée tellement jolie que je pourrais tout raconter dans un élan, les noirs et blancs et les rouge sang, les vidéos, c’était tellement bien et j’étais tellement bien. Tellement bien. Ça gommait les mots grisâtres écrits à David un peu avant 14h dans le tram.
Et puis donc je rentre.
Il y a un homme qui marche dans la rue Armand Miqueu, il tient un ballon rose, il traine des pieds. Ce pourrait faire une belle photo, mais il fait sombre, et j’ai peur qu’il entende le « clic ». Je passe à côté de lui, il me demande « Vous allez bien Monsieur ? « , je lui réponds oui merci, je lui demande si lui ça va mais lui, il est tout l’opposé de son ballon rose, il est triste, son costume est sale, je ne sais pas s’il est saoul ou fatigué. Il pourrait s’appeler Peine. Deux autres phrases et puis « La vie est belle », dit-il.
Je rentre. Tard, il y a une chanson que je ne connaissais pas.
Il y a si peu de temps,
Entre vivre et mourir,
Qu’il faudrait bien pourtant,
S’arrêter de courir,Toi que j’ai souvent cherché,
A travers d’autres regards,
Et si l’on s’était trouvés,
Et qu’il ne soit pas trop tard,
Pour le temps qui me reste à vivre,
Stopperais-tu ta vie ivre,
Pour pouvoir vivre avec moi,
Sur ton île aux mimosas,
Et comme deux chevaux,
Courant dans la prairie,
Et comme deux oiseaux,
Volant vers l’infini,
Et comme deux ruisseaux,
Cherchant le même lit,
Nous irions dans le temps,
Droits comme des roseaux,
Quand sous le poids des ans,
Nous courberions le dos,
Ce serait pour mieux boire,
Ensemble à la même eau,Et si tu m’avais cherchée,
De soir en soir, de bar en bar,
Imagine que tu m’aies trouvée,
Et qu’il ne soit pas trop tard,
Pour le temps qu’il me reste à vivre,
J’amarrerais mon piano ivre,
Pour pouvoir vivre avec toi,
Sur ton île aux mimosas,
Nous aurions la fierté,
Des tours de cathédrales,
Et nous serions plus près,
Du ciel et des étoiles,
Nous saurions le secret,
Des aurores boréales,
Il y a si peu de temps,
Entre vivre et mourir,
Qu’il faudrait bien pourtant,
S’arrêter de courir,
Et prendre un peu de temps,
De voir les fleurs s’ouvrir,
De voir les fleurs s’ouvrir,Toi que j’ai souvent cherché,
A travers d’autres regards,
Et si l’on s’était trouvés,
Et qu’il ne soit pas trop tard…::: Barbare, L’île aux mimosas
Mercredi 1er avril 2026
Mardi 31 mars 2026
Lundi 30 mars 2026
Nuit. J’ai dit à S, quelques minutes plus tôt, que j’allais lire, dans mon lit. Je suis donc dans mon lit, oh cela n’a pas été si rapide que ça, dans ma tête il y a eu moult aller-retours et combats tergiversations hésitations action 1 action 2 action 3, prendre un truc, le reposer, arroser les plantes, chercher mon téléphone, le retrouver sous un livre, ramasser une fringue par terre, regarder la cuisine, soupirer.
Donc je lis le livre de Patrice Salsa. Je le lis et je ne le lis pas. Je pense à tous les autres livres que j’ai envie de lire – de relire ou de commencer. Depuis hier il y en a douze nouveaux. Douze. C’est fou. Dans ma tête aussi. Je me dis aussi en même temps que j’ai envie d’écrire, finir le livre sur Antonio, écrire les textes que je n’ai jamais écrits, celui sur l’année 2024, celui sur l’année 2025, celui sur le Mexique, celui sur moi, celui sur rien, celui sur vous, celui sur les cachets du matin, et puis les livres de photos, maquette 1 maquette 2 maquette 3 maquette X, une nouvelle idée par minute ou par jour, ça dépend, même ça je n’arrive pas à savoir. J’ai envie d’écrire sur ma solitude, mes joies, l’absence, les visages, l’interdit, le plaisir, la folie, sur ce qui m’empêche de me coucher tôt, il faudrait que je dorme et je ne dors pas, ça pourrait s’appeler Fonctions exécutives, jusqu’au fond de mon lit dans ma tête c’est Star Wars.
Il y a aussi la maquette pour l’expo, la vidéo « Dire le Japon », les montages vidéo peut-être pour l’expo, les sauvegardes de photo, j’ai peur de compléter cette liste-là c’est une avalanche. Une avalanche indispensable.
Je ne suis pas allé vider les poubelles je n’ai pas fait la vaisselle je n’ai pas repassé je n’ai pas lavé mon foulard que je portais aujourd’hui qui ne sentait pas très bon je n’ai pas fait la poussière je n’ai pas rangé la table du salon je n’ai pas vidé le lave-vaisselle je n’ai pas fait une machine de linge sale je n’ai pas écrit à mon éditeur je n’ai pas faire le programme de la semaine je n’ai pas rangé mon bureau je n’ai pas écrit au psychiatre pour décaler mon rendez-vous, je n’ai pas réfléchi au titre de la photo achetée ou de la série, je n’ai pas regardé les annonces pour un appartement.
Dimanche 29 mars 2026
La dernière fois que nous avons vécu ensemble, c’était dans ta phrase : nous n’avons plus le choix.
::: Stéphane Bouquet et Amaury da Cunha ; Les oiseaux favorables (éd. Les Inaperçus)
Au soleil, j’ouvre ce livre. J’y lis les phrases, coïncidence : ça dit la solitude, elle a 46 ans.
Samedi 28 mars 2026
Je t’écris, il est tard. Je suis allé voir La Maison de Bernarda Alba, nous en avions parlé parce qu’il y a une des filles qui s’appelle Martyre. Une autre Angoisse.
Alors il est question, sans faille, de se demander comment on va, malgré nous. To worry, plus précisément. Mais « s’inquiéter » me semble sombre, pessimiste. Alors je te montre la photo de la table de chevet. Il y a l’objet que tu m’avais offert un samedi matin, sans me dire sur le moment ce qu’il signifiait de l’amour que tu me portais.
Tu es heureux que je l’aie gardé.
Je n’ai jamais imaginé le jeter.
Il est là.
Vendredi 27 mars 2026
Vous voyagez.
Vous ne craignez pas la mélancolie des gares et des aéroports, ni les froids réveils ; vous n’éprouvez ni l’étourdissement des paysages ni l’amertume des sympathiques interrompues ou des amitiés de passages.
Vous revenez. C’est tout.
::: Patrice Salsa ; La vie à moitié (éd. Labyrinthes)
Jeudi 26 mars 2026
Dans le cas où vous souhaiteriez déposer vos bagages à l'hôtel avant de garer votre véhicule, faites la même chose et sonner à l'interphone au plots sur la place. Un agent vous demandera un mot de passe pour accéder au centre-ville semi-piéton et à la place du Capitole. Le mot de passe est "Daurade"
Mercredi 25 mars 2026
Mardi 24 mars 2026
Lundi 23 mars 2026

Dimanche 22 mars 2026
Téloche. Il y a les sourires victorieux et les amertumes. Il y a les bras qu’on baisse, les épaules qu’on hausse et les poings qu’on lève. Il y a les électeurs des quartiers chics qui décident du sort des autres. Il y a les électeurs des quartiers pas chics qui regardent le prix de l’essence. Il y a les agglomérations dont personne ne parle malgré l’enjeu. Il y a les reporters qui devraient aller prendre des cours de diction. Il y a les brochettes de guignols qui ont plus raison que les autres sur les plateaux télés. Pas un mea culpa. Pas une once de recul. Pas une miette de sociologie. Pas le moindre fragment d’humilité. Pas une virgule de citoyenneté. Et tout ça nombrilopolitise le cul assis sur les strapontins de France Télévision. Un peu de lucidité peut-être, soudain, chez un éditorialiste un peu plus éclairé, mais je n’en sais rien j’ai déjà éteint tout ça en soupirant, les yeux au ciel.
Samedi 21 mars 2026
Librairie. L’homme s’approche de Michel. Il lui dit Oh vous incarnez ce que vous lisez ou quelque chose comme ça, l’homme aime ça. Je grimace intérieurement : je ne suis pas content de moi, je tremblais pendant je lisais le Ernaux, sans raison. D’ailleurs on ne dit pas l’Ernaux ? Et puis je lisais trop vite pendant le Garcin, j’ai heurté deux ou trois mots, ça n’allait pas.
On ne lit pas du tout de la même manière avec Michel, on ne porte pas les textes de la même manière, moi j’aime quand c’est presque âpre, j’aime quand mon ton dit le moins possible. Je lis comme j’écris ? Comme je photographie ? Chez Ernaux c’est sec. J’aime. Il ne faut rien y mettre. Presque rien. Pour insister là où il faut insister, en ralentissant encore plus, en articulant encore plus quand elle écrit en majuscule. J’aime aussi imposer des silences. Et puis j’allonge certains sons. Ça peut être chichiteux, avait dit Sophie. J’ai compris que c’est aussi comme cela que je parle, parfois.
A la deuxième lecture, c’était mieux. Je ne tremblais plus. J’ai lu plus doucement le Garcin. J’ai aimé être là. Il y a dans la lecture à voix haute autant un plaisir égoïste qu’une envie de partage.
Sans doute lutte-t-il moins, aussi, Michel, pour être dedans, sans l’esprit qui part. Moi il faut que je m’accroche, c’est un combat d’y rester, dans les mots, de voir les images et de dire en même temps. Vous ne l’imaginez pas, vous qui écoutez.
A l’opposé de chez Ernaux, j’aime aussi les phrases qui s’étendent, les textes sans ponctuation ; leur audace me porte, leur défi me porte. Je rêve aussi de lire Proust, de m’attaquer aux virgules. Revenez l’année prochaine.
Et puis tu me dis que peut-être tu reviendras. Nous redevenons en quelque sorte ce que nous étions avant de nous connaître et il y a, dans les 45 minutes de notre discussion, ce que nous sommes, le rythme de nos vies, nos multitudes, mes dispersions, nos recoins et, puisque tu me demandes si l’amour est là, je te parle de ce qui n’en est pas. Tu souris, tu me parles de ce qui n’en est pas non plus. La coïncidence est frappante. Mais elle ne me surprend pas.













































