Dimanche 12 juillet 2026

D’un bleu trop clair le ciel ébloui, plutôt blue l’esprit. Et la marque sur le corps, née de l’inadvertance des instants où l’on heurte, le regard ailleurs, les yeux plongés. Bleues aussi les lumières de Yokohama, fredonnées.

D’un mauve usé les fauteuils du train 8485. On pourrait compter les moments éloignés, mais l’on sait les moments ensemble, les yeux plongés encore, bientôt dans la mer, soleil couchant ; l’horizon n’est pas qu’une ligne, c’est aussi ce qu’on attend.

Vendredi 10 juillet 2026

Enfin son prénom devient un visage. Un visage retardé par le temps qu’il faut puisque Paris c’est aussi cela, le temps d’aller d’un point à un autre peut-être autrement qu’ailleurs. Son prénom devient une énergie, l’expression de rêves où l’homme est une présence amoureuse. Elle porte une tenue apprêtée, haut blanc dévoilant un corps et l’épousant, puisque c’est le verbe du rêve prononcé. Nous quatre avons porté une attention sur nos tenues, I porte une élégante et efficace petit robe noire, ta chemise est une belle audace, moi j’ai remis celle de mercredi, autre occasion, autre forme de solennité, ce soir on n’attend rien de moi sauf une aisance, des rires ; parfois votre jeunesse est ma retenue. Ce soir l’improvisation n’est pas un risque.

Mercredi 8 juillet 2026

Les jours passés n’ont pas laissé assez de temps. Quartier inédit, métro Wagram, le rendez-vous est à 17h. J’arrive presque léger sans réponses anticipées à des questions imaginées. Est-ce folie ? Sans doute. L’entretien est une conversation agréable qui s’allonge, comme au dehors les températures. Demain — c’est-à-dire un possible pour l’automne — se joue là. Ce n’est pas qu’un possible,  car s’allonge aussi l’envie d’avoir le poste qu’on me décrit. Je m’y vois. Mais que dis-je pour qu’on m’y voie ?

Dimanche 5 juillet 2026

Sur la photographie que je t’envoie, des fruits encore rouges et des feuilles dentelées, comme sur ton bras, comme dans ton jardin, ce jardin dont il reste quoi ? Celui où je suis, peut-être qu’un jour pour toi, pour nous, il sera un havre à la douceur familiale.

Et puis le retour, retardé pour profiter des heures. Dans le train, tandis que la gare de Bordeaux approche et que Dusty Springfield chante « I’m going back », un homme attend debout devant moi. La nuque bronzée comme un Californien, la vingtaine depuis 3 ou 4 années entamée, il porte un bermuda en jeans — d’une des poches arrière dépasse un bandana bleu marine —, un tee-shirt blanc, des baskets Vans à carreaux rouge et blanc, et surtout des Ray-Ban Wayfarers. Alors je me dis qu’il pourrait être un personnage de « Moins que zéro« , et je me demande dans quel roman il aurait pu être la proie d’un vampire. C’est si loin, j’avais alors son âge lorsque j’étais dans ces pages-là.

Samedi 4 juillet 2026

Rester à l’ombre malgré la chaleur, dehors est une respiration, aussi parce que ce sont les feuillages et la brise sous lesquels j’aime être. C’est ensuite un dîner, en face de moi un regard amoureux qui passe au-dessus de mon épaule, raffinement malgré quelques pincées de sel en trop. Et l’inédit du moment est prolongé jusqu’à la nuit, sous les étoiles je nage un peu, en des draps inconnus je dors jusqu’au matin. L’inédit déplace les habitudes à d’autres endroits, jolis, c’est ainsi.

Mardi 30 juin 2026

Peut-être que tu viens chaque jour, ici, et que tu attends demain pour un signe, un mot, une image, les phrases de quelqu’un d’autre.

Tout cela va revenir, les jours passés vont ressurgir ; tu souriras peut-être.

Samedi 27 juin 2026

Sur un cintre de la boutique, un tee shirt blanc à manches longues en coton peigné. Tu le prends, tu me regardes, tu souris, tu tires un peu sur l’une des manches et tu me dis que tu portais le même la première fois que nous nous sommes rencontrés, tu t’en souviens parfaitement, tu sais où nous étions assis lors du dîner. Moi, j’ai oublié ce moment. Il faudrait plonger dans les carnets pour dire la date, si loin, parce que notre histoire c’est cela. J’ai d’autres souvenirs de toi, une photographie surtout dans la lumière basse d’un appartement, le moment où je l’ai faite, ce à quoi je pensais en la regardant et en vous l’envoyant.

Mardi 23 juin 2026

Je vais raconter bien pire qu’une chute, une étreinte avec l’oubli. Je vais parler de la peau de terre grasse, de l’impossible amour et du souffle court. Je vais dire un cauchemar devenu monde. La vie. Ma vie.
Ça a commencé d’un seul coup, quand je me suis réveillé dans une veine de roche, sous terre. Déposé là je ne sais comment. C’est ce qui m’est arrivé et qui n’est le sort de personne en vrai.
::: Dimitri Rouchon-Borie ; Mouette (éd. Le Tripode)

Lundi 22 juin 2026

Et depuis quand tu confonds les contrôleurs avec les Schmidt ?, dit-elle. Elle est assise à côté de moi, elle rit de la réaction de son amie, et puis toutes rirons quand par inadvertance elle touchera mon genou. Il fait trop chaud pour porter un pantalon, elles vont à la piscine, joyeuses.

Mercredi 17 juin 2026

C’est le matin, je suis seul au bureau, il toque, passe la tête à la porte, on se salue, il avance. I’ve heard about the terrible news, il dit ; il a appris que je partais. Il y a en lui une émotion que je n’attendais pas. D’autres que lui ne veulent ça non plus, par exemple ils disent « Oh non, non, tu ne peux pas partir ». Partir c’est aussi cela, elles, eux, laisser tout un monde, je crois que je peux dire que j’étais là pour elles, pour eux. Pas toujours comme il aurait fallu. Mais là, la porte toujours ouverte malgré les restrictions imprimées sur le petit panneau.

C’est le soir. Spectacle : Ongoing. Traduction : « En cours. »

(Être) en cours : se dérouler, s'exécuter, être en train d'être réalisé au moment où on parle.
Exemple : Alors tes investigations pour Paris ? C'est en cours.

Mardi 16 juin 2026

Journée chez moi, la douleur d’hier s’est presque échappée au matin –colchicine mon amie –, mais prudence. Journée passée, un œil sur l’heure, un autre jeté à la fenêtre, j’enfile un bermuda lavande et un débardeur rouge, hop un sac en toile, à la pharmacie trois boîtes, plus loin l’horizon. J’appelle maman une fois sur les quais, j’ai un peu faim c’est l’heure de dîner, je regarde le fleuve marronnasse là où le ciel ne s’y reflète pas, on raccroche après avoir parlé des artichauts, des températures et d’Hendaye, je me retourne, foule sur le miroir d’eau, si c’était une chanson je dirais il manque quelqu’un près de moi, je me retourne tout le monde est là. Ce n’est pas une foule ce sont des spectateurs, j’enlève mes tongs, m’approche. 19h47 : Unexpected moment, je te partage. More beautiful because unexpected? 

Unexpected moment. Ça pourrait être un titre ; on hésiterait sur un pluriel. Un livre ; j’y hésiterais sur le moment à choisir en autant de chapitres. Une série d’images ; pour revoir chacun. Quelque chose ; comme la trace d’un présent encore là, installé.

::: 900 Satellites ; Némo Flouret

Lundi 15 juin 2026

Et donc on ira voir la mer.

Elle sera là, devant nous. Il y aura le bruit des vagues, les enfants qui rient sur la plage, les surfeurs qui époussettent le sable sous leurs pieds. Sans doute des nuages. Et nous.

Dimanche 14 juin 2026

Aujourd’hui je travaillais, un dimanche pourquoi pas, ça change quoi ?, juste une fois, comme ça, c’était bien, c’était utile, j’ai observé, noté, mis à jour la documentation de référence, je me suis étonné que l’être humain en 2026 se paume sur un campus avec une carte Google sous le nez, j’ai rassuré l’employée du traiteur qui avait perdu les fourchettes, paniquée pour des fourchettes non ça n’en vaut pas la peine on n’est pas des robots on a fait autrement, et dehors il faisait chaud soleil brûlant et puis je suis rentré loin des amusements et du bingo drag qui sans doute m’aurait offert de grands sourires. Mais l’amitié aussi, c’est un grand sourire : Nigel, Catherine, Dominique, Anne, iels sont là-bas, alors on se parle, je raconte l’automne qui arrive, mon retour près d’eux, l’audace, les certitudes et les incertitudes, l’espoir. Grand sourire.

Vendredi 12 juin 2026

Les chansons disent des mots que je ne comprends pas. Les traductions proposées disent quelque chose, mais quoi exactement et qui parle alors ? J’y pioche une phrase, celle où tes yeux me sourient, je lui donne un sens, à d’autres je n’en donne pas, la voix est belle et cela suffit, les images aussi.

Lundi 8 juin 2026

Bus G. Tatouage « Duchesse » sur le bras de l’homme qui n’a rien d’une princesse, une famille qui rit, j’ai l’album Vertigo dans les oreilles, j’aime. Je sors de chez le Dr L, il a beaucoup souri de mon enthousiasme, de ma joie, de ma certitude ; demain est immense et je donne une chance à tout ça. Il y a 5R, et nous rirons toi et moi d’en trouver d’autres.

Lundi 25 mai 2026

J’ai déjà écrit des histoires de trains qui quittent Paris. Mais jamais il n’y avait eu autant de chansons et de mots qui prenaient soin. Jamais il n’y avait eu toi. Nous ne savons peut-être pas qui nous serons ; nous savons qui nous sommes et ce que nous nous disons. Il y a l’envie de dire que nous serons.

Dimanche 24 mai 2026

Paris revient, les amis d’autrefois aussi et c’est comme hier. C’est aussi pour cela que je veux retrouver cette ville — ma ville, encore ? —, pour vous, que je ne vois plus, ou que trop peu.

Un bord de Seine, on s’attend, il faut beau, sans doute trop chaud mais il y a le vent, je suis bien, Soraya arrive et le temps que tu nous rejoignes je lui parle de toi, de nous, de moi. On interroge les années passées, ce que sera demain.

Et puis le bus 64, un autre passé revient, la place de la Réunion, moins austère que dans mes souvenirs car les cafés ont investi la place ; c’est joyeux et tes amis aussi.

Et j’envoie ton visage pour que tu ne sois pas qu’un prénom.

Jeudi 14 mai 2026

Pour commencer, que veut dire réécrire ou récrire, puisque les deux-orthographes existent ? Cette question est cruciale. On la néglige ou on l’évacue ordinairement, pour mieux lui faire dire tout et n’importe quoi.
::: Laure Murat ; Toutes les époques sont dégueulasses

Vendredi 8 mai 2026

Je cherche des images qui voudraient dire quelque chose mais c’est le hasard qui intervient. C’était un 8 mai ; ton prénom dans mon journal. Le lendemain le ciel était bleu.

Jeudi 7 mai 2026

L’enfant, donc leur joie. Me voilà grand-oncle et témoin, dans la chambre de la maternité dont on ne donne plus le nom de maternité comme pour égarer les visiteurs, des gestes hésitant – il faut les apprendre – des rituels à venir – il faut les retenir.

Et puis je parle de toi. Je pourrais alors dire, en rebond, que tu es mon geste, pas hésitant, pas du tout hésitant, juste incertain, juste incertain comme tout inattendu, un geste fou. Allons-nous nous retenir ?

Lundi 27 avril 2026

de mémoire presque rien

une mare
deux mares

une certain sécheresse de la voix
au détour du chemin

c’est une petite route
tu ne conduis pas

les arbres sont fins
de ce côté-là
cerclés d’espérance

::: Sereine Berlottier (& Jérémy Liron) ; Habiter ; éditions « Les inaperçus »

Samedi 25 avril 2026

Je marmonne des mots de bien-être dans ma barbe. Personne ne m’entend : j’habite seul, à la lisière d’une forêt, là-haut dans le grand froid. J’habite seul, mais je ne me sens pas seul, enfin, pas vraiment ; je veux dire, je suis bien seul. Et je n’étais pas si seul que ça. Il y a avait ces oiseaux, ces sangliers, ces taupes, ces fourmis et ces mouches.
::: Benjamin Haenel ; Tryggve Kottar ; éditions du chemin du fer 

Jeudi 23 avril 2026

Il y a sans doute en ce moment quelque chose dans l’air, quelque chose qui me transporte ou pourrait me transporter, quelque chose qui rejoint ce que j’avais dit à Yvan J, ce truc immense de la surprise et du hasard. C’est peut-être les nouvelles gélules depuis mardi, c’est peut-être cette idée que demain existe, c’est peut-être les smileys qui fondent. Sur scène aussi il me faut ça de la surprise ou du hasard, alors lorsque je m’assieds sur le fauteuil de la salle Vitez du TNBA, je ne sais rien sinon le nom de Christian Rizzo. Ça s’appelle D’après une histoire vraie. Alors un homme arrive sur scène, puis un deuxième, etc. et dès le début il y a une construction des mouvements qui me plait, il y a de la fluidité malgré les incessantes ruptures de mouvement, et puis finalement il y a 8 hommes qui pourraient être voisin, ami, mari et deux batteurs frappant, frappant. Une heure. Une heure telles celles que j’aime éperdument, finissant dans une extase, de quoi pleurer, ça monte en moi sans savoir exactement pourquoi, sinon la joie ou l’envoûtement.

Et puis c’est fini, ovation, là-bas il y a Sylvain, je m’approche. Et avec lui, surprise et hasard, Antoine.