Alors j’annule, parce que les jours ne suffisent pas, parce que la raison l’ordonne.
Auteur/autrice : A R
Mardi 23 juin 2026
Je vais raconter bien pire qu’une chute, une étreinte avec l’oubli. Je vais parler de la peau de terre grasse, de l’impossible amour et du souffle court. Je vais dire un cauchemar devenu monde. La vie. Ma vie.
Ça a commencé d’un seul coup, quand je me suis réveillé dans une veine de roche, sous terre. Déposé là je ne sais comment. C’est ce qui m’est arrivé et qui n’est le sort de personne en vrai.
::: Dimitri Rouchon-Borie ; Mouette (éd. Le Tripode)
Lundi 22 juin 2026
Samedi 20 juin 2026
Vendredi 19 juin 2026
Jeudi 18 juin 2026
Mercredi 17 juin 2026
C’est le matin, je suis seul au bureau, il toque, passe la tête à la porte, on se salue, il avance. I’ve heard about the terrible news, il dit ; il a appris que je partais. Il y a en lui une émotion que je n’attendais pas. D’autres que lui ne veulent ça non plus, par exemple ils disent « Oh non, non, tu ne peux pas partir ». Partir c’est aussi cela, elles, eux, laisser tout un monde, je crois que je peux dire que j’étais là pour elles, pour eux. Pas toujours comme il aurait fallu. Mais là, la porte toujours ouverte malgré les restrictions imprimées sur le petit panneau.
C’est le soir. Spectacle : Ongoing. Traduction : « En cours. »
(Être) en cours : se dérouler, s'exécuter, être en train d'être réalisé au moment où on parle.
Exemple : Alors tes investigations pour Paris ? C'est en cours.
Mardi 16 juin 2026
Journée chez moi, la douleur d’hier s’est presque échappée au matin –colchicine mon amie –, mais prudence. Journée passée, un œil sur l’heure, un autre jeté à la fenêtre, j’enfile un bermuda lavande et un débardeur rouge, hop un sac en toile, à la pharmacie trois boîtes, plus loin l’horizon. J’appelle maman une fois sur les quais, j’ai un peu faim c’est l’heure de dîner, je regarde le fleuve marronnasse là où le ciel ne s’y reflète pas, on raccroche après avoir parlé des artichauts, des températures et d’Hendaye, je me retourne, foule sur le miroir d’eau, si c’était une chanson je dirais il manque quelqu’un près de moi, je me retourne tout le monde est là. Ce n’est pas une foule ce sont des spectateurs, j’enlève mes tongs, m’approche. 19h47 : Unexpected moment, je te partage. More beautiful because unexpected?
Unexpected moment. Ça pourrait être un titre ; on hésiterait sur un pluriel. Un livre ; j’y hésiterais sur le moment à choisir en autant de chapitres. Une série d’images ; pour revoir chacun. Quelque chose ; comme la trace d’un présent encore là, installé.

Lundi 15 juin 2026
Et donc on ira voir la mer.
Elle sera là, devant nous. Il y aura le bruit des vagues, les enfants qui rient sur la plage, les surfeurs qui époussettent le sable sous leurs pieds. Sans doute des nuages. Et nous.
Dimanche 14 juin 2026
Aujourd’hui je travaillais, un dimanche pourquoi pas, ça change quoi ?, juste une fois, comme ça, c’était bien, c’était utile, j’ai observé, noté, mis à jour la documentation de référence, je me suis étonné que l’être humain en 2026 se paume sur un campus avec une carte Google sous le nez, j’ai rassuré l’employée du traiteur qui avait perdu les fourchettes, paniquée pour des fourchettes non ça n’en vaut pas la peine on n’est pas des robots on a fait autrement, et dehors il faisait chaud soleil brûlant et puis je suis rentré loin des amusements et du bingo drag qui sans doute m’aurait offert de grands sourires. Mais l’amitié aussi, c’est un grand sourire : Nigel, Catherine, Dominique, Anne, iels sont là-bas, alors on se parle, je raconte l’automne qui arrive, mon retour près d’eux, l’audace, les certitudes et les incertitudes, l’espoir. Grand sourire.
Samedi 13 juin 2026
Et s’ennuyer ensemble aussi.
Vendredi 12 juin 2026
Les chansons disent des mots que je ne comprends pas. Les traductions proposées disent quelque chose, mais quoi exactement et qui parle alors ? J’y pioche une phrase, celle où tes yeux me sourient, je lui donne un sens, à d’autres je n’en donne pas, la voix est belle et cela suffit, les images aussi.
Jeudi 11 juin 2026
Lundi 8 juin 2026
Bus G. Tatouage « Duchesse » sur le bras de l’homme qui n’a rien d’une princesse, une famille qui rit, j’ai l’album Vertigo dans les oreilles, j’aime. Je sors de chez le Dr L, il a beaucoup souri de mon enthousiasme, de ma joie, de ma certitude ; demain est immense et je donne une chance à tout ça. Il y a 5R, et nous rirons toi et moi d’en trouver d’autres.
Dimanche 7 juin 2026
Samedi 6 juin 2026
Vendredi 5 juin 2026
Dimanche 31 mai 2026
Samedi 30 mai 2026
Un jour de plus, un anniversaire de plus. Dire les années qui passent, les craindre ? Depuis peu j’attends pourtant celles qui viennent.
Vendredi 29 mai 2026
Jeudi 28 mai 2026
Et tu me tends une petite boîte, immense.
Lundi 25 mai 2026
J’ai déjà écrit des histoires de trains qui quittent Paris. Mais jamais il n’y avait eu autant de chansons et de mots qui prenaient soin. Jamais il n’y avait eu toi. Nous ne savons peut-être pas qui nous serons ; nous savons qui nous sommes et ce que nous nous disons. Il y a l’envie de dire que nous serons.
Dimanche 24 mai 2026
Paris revient, les amis d’autrefois aussi et c’est comme hier. C’est aussi pour cela que je veux retrouver cette ville — ma ville, encore ? —, pour vous, que je ne vois plus, ou que trop peu.
Un bord de Seine, on s’attend, il faut beau, sans doute trop chaud mais il y a le vent, je suis bien, Soraya arrive et le temps que tu nous rejoignes je lui parle de toi, de nous, de moi. On interroge les années passées, ce que sera demain.
Et puis le bus 64, un autre passé revient, la place de la Réunion, moins austère que dans mes souvenirs car les cafés ont investi la place ; c’est joyeux et tes amis aussi.
Et j’envoie ton visage pour que tu ne sois pas qu’un prénom.
Samedi 23 mai 2026
Jeudi 21 mai 2026
Alors la phrase apparait sur l’écran : « Dans le livre que je n’ai pas écrit il n’y avait que toi. »
Dimanche 17 mai 2026
Samedi 16 mai 2026
Vendredi 15 mai 2026
Jeudi 14 mai 2026
Samedi 9 mai 2026
Demain est peut-être ailleurs. Ailleurs c’est peut-être demain.
Vendredi 8 mai 2026
Jeudi 7 mai 2026
L’enfant, donc leur joie. Me voilà grand-oncle et témoin, dans la chambre de la maternité dont on ne donne plus le nom de maternité comme pour égarer les visiteurs, des gestes hésitant – il faut les apprendre – des rituels à venir – il faut les retenir.
Et puis je parle de toi. Je pourrais alors dire, en rebond, que tu es mon geste, pas hésitant, pas du tout hésitant, juste incertain, juste incertain comme tout inattendu, un geste fou. Allons-nous nous retenir ?
Mercredi 6 mai 2026
La chair de poule, subtile.
Mais sur scène…
Lundi 4 mai 2026
Dimanche 3 mai 2026
Vendredi 1er mai 2026
Jeudi 30 avril 2026
Alors comme envahi je pars vers Paris, pas demain mais maintenant.
Mardi 28 avril 2026
Lundi 27 avril 2026
de mémoire presque rien
une mare
deux maresune certain sécheresse de la voix
au détour du cheminc’est une petite route
tu ne conduis pasles arbres sont fins
de ce côté-là
cerclés d’espérance::: Sereine Berlottier (& Jérémy Liron) ; Habiter ; éditions « Les inaperçus »
Dimanche 26 avril 2026

Samedi 25 avril 2026
Je marmonne des mots de bien-être dans ma barbe. Personne ne m’entend : j’habite seul, à la lisière d’une forêt, là-haut dans le grand froid. J’habite seul, mais je ne me sens pas seul, enfin, pas vraiment ; je veux dire, je suis bien seul. Et je n’étais pas si seul que ça. Il y a avait ces oiseaux, ces sangliers, ces taupes, ces fourmis et ces mouches.
::: Benjamin Haenel ; Tryggve Kottar ; éditions du chemin du fer
Vendredi 24 avril 2026
Jeudi 23 avril 2026
Il y a sans doute en ce moment quelque chose dans l’air, quelque chose qui me transporte ou pourrait me transporter, quelque chose qui rejoint ce que j’avais dit à Yvan J, ce truc immense de la surprise et du hasard. C’est peut-être les nouvelles gélules depuis mardi, c’est peut-être cette idée que demain existe, c’est peut-être les smileys qui fondent. Sur scène aussi il me faut ça de la surprise ou du hasard, alors lorsque je m’assieds sur le fauteuil de la salle Vitez du TNBA, je ne sais rien sinon le nom de Christian Rizzo. Ça s’appelle D’après une histoire vraie. Alors un homme arrive sur scène, puis un deuxième, etc. et dès le début il y a une construction des mouvements qui me plait, il y a de la fluidité malgré les incessantes ruptures de mouvement, et puis finalement il y a 8 hommes qui pourraient être voisin, ami, mari et deux batteurs frappant, frappant. Une heure. Une heure telles celles que j’aime éperdument, finissant dans une extase, de quoi pleurer, ça monte en moi sans savoir exactement pourquoi, sinon la joie ou l’envoûtement.
Et puis c’est fini, ovation, là-bas il y a Sylvain, je m’approche. Et avec lui, surprise et hasard, Antoine.
Mercredi 22 avril 2026
Mardi 21 avril 2026
Te surprendre et te voir sourire. Être là, ma sœur et moi, pour toi. Avec tout le sens de ça : « Être là ». Toujours. Infiniment.
Lundi 20 avril 2026
Dimanche 19 avril 2026
Sous la Nef, je signe. Deux fois. Je remercie. Deux fois. Trois fois car Christian passe, accompagné du blond vénitien de sa petite-fille, visage indiscutable de sa mère, tout comme l’espièglerie. Je discute ensuite avec la femme à ma gauche, autrice et éditrice. Puis à ma droite, éditrice ; de la poésie uniquement. J’ai au poignet un bracelet « Auteur ». Mais il faudrait l’être vraiment, auteur, ne pas s’arrêter là. Donner naissance à d’autres objets qu’on dit livre et dont je rêve. Mais…
Samedi 18 avril 2026
Vendredi 17 avril 2026
Archives nationales. J’ouvre enfin, fébrile, la lourde boîte grise extraite du fichier central de la Sûreté nationale constitué entre 1870 et 1940. Elle est cotée 19940472/198 et contient environ 120 chemises cartonnées beige dont trois – les dossiers 17937, 17938 et 17940 – correspondent au nom d’Antonio Rodriguez et à l’année 1939. Mais nulle trace de mon grand-père : ce sont Antonio Rodriguez né le 31 mai 1904 à Salamaca del Real, Antonio Rodriguez né le 13 février 1910 à Santander et Antonio Rodriguez né le 12 octobre 1901 à La Peza. C’est ainsi. Ce sont d’autres.
Et toi aussi tu reviens d’autrefois et nous devenons autres.
Jeudi 16 avril 2026
Hier est oublié. Paris est là et je sens que Montparnasse n’est déjà plus maudite. Car Paris est la ville où l’art offre des immensités et cela vaut beaucoup. Pierre Huyghe dans la rotonde de la Bourse du commerce par exemple, je m’assieds, je regarde les gens, le film aussi mais les gens ! Je comprends que je suis venu pour ça. Je comprends que ça pourrait me suffire, ce moment. Juste ça. Je comprends que Paris me manque, que j’aimerais la retrouver comme autrefois. Malgré l’impossible.
Mercredi 15 avril 2026
Montparnasse. La gare est le souvenir du 10 janvier dernier, peut-être indélébile à tout jamais ; je n’étais pas revenu depuis. Peut-être qu’en repartant dans quelques jours ce sera oublié, la gare sera redevenue ce qu’elle a toujours été, ce lieu de passage vivant, ce lieu de passage qui depuis huit ans est celui où j’arrive pour voir, découvrir, retrouver, aimer ou juste être là, souriant dans les escalators ou au milieu de l’esplanade dominée par la tour. En mai dernier j’étais pourtant reparti en n’aimant pas la ville ; je n’en voulais plus. Sans doute ne m’aimais-je alors pas non plus, l’esprit engoncé dans frustrations, remords, regrets, que sais-je encore. Sans doute la foule m’étouffait-elle.
Mardi 14 avril 2026
Olivier-Georges marche depuis peu, hésite encore, frôle la chute à chaque pas. Il babille, articule parfois de manière compréhensible le nom de ce qu’il montre, oiseaux, chemin, herbe, sable, caillou, arbre, maman, et bredouille assez mal le prénom de sa sœur, quelque chose comme Cliva. C’est un enfant à la lisière du langage.
Puis soudain il devient livide, d’une raideur de tronc. Sa voix saute de l’aigu au grave, s’éraille, d’un coup paraît gonflée de glaires. Un discours franc jaillit alors de sa gorge, un discours que l’on pourrait croire préparé de longue date et souvent répété, des mots précis, affûtés, des phrases amples aux rythmes étranges.
::: Christophe Ségas ; Vie d’O.-G. Gaillard ; édition du Chemin de fer.
Lundi 13 avril 2026
Dimanche 12 avril 2026
Samedi 11 avril 2026
Vendredi 10 avril 2026
Ce n’est pas comme hier. La surprise me plait. Il y a une proposition généreuse, des photographies, des objets, une projection de phrases sur de la terre brune. L’artiste cherche, elle donne quelque chose d’elle-même dans cette exposition. Il y a aussi une femme qui lit, puis le public trinque et je m’en vais.
Jeudi 9 avril 2026
C’est vernissage. J’arrive. Je ne suis jamais venu ici. Je lui souris. Elle ne me retourne pas mon sourire. On s’est parlé, un jour, ailleurs, je ne sais plus où ni quand. Le lieu est étonnant, on m’en avait beaucoup parlé.
Une autre femme. On se salue. Je lui dis « On se connait mais je ne sais plus où. » Elle se posait la même question et puis ça y est, très vite, ça s’éclaire. Elle travaillait avec le docteur C. Il y a pourtant quelque chose de flou dans mes souvenirs. Peut-être quelque chose qui a changé sur son visage, mais j’ai plutôt l’impression qu’il s’est un peu effacé de ma mémoire. Je suis content et surpris de la voir ici. Alors machinalement, amicalement, je touche son bras brièvement. « Alors la retraite ?« , je lui demande. Elle est heureuse.
Mais l’expo est décevante. Il n’y a que des bons photographes pourtant. Mais on – et je ne sais pas encore qui est est « on » – n’en montre rien, rien que deux photos 18×24 contrecollées, perdues sur les murs immenses. Minimalisme dit l’un. La première femme à qui j’ai souri prend alors le micro. « On », c’est celle. Et elle n’a rien à en dire. Et je ne sais toujours pas son nom.
Mercredi 8 avril 2026
Il faudrait un article par visage pour deviner les vies qui se cachaient sous ce que ces bombes viennent d’arracher, conclut l’article de Libé.
Mardi 7 avril 2026
D’abord, on ne sait rien. Il n’y a ni lieu ni date, mais juste une lumière et on ne voit pas très bien par où commencer. Il n’y a pas de sujet et rien n’accroche le regard.
::: Jean-Paul Engélibert ; La lumière de Tchernobyl année 40 (éditions L’Ire des marges).
Lundi 6 avril 2026
L’homme, jeune, est assis sur un strapontin, chanceux. Il lit Crime et Châtiment. Il porte une casquette Ralph Lauren noire, un pantalon de survêtement blanc, et surtout un débardeur gris moulant qui dévoile sa peau, marquée du soleil du jour, et des deltoïdes et des pectoraux très développés. A côté de lui, debout parmi d’autres dont moi, parce que le TER est plein, une femme dont le visage est penché vers le bas. Il se pourrait qu’elle le regarde et qu’elle puise dans ce corps animal un peu de réconfort. Voire de désir. Qu’elle masquerait en relevant la tête, lentement, en croisant mon regard.








































