Le mur est là, à l’horizon, un trait doré : le soleil se lève, s’y reflète. Je suis aussi venu pour ça, le mur qui sépare le Mexique des États-Unis pouvait être un personnage de livre, encore une histoire de limites, mais ne sommes nous pas toujours à la limite de quelque chose ? A limite du jour qui vient de passer, simplement. C’est un peu idiot, mais il y a quelque chose de ça, il faut peut-être regarder cela ainsi, ce qu’est hier. Cela me rappelle les trois pages de dialogue dans le livre de Bernard Duché. Je m’étais dit que je les enverrai à ma tante. Et puis je ne l’ai pas fait.
Au bout de la randonnée il y a un petit-déjeuner qu’il me semble impossible de décrire. J’aimerais tant savoir faire cela, préciser les visages, les sourires, le mots, les couleurs, la dimension du buffet, le bois de l’immense table, l’âge des convives… et puis l’on visite le jardin – potager, verger… – où l’on joue à deviner ce que c’est, les saveurs, les odeurs, parfois le mot est au bout de la langue : fèves, pois de senteur, daikon, racine de melon, citron très amer. L’homme qui nous fait la visite est heureux, sans pesticide, sans rien. Les taupes ? Tant pis.
Je suis ailleurs.
Je suis ailleurs. Et je ne sais pas quoi faire de ça.
Faut-il à tout prix en faire quelque chose ?
On repart en voiture, chemin défoncé, je vois la ville, Tecate. J’ouvre grand les yeux. Je voudrais ne rien oublier. Je pourrai revenir. J’ai dix jours ici. Je pourrai / pourrais revenir, n’est-ce-pas ?
Et puis plus loin, c’est quoi plus loin, il y a quoi à voir ? à faire ? Il y a quoi à vivre ?
Et puis le jour passe. Il y a ce moment où je nage : je ris, je ris d’être là, un rire de joie.
