Hola señor, a donde te llevo.
Où je t’emmène ?
A Otay ?
Garita de Otay ?
Donne-moi quinze dollars et je te dépose à Otay.
Cómo no.
Tu sais où c’est Otay ?
Donne-moi douze dollars et je t’amène à Otay.
Vamos.
Por qué te vas a Otay señor.
Y’a rien à faire à Otay y’a que des camions.
Ah c’est les camions qui t’intéressent.
Tu veux monter dans un camion.
D’accord.
::: Sylvain Prudhomme ; Coyote
Nous racontons nos vies, des bouts de nos vies, surtout moi, je parle beaucoup, je peux parfois parler beaucoup et c’est souvent confus. Nous étions cet après-midi au même endroit, sans le savoir, après avoir été au même endroit en le sachant, l’autre jour, puisque c’est ainsi qu’on se rencontre, toujours, n’est-ce-pas, il y a un lieu et ça a lieu. Cet après-midi, tu étais accompagné, je ne le savais pas car je ne savais pas qu’il existait, tu ne l’avais pas mentionné, ou peut-être n’y avais-je pas prêté attention. Sans doute j’aurais souri.
Moi aussi j’étais accompagné. Tu aurais peut-être cru que… Tu aurais évidemment souri.
Et puis bien sûr tu me demandes ce que je lis, en ce moment. C’est important, ça. D’ailleurs, est-ce que tu te laisserais emporter, toi, au pays des livres qu’on aime, par moi ?
