Il y a vous et moi. Il y a ce que j’ai dit de vous dans ce journal, et ce que je vois de moi / chez moi. Deux projets naissent, en parallèle, et je pioche dans les jours pour nous retrouver. Je veux rendre hommage, je ne veux pas oublier, même si c’est souvent triste. C’est la tristesse de l’inachevé, du jamais, du sentiment flétri, de l’échec, de la peur, des remords, de l’impossible, de la présence d’un autre, de l’étouffement, de l’ennui inattendu, de la fatalité. Je veux rendre beau tout ça. Je veux rendre ça encore beau si ça l’a été alors. Ça a été joli, c’est pour cela que je vous choisis. Mais vous n’êtes plus là.
Les deux projets, à cet endroit de nous, sont le même espace, ils sont dans ma solitude, ils sont dans ce qu’il est advenu et non advenu, dans ce qui a eu lieu. Ce n’est plus là. Vous n’êtes plus là.
Pour toi, il y a une photographie. Ça commencera par toi. C’était l’été. Ton corps portait par endroit les marques d’un accident. Indélébile, l’odeur de ta peau.
Pour toi, il y a une allusion. Mais il n’y a jamais eu d’amour.
Pour toi, pas d’allusion. Je sens qu’il faut que je t’efface.
Pour toi, je ne sais pas quels mots choisir. En cela, tu rejoins le garçon du livre. En tant que possibilité de livre ? Jamais ça n’existera, pourtant, peut-être. Quelque part, au fond de moi, j’aime peut-être cette incertitude.
Et puis il y a les fleurs. Et puis il y a tout ce qui s’entasse, dans l’évier, sur la table. Je ne sais pas ce que ça dit, tout ça, de moi, de ce que je fais de nous. Ça pourrait être là, aussi.