Samedi 10 octobre 2020

Évidemment, il fallait qu’à un moment donné, ça coince. Je crois que c’est lorsque la conversation est arrivée sur la manière de tenir son sac à main, voire, potentiellement, d’en posséder un. Il a alors mis le pied dans le grand Cercle de ceux qui trouvent que non, faut pas s’habiller comme ceci, ni faire cela, et qui peuvent se permettre de le dire, parce qu’autrefois ceci-cela, moi-je, moi-je.
Je n’ai pas répondu. C’était peut-être un effet de la poire, peut-être un effet de la position debout accoudée au bar – son bar, puisque ailleurs c’était interdit – peut-être un effet de l’heure tardive et du temps passé à le trouver plutôt sympathique, sûrement un effet de mon âge, qui n’en avait plus grand chose à faire de ceux qui me disent comment je dois tenir mon sac quand même bien la nature m’a conçu avec des mains et le fabricant a fabriqué l’objet avec des anses ce qui, vous le concèderez, s’avère tout de même bien pratique.
Dans ces moments-là, il peut m’arriver d’essayer d’élever le débat, par exemple en comparant l’usage (du sac ou de tout autre accessoire : éventail, gants, parapluies, mouchoirs, masques) et le regard sur l’usage en fonction du pays ou de la vision ultra-normée du Don Quichotte voulant combattre les petits moulinets qu’on aime bien faire avec les mains. Mais là, je me suis limité à sourire. Peut-être un effet de la poire. De l’heure tardive, sûrement.