Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n’existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom.
::: Antoine Wauters ; Haute-Folie
Alors tu interviens, sans crier gare, sans bonjour ni trompette, trois phrases, un émoji, des majuscules, des exclamations, des chiens qui se reniflent. Je ris.
Les heures passent, je connais tes lundis.
Fin de journée. On répète. Samedi, nous serons plusieurs à lire à haute voix. C’est moi qui lirai les mots de Wauters recopiés au-dessus, entamant ce moment choral qui commence en brasier une fois la préface passée. Ainsi :
Minuit cet été-là quand la foudre frappe le vieux tilleul, l’atteint au cœur, le cuivre et le roussit, puis, changée en torche, quand elle s’invite dans les hautes terres, entre les haies à chauves-souris, et remonte jusqu’à la ferme pour entièrement la balayer, la dévaster.
Il y aura d’autres textes, j’ai choisi le grain de folie de Georges Perec dans un texte sur la campagne et la solennité de Mickael Ferrier lorsque Tokyo, après le 11 mars 2011, est plongée dans l’ombre.
C’est un plaisir d’être là, retrouver ces moments après mon absence de l’an dernier, quand le souffle était court et l’esprit rongé.
C’est un plaisir gâché par la confusion, par quelque chose qui ne va pas. Une instabilité, à l’image du petit escabeau sur lequel finalement personne ne montera.
C’est un plaisir tout de même. Plus que tout. Et je rirai peut-être lorsque ce cher Perec évoque la chaudière.
