
Je ne sais pas qui tu peux être
Je ne sais pas qui tu espères
Je cherche toujours à te connaître
Et ton silence trouble mon silence
Je ne sais pas d’où vient le mensonge
Est-ce de ta voix qui se tait?
Les mondes où malgré moi je plonge
Sont comme un tunnel qui m’effraie
De ta distance à la mienne
On se perd bien trop souvent
Et chercher à te comprendre
C’est courir après le vent
Je ne sais pas pourquoi je reste
Dans une mer où je me noie
Je ne sais pas pourquoi je reste
Dans un air qui m’étouffera
Tu es le sang de ma blessure
Tu es le feu de ma brûlure
Tu es ma question sans réponse
Mon cri muet et mon silence
::: Françoise Hardy, La Question.
Mon journal est parfois comme cette chanson, en tant qu’il est un texte à plusieurs sens, tout dépend qui le lit. Et puis il y a des phrases qui, simplement – ou pas simplement – sont là parce qu’elles sont belles.
Cette chanson, c’est une autre histoire qui n’a pas existé.
Si je dis que cette chanson je pourrais la chanter pour parler de nous, là, en ce moment, je dis la vérité et je ne la dis pas.
Cette chanson c’est une de celles qu’on entendra à mes funérailles mais tu es le seul à qui j’en ai parlé. Je dis que la mort, il faut y penser quand c’est impensable, c’est beaucoup moins inquiétant. Il y aura une autre chanson qui remercie la vie, une autre chanson qui dit que demain est un autre jour, une autre qui parle d’amour. Un extrait du Requiem de Fauré, ce serait bien aussi. Il sera OK le DJ ?
Mais revenons au sens des mots, dans les chansons ou ici.
Qu’est-ce que tu as lu dans mes mots ? Qu’est-ce que as compris ? Est-ce que tu crois que j’ai menti en parlant de nous ? Est-ce que tu aurais aimé que je ne parle pas du tout de nous ? Est-ce que tu crois que je ne veux pas garder le plus joli de nous ? Est-ce que c’est un mensonge de ne pas tout dire ici ? Est-ce que tu crois que j’ai envie que celles et ceux qui lisent sachent précisément ce qui nous traverse et pourquoi ? Est-ce que c’est si simple que ça peut s’écrire ? Non. Sauf sur des dizaines voire des centaines de pages, un jour peut-être, ça pourrait même porter le nom d’une équation, mais à la fin on ne saurait pas forcément ce que pense l’auteur.
Mon journal est rempli de silences qu’il dit et ne dit pas. Mon journal est un peut-être. Ça ferait un joli épitaphe, ça : Peut-être.
Je suis myope, astigmate et presbyte. Mon écriture aussi. Je suis maladroit, j’ai des problèmes d’attention, d’organisation et de mémoire. Mon écriture aussi.