Je me glisse place 26 de la voiture 20, quai numéro 1, entre la fenêtre et un diplomate. Me voilà enfin assis. La traversée de Paris avait été précédée d’une course contre la montre à cause d’un réveil pépiant en vain dans le brouillard du sommeil. Mamie s’installe en face de moi avec son petit chien à la langue pendante et disproportionnée. Il a 16 ans et des yeux embrumés par la cataracte, exorbités.
Là-bas il y a une dame avec un chat, elle aussi a payé 7 euros pour transporter son petit animal de compagnie que les enfants demandent à caresser car ils ont bien compris que le chien doit sentir un peu mauvais ; mais soudain il pète et les enfants rient. Le diplomate pas vraiment. Moi encore un peu moins quand il pousse un petit roupillon et que son coude envahit mon espace, certes rien de sonore mais tout de même je perds un peu de souplesse pour utiliser mon clavier. Je pourrais alors simplifier mes mouvements et reprendre la lecture de cette revue achetée à la hâte en même temps que quelques denrées alimentaires, trop à la hâte (parce qu’attiré par l’interview de Jérémie Souteyrat, dont les propos sont aussi précis que son art photographique, contrairement au type qui enfonce des portes ouvertes page 39) et donc sans veiller au prix, exorbitant.
Auteur/autrice : A R
Jeudi 21 décembre 2017
Cela ressemblait à un murmure amoureux. Utako, si proche de Jirô, sentait ses genoux sur le point de trembler.
Yasunari Kawabata, Première neige sur le Mont Fuji
9h39. C’est l’après-midi au Japon. Un message : une proposition sous forme d’invitation, des points de suspension et une surprise : deux ans. Mais cela ne me surprend pas vraiment. Une première photo : je reconnais les coupes à saké, mais pas ce dessin, assez beau, ni ces verres, le tout posé sur une tablette. Puis une autre : une maison, une flèche rouge. Une troisième : des shôji et un de ses luminaires locaux, en plastique peut-être, une ambiance évidente. Un smiley à deux bouches, pour donner une idée du degré de satisfaction d’avoir réalisé un rêve. Une maison, donc. Être chez soi, même si c’est ailleurs.
Mercredi 20 septembre 2017
J’ai toujours aimé Sophie Calle. J’aime ses détournements, sa manière de parler de ses amours, ce déplacement du regard sur soi, cette manière résiliente de tout voir en artiste, même la mort. J’avais aimé son exposition chez Perrotin, d’une grande sensibilité en l’absence du je. J’aime encore plus Sophie Calle depuis que je l’ai entendue à la radio, récemment : elle était drôle. Avant d’arriver à l’exposition du musée de la chasse et de la nature, j’avais oublié cela : elle est drôle. Et en y arrivant, dans la première salle, pas de quoi rire… jusqu’à cette histoire d’idées pêchées chez le poissonnier… et jusqu’à ce que le gardien blague, compréhensif et solidaire, en m’entendant traduire les textes pour Niu, traduire avec difficulté, car sous l’anodin des mots se révèle une grande poésie, car le texte sur les derniers mots de son père est d’une beauté et d’une tristesse intraduisibles. Aux étages, je rirai bien plus mais Niu assez peu, le traducteur baissant un peu les bras.
Mardi 19 décembre 2017
10h50. Ils sont plusieurs, ils fument, l’un d’eux me dit que ça ne sert à rien de descendre, c’est fermé. Je descends. Sur la porte vitrée, les horaires : à 10 h il y avait un office. Dans le coin là-bas, j’aperçois les tables prêtes pour ce brunch de Noël. Brunch. Le mot, que l’Académie française souhaiterait voir remplacé par une déjeunette usitée, c’est épatant vous allez voir, en 1978, par Christiane Lesparre dans Un hamac dans le Vaucluse, un livre dont le titre ne me donne nullement envie de le lire, mais bref, le mot brunch, disais-je, est inconnu pour la femme qui, peut-être 1 heure plus tard, est assise à côté de moi et qui, en 1978, probablement, entrait dans les ordres, expression dont le contraire serait donc éventuellement sortir dans le désordre, plus adapté au fait que j’étais alors à la maternelle et que je n’étais peut-être pas du genre à me mettre en rang. Vous me suivez ?
Lundi 18 décembre 2017
Lorsqu’elle riait, les ridules au coin de ses lèvres formaient, comme d’habitude, un accent circonflexe. Lorsqu’elle retrouva son calma, tout en arrangeant la mèche de cheveux en bataille de son mari, elle répéta indéfiniment : « Heureusement, heureusement ! »
Kasumiko Murakami, Et puis après
Les deux paquets cadeaux contiennent des vêtements. Dans le transport de mardi dernier, fourrés dans un sac à dos trop petits, ils se sont froissés. Beaucoup. Trop. Et pourtant je les apporte ainsi. Étonnamment, presque grossièrement, je n’y prête pas une réelle attention. Je crois que ce qui importe, et détourne mon regard et mes facultés de décision, c’est ce qu’ils contiennent, à savoir des cadeaux pour le bébé « Oh regarde comme c’est mignon ! » et la maman « Tu as vu c’est joli hein ? ». Et puis je repars. Et j’y repense. Trop froissés. Pourvu que les parents ne le soient pas.
Dimanche 17 décembre 2017
I thought it was a cake, so I put it in the fridge. So today I opened it and I saw it was a cup.
Alors j’ai ri. J’ai écouté ce message, que je retranscris ici sans les hésitations, et j’ai ri aux éclats ; une fille s’est retournée.
Dans la journée, une vidéo expliquait que le rire provient de l’incongruité. Elle est là, cette incongruité. J’imagine son regard en déballant le papier gris (et froid) surmonté d’un petit nœud jaune de la boutique japonaise d’à-côté.
Je n’aime pourtant pas ces messages enregistrés sur Messenger, j’en comprends l’usage, c’est pratique, peut-être plus humain, P en usait à côté de moi pour parler à son boyfriend, il m’en laissait aussi parfois et j’en ai quelques souvenirs précis, cette terrasse surtout alors que j’avais commandé une pizza. Je crois que je ne les aime pas, ces messages, car ils rompent la succession des phrases sur l’écran. Personnellement je n’en fais pas : je tape.
Alors j’ai pleuré. Il y avait eu ces heures, les deux clémentines, le montage à revoir sur le petit écran, l’exposition dense comme une forêt et belle comme un horizon jusqu’à ce qu’on y étouffe ou s’y noie. Il y avait eu quelques amandes, des bulles rosées, ces cadeaux qui correspondaient à mes paroles un peu plus tôt — je n’ai rien à lire, etc. Il y avait eu notre deuxième pays, l’ambiance, le shabu-shabu, les mots en japonais, ce morceau que j’ai failli trempé par inadvertance dans le saké, les paillettes de la lunette des toilettes et puis un trottoir glissant, une dernière phrase et un RER.
La vie est comme le Japon, la vie est un pays qui ne vous laisse pas en paix, un pays de typhons, de volcans, de tremblements de terre et de tsunamis ; soudain c’était tout cela et il pleuvait sur ce parapluie bleu à la baleine martyrisée, acheté là-bas un jour d’été.
Samedi 16 décembre 2017
Vendredi 15 décembre 2017
Jeudi 14 décembre 2017
Je suis fatigué, la tête ailleurs, il me tend l’assiette et donc je mange. Jusqu’à ce qu’il éclate de rire, et qu’il en rie, et qu’il en rie.
Et puis on m’appelle. Voilà. Devant moi, au-delà du balcon, les immeubles. Si je tourne la tête vers la gauche il y a la rue et, 500 kilomètres plus loin, une nouvelle destination.
Mercredi 13 décembre 2017
Mardi 12 décembre 2017
« You get ready, you get all dressed up, to go nowhere in particular », chante Lana del Rey. Je suis moi aussi prêt, bien habillé, et repars vers Paris. Prêt à quoi ? À attendre le résultat de l’entretien suite auquel je n’ai pas enlevé ma cravate. Autour du cou je porte également une coïncidence, à savoir mon écharpe, dont la sœur péruvienne était entreposée parmi d’autres dans cette boutique. Somewhere in particular.
Dimanche 10 décembre 2017
On dit bien sûr, bien souvent, trop rapidement peut-être, que les maisons au Japon ne durent pas. Dans les villes, elles subissent les cataclysmes de la nature ou de l’homme. Dans le temps, elles souffrent des matériaux dans lesquels on les bâtit. Et puis il y a la maison. La nôtre. C’est encore chez nous, c’est indéfiniment chez nous, c’est indestructible. C’est elle qui nous réunit, c’est probablement elle qui nous réunira toujours.
Avant que l’on se retrouve, j’ai regardé les images, en particulier celles qui n’avaient pas été imprimées, succession de photographies carrées qui se sont conjuguées lors des derniers jours pour former une phrase au douloureux point final. Je me suis rappelé ces instants et les toutes dernières minutes, ce vide de verre et de béton qui me transperçait. C’est comme si je n’avais pas seulement été dans la maison durant presque trois années : c’était aussi l’inverse, c’est elle qui était en moi. Je rejoins peut-être alors ici la complexité, ou la particularité de la langue japonaise, où les vocabulaires du foyer et de l’humain se mélangent.
Et donc ce dimanche nous nous retrouvons pour construire, sur un mur, un regard sur elle, cette room#1, une maison que l’architecte a nommé « pièce », une maison dixième de maison. Je crois qu’on n’a jamais creusé ce sujet avec elle – elle étant qui ? la maison ou l’architecte ? -, ce trouble sur les mots et puis ce nom anglais écrit en anglais pour un lieu bel et bien japonais, bel et bien ancré dans le quartier et les notions locales d’espace(s). Je crois qu’il y a encore beaucoup à écrire sur ce lieu / ce nous, solide et quitté.
Samedi 9 décembre 2017
Vendredi 8 décembre2017
La cravate servit donc seulement à faire joli, à me faire plaisir de m’habiller autrement, à me distinguer un peu… car de mon emploi du temps je ne sus défaire les nœuds.
Jeudi 7 décembre 2017
It’s like a family here.
Mercredi 6 décembre 2017
Je chuchote à l’oreille de Niu, essayant de traduire ce qui ce dit. Nous nous sommes placés là-haut, pour ne pas déranger, mais quelques regards, parfois, se déplacent vers nous ; je crois qu’on nous entend, malgré tout. Malheureusement pour lui, Isola, le film de Fabianny Deschamps que l’on vient de voir, est tellement riche que mon esprit galope et parfois abdique à traduire la beauté et la complexité des propos de l’actrice, qui a posé derrière elle cet improbable manteau jaune, et les explications de la réalisatrice, chevelure rousse flamboyante.
Le film est riche, disais-je, riche de langues également, mais la principale étant ce chinois mandarin que Niu parle, je n’ai presque pas eu besoin de susurrer dans le noir lors de la projection. Et puis voilà, voilà qu’on a le souffle coupé, on ne respire plus, tout s’arrête devant les visages fatigués ou heureux, tout s’arrête sauf mes larmes devant cette dernière scène sans parole, cette scène vers laquelle la réalisatrice nous a emmené durant 90 minutes et qui dans mon souvenir est silencieuse, silencieuse et au ralenti comme si mon esprit l’avait transformée sous l’émotion trop vive.
Mardi 5 décembre 2017
Ils se succèdent. Ils me parlent de ce lieu, où l’on se trouve, de la chance de pouvoir s’y doucher et d’y laver leurs vêtements, de la gentillesse, du calme, de la chaleur du café et des gens. Le premier insiste sur les remerciements aux bénévoles. Le deuxième dit que les gens devraient être heureux d’être en France, qu’ils devraient aller voir comment ça se passe à Gibraltar. Le troisième est fragile, touchant, il est heureux de pouvoir donner un coup de main pour ranger avant la fermeture. Le dernier cherche les mots, pourtant c’était son métier et alors on parle de Barjavel. Tous les quatre sont les témoins des situations variées des sans domicile et des sans abri en France. Tous les quatre sont d’une douceur extrême, d’un optimisme étonnant, d’une bienveillance incroyable. Bien sûr je ne sais pas toujours quoi dire, je laisse des silences et tous les écoutent, comme s’ils connaissaient la valeur des moments suspendus. Et au-delà des paroles, tous les quatre sont, pour moi, les passeurs vers un autre regard sur le monde.
Lundi 4 décembre 2017
Dix-neuf années et quelques mois ou semaines séparent ce jour de celui de notre rencontre. Je me souviens très bien du lieu, des silences à cette terrasse rochelaise. Je ne suis plus très sûr du mois, un mois d’automne, mais c’était le 20 car le 20 des mois suivants nous nous faisions la remarque.
Nous voilà ce soir dans ce troquet en face de la gare de Niort. Nous en sommes tous les deux surpris, de ces années qui passent, de ces rendez-vous espacés mais respectés, au hasard des villes, des horaires des correspondances, ces rendez-vous qui, en cinquante minutes, obligent à résumer des mois, des années, à faire l’impasse sur les beaux souvenirs pour s’embarquer dans la narration des virages récents, des attentes et des incertitudes. Ainsi je réponds à son SMS ; oui c’est toujours trop court.
Dimanche 3 décembre 2017
Samedi 2 décembre 2017
Vendredi 1er décembre 2017
Jeudi 30 novembre 2017
Il n’y a pas de photographie. Il y a seulement, à travers la vitre, au retour de Neuville, un soleil parfois masqué par un ciel couvert d’une myriade de nuages argentés, que je capture deux fois, dans un résultat décevant, avec mon Huawei blanc dont l’étiquette, qui n’aurait jamais dû rester là et sur laquelle s’efface le numéro IMEI, se décolle. Il y a seulement, plus tôt, avant de repartir, une photo de famille prise par mon père avec son téléphone impeccable, nulle étiquette se décollant : une photo reçue plus tard. La famille n’est pas complète, il manque les absents, noté-je dans un pléonasme maladroit. Tout le monde sourit, l’heure est passée légère. On a fait des remarques sur les visages changeants, amincis, gris, rebondis, changés, ici une barbe naissante, là le poids repris. Le poids repris offrant donc, sans s’étonner de la contradiction, une grande légèreté.
Mercredi 29 novembre 2017
Alors je leur parle de moi. De mon parcours. De ce à quoi, peut-être, ils pourraient se raccrocher. Grâce à quoi, peut-être, ils pourraient voir quelque chose qui dépasse leur horizon. J’ai oublié à quoi ressemblait, à leur âge, 13 ou 14 ans, mon horizon ; il n’était, je crois, constitué d’aucune envie. Alors je leur parle de ce chemin photographique que j’ai emprunté, sans le vouloir réellement ou plutôt sans imaginer qu’il prendrait de l’altitude, et que je continue de parcourir au gré des hasards, des évidences, des bonds, des rebonds. Les exemples que je donne nous emmènent aux croisements de la photographie, de l’écriture, des souvenirs, du temps qui passe, des visages oubliés. Ils doivent éclairer ce vers quoi nous allons ensemble, un accomplissement multiformes – une publication, une exposition – balisé par quelques contraintes.
Et puis je pars. J’ai répété plus ou moins le même discours quatre fois, me reposant sur un pdf subissant les lois d’une technique coquine qui écrase, dans un sens ou dans l’autre, les pages du document et les silhouettes. Et je pars. La route est alors comme une méditation, courte séance jusqu’à Brantôme où j’ingurgite dans une brasserie-PMU un plat gorgé de cholestérol et des visages à décrire. Puis plus longue, tout le reste du chemin, sans précipitation de ma part ni du ciel. Dans la radio, justement, c’est le sujet, la méditation, après l’émission historique sur la tentative de coup d’état du 23 février 1981 en Espagne : les neurosciences, définitivement, m’accompagnent sur ces routes de Dordogne.
Mardi 28 novembre 2017
Sans doute en ce bout des terres n’y avait-il que deux vocations possibles, la marine et l’Église, le sacerdoce des flots et la conduite des âmes, les galons dorés de la Royale et les ornements liturgiques , mais si la seconde m’attira par intermittence, je n’eus jamais la moindre tentation pour la première.
Philippe Le Gouillou ; Géographies de la mémoire
Lundi 27 novembre 2017
Dimanche 26 novembre 2017
Samedi 25 novembre 2017
Vendredi 24 novembre 2017
Mardi 21 novembre 2017
Il est inquiet. Nous nous retrouvons soudain dans cette question abordée hier, devant laquelle j’ai lutté pour trouver les mots, car la peur est un sentiment qui m’est assez lointain, peut-être parce que j’arrive à la dompter et donc, en dehors des moments où elle surgit, il m’est difficile de l’évoquer ; en quelque sorte, elle n’existe pas en projection dans un futur proche ou lointain.
Hier, j’étais face à son enregistreur, il s’était absenté mais bien sûr il n’était pas loin, là, juste derrière la porte de la cuisine, attendant que j’aie fini de parler, attendant le dernier long silence ; il y en avait eu d’autres.
Ce soir, je suis face à lui, tandis qu’il tente d’ouvrir la bouteille, mais que les mains n’agissent pas comme elles devraient, le tire-bouchon tourne sur lui-même, il n’appuie pas, il parle et les mains agissent seules. Alors il pleure. Il vient de me dire qu’avant que j’arrive, il avait pleuré, parce qu’il a peur, parce qu’il doit prendre une décision, peut-être partir, vite, dimanche. Il vient de me demander s’il doit faire confiance au médecin. Il vient de me parler des 10% de risque, du déchirement au propre qui laisse entendre celui figuré d’un retour définitif.
Il y a là quelqu’un qui pleure devant moi, qui pleure perdu dans ce pays qui n’est pas le sien, avec des questions dont les réponses ne sont pas les siennes car il ne sait pas, il ne sait pas ce qu’il doit faire, alors il me demande et je le rassure, longuement il a demandé à sa mère, là-bas, loin, et lorsque j’ai franchi la porte j’ai compris que c’était avec elle qu’il parlait, sa mère qui, encore récemment imprimée sur le mur, me regardait.
Lundi 20 novembre 2017
Dimanche 19 novembre 2017
Petite sonnerie Whatsapp. J. J comme Jonathan. J comme Japon. F comme foule dans le train pour Kurama, un dimanche d’automne.
Samedi 18 novembre 2017
Vendredi 17 novembre 2017
La maison rouge. Dès l’entrée de l’exposition, une émotion, offerte par les images, émotion qui s’éteint un peu, je l’avoue, au bout de plusieurs salles, quand le noir et blanc ne donne plus à voir que l’obsession du noir et blanc. Mais, malgré ce bémol purement subjectif, la collection de Marin Karmitz est superbe. Elle confirme ce que j’ai toujours aimé dans les expositions de collections : d’une part ce regard presque intime sur le monde que nous offre celui qui possède ces images (ou ces objets) et d’autre part les images et la puissance de photographies inconnues ou rarement montrées.
Niu s’étonne, s’interroge. Et m’interroge. Sa connaissance de l’histoire européenne, des années 30, de la deuxième guerre mondiale, et de — oh qu’il est terrible d’écrire ces mots — l’extermination des Juifs est plutôt en surface. En surface car non absorbée, comme pour nous Européens, via une accumulation d’images et de mots, dans les livres d’histoire, la visite du musée de la déportation à Brive-la-Gaillarde à 13 ans, les documentaires, les récits, les discussions, Marguerite Duras qui répète qu’elle y pensera jusqu’au dernier moment, les travaux d’artistes, la tentative d’imaginer l’inimaginable, puis plus récemment les génocides au Congo ou les charniers en ex-Yougoslavie et donc la peur / la preuve que cela recommence. Son histoire, en tant que Taïwanais est, je suppose — il faudra que je lui demande —, plutôt porté par une Chine oppressante et un Japon envahisseur, militaire et sanguinaire, d’autres abominations donc, qu’ici on a à peine absorbées.
Jeudi 16 novembre 2017
Il vient de sortir de la douche, d’interpeler un camarade qui, lui aussi, vient se laver et profiter de la chaleur humaine au local de l’association. Je m’apprête à franchir le seuil de la porte, me retourne pour un dernier au revoir, quand il demande soudain à A s’il n’a pas du parfum. Je souris ; je ne sais pas encore que ce sera l’édito qu’on me demande d’écrire.
Mercredi 15 novembre 2017
Mardi 14 novembre 2017

Lundi 13 novembre 2017
Soudain, au milieu de cette conversation qui glisse dans l’intime, je raconte cette étude de cas en sociologie des organisations. Et je comprends.
Dimanche 12 novembre 2107
Foire. Deuxième. Je veux revoir Saé et être présent pour le talk, qui va talker du marché de la photographie asiatique, pourquoi pas, ça ne peut pas être inutile d’être là et de combler une micro-lacunes en écoutant un Taïwanais parler anglais, une Coréenne parler anglais et… deux Japonais parler japonais.
Cette fois nous avons plus de temps avec Saé, il n’y a pas ce genre de gugusse cherchant à vendre sa mayonnaise et son stand parapluie/ombrelle pour des photos de surfs. Je parle de mon envie, de mes hésitations, budget, avion, bling-bling, vrrrr, et l’idée surgit, pourquoi pas #home, mais somewhere else. #unhome ?
Samedi 11 novembre 2017
Et c’est ainsi que je guimardai toute la journée.
Vendredi 10 novembre 2017
Yuna nous présente. Je ne comprends pas son nom. Ne fais pas répéter. Très vite elle en dit plus sur moi, alors il me demande ce que je fais comme genre de photos : De l’architecture ? Non, pas ça, je réponds, pas ça, alors pour monter des exemples je sors les petits livres que j’ai apportés. Dont le petit carré. Ah oui, parfois, de l’architecture. Ils sourient. Autour de nous, des photos et encore des photos. Là-bas, Saé, joie. J’ai passé un moment à regarder, à chercher ma place, le signe qu’il y a dans cet univers un recoin pour moi, mais il n’est pas ici, pas dans une foire. J’ai passé un moment à parler, en anglais entrecoupé de japonais voyez-vous, peu importe ce qu’il disait, peu importe que j’aimasse ses photographies, c’est ça, là, ce pays, et puis un peu plus loin les images d’un Coréen, tant aimées à Kyotographie, et juste à côté des garçons, nus, bientôt militaires et ici pudiques, travail beau, vraiment beau, lumineux, les regards, les mains qui cachent, les cuisses qu’on croise, loin du stéréotype du nu féminin occidental qui sera évoqué le lendemain, justement. Bref, on part, je dis « on » car Niu est là, c’est bien qu’il soit là, il m’emmène là où je ne vais jamais, Palais Royal, cette boutique ultra-chic de vêtements taïwanais tenue par une anglophone qui se plaint pourtant du prix du voyage au Japon et puis ce magasin de bougies, bref. Une autre émotion, ces portraits de migrants souriants, dont la vie rebondit joliment, ils sourient à l’espoir et au renouveau, et puis nous y voilà, deuxième foire, des livres cette fois, ça grouille aux Beaux-Arts, ça grouille et le hasard est là, dans cette publication qu’une Japonaise est en train de signer. Je feuillette et me souviens, ni du lieu ni du moment, mais j’ai déjà vu ces images, je les avais adorées, c’était les meilleures d’une expo, oh bien sûr j’imagine qu’elle ne me croit pas quand je lui dis, oui c’est ça c’était au musée de la photographie de Tokyo, mon journal de janvier avait été muet, il n’y avait que des images, tout l’opposé d’aujourd’hui. Et puis je m’éloigne, elle doit se demander pourquoi je ne mets pas 15 euros dans sa publication que j’aime tant. Et là encore je cherche mais je crois qu’encore, ma place n’est pas là, pas dans cette foire.
Et puis voilà. Des visages d’avant. Les gens qu’on embrasse. Ceux qui ne savent pas. Ceux qui, déjà, étaient là mercredi et qui en rient, de se voir là, encore. Et puis le Japon, encore, encore, toujours, tellement de fois aujourd’hui, encore donc maintenant pour le film de Judith et Masa. Soudain, sur l’écran, un policier. En une fraction de secondes, c’est tout ce que j’aime dans ce pays et l’on rit. L’envie revient. Je m’imagine.
Jeudi 9 novembre 2017
Le petit garçon et la petite fille sont derrière moi. Il a peut-être cinq ans, pas plus. Elle ? Trois ? Ils sont sales, très sales, parlent cette langue que je ne connais pas, jusqu’à ce que le non-verbal s’impose lorsqu’elle pose sa main sur l’ouverture de ma poche de jeans, là où se trouve mon téléphone, glissé juste avant. Son frère l’engueule, c’est le mot, mais je suis autant choqué qu’attristé, l’esprit envahi par des pensées confuses et le sentiment terrible que les clichés sont durs à gommer.
Mercredi 8 novembre 2017
Sur scène, je suis venu pour ça, ils sont quatre, amis. J’ai pu sourire avant, comme je le ferai après, voire rire, parce que les performances scéniques sont parfois étranges, caricaturales et qu’il faudrait demander, à l’artiste, pourquoi. Je peux éventuellement sourire à la fébrilité de J, visage figé pour cette première. Je peux éventuellement sourire à la moue de F quand elle entend la fausse note qu’elle vient de faire, le chant malmené par une balance mal balancée, mais la voix de F ne mérite pas un sourire tant j’aimerais l’entendre plus, autrement, plus fort, plus seule, plus ailleurs.
Mardi 7 novembre 2017
Il tient un petit sac à main. Il n’est pas seul, un ami l’accompagne. Parmi les personnes qui font la queue à la caisse du Leroy-Merlin, où je suis venu acheter des cintres, un homme à l’air patibulaire dévisage ce couple (c’est-à-dire cette paire) qui n’est probablement pas un couple. Il tient un petit sac à main et tout le reste (ses chaussures, ses vêtements, sa coupe de cheveux) sont un mélange clinquant entre ce que l’on pourrait qualifier avec facilité de « racaille » et ce que l’on pourrait qualifier sans brio de « fashionista ». Subjugué par son allure et les détails qui se dévoilent sur sa tête ou dans sa main gauche, je suis incapable, plus tard, de décrire l’autre, dont je n’ai retenu que la couleur de peau. Il est ce mélange délicat et gonflé, qu’on qualifie peut-être de métrosexuel dans certains magazines, à deux pas du RER B. Il est ce sentiment qu’il y a autre chose ici que ce qu’on imagine bêtement, pris au piège de clichés qui collent aux semelles.
Lundi 6 novembre 2017
Dimanche 5 novembre 2017
Elle fredonne Singing in the Rain. Mais il ne pleut pas. Je marche sur ce boulevard qui me mène au métro, je n’ai pas encore l’habitude de ces quartiers qui longent la ligne 12 ni des parcours à prendre et sur lesquels j’hésite. RER, métro, tramway, bus, le maillage parisien est un bonheur pour qui sait être un peu patient et choisir le bon trajet, et puis au fond du sac il y a toujours un livre, voire deux, Guimard pour réviser avant cette journée bénévole à l’hôtel Mezzara, Duras plus tard pour Écrire. Au fond de la poche il y a toujours ce petit écran qui vous emmène ailleurs, mais toujours aux mêmes endroits, des images carrées, une interface bleue, un petit oiseau.
Samedi 4 novembre 2017
Je lui décris le chemin qui devrait offrir à l’une de ses journées kyotoïtes un goût d’inédit et j’espère un sentiment privilégié loin des entiers battus. Sur la carte il note les étapes, les précisions, le fait qu’il faut faire demi-tour après avoir grimpé sur ce petit chemin, l’endroit où il faut acheter des ichigo daifuku et manger des soba. Il rit en imaginant montrer ma photo à tout le monde, et il évoque l’étonnement d’avancer dans les images de Google tout en se disant que ces lieux si loin me sont si familiers. 6 mois et 4 jours plus tard, je suis encore chez moi.
Vendredi 3 novembre 2017
Où il sera question de stigmates, du bonheur, de la religion, d’aiguilles, de blessures, de falafels et de la couleur des vêtements dans une foule sombre. Où l’on prononcera trois mots de japonais à Gengoroh Tagame.
Jeudi 2 novembre 2017
Le petit garçon joue avec deux petites voitures sur l’une des étagères de la galerie, sous la joie débordante de sa grand-mère qui dépose dans la deux-chevaux décapotable des dés de fromage et des exclamations aux modulations mièvres. Elle n’est pas très attentive au fait que le petit garçon me dérange pour regarder les ouvrages posés là, ni à l’ambiance plutôt feutrée au milieu des œuvres, principalement photographiques, d’artistes japonais, dont Yosuke Yajima, mon coup de cœur, un coup de cœur qui durera toute la soirée, au fil des galeries de Saint-Germain où l’on vernit avec des bulles dans des verres en plastique les expositions qui devraient réchauffer visuellement ce mois de novembre. Toute la soirée car, en dehors du travail d’un autre photographe d’un autre continent car africain (zut zut son nom ?), le reste est majoritairement d’un ennui terrible, n’apportant ici qu’un jugement à l’emporte-pièces et le début d’un doigt pointé sur l’éducation du petit garçon.
Mercredi 1er novembre 2017
Je monte dans la berline noire, il est beau, jeune, bien habillé et me demande quel genre de musique je veux écouter. Mes oreilles se posent sur ce qui sort des hauts-parleurs et mon regard sur l’écran où s’alignent des pictogrammes : c’est Shakira dans Radio Latina. Évidemment je lui dis de laisser cette musique parfois en boucle chez Patricio. Soudain, j’y suis encore, et je sens sous mes pieds le sable et dans mes doigts la poussière.
Le temps de traverser Paris et c’est ainsi que les cartons s’entassent avec l’idée de les ouvrir, trier, sélectionner, distribuer, garder, donner, chérir, vendre et diminuer la hauteur du tas. Le nouvel horizon, c’est un ensemble d’immeubles blancs qui laissent une place suffisante au ciel vers l’ouest et c’est aussi ça, un mur blanc et des boîtes marron, dont le contenu semble plus inaccessible que les nuages.
Mardi 31 octobre 2017
Halloween. Les monstres et les fantômes hantent les rues. Parfois, dans le métro, c’est une femme à tête de pigeon qui passe le portillon. Nous mettons dans 20 cartons et 2 valises ce qu’il reste ici de ma vie, c’est à dire plutôt de mes livres, lourds pour certains, et ce qui s’entasse ainsi porte autre chose que le poids du papier, celui des années, celui sur la conscience, celui de la vie, que sais-je, je cherche à métaphoriser ce moment, ce fichu passage un soir pas comme les autres où l’humain se veut vampire, alors sur FB j’écris ça, un peu vite, mais seule CK semble y lire la tristesse que je cherchais à exprimer. Une vie ne rentre pas dans 20 cartons et 2 valises, elle est dans les souvenirs, ceux qui restent là, bien accrochés, joyeux, nostalgiques, elle est dans ce qu’on en a fait, dans les chemins et les erreurs, elle est dans ce qui ne se voit pas ou bien elle est ici, exactement sous vos yeux, et c’est sûrement pour cela que j’insiste, que je reste sur ce journal. Alors tu ouvres une bouteille, tu dis qu’il y a sûrement quelque chose à fêter, mais en cet instant précis je pense que non, malgré la belle aventure. Alors je dis Aix, et, réalisant l’homonymie, me fige.
Lundi 30 octobre 2017
J’écrivais tous les matins. mais sans horaire aucun. Jamais. Sauf pour la cuisine. Je savais quand il fallait venir pour que ça bouille ou que ça ne brûle pas. Et pour les livres je le savais aussi. Je le jure. Tout, je le jure. Je n’ai jamais menti dans un livre. Ni même dans ma vie. Sauf aux hommes. Jamais. Et ça parce que ma mère m’avait fait peur avec le mensonge qui tuait les enfants menteurs.
Marguerite Duras. Écrire
Dimanche 29 octobre 2017
Tu me parles des images du nord, là où la ville tombe comme une falaise et ne devient rien, même pas le mouvement des vagues ; à peine un automobiliste audacieux et soudain poussiéreux troublait-il parfois l’espace vide où le vent ne produit rien. Tu me demandes alors ce qui pourrait intervenir, prendre place, mais je ne te parle pas du garçon aux yeux noirs à qui je n’ai pas donné la place qu’on aurait pu imaginer et qui n’a donc pas pu investir ce désert. Mais soudain c’est une faute de frappe qui se glisse et je vois le mot désir dans le mot désert.
Je ne parle pas non plus de cet autre qui a surgi comme apparaissent quelques démons qui vous mordent et repartent. Me voy a chuparte como un vampiro, disait justement cette chanson idiote entendue dans un taxi et sur laquelle on a ri ; mon Chili c’est aussi un peu cela, un recueil de chansons, parfois idiotes.
En quittant Tacna j’avais justement vu ce que l’homme cherchait à combler dans le désert, avec son désir d’envahir le monde. J’avais vu ce même jour, sans le comprendre vraiment, dans le sourire du garçon aux yeux noirs, l’idée du désir dépassé, l’idée d’une promesse en nouant le bracelet noir et rouge. Alors comment aujourd’hui remplir le rien des images ? Quelques parpaings, rugueux, froids, ne suffiront pas. Le cheval albinos non plus. Il manque, je le regrette, un portrait.
Samedi 28 octobre 2017
Quoi ? Vous n’êtes pas au courant ?
http://www.lecercleguimard.fr/fr/hector-guimard-precurseur-design/
Vendredi 27 octobre 2017
Il est triste. Je n’avais pas compris qu’il tenait à ce que je l’accompagnasse. Il m’avait semblé, au bout de ses trois mois de présence ici, que l’aider à rencontrer un médecin anglophone avait suffi. Il me demande alors si, lorsque j’étais au Japon, j’allais seul chez le médecin. Je réponds oui, il est surpris, et je précise que le docteur était francophone en oubliant ces grands moments de solitude chez le dentiste où je ne pouvais parler ni la bouche pleine ni ma langue natale.
On parle donc des difficultés liées à ces langues d’un territoire qui n’est pas le nôtre mais je décèlerai seulement plus tard dans ce qu’il vient de dire – comme si ma perspicacité disparaissait avec l’âge – qu’il se sent un peu perdu dans ce pays qui n’est pas le sien. Je suis sûrement une interface, un liant, malgré nos conversations en anglais, et grâce à nos rires lorsque je cherche à parler chinois et lui français. De fil en aiguille, nous voilà alors à regarder les caractères chinois utilisés à Taïwan et je découvre ô joie leur gémellité avec les kanjis japonais, ce qui m’offre un petit moment de satisfaction, comme si cette île inconnue soudain s’ouvrait à moi.
Jeudi 26 octobre 2017
Dans mes images je cherche un arbre mais cette quête cache une forêt de souvenirs.
Mardi 24 octobre 2017
Il est 13h36. J’ai vaguement avalé une part de quiche et une autre de flan dans une boulangerie du boulevard Raspail et je pense que c’était trop gras et que je vais m’assoupir. Il m’envoie un message où il s’excuse d’avoir été une déception. Il a lu le texte de jeudi dernier, tentant dans cette langue qui n’est pas la sienne d’attraper ce qui pourrait lui appartenir ou ce que je pourrais lui avoir laissé comme signe. Il ne sait pas, qu’à la place du Adios, il y a eu un paragraphe, dans une langue qu’il comprend et dans laquelle j’ai tenté d’écrire quelques mots, une idée plus précise, un mouchoir blanc qu’on secoue, avant de tout effacer. Tout effacer car ce n’est pas ma langue, ce n’est pas celle qui me permet, ici, d’offrir une prose en étant absolument certain du sens donné ou caché et de la musique des phrases. Alors je lui dis que non, il n’était pas le mot « déception », mais le mot « sourires », ceux qu’il m’a donnés, jusqu’au dernier jour triste, avant qu’il sache avec quel état d’esprit je repartirais.
Lundi 23 octobre 2017
L’image sans l’homme. Tel est l’intitulé de ce séminaire organisé par Le Bal, à l’EHESS, auquel j’avais déjà assisté en 2013 sur le thème « L’image manquante ». Il répond, sur le papier, à ce regard que je porte, souvent, sur les villes et les espaces, vides, telles ces façades japonaises, plus récemment ces paysages, là-bas encore ces aires de jeux d’enfants, ces nuits pleines d’ombres, sauf lorsque soudain, découvrant un nouveau territoire comme le Japon, je me mets à le regarder, lui, l’Homme, avec une majuscule et sans entrer dans les débats justifiés de l’écriture inclusive, car je ne peux nier ce qui fait lien entre langage et soi, après avoir avalé des mois de japonais et des heures de langues étrangères.
Durant deux jours donc on questionnera l’image sans l’Homme, sans l’humain pour être sûr du sens que l’on veut donner, humain disparu, soufflé, anéanti, dépassé, animalisé, minéralisé, déshumanisé, écervelé, vaporisé, caché, que sais-je encore, trace de guerre ou de lui-même, femme-dessin sur la paroi d’une grotte, nuage aux abords un champ de ruine, silhouette dans l’étendue pixelisée de l’histoire des jeux vidéos, artiste dans un ours empaillé ou regard sur les contours incertains d’une ville en devenir. Le séminaire offre aux intervenants la liberté de leur définition, la liberté de leur champ de recherche et de leurs interminables clins d’œil. Alors, moi, chanceux au milieu de peut-être 250 écoutants, homme parmi l’Homme, je prends durant deux jours ce qu’il y a, pour moi, à prendre. Peut-être simplement le plaisir d’être là.
Dimanche 22 octobre 2017
Et se dire que parfois les étoiles sont rousses comme des gâteaux, au risque de faire une espèce de poésie trop sucrée.
Samedi 21 octobre 2017
Et Benoit s’embarque alors à tenter d’expliquer la notion de deuxième degré à un Colombien et un Taïwanais pendant que les deux Français se regardent et se resservent un verre sans trop savoir quoi (se) dire.
Vendredi 20 octobre 2017
Atterrir enfin, les yeux ensommeillés et l’estomac envahi par le sucre dégoulinant du petit-déjeuner servi dans l’avion. Au fil de la journée, je retrouve F, C, B, N et m’étonne de rester là, ainsi, éveillé jusqu’au soir, porté par une force inconnue. Je raconte aux uns et autres, des versions enjouées ou plus réalistes de ce mois, quoi qu’il en soit je raconte à quel point c’était important. Je parle des notes dans les carnets, je les vois à travers les couvertures marron clair des carnets Muji rangés dans le sac à dos, je pense à l’écriture maladroite et aux imprécisions, je dis juste que, voilà, oh j’ai pris des notes. Parfois je parle de celles que j’ai perdues dans le vol du téléphone : ces mots dictés dans les rues de Santiago, ces images grappillées. Et dans ce métro retrouvé, en lisant Pierre Michon et son écriture magistrale qui se répand, parfois presque jusqu’à l’écœurement, j’imagine mes notes grossir, s’étendre, se diluer pour devenir phrases.






























