Jeudi 30 juin 2016

Après l’agacement vertigineux de la séance précédente chez le coiffeur, il s’agissait d’en trouver un autre. J’ai donc choisi le salon pour son nom, « tête », et pour son côté un peu chic entraînant un prix plutôt choc. Ce petit exercice de conversation, avec un employé (heureusement ou malheureusement ?) pas très bavard et semblant ignorer ce que voulait dire tête,  permettait de vérifier la tristement lente évolution de mes capacités linguistiques, exercice complété le soir même par une conférence dans la même langue, F parlant heureusement 1/ en commentant un diaporama de projets architecturaux dont je connaissais la teneur 2/ lentement et distinctement, même si cela ne suffit bien évidemment pas. Mais j’aurai au moins révisé le mot hashira (poteau), c’est toujours ça.

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Samedi 25 juin 2016

Ils s’appellent Adéiscas, Adelfin, Adhémar, Alysime, Amynthe, Arsive, etc. Elles s’appellent Zaïda, Zélia (comme mon arrière-grand-mère), Zélida, Zélisca, Zénobie, Zéphirine, Zercile, Zulima, etc. Ils sont nos ancêtres aux prénoms improbables, d’une poésie aux consonances parfois pharmaceutiques ou exotiques… et font le ravissement des généalogistes, et le mien en ce samedi matin.

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Vendredi 24 juin 2016

Les particularités des corps nus dans les bains publics ont déjà fait l’objet d’un petit texte publié, de rares témoignages dans ce journal, de sourires, d’étonnement, de questions ou de remarques ici ou là. Sans conteste (et sans équivoque), cela pourrait faire l’objet d’une chronique régulière, tant le corps humain, quand on l’observe à tous les âges comme c’est le cas dans ces lieux, est fascinant. Certes, il suffit d’aller à la plage ou dans un vestiaire, répondrez-vous. Mais non. Car débarrassé des attributs vestimentaires des plages et piscines appelées « textiles » par les naturistes, et surtout objet d’attention particulière dans les lieux où l’on se lave (et frotte, récure, ponce, rase, etc.) voire où on lave l’autre, le corps n’échappe à rien. On est également loin du vestiaire de sport où se laver est une étape indispensable et rapide. Et puis au milieu des autres, on est  – en tout cas quand on a 42 ans – face à ce corps minuscule et agile que l’on a été, et face à ce corps âgé, à nouveau glabre et difficile à habiller en des gestes lents, que l’on sera dans des décennies.
Bref… On avait pu observer, récemment, un pubis taillé en rectangle, d’une taille entre le ticket de métro et la carte bancaire. Ce vendredi, revoici — car on l’avait déjà vu, il y a bien longtemps — celui qui se rase tout le corps… sauf un petit triangle, d’environ 4cm de côté. Mais 5 jours plus tard, j’ai oublié dans quel sens il pointait. (Et ça, forcément, ça fait sourire).

 

Jeudi 23 juin 2016

L’oiseau est figé, droit sur ses pattes, par terre. Il n’est pas mort, ce qui serait surprenant vue la position ; tu me dis qu’il cligne des yeux. Je m’approche, il se laisse attraper. Peut-être sonné par un choc dans la vitre. Quelle autre explication ? Il s’envole, s’agrippe au crépis de la maison d’à-côté, situation d’équilibriste. Un coup d’œil plus tard, il est reparti, rejoignant ici mes chroniques volatiles.

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Mardi 21 juin 2016

Un bruit étrange. Je sors. Le bruit de la pluie. Pourtant il ne pleut pas. Le son vient d’en face, des maisons là-bas, derrière le champ en jachères. Il pleut là-bas. Et puis voilà, ça s’abat, violemment, quelques minutes. Énormes gouttes bruyantes sur le toit, le nôtre cette fois. Je me dis que j’ai bien fait de me presser au retour des courses, quelques légumes dans le panier du vélo et 700 yens de fleurs, dont deux boules d’hydrangea un peu shina-shina offertes. Parce qu’ici – l’ai-je déjà évoqué ? – les fleuristes vous offrent des fleurs. Un peu passées peut-être, plus vraiment vendables, parfois magnifiques, mais ajoutées au bouquet dans un franc sourire. Franc comme cette pluie.

 

Lundi 20 juin 2016

Bientôt 17h. Je viens de tourner dans le quartier pour chercher une façade photogénique, un coin de rue typique ou atypique, des géométries, le visage de ce coin de ville. Alors parce qu’il y a ce soleil et ces enfants qui jouent, je reste là, dans ce parc, à les regarder. Il y a deux ou trois mamans aussi. Un papa plus tard, l’enfant trottinant avec hésitation. Regarder. Les semaines filent et j’ai l’impression de ne plus beaucoup employer ce verbe et ses synonymes. C’est sûrement faux, c’est juste une impression, ou plutôt ce sont les gens que je ne regarde plus, plus beaucoup, un peu moins, je ne sais pas. Pouvoir les photographier plus discrètement ou les filmer transforme sûrement mon attention ; l’emploi du temps aussi, peut-être.
Alors il y a cet homme qui vient s’asseoir, là-bas. Il fume. La soixantaine, pantalon sombre, tee-shirt clair. Il tremble. Solitude probable, pauvreté envisageable, tristesse apparente ; il vient peut-être les regarder jouer chaque jour à la même heure. Entre lui et moi, cet hippopotame rieur. Plus loin les mouvements de la balançoire.

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Dimanche 19 juin 2016

Il pleut. L’oiseau est mort. Il a heurté l’une des vitres, laissant une trace de plumes là-haut et rappelant celui, de la même espèce, photographié le 26 juin de l’an dernier. Rappelant aussi cette phrase d’Audiberti dans la nouvelle Le Vivier, citée dans ce journal le 18 janvier 2005 — journal disparu me direz-vous, alors la voici :

« Les lettres d’amour, c’est à soi qu’on les écrit, pour les lire en les écrivant. Quand les lettres d’amour parviennent, l’oiseau est mort, quatorze couteaux à fromage de banalités dans le poitrail« .

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Vendredi 17 juin 2016

Le bus les ramène de l’école primaire. Vêtements clairs, cartable marron, chapeau de paille pour les filles. Je les filme ; des scènes courtes. Quelques photos aussi, même si, vous l’avez constaté les jours précédents, les couleurs ne sont pas très belles : le petit objet téléphonique est sans conteste si pratique que j’en renie certains principes.
Soudain, l’une à peine descendue, trois d’entre elles changent de place dans une sorte de ballet délicieux, dont une qui finit debout à regarder tendrement le seul garçon du groupe. Cela dure quelques secondes, c’est si rapide, peut-être quatre, et c’est d’un ravissement qui m’enchante. Puis m’attriste : je n’ai pas filmé.

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Mercredi 15 juin 2016

Pero, demandai-je alors inquiet en osant un peu d’espagnol, los 300 estudiantes van a comer ? (ding dong, alerte cerveau) … venir ?
… Ou comment se mélanger les pinceaux linguistiques…

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Mardi 14 juin 2016

Tu pourrais faire du jardinage en même temps que du japonais… Du jardiponais…

L’homme dans la petite boutique, un pas de porte, me dit qu’il va vérifier le prix. Il fait partie de ces commerçants où l’on va de temps en temps, et qui en France ont disparu depuis longtemps : il vend du charbon de bois. Il n’est pas impossible qu’il vende d’autres combustibles, mais il me faudra vérifier la prochaine fois, chercher un indice, oser demander peut-être…
Juste avant, j’ai photographié la façade de la boutique d’à-côté ; il me semble que je ne l’avais jamais remarquée, avec son étrange arc jaune. Je te disais justement, dimanche, alors que nous nous y promenions, qu’il me fallait photographier les façades après-guerre qui, tôt ou tard, disparaîtront avec les autres, plus anciennes encore. La désuétude, et la beauté parfois, de ces alignements aux lignes typiques des années 50 à 70 – ces rondeurs, ces polygones -, sont remplacées par des baraques standardisés sans charme ni allure, et l’on a beau se projeter dans l’avenir, on imagine mal qu’on les regardera dans 40 ans avec un sourire nostalgique.
Juste avant encore, quelques mètres plus loin, j’avais photographié une maison. En bois cette fois. Optimiste, j’avais regardé le squelette qui restait et je me suis dit qu’elle n’était peut-être qu’en réfection, mais je n’y croyais pas. Fataliste, j’essaye de penser que les Japonais ont raison, de faire table rase, si régulièrement, mais je n’y parviens pas.

Et que la lumière était belle, à 18h14.

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Lundi 13 juin 2016

Alors le fait divers – un de plus – aperçu hier avant de se coucher devient autre chose, une attaque sanglante contre une minorité qui aimerait bien y croire, à l’universalisme. Ici je cherche les mots, ils sont nombreux, ils se bousculent, et les voici remplacés par un peu de beauté, celle de Guimard et du hasard d’un arc-en-ciel.

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Samedi 11 juin 2016

La voiture jaune s’arrête. Un couple en descend. C’est monsieur qui conduit, habillé de couleurs rosâtres. Elle, loin des demi-teintes de monsieur, porte une robe Mondrian, carrés blancs lumineux sous le soleil de juin, carré jaune parfaitement assorti à la voiture qui évoque elle aussi les années 60 — une Simca 1000 ?
Ils jettent un œil, font un aller-retour bref et discret, et l’arrière-plan donne un air champêtre parfait à cette scène légère et surprenante.

Puis des couleurs plus ternes, c’est à dire plus « terre », avec même des gris qu’on n’imaginait pas.

Emilie Pedron - Galerie @kcua - Kyoto 160611-DSC_8001

Vendredi 10 juin 2016

N’ai pas écrit les jours précédent. Besoin de temps ? Besoin de se rappeler qu’il faut écrire ? qu’il faut s’extirper des autres vagues, du travail par exemple, de l’apprentissage du japonais bien sûr ? Hier il n’a pas plu ; aujourd’hui, les yeux sont secs dans la maison-lumière que viennent voir de temps en temps quelques curieux. Cette fois il est Américain, origine locale peut-être mais je ne pose pas la question, étudiant, sans âge, presque sans genre, pas sans gêne et donc je suis bref puisque qu’il n’insiste pas : il faut filer chez R, puis dîner divinement bien avec K et N, et finir là où l’on vient aussi en curieux, mais où… comment dire… c’est la lumière qui sent cette odeur ?

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Samedi 4 juin 2016

Le paysage a disparu. Là-haut, là-haut où un employé ne voulait pas nous laisser monter en raison de la faiblesse apparente de notre destrier motorisé alors qu’on avait déjà gravi la route, là-haut ils ont supprimé les scories d’une société de loisirs qui rêvait de neige. En cherchant la définition de scorie, parce que je confonds alors un autre mot oublié, et en trouvant parmi des versions plus volcaniques la « Connaissance résiduelle d’un paradigme de pensée tombé en désuétude« , je trouve que c’est parfait, et je le laisse. Ils ont supprimé ce qu’il restait d’une station de sport d’hiver, pourtant les enfants pourraient glisser sur l’herbe. Souvenez-vous de l’endroit découvert le 19 octobre 2014, fantômes et pendule arrêtée,  le tout photographié trop brièvement  en ajoutant cette phrase si courte qu’on n’en tient pas assez compte : « Il faudra revenir. »

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Mercredi 1er juin 2016

Le problème des déchets radioactifs est lui aussi insoluble. Des quantités monstrueuses de terre raclée, d’arbres coupés, sans compter les débris du tsunami contaminés, sont entreposés dans la zone interdite, et en dehors, à perte de vue, dans des milliers de sacs poubelles en vinyle noir, sont certains se dégradent déjà. En septembre 2015, les pluies torrentielles du typhon Etau ont disséminé des centaines dans les rivières.

Corinne Atlan – Japon, l’Empire de l’harmonie

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Mardi 31 mai 2016

 

C’est à la sortie d’un tunnel qu’elle nous attendent, là, à l’horizon, chaîne enneigée. Oh bien sûr on n’y grimpe pas, pas plus qu’on ne peut aller en haut des pistes, car à Hakuba c’est la saison des voyages scolaires, vous comprenez – et l’on n’a pas vraiment l’air d’un groupe scolaire. Alors on pique-nique en regardant les vaches, et c’est très bien ainsi.

C’est en regardant par la fenêtre du train qui nous éloigne de Nagano que je te dis qu’il faudrait cartographier les paysages aperçus. Toutes ces étendues non foulées, vues par les fenêtres de train et de voiture, par les hublots, par-dessus les falaises, en haut des cols, au fond des vallées, tous ces « oh tu as vu là-bas ? ». Il faudrait. Et puis il faudrait revenir ici, aussi. Comme partout.
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Lundi 30 mai 2016

42 ans, un de plus. L’an dernier tu m’avais offert la mer. Cette année, c’est la montagne, vers laquelle Nagano n’était qu’une étape. La montagne, la route qui se glisse dans les vallées, les petits villages, des fleurs, tant de fleurs, la glace au soba, la forêt et les sanctuaires, des marches et encore des marches, les chants d’oiseaux et les arbres de 800 ans que les grands-mères enlacent, les arbres, encore, toujours, immenses, et ce chemin qui nous guide tout là-haut. Merci.

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Dimanche 29 mai 2016

Tu m’as dit, hier, où nous partirions. Nagano. Un nouvel ailleurs, un ailleurs inconnu. Dans le train, via Nagoya, ville pour laquelle notre indifférence est inégalable, je passe des kanjis aux paysages. Et Nagano, enfin. Du taxi, voir la ville, d’abord sans charme, et puis le quartier de l’hôtel, tout près du temple, si près du temple, un quartier si différent de Kyoto : les arbres bordant la rue principale, les maisons aux façades blanches… Et puisque il est question d’architecture, on passe ensuite d’une époque à l’autre, années 60/70/80 via le musée préfectoral (où une expo Ghibli en parle, justement, d’architecture, enfin quand je dis « en parle » je me comprends… et où l’extension a été faite par Taniguchi) ou cet étrange bâtiment municipal, ou années 30 au bar Fujiya qui passe évidemment du jazz. Et puis à Nagano, les restaurants ferment à 19h, les hommes en costume posent devant les souvenirs olympiques et il y a des animaux bizarres, genre marcassins pelés, qui trainent le soir dans les rues.

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Samedi 28 mai 2016

Alors il nous raconte comment son père tentait d’entretenir des relations avec lui et ses frères, via des pratiques sportives, lorsqu’ils étaient enfants : bosses, dents cassées et méthode frisant la noyade en piscine… et nos fous rires.

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Jeudi 26 mai 2016

Sur le carnet, j’ai noté « Azalées ». Comme s’il était possible de les oublier ? Non, du moins pas tout de suite. Mais surtout parce que je me disais que je pourrais en dire quelque chose, parler des taches roses qui ont envahi la ville, les soubassement ouest de la house, les devantures de banques, ici, là, ce rose éclatant qui, je crois, ne te plait pas énormément. Pourtant, déjà, le 21 avril, une photographie. Et déjà le 4 mai 2015, quelques mots. On pourrait poursuivre, décrire la longévité de la fleur en vase, raconter la fragilité car la voici soudain sur la céramique du lavabo, expliquer comment les pétales parfois se détachent et laissent un pistil, seul, tendu vers le miroir.

Azalées, c’est pas mal pour le Scrabble, tiens.

Mercredi 25 mai 2016

Alors, on pousse la porte de ce restaurant qui n’indique rien d’autre de compréhensible à l’extérieur que sa formule du midi. Et l’on s’émerveille pour « notre » formule du soir.

Mardi 24 mai 2016

Alors elle s’étonne, s’assied, et nous apprend comment on dit « C’est confortable. »

Comment dit-on, au fait ?

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Lundi 23 mai 2016

Soudain, parmi cette belle journée, joliment accompagné, soudain parce que le calme, la beauté du temple et les beautés qui précédaient, soudain l’émotion.
(En attendant une vidéo qui, de toute façon, n’illustrera pas correctement l’émotion en question, je vous mets un dessin…)

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Samedi 21 mai 2016

Être sonné. Familier. Être fortement ébranlé sous l’effet d’un choc, d’une émotion.
Exemple : Le public a été complètement sonné par le solo de percussions.

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Vendredi 20 mai 2016

Puisque le festival se termine, je pédale d’une exposition à l’autre pour passer de jolies surprises à d’inévitables sentiments d’indifférence, en passant éventuellement par quelques agacements… Avec moi, au milieu du parcours, marchant plutôt que pédalant, ce jeune garçon qui se disait lui-même bizarre dans nos échanges via le réseau social bleu foncé. Il se révèle peut-être bizarre, mais assez touchant, dévoilant un stress maladif (pardon pour l’approximation scientifique) dans une allusion médicamenteuse et un certain flot de paroles…

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Mercredi 18 mai 2016

Alors, puisque l’été approche, puisque la chaleur s’immisce, acheter (enfin) l’indispensable éventail, joli motif, que l’on glissera dans son sac. Et puisque le short utilisé depuis presque 12 ans est en état de mort élastique, acheter (enfin) son remplaçant.

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Dimanche 15 mai 2016

Nos chemins s’étaient croisés professionnellement et artistiquement, et le voici à Kyoto, jeune retraité dont l’horizon est dégagé. Il nous attend devant le musée, accompagné, occasion de découvrir l’exposition sur le zen ou de revoir le sanjusangendo, puis d’aller déjeuner, là-bas, après que le chauffeur de taxi (au féminin et moins de 60 ans, double rareté) avait fait part de son soulagement que je parlasse un peu japonais, après aussi qu’elle avait roté, et donc oui, déjeuné là-bas, histoire de d’être encore étonné — cessera-t-on un jour de l’être ? — par la nourriture locale, qui transforme les aubergines en merveilles.

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Plus tard. Il n’a pas d’âge. Pas d’âge clairement défini : tout corps plongé dans l’eau subit une poussée vers le haut dont le volume n’indique rien sur l’individu. Il entame la conversation en japonais en me demandant si je voyage. Bien sûr, étant donnée ma réponse, il me demande si je suis ici pour le travail. Je dis que oui, que je suis photographe : vous voyez, je mens (un peu), pour changer (un peu) de la réponse (si souvent) fournie, la vraie, lorsque je dis parle de mon パートナー (prononcer « pātonā »). Alors il rebondit sur la photo : quel genre ?  avec quoi ? lui aussi il en fait mais avec son smartphone… Il me demande alors pourquoi Nikon. Comme je bute contre les mots, il poursuit en anglais, lentement mais précisément, et déchausse ses lunettes parfois, comme si la myopie l’aidait à communiquer. Il pense que les Allemands préfèrent Leica et les Américains Pentax. Il est étudiant en sciences politiques, en relation internationale je crois, je ne suis pas certain d’avoir compris ; comme quoi son anglais n’est pas si précis, ou sûrement est-ce le mien.

Samedi 14 mai 2016

Depuis dimanche, j’ai un nouveau téléphone. De marque Huawei, il est mon nouveau lien avec le Japon, après deux ans de téléphone à « pre-paid card ». Depuis dimanche je me sens un peu plus Japonais, du moins un peu plus local : je peux envoyer des sms à mes amis, vous voyez, ça change la vie. Et je peux téléphoner, mais toutes les 10 minutes il faut arrêter la conversation, sinon c’est plus cher (non je ne sais pas pourquoi). Bref, depuis dimanche, j’ai un nouveau téléphone. Et donc un nouveau moyen de faire des photos…

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Et là, après ces histoires ultra-matérialistes, j’aurais dû en profiter pour citer Edgar Morin lorsqu’il dit qu’il faut retrouver le poétique de la vie car on est envahi de prose.

Jeudi 12 mai 2016

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Et puis des photos, enfin je veux dire d’autres, pas celles-ci. Celle d’un photographe chinois, qui donnent envie de faire des portraits, des gens quoi, des gens, du vivant, de l’humain, des gens qui pleurent, des gens qui chantent, des gens qui rient, qui dorment, qui mangent ! Et Les photos d’Alix, qui donnent envie de faire du cinéma, de laisser parler les gens, de les écouter dire ce qu’ils ont à dire. Et rire.

Mercredi 11 mai 2016

Il me suit de peu dans le vestiaire ; lui aussi a fini sa séance. Peut-être a-t-il plus forcé que moi. Sur son tee-shirt : « De tout cœu avec vous« . Le R a disparu, une faute de français comme il y en a tant d’autres ici, sur les boulangeries ou les accessoires de mode ; francophilie maladroite. Le R disparu, et l’on aurait l’esprit mal placé à lire autre chose.

Il porte un prénom peu ordinaire. Calder. C’aurait pu être Soulages ou Matisse, mais son prénom est un objet plutôt flottant, un mouvement. Les mots, eux, ne sont pas flottants, plus droits que mobiles, d’une grande clarté, sensibles et intelligents malgré le jeune âge. Canadien, son anglais de naissance m’oblige à quelques efforts pour suivre la fluidité, les voyelles chevauchant les consonnes. Nous l’avons rencontré dimanche, et depuis dimanche j’ai repris un rythme sans mots. Un rythme flottant.

 

Jeudi 5 mai 2016

Les petites filles ont l’air de s’ennuyer. Peut-être sont-elles plutôt concentrées, ou un peu inquiètes, ne sachant comment se comporter. Les jeunes hommes ont l’air de s’ennuyer. Que faire en attendant ? L’un bataille avec ses vêtements d’un autre temps. Un autre me regarde, parce que je le regarde, parce que son attitude est photogénique, regardez-le, agrippé à son drapeau, l’air ailleurs, l’air de cacher l’impatience sous l’impassibilité. Il est midi passé, et le moment étrange, le moment de fête qui nous apparaissait jovial, ce matin, près de la maison, est loin. Loin aussi car mon regard est autre, armé de mon appareil photo : je cherche un visage, une pose, des couleurs, je cherche ce qu’il faut attraper. Peut-être m’ennuie-je, finalement, moi aussi.

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Mercredi 4 mai 2016

IMG_20160504_120533L’exposition est un exercice de japonais qui permet, parfois, de faire revenir à la surface de la mémoire des expressions oubliées, comme « par hasard », que l’on exprimera selon l’humeur, par « gûzen ni » ou « tama tama ». Mais ce n’est pas tama tama que H débarqua, puisque il l’avait promis.

 

Mardi 3 mai 2016

T’as voulu voir Morimura et on a vu Morimura.
J’ai voulu voir Ikko Tanaka et j’ai vu Ikko Tanaka (et qu’est-ce que j’aime Ikko Tanaka).

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